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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif #251 - contre l'agro-industrie, Contre la conchyliculture industrielle

Date Fri, 24 Jul 2015 09:31:48 +0300


Un vaste projet ostréicole au large de l'île d'Oléron rencontre depuis quatre ans une vive opposition. Celle-ci se trouve renforcée par l'installation d'une ZAD. Voyons ce qui est reproché à ce projet et comment les opposants s'y prennent pour tenter de le faire échouer. ---- Triploïdes et filières, en avant pour la culture industrielle de l'huître ---- Les huîtres que l'on trouve dans la nature possèdent 10 paires de chromosomes. Il s'agit donc d'organismes diploïdes, c'est à dire à 2n chromosomes, dont un jeu est d'origine paternel et l'autre maternel. Il existe depuis plusieurs années des huîtres triploïdes (3n chromosomes). C'est l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER) qui a développé en France cette invention américaine. Ces huîtres ne sont obtenues qu'en écloseries par croisement d'huîtres femelles diploïdes avec des huîtres mâles tétraploïdes (4n chromosomes) fournies par IFREMER.

Ces huîtres, produites sous prétexte
d'améliorer les souches françaises afin
de les rendre plus résistantes aux ma-
ladies, présentent avant tout un
double avantage économique. La tri-
ploïdie a pour conséquence de rendre
l'huître quasi stérile. Donc, d'une part,
elle n'aura plus à accumuler des ré-
serves pour préparer sa reproduction,
elle ne sera donc plus ou très peu lai-
teuse, entre mai et août. Plus de lai-
tance qui gâche la finesse de son goût
et fait drastiquement chuter les ventes
à une période de surpopulation touris-
tique. D'autre part, l'effort de repro-
duction étant très réduit, le
métabolisme est alors mobilisé pour la
croissance et l'engraissement de
l'huître. En bref, cette huître est
consommable toute l'année (huître
dite «quatre saisons») et s'accroît
beaucoup plus vite.

Les filières sont une technique
d'élevage qui consiste à suspendre, sur
des câbles maintenus à flot par des
bouées et arrimés en pleine mer, des
cages contenant les poches d'huîtres.
L'enjeu c'est d'accroître la producti-
vité. Les promoteurs des filières pen-
sent gagner un an sur le
développement des huîtres, grâce à un
milieu marin plus riche. Autre avan-
tage non négligeable, le besoin de
main-d'oeuvre devrait être moindre.
On ne peut pas nier que les filières re-
présentent une amélioration des
conditions de travail (cf. encart).

Ce n'est pas les filières en elles-
mêmes qui sont critiquables, mais la
taille surdimensionnée des champs de
filières.

-------------------------------------

Un ostréiculteur explique l'évolution de son travail

«Dans ma famille, on est ostréicul-
teur de père en fils, j'appartiens à la
4ème génération. Mon arrière-grand-
père a commencé l'ostréiculture avec
une charrette et des mules. Il des-
cendait sur la côte au niveau du
Château. Les huîtres étaient posées
à même le sol. C'était un travail très
pénible. Je l'ai fait, à 12 ans je suis
allé dans les parcs. Quand mon
grand-père a dit qu'on allait utiliser
des bateaux, des chalands ostréi-
coles, les «plates» comme on les
nomme, ça a été tout un pataquès.
C'est à moteur, ça fait du bruit, ça va
polluer. Mais fallait bien avancer.
Mon arrière-grand-père n'était pas
d'accord, mais mon grand-père a eu
sa plate. Avec mon père, dans les an-
nées soixante-dix, on est passé aux
tables et aux poches. On voit l'évolu-
tion. Maintenant y en a sur tout le
bassin. Mais problèmes d'envase-
ment, de changement de courant. On
est arrivé au bout. Le boulot étant
quand même assez dur, j'aurais été
con de ne pas aller voir ce que c'est
que ce projet de filières. On dit que
c'est réservé aux gros; moi, j'ai une
entreprise familiale avec ma femme,
mon beau-frère et ma belle-soeur. On
a eu la crise de mortalité des huîtres.
On a reçu des enveloppes de l'Etat.
Moi, j'ai investi le pognon dans la
boîte, ce qui n'est pas le cas de tout
le monde, dans des filières. Je ne fais
pas de triplo, mais les filières ça
m'intéressait. On a expérimenté du-
rant 3 ans. Maintenant on sait que
ça marche. On a du résultat. C'est
mécanisé, le travail est moins pénible
; fini les problèmes de dos dont sont
victimes la plupart des collègues. On
n'est plus tributaire des marées, on
peut y aller presque pratiquement
quand on veut. Faut que ça avance,
on ne peut plus travailler comme au
temps jadis.»
----------------------------------------

Le projet de la Malconche au large de l'île d'Oléron

Un projet de 313 filières, sur près de
400 hectares, dans les eaux de l'Ile
d'Oléron, au lieu-dit l'anse de la Mal-
conche, bordée par les 8 km de la plage
des Saumonards entre Boyardville et le
port du Douhet, connaît depuis quatre
ans une opposition vigoureuse qui
souligne la nature industrielle et spé-
culative du projet et ses risques envi-
ronnementaux. Fer de lance de la lutte,
l'Association pour la Préservation du
Littoral de la Malconche et des Pertuis
charentais (APLIMAP) qui dénonce ce
projet de filières qui va détruire la qua-
lité environnementale d'un espace lit-
toral exceptionnel, saper les bases de
l'économie touristique locale, et repré-
sente pour la profession une fuite en
avant incontrôlée, coûteuse pour la
collectivité, dangereuse pour la survie
des petits et moyens producteurs. Elle
cible de gros producteurs qui veulent
produire encore plus, alors qu'il existe
des stocks importants d'invendus, et
dont le calcul économique, dans le
contexte des fortes mortalités, est de-
puis plusieurs années d'accroître de
manière exponentielle les naissains
[ensembles de larves] et de profiter des
compensations pour pertes accordées
par l'Etat. Pour l'APLIMAP il est clair,
d'une part, que l'emploi des ostréi-
culteurs traditionnels est menacé car
la production d'huîtres naturelles ne
pourra soutenir la concurrence d'une
production massive d'huîtres d'éclo-
serie vendues beaucoup moins cher
et que, d'autre part, la production
massive d'huîtres triploïdes repré-
sente une dérive inquiétante pour le
maintien de la qualité et de la biodi-
versité. L'APLIMAP a obtenu le sou-
tien des maires de trois communes
du nord de l'île, Saint-Georges-
d'Oléron, La Brée-les-Bains et Saint-
Denis. Fin avril 2012, le conseil
municipal de Saint-Georges a émis
un avis défavorable au projet qui,
selon lui, comporte trois risques. Un
risque nautique: «L'implantation en-
visagée rendra la circulation des na-
vires de plaisance plus compliquée,
voire dangereuse, en sortie de che-
nal». Une menace pour la pêche lo-
cale: «Les pêcheurs qui débarquent
leurs produits à Boyardville seront ex-
clus de leur zone traditionnelle de
pêche». Un risque pour les plages:
«La maîtrise des déchets conchyli-
coles n'est pas avérée. Les mauvaises
pratiques relevées dans le Coureau
d'Oléron [passage entre le sud de l'île
et le continent] font craindre pour la
préservation des plages».

Une bataille juridique a été menée
et l'APLIMAP indique que, après l'an-
nulation par le Tribunal administratif
de Poitiers en janvier 2014 du premier
projet d'implantation pour absence
d'étude d'impact et en raison de sa lo-
calisation trop proche du rivage, les
services de l'Etat ont instruit un se-
cond dossier... à l'identique... Et l'ont
autorisé à nouveau!

En février 2015, l'APLIMAP et
l'UNAN-CM (Union Nationale des As-
sociations de Navigateurs Charentes
maritimes) ont écrit à Madame la Pré-
fète pour dénoncer les insuffisances
du dossier et les errements du rapport
d'enquête publique portant sur le
deuxième projet. Ces lettres ont été
communiquées aux ministres de l'In-
térieur et de l'Ecologie. Malgré tout, le
4 mars, la Préfète a signé l'arrêté auto-
risant la création du champ de 313 fi-
lières de la Malconche. L'APLIMAP
réclame donc un moratoire suspen-
dant immédiatement l'exécution de
cet arrêté.

Installation d'une ZAD

Le 9 avril 2015, des opposants au
projet d'implantation de filières
conchylicoles occupent à Boyardville
un ensemble immobilier dit «La Mai-
son Heureuse», qu'ils nomment la ZAD
IØ (Zone A Défendre-Ile d'Oléron). Le
21 avril, une ordonnance d'expulsion
est délivrée contre eux, bien entendu
pas pour leur opposition à l'ostréicul-
ture industrielle, mais, «compte tenu
de la nécessité de prévenir tout risque
d'atteinte à la sécurité des personnes,
en raison du danger que représente un
immeuble vétuste et en état de déla-
brement». Donc, pour leur bien!
Leur installation réjouit l'APLIMAP
car elle permet un plus grand retentis-
sement de leur lutte et un apport de
militants apparemment peu éloignés
de leur vision de la lutte. A la question
sur les rapports de force qu'ils comp-
tent construire pour faire échouer le
projet, les Zadistes en réunion pu-
blique répondent nettement: «La
construction de rapports de force, ça
c'est votre vision de la lutte. Ici ça fait
plus de 4 ans que les gens luttent en
utilisant les moyens juridiques, ce qui
a permis un certain succès. Aujour-
d'hui la ZAD est arrivée, avec ses mé-
thodes. Maintenant on est très
conscient qu'on ne peut pas utiliser la
ZAD comme on l'utilise à NDDL ou à
Sivens [puisqu'elle n'est pas située sur
le lieu à protéger]. En fait c'est dans le
rassemblement citoyen, dans l'inter-
pellation des touristes, des consom-
mateurs, en faisant des réunions avec
des citoyens et avec les ostréiculteurs
qu'on va réussir à empêcher tout ça. Si
demain il n'y a aucun ostréiculteur qui
veut investir sur les 313 filières, mais
s'ils veulent un projet plus petit, genre
50 filières, là ça marchera. Par contre si
on reste divisé chacun dans son coin à
se taper dessus, là ça ne marchera pas.
C'est donc là qu'on utilise la ZAD
comme une clé de voûte entre chaque
groupe de gens qui vivent sur cette île
et avec les gens de l'extérieur».

«Les objectifs de la Zad c'est d'es-
sayer de déjouer un peu ce qui est en
train de se passer. Ceci en réunissant
les gens, et pourquoi pas ceux qui
sont acteurs des champs de filières,
pour qu'il puisse y avoir une concer-
tation, non pas officielle mais tout au
moins officieuse. Si on arrive à se
mettre d'accord, ce serait déjà pas
mal. Après, ici, si nous occupons ces
bâtiments, c'est justement parce que
c'est immense. On a la logistique
pour accueillir des gens. Dans l'idée
de la ZAD, c'est la démocratie partici-
pative: on se retrouve autour d'un
cercle, on discute tous ensemble et,
pourquoi pas, pour mener aussi des
actions. C'est ça aussi la ZAD, elle
peut mener des actions, mais ça va
être des actions «ciblées». On a déjà
potentiellement nos cibles, ce ne sont
pas les ostréiculteurs, ce ne sont pas
les Oléronais, mais ce sont les éclose-
ries qui sont un réel problème. On ai-
merait réussir à mobiliser des gens et
mener des actions contre les éclose-
ries. On ne s'en cache pas. C'est vrai-
ment notre objectif. Les gens sont
vraiment très mal informés, même
dans le réseau des militants. Un des
objectifs de la ZAD va être d'informer
la population en partie sur la triploïde
parce que, pour nous, si la conchyli-
culture reste une modalité de l'agro-
industrie, la triploïde correspond bien
à cette modalité parce qu'elle se
consomme l'été, parce que sa crois-
sance est accélérée».

La ZAD IØ durera-t-elle jusqu'à
l'été *? On ne peut que le souhaiter,
mais à l'opposition des pro-filières
vient s'ajouter celle de personnes
(commerçants) pas forcément favo-
rables à ces filières, mais très anti-
squat. L'optimisme néanmoins
demeure, comme l'indique cette ré-
ponse concernant le risque de milice
comme à Sivens ou Roybon. «Nous
avons subi hier une intervention d'un
groupe de personnes très remontées
contre nous, mais il n'y a pas de pro-
blème comme à Sivens. Nous avons
beaucoup de gens locaux qui viennent
nous voir, parler avec nous, ça n'a rien
à voir avec ce qui se passe à Sivens».

Les Zadistes appellent «à la mobi-
lisation, à un moratoire et à l'arrêt im-
médiat» de ce projet qui n'est qu'un
début, car il est prévu de consacrer, sur
les côtes de France, 14 000 hectares à
l'aquaculture. Ils dénoncent au pas-
sage la loi Macron avec laquelle il n'y
aura «plus d'enquête publique, ni
d'étude d'impact pour les grands pro-
jets d'envergure» et ils interrogent:
«Le TAFTA joue-t-il un rôle dans cette
industrialisation?»

Scylla (OCL-Lyon) - 2 mai

* Le 10 mai, la
ZAD de l'Île
d'Oléron a été ex-
pulsée. Les 16
personnes qui
l'occupaient ont
été placées en
garde à vue pour
vol d'électricité
et, pour cer-
taines, pour vio-
lences contre des
agents de la force
publique pour
des faits anté-
rieurs à l'évacua-
tion. Cette
expulsion a été
menée conjointe-
ment avec celle
d'Échillais, l'autre
ZAD de Cha-
rente-Maritime,
mise en place le
31 décembre
2014, pour lutter
contre la
construction
d'un hyper-inci-
nérateur. Ce der-
nier, dont la
construction est
confiée au
groupe de BTP
Vinci, associé à
du tri-mécano-
biologique (un
procédé contro-
versé) pourrait
brûler 75 000
tonnes de dé-
chets par an.
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