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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Rojava (Kurdistan syrien) La bataillle de Kobanê : entre offensive djihadiste, complicité turque et résistance kurde (en, pt)

Date Mon, 29 Sep 2014 12:07:44 +0300


L'offensive de l'État islamique (EI) lancée sur Kobanê, l'un des trois cantons Kurdes de Syrie, le 15 septembre, se poursuit et marque un épisode crucial à la fois de la guerre en Syrie et de la révolution lancée par les mouvements de la gauche kurde. ---- L'enjeu de cette bataille détermine le sort du Kurdistan tout entier et de l'ensemble du Moyen-Orient. ---- Kobanê, troisième ville kurde de Syrie, peuplée avant la guerre d'environ 300 000 habitants, mais abritant aujourd'hui plus de 200.000 réfugiés, est depuis plus d'une semaine le théâtre d'une des opérations militaires des djihadistes les plus brutales, et après celle de Homs, la plus cruelle. ---- Une conséquence du renforcement des islamistes ---- L'origine immédiate de cette attaque se trouve à l'extérieur de la Syrie. En Irak, l'EI a réussi à s'emparer d'un énorme butin d'armes, en partie du régime de Saddam Hussein mais surtout d'une énorme quantité d'armes lourdes et de blindés abandonnés par les États-Unis et la "nouvelle" armée irakienne. Quand, au mois de juin, l'EI a occupé Mossoul, il a trouvé des arsenaux presque intacts. En août, le groupe islamiste se lançait contre Sinjar parce que cette ville est pour l'essentiel peuplée de yézidis. Le but de l'EI est d'exterminer littéralement toute religion qui n'est pas musulmane sunnite. Ces événements ont provoqué une réponse internationale et les États-Unis ont commencé à bombarder des positions de l'EI permettant ainsi une certaine reprise du terrain de la part des troupes kurdes irakiennes (barrage de Mossoul notamment).

Lors des évènements de Sinjar, la principale milice kurde Syrie, les YPG (Yekîneyên Parastina Gel / Unités de défense du peuple), vont intervenir pour la première fois sur le sol irakien pour sauver des dizaines de milliers de réfugiés, abandonnés de tous, en envoyant des renforts depuis le Rojava (Kurdistan de Syrie). Des renforts qui ont joué un rôle fondamental dans les monts du Sinjar, en organisant des couloirs humanitaires et en organisant les premières unités d'auto-défense yézidis, mais aussi sur d'autres points de la ligne de front, en particulier en reprenant, avec les combattants du PKK accourus eux-aussi, la ville de Makhmour et les villages alentours.

Paradoxalement ou pas, les bombardements américains, qui ont certainement sauvé de nombreux civils en Irak, ont provoqué cette attaque brutale sur le territoire syrien. Il n'est pas possible d'agir en Irak sans réfléchir à l'échelle globale, particulièrement sur les développements en Syrie, car cela revient à se protéger sur un flan en laissant l'autre à découvert.

Mais les États-Unis ne semblent pas avoir une stratégie qui aille au-delà de la protection des champs pétroliers et du rétablissement des anciens cadres nationaux et institutionnels. En ce sens, frapper l'EI en Irak (et surtout en Irak), récupérer Mossoul et les riches provinces du nord, aider à consolider le régime autonome du Kurdistan irakien, ce qui revient simultanément à faire refluer les djihadistes et les renvoyer en Syrie (où ils seront plus utiles pour les Occidentaux en combattant à la fois le régime de Damas et les kurdes "terroristes" du PKK-PYD), apparaissent comme l'axe principal des États-Unis et de la coalition qu'ils entendent mettre sur pied et diriger.
Les bombardements récents sur le sol syrien obéissent à cette ligne générale, même s'ils ouvrent apparemment un second front anti-djihadiste ayant pour visée et effet attendu d'affaiblir le régime de Bachar el-Assad.

Kobanê est située dans la province de Raqqa qui est la place force de l'EI, sa "vraie" capitale, vers laquelle se replieront les troupes djihadistes en cas d'offensive majeure sur Mossoul (province de Ninive) et sur l'ouest irakien (la grande province d'Al-Anbâr au ¾ désertique mais avec les villes rebelles de Ramadi et Falloujah et des frontières incontrôlées avec la Jordanie et l'Arabie Saoudite).

Les éléments de cette offensive

L'EI a semble-t-il déplacé une partie de ses forces en Syrie, concrètement à Raqqa. Le "calife" auto proclamé lui-même, Ibrahim, est maintenant en Syrie. Une fois qu'il a pu concentrer une bonne partie de ses forces militaires en Syrie, l'EI s'est retrouvé avec un potentiel très important et a défini un nouvel objectif prioritaire : Kobanê.

Les raisons sont au moins au nombre de trois :
1) Kobanê est le canton central des trois cantons Kurdes. Il est aussi le plus petit. Le faire tomber signifie isoler les deux autres, Efrin à l'ouest, Cerîzê à l'est.
2) Kobanê permet d'accéder à la Turquie depuis la Syrie. Comme plusieurs sources l'ont montré, les preuves du soutien turc à l'EI sont claires.
3) Les Kurdes, en particulier les YPG, se sont montrés sur le champ de bataille comme la seule force pouvant faire face à l'EI, et même de l'écraser dans de nombreux endroits. À égalité de conditions s'entend.

À cela peuvent être ajoutées des raisons supplémentaires, symboliques mais tout aussi importantes.

Kobanê est l'endroit où a été proclamée la révolution du Rojava, le 19 juillet 2012. C'est aussi la ville où s'est rendu la première fois Abdullah Öcalan, le 2 juillet 1979, lorsqu'il s'exila de Turquie pour poursuivre la lutte. C'est aussi à Kobanê que la solidarité kurde avec les victimes de l'opération Anfal perpétrée par le régime de Saddam Hussein (le massacre de Halabja en 1988) a été parmi les plus fortes, où, entre autres, les enfants faisaient don de leurs propres vêtements pour les jeunes survivants du génocide. C'est un des berceaux du mouvement kurde en Syrie.

Et en supplément, une raison tactique : les djihadistes pouvaient espérer profiter de l'absence de bombardements des forces occidentales sur le sol syrien.

Dans ce contexte, l'EI a lancé une attaque très préparée contre Kobanê avec les éléments suivants :
1) Une attaque sur trois fronts à la fois ; par l'est, par l'ouest et par le sud.
2) L'engagement de 3000 combattants au début, qui ont été renforcés au bout de cinq jours par plus de 4000 autres : ils sont maintenant 7000.
3) L'utilisation de l'essentiel de son arsenal de Syrie.
4) L'utilisation des équipements militaires arrivés en provenance de la Turquie, au moins deux trains de marchandises anonymes détectés à Tell-Abyad
5) Et, élément fondamental : l'utilisation d'artillerie lourde, en particulier environ 50 tanks en provenance d'Irak, des arsenaux du régime syrien et même de Turquie selon des témoignages.

Ce déséquilibre dans les armements a eu pour conséquence que le 15 septembre, l'EI a pu briser le front par le sud, malgré la résistance kurde désespérée. Le 17 septembre, l'avancée djihadiste était indéniable.

Les YPG n'ont pas de véhicules blindés ni de chars, et se battent essentiellement avec des AK47 (fusils d'assaut, les célèbres Kalachnikov), des RPG (lance-grenades, à moyenne portée) et des mitrailleuses. Leur supériorité en organisation, en expérience et en détermination leur avait permis de tenir pendant des mois, mais l'arrivée des chars depuis Raqqa a rendu impossible le maintien de cet équilibre des forces. C'est comme se battre avec des lances contre des canons. D'autant plus qu'il s'agit d'une zone de plaine, désertique et en partie irriguée, rendant quasiment impossible les actions de guérilla face à des forces dotées d'équipements blindés équipés pour les tirs de longue portée.

Le 17 septembre, l'EI est entré dans 21 villages et dès le lendemain, les YPG ont donné l'ordre d'évacuer les populations et de battre en retraite. 48 heures plus tard, les villages occupés par les djihadistes seraient au nombre d'une soixantaine.
À partir de là, les YPG ont réussi à stabiliser le front au prix de très lourdes pertes de part et d'autre. L'EI a semble-t-il choisi de ne pas user toutes ses forces et se limite à des bombardements massifs contre la population civile. L'Observatoire des droits de l'homme en Syrie (proche de l'opposition "modérée") parle de 70 morts dans chaque camp, mais aussi d'un grand nombre de disparus chez les Kurdes. D'autres sources avancent des pertes beaucoup plus importantes chez les djihadistes.

La Turquie, principal allié des djihadistes

Les appels désespérés des assiégés n'ont eu aucun effet. Les États-Unis, principal responsable des faits pour avoir bombardé l'Irak et laissé la Syrie être un sanctuaire, ont regardé ailleurs pendant plus d'une semaine. La Turquie offre un soutien officieux à l'EI et les Kurdes d'Irak qui doivent tant aux YPG, se limitent à des mots et des gesticulations. Une dernière donnée : l'EI a émis une fatwa (décret religieux) par laquelle tous les Kurdes qui sont capturés, qu'ils soient militaires ou civils, doivent être décapités. Un demi-million de Kurdes sont encerclés à Kobanê par l'EI avec deux options : mourir au combat ou par des bombardements ou être exécutés s'ils sont pris.

Mais des milliers de civils ont fui avant l'arrivée des djihadistes et se sont dirigés vers la frontière syro-turque.

De son côté, la Turquie a au début, rendu la frontière totalement infranchissable pour les Kurdes. Les consignes du Premier ministre Ahmet Davutoglu était de créer une zone tampon pour bloquer tout aide aux Kurdes de Syrie, civils comme combattants, ordre fut donné de les renvoyer vers leur ville et leurs villages bombardés.

Vendredi 19 septembre, alors qu'ils n'étaient que 3 à 4000 face aux soldats turcs, ainsi que des centaines de jeunes Kurdes venus manifester leur solidarité depuis le côté turc, ils ont forcé le passage, coupé les barbelés et ont contraint le gouvernement turc à ouvrir la frontière. Dès le lendemain, ils et elles étaient des dizaines de milliers.

Ce lundi 22 septembre, les réfugiés fuyant l'offensive djihadiste dépassent les 100 000. On parle de 130.000. Des Kurdes, mais pas seulement : Arabes, Assyriens, Arméniens..., toutes les populations composites de cette région, au-delà des Kurdes, les communautés vivant et/ou ayant trouvé refuge à Kobanê en masse depuis le début de la guerre (200 000), qui s'enfuient depuis que la frontière s'est entr'ouverte.

Tout le week-end, les Kurdes de Turquie sont descendus dans les rues par dizaines de milliers dans les principales villes. Des centaines de jeunes de tout le sud-est de la Turquie se sont dirigés en bus ou en voitures particulières vers la ville de Suruç (Pirsûs en kurde), proche de la frontière, en face de Kobanê.

Des milliers de policiers, gendarmes et soldat turcs ont été déployés pour contrôler les manifestants et militants qui veulent se mêler aux réfugiés. Au poste frontière de Mursitpinar, les forces de répression turques ont lancé des attaques pour disperser la foule à coup de gaz et de canon à eau. Dimanche, plus de trente manifestants blessés ont été hospitalisés dans différents hôpitaux de la province d'Urfa (ou Sanl?urfa). Des centaines de manifestants ont répondu avec des pierres et au moins un véhicule de la police a été incendié. Des tentes de solidarités dressées par des manifestants ont aussi été incendiées par les soldats.

L'État turc, accusé déjà d'armer encore les djihadistes, entend créer une zone-tampon sur la frontière pour empêcher les flux de personnes dans les deux sens : la fuite de réfugiés vers la Turquie dans un sens, l'afflux de volontaires et d'aide matérielle en direction de Kobanê pour renforcer la résistance.

D'après différentes sources, plus d'un millier de jeunes kurdes de Turquie ont réussi à passer la frontière à d'autres endroits pour rejoindre les rangs des YPG, répondant ainsi à l'appel lancé le 18 septembre par la KCK (Union des Communautés du Kurdistan).

Vendredi 19 septembre, à la mi-journée, le gouvernement turc a fini par céder sur l'accueil des réfugiés (pouvait-il faire autrement ?) mais continue d'aider l'EI en empêchant des renforts et le matériel (armes, munitions, équipements, autres fournitures militaires et non militaires) de rejoindre la ville assiégée. Non seulement la Turquie bloque les volontaires du Kurdistan turc mais aussi les nombreux Kurdes syriens qui ont franchi la frontière pour accompagner leurs familles, les aider à se mettre à l'abri et qui souhaitent revenir à Kobanê pour se battre.

Depuis samedi 20 septembre, les réfugiés peuvent passer mais les sorties en direction de Kobanê sont totalement bloquées sur et aux alentours de la route principale.

L'armée turque, de fait, complète le siège des djihadistes de Kobanê par le nord.


Dimanche 21 septembre, alors que les affrontements faisaient rage sur la frontière entre les soldats et policiers turcs et jeunes manifestants kurdes, le PKK lançait un nouvel appel aux armes pour défendre la ville de Kobanê et affirmait que 400 de ses combattants avaient déjà rejoint le front ces derniers jours, une ligne de front qui se situe à environ une quinzaine de kilomètre de la ville. D'autres renforts et de meilleures armes (anti-char notamment) sont attendus dans les prochains jours, malgré l'encerclement.
Des attaques de diversion sont également attendues depuis les autres cantons kurdes de Syrie, en particulier de la Jazira, à l'est de Kobanê.

Dimanche 21/09 toujours, d'après le quotidien turc Milliyet, l'EI aurait capturé environ 300 membres supposés du PYD dans différents villages et les auraient ensuite abattus par balles. D'après le quotidien, certains d'entre eux auraient été forcés de se déshabiller, puis trainés sur le sol avant d'être exécutés. Des photos de corps allongés par terre ont été diffusées sur Internet sans qu'elles soient authentifiées.

Les témoignages des réfugiés traversant la frontière, à pied, en véhicules, dont des ambulances, rapportent qu'il y a eu de nombreuses décapitations dans les villages. Pour, Ibrahim Binici, député pro-kurde du HDP présent sur la frontière qui a recueilli ces témoignages, « plutôt que d'une guerre, il s'agit d'une opération de génocide... Ils vont dans les villages, coupent les têtes d'une ou deux personnes et les montrent aux villageois ».


La KCK : « il n'existe plus aucune limite dans la résistance »

Le mouvement kurde dans son ensemble appelle à une mobilisation générale pour défendre Kobanê et repousser les forces de l'EI.

Les organisations politiques civiles légales ainsi que tout le tissu associatif appellent la population à descendre dans la rue, à se rendre en masse en direction de la frontière, à aider les réfugiés et les assiégés. De leur côté, les instances du mouvement comme la KCK ainsi que les organisations "illégales" et combattantes (PKK, PYD...), appellent la jeunesse kurde de Turquie à rejoindre la résistance armée en s'enrôlant dans les unités combattantes, notamment les YPG et YPJ du Rojava. Le 22 septembre, la KCK émet un nouveau communiqué déclarant que « le peuple kurde ne doit plus mettre de limites à sa résistance ».

Communiqué

KCK : Les frontières doivent disparaître, Urfa[*] et Kobanê doivent s'unir

ANF - 20 septembre 2014

La co-présidence du Conseil exécutif de la KCK a lancé un appel invitant le peuple du Kurdistan, d'abord et avant tout la population [du district] de Urfa, à rejoindre la résistance de Kobanê et à faire de la lutte contre l'EIIL [État islamique en Irak et au Levant, devenu EI, Etat islamique] la lutte du peuple du Kurdistan tout entier : « Enlevons les frontières, unissons Urfa avec Kobanê, défaisons les agresseurs de l'EIIL et faisons de la Révolution du Rojava la révolution de toute la Syrie et de l'ensemble du Moyen-Orient »

La déclaration de la KCK a indiqué que la résistance du peuple de Kobanê avait encouragé la lutte démocratique partout, en ajoutant : « des dizaines de milliers de jeunes doivent rejoindre la résistance et répondre au fascisme de l'EIIL ».

« La Turquie est derrière les gangs de l'EIIL »

Le communiqué de la KCK a ensuite déclaré : « Ils ont beau le nier, il ne fait aucun doute que l'une des puissances qui se trouve derrière l'EIIL est la Turquie. L'Etat turc utilise l'EIIL pour attaquer la révolution de Rojava et l'ensemble du peuple kurde. C'est comme ça qu'il mène sa sale guerre contre la lutte de libération kurde. Le PDK, qui est allié avec la Turquie, a déclaré que la Turquie ne l'avait pas aidé quand il avait été attaqué par l'EIIL. Cela démontre que les relations Turquie-EIIL sont plus profondes et plus complètes que les relations Turquie-PDK. Le gouvernement de l'AKP s'efforce de sortir de son isolement dans la région par l'EIIL. Les médias du monde entier ont documenté cette relation. La libération de 49 membres du personnel consulaire turc [de Mossoul] s'est produite à la suite de ce soutien en faveur de l'EIIL. Les otages ont été libérés en raison notamment de la collaboration turque avec l'EIIL lors de son dernier assaut sur Kobanê ».

« La Turquie maintient sa politique la plus hypocrite »

La déclaration de la KCK souligne l'hypocrisie de la politique turque, en disant : « D'une part, elle utilise l'EIIL pour attaquer le peuple kurde, et de l'autre elle fait de la propagande sur la façon dont elle accueille ceux qui arrivent à sa frontière. Cela entrera dans l'histoire comme un exemple flagrant de son hypocrisie. L'un des objectifs de la Turquie est de vider Kobanê des Kurdes, brisant ainsi les effets positifs de la Révolution du Rojava sur le Kurdistan du Nord » [de Turquie].

La déclaration de la KCK insiste sur le fait que la révolution de Kobanê doit être étendue à Urfa, et que le fascisme de l'EIIL doit être noyé dans le sang qu'il a répandu en raison de la révolution du Rojava combinée avec la révolution dans le nord du Kurdistan.

« Les Kurdes du Nord doivent se rendre à Kobanê et au Rojava »

« Des dizaines de milliers de jeunes doivent rejoindre la résistance et répondre au fascisme de l'EIIL », poursuit le communiqué, ajoutant que de cette manière l'État turc et les politiques antikurdes de l'AKP pourraient être vaincus.

« En ce moment, l'Etat turc et l'AKP n'ont pas de solution politique. Ils utilisent l'EIIL pour étrangler aspirations démocratiques. »

« Les attaques de l'EIIL doivent être considérées comme des attaques de la Turquie »

La déclaration KCK se conclut avec un appel à prendre les armes : « La résistance contre l'EIIL dans Kobanê doit se transformer en une résistance contre le gouvernement de l'AKP. Rejoignez la résistance de Kobanê et faisons de la lutte contre l'EIIL la lutte du peuple du Kurdistan tout entier. Enlevons les frontières, unissons Urfa avec Kobanê, défaisons les agresseurs de l'EIIL et faisons de la Révolution du Rojava la révolution de toute la Syrie et de l'ensemble du Moyen-Orient »

La déclaration du Conseil exécutif de la KCK se termine en commémorant ceux qui sont tombés pendant la lutte dans le canton de Kobanê.

***

___

[*] Note : Urfa est la province du Kurdistan turc située en face du canton de Kobanê. Le district de Suruç (Pirsûs en kurde), près de la frontière, où se retrouvent les réfugiés, en fait partie.

Sur le front diplomatique, trois députés du HDP (Parti démocratique du peuple) de Turquie, Selma Irmak, Sabahat Tuncel, Kemal Aktas, et une ex-députée Allemande au parlement européen Feleknaz Uca, ont commencé une grève de la faim à Genève, devant les bureaux de l'ONU, ce dimanche 21 septembre afin d'attirer l'attention de l'opinion publique sur les offensives et les massacres de l'Etat islamique à Kobanê, et demander une aide humanitaire d'urgence pour le peuple kurde. Selma Irmak a déclaré à un journaliste du quotidien Today's Zaman d'Ankara : « En plus de la grève de la faim, nous allons avoir des entretiens diplomatiques avec les responsables de l'ONU. Nous allons demander à l'ONU et aux puissances internationales d'envoyer une aide militaire aux Kurdes pour éliminer la violence de l'EI ».

Sur le front kurde, le PKK, par la voix d'un de ses dirigeants, Duran Kalkan, n'appelle pas les peshmergas irakiens à intervenir directement sur le sol de Rojava, mais leur demande de lancer des offensives sur le territoire irakien contre les djihadistes.

Selon plusieurs témoignages, dans la nuit de dimanche au lundi 22 septembre, environ 500 combattants du PKK auraient réussi à déjouer la surveillance de la frontière par l'armée turque et à s'infiltrer en territoire syrien.

Au total, on estime que, depuis une semaine, près de 1000 combattants du PKK ont rejoint Kobanê et qu'un nombre équivalent de jeunes kurdes sympathisants ou militants non combattants ont réussi à franchir la frontière pour s'enrôler dans les unités combattantes ou pour, d'une manière ou d'une autre, participer à la défense de la ville.

Par ailleurs, plusieurs centaines de combattants de la guérilla du PKK sont passés depuis leur base, située dans les monts Qandil en Irak du nord, dans le canton le plus oriental du Rojava, Cezîrê (Jazira), afin de contribuer à la mise en oeuvre d'attaques sur d'autres fronts afin de briser le siège de Kobanê.

Offensive djihadiste bloquée

Ce lundi 22 septembre, les YPG affirmaient avoir stabilisé le front et bloqué l'offensive de l'EI à une quinzaine de kilomètres de la ville de Kobamê, et même avoir entamé une contre-offensive sur les fronts sud et est. Par ailleurs, les forces kurdes auraient commencé une attaque contre des positions djihadistes depuis le canton de Cezîrê (Jazira).

Dans un communiqué, le centre de presse des YPG affirme que les forces kurdes ont perdu 32 combattants au combat en une semaine, et infligé des pertes bien supérieures à l'EI : 232 tués, 4 chars et une dizaine de véhicules détruits, et une grande quantité d'armes saisies. Ils ont aussi annoncé avoir arrêté 3 djihadistes étrangers, 2 Belges et 1 Français.


La situation dans la ville devient de plus en plus difficile. L'eau et l'électricité ont été coupées par les djihadistes. Un journaliste d'un quotidien turc parle d'une ville en partie désertée, mais aussi avec des habitants déterminés et armés d'armes de poing. Les jeunes kurdes venus du Nord s'entrainent pour partie au maniement des armes ou sont incorporés dans les groupes de la défense civile de la ville.

Solidarité partout

En France, samedi 21 septembre, manifestations à Paris à l'appel de la Fédération des Associations Kurdes de France (FEYKA). A Marseille, sur le Vieux-Port, une banderole de 80 mètre de long a été déployée par des militants kurdes.... En Allemagne, plusieurs manifestations ont eu lieu.

En ce qui concerne les appels à l'aide internationale, les forces kurdes de Kobanê ne demandent ni la présence de peshmergas d'Irak (ils ne souhaitent pas du tout que les barzanistes mettent leurs pieds dans le coin) ni expressément des frappes aériennes (même s'ils les souhaitent) : mais ils accepteraient volontiers des armes lourdes, anti-char, leur permettant de se battre « à égalité de conditions » et de reprendre l'offensive sur le terrain, au sol. Par contre, en cas de coalition "occidentale" sur le "front syrien" contre l'État Islamique, le PYD n'entend pas en être exclu : il demande à en faire partie en tant que force belligérante de premier plan s'opposant à la fois au régime d'Assad et aux djihadistes avec une longue expérience du combat au sol (interview de Saleh Muslim, co-président du PYD, à la Frankfurter Allgemeine, 21-09-2014)

Les frappes aériennes des États-Unis

Dans la nuit du 22 au 23 septembre, plusieurs frappes aériennes ont eu lieu sur le territoire syrien à l'initiative des Etats-Unis. Les principales cibles visées étaient des infrastructures de l'EI dans la région de Raqqa, près de Tabqa (ancienne base aérienne du régime prise par l'EI le 24 août dernier), Aïn Issa (entre Raqqa et Kobanê) et Tell Abyad (Girê Sipî en kurde, proche de la Turquie, une zone de conflit avec les YPG), Deir ez-Zor au sud-est et dans deux endroits de la frontière entre la Syrie et l'Irak sous contrôle de l'EI.

D'autres bombardements ont eu lieu dans la région d'Alep et celle d'Idlib, dans le nord-ouest du pays où ce sont semble-t-il les djihadistes du Front al-Nosra (Al-Qaïda maintenu) qui ont été visés.

Selon un communiqué de l'état-major des forces armées étatsuniennes, la coalition comportait l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Bahreïn et le Qatar. Magnifiques retournements de vestes quand on sait d'où sont venus les soutiens (en armes et financiers) aux djihadistes...

Les différentes factions de l'opposition syrienne dite modérée se félicitent de ces frappes.
Les mouvements kurdes ont également salué cette intervention.

Mais ils ne s'en satisfont pas.
Ils veulent des armes, comme les Kurdes d'Irak. Ils veulent un soutien à leur lutte. Des manifestations sont en cours sur ce point, notamment à Londres, devant le Parlement où un rassemblement est appelé mercredi 24/09, ainsi qu'à Bruxelles les 24 et 25 septembre, à Paris le 24, à Reims, Draguignan, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse, etc...

Ils veulent être associés à la coalition anti-EI : « Nous sommes impatients de collaborer avec la coalition dans la lutte contre le terrorisme qui menace toutes les valeurs humaines au Moyen-Orient », a déclaré Salih Muslim, le co-président du Parti de l'union démocratique (PYD) ce mardi 23 septembre. Mais ils ne veulent pas jouer les supplétifs d'une opportuniste coalition "arabo-occidentale", bien au contraire : ils veulent accroitre les moyens de poursuivre la lutte de libération kurde, avec la mise en place d'un projet politique et d'un modèle social originaux et alternatifs (confédéralisme, autonomie démocratique, écologie, anti-patriarcat...) : ce sont ces objectifs-là qu'ils entendent défendre et placer de manière non-négociable dans le cadre d'un "front" de lutte anti-djihadiste. Ils veulent la reconnaissance de l'autonomie du Rojava et de son autogouvernement. Ils veulent poursuivre, approfondir, amplifier, étendre la mobilisation pour la libération kurde sur tous les fronts, sur tous les terrains de lutte.

S'ils se battent militairement en Syrie et en Irak, ils n'oublient pas le caractère global de leur combat et en particulier celui qu'ils mènent depuis si longtemps sur le front turc. Ils veulent que soit dénoncée la politique de la Turquie, que soit démantelée la « zone tampon » installée par le gouvernement turc à la frontière, no man's land militarisé qui n'a d'autres fonctions que de compléter le siège de Kobanê et d'empêcher des renforts de rejoindre l'enclave kurde pour mettre en déroute les djihadistes.

Ils demandent que soient sanctionnés les États qui aident les djihadistes et que le PKK soit retiré de la liste des organisations terroristes.

Les forces kurdes des YPG et YPJ pour leur part ont non seulement stoppé l'offensive des djihadistes sur Kobanê dès le dimanche 21 septembre, mais ont lancé lundi 22 une offensive sur la ville de Tell Abyad (70 kilomètres à l'est de Kobanê), tenue par l'EI, depuis la ville kurde de Sêrékaniyé (Rass al-Aïn, canton de Cizîrê) située à plus de 100 km à l'est. D'autres attaques sont menées depuis trois jours au sud de cette zone (Mabrukah) contre des positions djihadistes afin de briser le siège de Kobanê.

?

La bataille de Kobanê n'est pas seulement un épisode important pour Kobanê et le Rojava ou même pour la seule lutte contre les djihadistes. Son enjeu détermine le sort du Kurdistan tout entier et de l'ensemble du Moyen-Orient.

Le 23 septembre 2014

___

Post Scriptum

Alors que nous bouclons l'édition de cet article sur le site, un communiqué des YPG fait un rapide état de la situation. Il annonce ce mercredi 24 septembre que les djihadistes restent bloqués sur le front de l'est et que plusieurs villages (Susanê, Tell Xezal, Halinc...) ont été repris au djihadistes au sud, sud-ouest et ouest de Kobanê ces dernières heures.
Ce début de contre-offensive est tantôt mené par les YPG/YPJ seuls, tantôt avec les combattants du Burkan El F?rat, Centre d'opérations conjointes, structure récemment créée regroupant des brigades issues de l'ASL dans la région de l'Euphrate et agissant en accord politique et en coordination militaire étroite avec les YPG, contre les djihadistes et contre le régime de Damas.

Links to http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1581
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Links to http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1581
Vidéo montrant des centaines de Kurdes prenant d'assaut un poste frontière turc le lundi 22 septembre et pénétrant en masse à Kobanê pour se joindre à la résistance.


Syrie : Face aux offensives barbares de l'EI contre Kobanê,
appel à manifester le 27 septembre

Pour aller plus loin...

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