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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif #247 - international/Belgique: Grève générale une fois!

Date Sun, 26 Apr 2015 11:11:37 +0300


Des grèves générales tournantes, des Blacks Blocs déguisé en travailleurs, des syndicalistes de toutes les couleurs, des piquets en veux-tu en voilà mais que se passe-t-il en Belgique ? Le 6 novembre 150 000 personnes défilent dans Bruxelles, c'est la manifestation la plus importante depuis 40 ans. A la suite de cette journée un plan de bataille est alors élaboré par les syndicats pour les 40 jours qui suivent. Des grèves tournantes sont organisées les trois lundis suivants et même si à chaque fois ce sont des régions différentes qui font la grève, le reste du pays est forcement touché. ---- Que se passe-t-il donc en Belgique ? ---- Pas facile de récolter des informations, vu le silence médiatique et le désintérêt des militants «radicaux» pour un mouvement encadré de manière indiscutable par les syndicats.

C'est pourquoi avec quelques camarades nous
avons décidés de nous rendre à Bruxelles
la journée du 15 décembre, journée de
grève générale, afin de constater de nous
même de quoi il en retournait. D'autres
camarades, qui se sont rendus à Tournai,
à Charleroi et à un meeting au siège de la
FGTB (Fédération Générale du Travail de
Belgique), nous ont confié leurs impres-
sions (qu'ils en soit chaudement remer-
cié). Enfin, pour rédiger ce qui suit nous
nous sommes également appuyés sur un
entretien avec un syndicaliste FGTB, réa-
lisé dans le cadre d'une émission de
radio (1). Nous avons essayé de saisir les
dynamiques et les enjeux de ce mouve-
ment, mais il serait cependant fort peu
heureux de tirer des conclusions défini-
tives de ces quelques lignes.

Un mouvement social d'ampleur contre un méchant plan de rigueur

La restructuration tape fort, très fort,
en Belgique. Profitant des injonctions de
la Commission Européenne d'équilibrer
son budget, le gouvernement de Charles
Michel, le premier ministre, en place de-
puis le 11 octobre 2014, en profite pour
annoncer un plan d'économies de 11 mil-
liards d'euros en 5 ans. Issue des élec-
tions fédérales de mai 2014, la coalition
gouvernementale est particulière à plu-
sieurs titres, d'abord par ce qu'elle re-
lègue le Parti Socialiste dans l'opposition
après plus de 25 années ininterrompues
de présence dans toutes les coalitions
gouvernementales (2). Le MR (Mouve-
ment Réformateur, tout un programme!),
le parti du premier ministre, est le seul
parti francophone. Pourtant issu d'un
faible pourcentage des votants, il obtient
par le jeu constitutionnel (la Constitution
prévoit la parité linguistique), la moitié
des postes ministériels. Par ailleurs, le N-
VA (Niew Vlaamse Alliantie/Alliance Néo
Flamande), les nationalistes flamands
sont pour la première fois associés à une
coalition gouvernementale. Evidemment
les mesures du plan d'austérité ont été
amorcées par le précédent gouverne-
ment, celui du socialiste Di Rupo qui re-
groupait les 3 partis traditionnellement
au pouvoir depuis des dizaines d'années
: les socialistes francophones et fla-
mands, les démocrates chrétiens et les li-
béraux flamands et francophones.

C'est donc toute la classe politique en
place qui est montrée du doigt et, fait rare
dans l'histoire belge, les syndicats pren-
nent leur distance avec les partis poli-
tiques notamment le PS wallon, comme
c'est le cas à Charleroi où la FGTB locale
a officiellement rompu ses rapports avec
le PS et les écolos belges. Le discrédit de

la classe politique dans son ensemble est
perceptible et a conduit les grévistes que
nous avons pu rencontrer à se penser, à
s'affirmer comme LES véritables représentants
de la société belge, de sa majorité.
Plus que des interlocuteurs, plus que
des partenaires sociaux selon la formule
consacrée, ils incarnent la légitimité sociale, ils se pensent comme contre-pouvoir, est ce là la matérialisation de leuconscience de classe ? Difficile à dire, toujours est-il que le passage en force du
gouvernement a été perçu comme un affront et comme un non respect des règles
du jeu social, l'absence de prise de considération du gouvernement alors que
150 000 personnes s'étaient rassemblées
dans les rues de Bruxelles, n'ayant rien
fait pour diminuer la colère de la base
syndicale. Les syndicats se retrouvent
donc dans une situation peu banale entre
une base qui pousse et un gouvernement
qui refuse de négocier.

Le Front syndical commun

La Belgique est l'un des pays européens ayant un taux de syndicalisation
les plus important (voir encadré), l'écrasante majorité des travailleurs-ses se regroupe dans les deux grands syndicats
belges : la FGTB en rouge consubstantiellement liée au Parti socialiste, et la CSC
(Confédération des Syndicats Chrétiens
de Belgique) en vert qui est plus proche
des partis démocrates-chrétiens. Il faurelever que pour la première fois la
Confédération Générale des Syndicats Libéraux de Belgique (CGSLB) a été associée
au Front syndical commun, c'est dire...

Cette puissance syndicale s'explique
par l'histoire sociale et politique belge où
le patronat, au sortir de la deuxième
guerre mondiale, a décidé de s'appuyer et
de développer un syndicalisme puissant capable d'encadrer la force de travaicontre les dangers du communisme eavec qui, il pouvait s'entendre sur un cer-
tain compromis social. En ce sens, les
syndicats belges sont clairement dans le
modèle type Europe du nord/Scandinavie
où le syndicat est un agent reconnu du
fonctionnement économique. Le plan
d'austérité et sa contestation sont donc à
comprendre dans la spécificité du rapport capital/travail tel qu'il s'est structuré
en Belgique, c'est-à-dire comme une re
mise en cause générale de l'Etat provi-
dence, du compromis entre les classes.
-------------------------------------------------------------
LE PLAN MICHEL

Sur son site, la radio télévision
belge francophone (RTBF) propose
un bref résumé (non-exhaustif) des
mesures gouvernementales à l'ori-
gine de la grève. A titre d'exemple
on peut citer le recul de l'âge légal
de la retraite (qui passerait de 65 à
67 ans) et l'arrêt de l'indexation des
salaires sur l'inflation, une particu-
larité belge correspondant de fait à
une stagnation salariale pendant au
moins deux ans. Le plan prévoit
une modification dans le système
d'allocations chômage qui seront
revues à la baisse (évidemment!)
ainsi qu'une déréglementation des
contrats de travail qui va accentuer
la précarité, notamment chez les
étudiants qui seront sous contrat
horaire et non plus journalier. Il
prévoit également des mesures vi-
sant les chômeurs : allongement du
stage d'attente (délai entre l'ins-
cription au «pôle emploi» et le début
du versement d'allocations) pour
les jeunes qui sortent des études,
dégressivité accrue des allocations,
limitation dans la durée des alloca-
tions d'insertion, mais aussi un ser-
vice d'intérêt général obligatoire,
autrement dit, l'obligation pour les
chômeurs de s'acquitter de certains
travaux pour pouvoir continuer de
percevoir leurs allocations. Enfin
l'annualisation du temps de travail
dans certains secteurs va permettre
le réglage de l'exploitation aux pe-
tits oignons, et pour les femmes ce
ne sera pas la joie non plus,
puisque les réformes concernant le
travail à temps partiel vont princi-
palement les concerner. Privatisa-
tions, baisse des allocs et des
salaires, précarité qui se généralise
une recette qui a fait ses preuves
ailleurs...
----------------------------------------------

SUR LES SYNDICATS EN PRÉSENCE

Les doctrines sur lesquelles se
sont fondés ces 3 syndicats sont diffé-
rentes. Elles peuvent se résumer
comme suit :

Initialement, les valeurs de la CSC
sont celles de la doctrine sociale de
l'Eglise catholique. Les syndicalistes
chrétiens visent l'émancipation de la
classe ouvrière mais sont opposés à la
lutte des classes.Ils ont pour objectif la
participation des travailleurs à la ges-
tion de l'entreprise et pas l'abolition du
pouvoir de décision du capital ;

Les statuts de la FGTB se réfèrent à
la Charte de Quaregnon (texte fonda-
teur du Parti Ouvrier Belge en 1894) et
font donc référence à la lutte des
classes. Ils visent donc initialement à
la constitution d'une société sans
classe par la transformation totale de
la société et affirment comme objectifs
constants la substitution des pouvoirs
publics à l'initiative privée et l'augmen-
tation du pouvoir des travailleurs.

La charte sociale de la CGSLB
s'inspire des droits sociaux définis par
la Déclaration universelle des Droits de
l'Homme.

Le taux de travailleurs syndiqués
en Belgique, déjà très élevé par rapport
aux autres pays d'Europe, a augmenté
de 4,2% en 10 ans. Cette croissance se-
rait due à l'affiliation en masse des em-
ployés, des agents de service public et
de chômeurs.

Il y a plus de trois millions de syn-
diqués en Belgique. Ce chiffre prend en
compte non seulement les retraités
mais également les chômeurs. Les al-
locations chômage sont payées dans
88% des cas par le biais des syndicats,
et cela contribue bien sûr à la syndica-
lisation des chômeurs. L'organisme
belge de recherche CRISP estime qu'en
2000, 65 % des salariés ayant un emploi
étaient syndiqués, tandis qu'une étude
réalisée par l'Université de Gand avance
un chiffre de 58 % Quoiqu'il en soit, le
taux de syndicalisation en Belgique est
parmi les plus élevés de l'Union euro-
péenne. Il est par ailleurs à peu près
stable depuis la fin des années 1970.
Les syndicats, et en particulier ceux de
la CSC/ACV, la principale confédéra-
tion, ont été capable ces dernières an-
nées d'accroître le nombre de leurs
adhérents, augmentant ainsi le taux
global de syndicalisation. En plus d'ef-
fectuer le versement des allocations
chômage à leurs adhérents, les syndi-
cats leurs garantissent le paiement
d'indemnités en cas de grèves, à condi-
tion que celles-ci répondent à certains
critères. Des caisses de grève gérées
par les syndicats sont constituées à cet
effet. Les syndiqués ont par ailleurs
accès à une série de prestations : in-
formations sur le droit du travail et les
conditions de travail, assistance juri-
dique gratuite, primes à l'occasion de
certains événements (mariage, nais-
sance, départ à la retraite, décès, etc.),
prime annuelle payée par l'employeur
pouvant représenter plus de la moitié
des cotisations annuelles, etc.

La plus petite des confédérations,
la CGSLB/ACLBV d'orientation libérale,
propose même des séjours en centre de
vacances, des cartes de paiement privi-
lège, une réduction pour acheter du
carburant dans certaines stations, etc.
Le taux global de syndicalisation
masque toutefois d'importantes dispa-
rités : 95% de syndiqués parmi les ou-
vriers, 59% dans les services publics,
44% chez les employés. Il faut ajouter à
toutes ces statistiques une dimension
«linguistique» dans le sens où en Wal-
lonie c'est la FGTB qui domine alors
que c'est la CSC en Flandre.
------------------------------------------

On a pu entendre sur plusieurs pi-
quets de grève les effets désastreux de
cette évolution du marché du travail, tant
sur les conditions de travail que, d'un
point de vue général, sur la qualité du ser-
vice public fourni.

Une autre caractéristique de ce mou-
vement, c'est qu'en Belgique lorsque c'est
grève générale ben c'est la grève générale,
et le 15 décembre pour ce que nous avons
vu de Bruxelles, il n'y avait pas un avion,
ni un train, métro, bus... A cette paralysie
de fait, une volonté de tout bloquer était
clairement affichée, car c'était là le véri-
table enjeu de la journée pour les gré-
vistes. L'établissement de piquets de
blocage des routes avait donc été mis en
place un peu partout (plusieurs centaines
à l'échelle du pays), ce qui permettait au
mouvement de grève d'être suivi dans des
secteurs souvent peu présent dans les
contestations sociales (PME, centres com-
merciaux). Concrètement, chaque entre-
prise, chaque secteur, bloque la route
devant son lieu de travail. Rien que dans
la zone industrielle et commerciales (les
zoning) à l'entrée de la ville on pouvait as-
sister à 3 ou 4 piquets successifs sur la
même route... Rien à voir avec les blo-
cages économiques du mouvement des
retraites en France, ici il y avait des pi-
quets même devant des petites PME, et
ces piquets étaient intégralement tenus
par les travailleurs (syndiqués) de la boîte.
Les patrons avaient même pour certains
donné congé pour la journée. Tout cela
dans une ambiance de kermesse et super
«peace». Quelle surprise pour de braves
gauchistes comme nous d'être accueillis
sur les piquets poliment, presque chaleu-
reusement, avec une réelle envie et un
plaisir évident de partager la conversa-
tion. Quel amusement également de
constater que chaque syndiqué incarne sa
marque syndicale en affichant les cou-
leurs de sa centrale (la panoplie est com-
plète, des chaussettes au bonnet en pas-
sant par le parapluie). Quelle gêne cepen-
dant de constater la matérialité de la paix
sociale par la proximité à la fois physique
et idéologique des flics. Non seulement
nous avons vu des membres des forces de
l'ordre se joindre aux piquets le temps
d'une merguez, mais l'alliance police/gré-
vistes est partout proclamée ; ainsi sur
plusieurs piquets on a entendu cette «ru-
meur» qui semble prendre de l'ampleur,
que si les manifestants veulent aller vers
le parlement européen (cette partie de la
ville est une sorte de zone franche où les
manifs sont interdites) de nombreux poli-
ciers sont prêts à baisser leurs boucliers
et à laisser passer. D'ailleurs les flics aussi
sont mobilisés face à des coupes budgé-
taires importantes dans leurs services ; ils
ont même fait une grève du zèle le lende-
main (le 16). Certes certains secteurs ont
pu avoir des velléités d'affrontement ; à
Charleroi, par exemple, cette radicalité est
palpable comme ailleurs en Belgique no-
tamment à Anvers et Gand où les dockers
tiennent le haut du pavé face à la police
ou à la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) ou
Nouvelle Alliance Flamande (les seuls af-
frontements avec la police ont eu lieu à
Anvers devant le siège de la NV-A car le
chef du parti nationaliste flamand Bart De
Wever est aussi le maire de la ville). Ce
sont les mêmes dockers qui, le 6 no-
vembre lors de la manifestation bruxel-
loise, ont assumé la conflictualité face à
la police et dont quelques uns ont été ar-
rêtés.

Mais plus que tout, la sensation la plus
troublante, c'est qu'aucune autonomie ne
semble poindre dans le mouvement et sur
les piquets, et que pis encore elle n'est ni
recherchée ni presque désirée, chacun
semble être à sa place naturelle
flics/base/bureaucraties. Tout l'agenda du
mouvement est fixé d'en haut, longtemps
à l'avance. Pire, il ne semble y avoir au-
cune AG de base. Sur tous les piquets lors-
qu'on interroge sur la reconduction du
mouvement ou sur les prochaines mobili-
sations, tous nous ont répondu attendre
les directives syndicales qui devaient ar-
river plus tard dans la semaine.

La suite au prochain épisode ?

Au premier abord, il semble que les
centrales tiennent fermement les rênes
du mouvement. Mais, d'une part, le ras-
semblement syndical pousse pour refuser
une concertation dont le contenu serait
réduit à pas grand-chose et pour amplifier
le mouvement syndical actuel afin de dé-
faire le plan d'austérité et d'obtenir un dé-
bouché politique type Front de Gauche.
D'autre part, certains soulignent l'énergie
de la base qui veut en découdre ici et là,
et parlent «d'aller au finish» (c'est à dire à
la grève illimitée). A Charleroi, des délé-
gués affirment que leur base n'acceptera
que fort difficilement la trêve, ou s'insur-
gent contre le fait qu'on ne demande ja-
mais aux syndiqués de se prononcer sur
la fin d'une grève ou sa prolongation : ce
sont les responsables syndicaux qui déci-
dent encore de la poursuite d'un mouve-
ment. Enfin, le rapport de force est
d'autant plus tendu que la NV-A, parti aux
dents longues, est prête à ne rien lâcher.
Si l'épreuve de force tourne en faveur du
patronat et du gouvernement, ceux-ci ont
là une occasion d'abattre le syndicalisme
de contestation pour des années et de le
cantonner à un syndicalisme de service.
Le patronat a donc peut-être une possibi-
lité de réduire à néant le mouvement ou-
vrier belge, d'où l'importance de ce
mouvement.

Article réalisé grâce aux contributions
de nombreux camarades,
en particulier F. et F. de Lille
et de sales gosses d'ici et d'ailleurs,
qu'ils en soient remerciés.
Remixé par Jean Mouloud


1L'Egregore du 21
janvier 2015, ré-
écoutable sur le
site internet de
l'Organisation
Communiste Li-
bertaire ou sur
celui de Reims
Medias Libres.
2 Le système
électoral belge et
son fédéralisme
pousse à la consti-
tution de gouver-
nement de
coalition et pro-
duit une instabi-
lité politique
chronique (un peu
comme en Italie).
On se souvient
ainsi de la longue
période où l'Etat
fédéral s'est
trouvé dans l'in-
capacité de former
un gouvernement
pendant plus de
12 mois en
2013/2014
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