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(fr) Coordination des Groupes Anarchistes - La Crises - Chapitre 4 - Le Capitalisme, C'est La Crise

Date Fri, 10 Oct 2014 10:47:11 +0300


Comme nous l'avons vu, c'est l'ensemble des populations qui supportent les
lourdes conséquences de la crise, marquées par une dégradation des condi-
tions de vie. Les capitalistes voudraient nous faire croire que c'est seulement
un mauvais moment à passer, un mal nécessaire pour relancer la machine.
Or il n'y pas de capitalisme sans crises ! Les différentes périodes et pensées
capitalistes affichent toutes les mêmes impasses pratiques et théoriques en
différentes déclinaisons. Il convient de remettre en cause, dans ses principes,
la machine à domination et exploitation capitaliste. ---- La crise permanente ---- On a tendance à oublier que le capitalisme est un système plus ou moins continuellement en crise, seule la grande crise de 1929 restant généralement dans les mémoires. Les conséquences majeures qu'elle a eues font de cette crise un épouvantail, devenant l'unique et seul moment de crise du capitalisme, et effaçant ainsi tous les autres.

L'ampleur du krach
boursier et de la crise ban-
caire d'octobre 1929, qui
plongea les principales éco-
nomies du monde dans une
récession de dix ans, explique
ce phénomène. Cette réces-
sion, appelée « La grande
dépression », a effectivement
fait chuter de 25 % le P.I.B
des quatre plus grandes puis-
sances mondiales entre 1929
et 1933, pendant que le chô-
mage explosait pour atteindre
un record de 36 % aux États-
Unis en 1932. Des dizaines de
millions de personnes ont été
dans la misère aux États-Unis
comme en Europe, favorisant
la montée puis l'arrivée au
pouvoir des fascismes, et se
concluant par une guerre qui
a fait entre 50 et 60 millions de
morts. Il est bien naturel que
ces événements aient marqué
durablement les esprits.

Pourtant la crise de 1929
n'est pas une exception ou un
simple accident de l'histoire
du capitalisme. De la crise de
la Tulipe en Hollande en 1637
à la crise des subprimes en
2007, le système capitaliste a
toujours connu des krachs et
des crises financières qui me-
nacent de façon plus ou moins
importante sa stabilité. Au
cours des vingt-cinq dernières
années, les soubresauts n'ont
pas manqué : krach boursier
en 1987, suivi de la crise du
43Système Monétaire Européen en 1993
et du peso mexicain en 1994, puis en
1997 de celle des marchés asiatiques.
En 2001 et 2002, c'est au tour de
l'éclatement de la bulle internet de
provoquer un krach boursier, pendant
qu'une crise financière et économique
en Argentine faisait plonger dans la
misère la population du pays le plus
développé d'Amérique latine. Au delà
des krachs boursiers spectaculaires et
des crises financières qui ponctuent
son histoire, le capitalisme connaît de
fréquentes périodes de crise écono-
mique. Dans les faits, son fonction-
nement habituel est d'alterner des
phases d'expansion et de croissance,
suivies invariablement de périodes de
ralentissement économique et de ré-
cession. Ce comportement en mon-
tagnes russes est fondamental dans
beaucoup de théories économiques.
Elles s'appuient sur un fonctionne-
ment du capitalisme en cycle : une
phase d'expansion suivie d'une phase
de récession. Paradoxalement, mal-
gré cette instabilité chronique qui le
caractérise, le capitalisme fait preuve
d'une grande capacité à durer, en
s'adaptant et en se restructurant à
chaque crise, malgré les dégâts que
cela provoque sur la société.

Il y a donc un écart important entre
la pensée économique dominante qui
cherche à démontrer la viabilité du
système et la réalité observée, faite de
crises et d'instabilités. Ainsi, ni la main
invisible du marché, ni les construc-
tions théoriques sur l'autorégulation
naturelle des marchés ne tiennent à
l'épreuve des faits. Ce principe de
non-intervention de l'État dans l'éco-
nomie est très vite oublié par les dé-
fenseurs du capitalisme dès qu'il s'agit
de sauver le système ou de l'aider à se
développer. On a pu encore l'obser-
ver lors du sauvetage des banques en
2008. Par contre il reste d'actualité
pour le chômage, la santé, l'éducation,
etc. L'assistanat de l'État se réserve
au profit du patronat et de la finance.
L'État affiche alors son rôle de garant
du système et n'hésite pas à s'endetter
pour des sommes gigantesques à côté
desquelles les déficits de la Sécurité
Sociale ou de l'Unédic paraissent bien
dérisoires. En résumé, le capitalisme
nous vole, en faisant une plus-value
sur notre travail, pendant les phases
de croissance, et l'État rembourse ce
qu'il n'arrive pas à nous voler pen-
dant les crises. Contrairement à ce
qu'affirment les doctrines libérales, il
n'y a pas de capitalisme sans crises,
ni de développement ou de stabilité
du capitalisme sans l'aide de l'état.
La recherche permanente du profit, la
propriété privée des moyens de pro-
duction ainsi que la concurrence, qui
sont au coeur du fonctionnement du
capitalisme, portent en elles-mêmes
des faiblesses et des contradictions.

Par exemple, afin d'obtenir des pro-
fits durables et importants, les entre-
prises cherchent à avoir des coûts
de production les plus bas possibles.
Ainsi, elles essayent de payer le tra-
vail et les matières premières néces-
saires à la production de biens et de
services, le moins cher possible. En
même temps, elles cherchent à pro-
duire toujours plus de produits pour
garantir ou augmenter leurs marges
dans un univers concurrentiel. Pour
que leurs profits se réalisent, les en-
treprises doivent aussi réussir à écou-
ler l'ensemble de leurs productions,
donc trouver une demande solvable,
c'est-à-dire en capacité de payer ses
produits. Or en baissant la rémuné-
ration du travail, elles limitent évide-
ment la possibilité que la population
achète l'ensemble des productions.
Cela représente rapidement un frein
à la consommation. Les conditions
n'étant plus remplies pour écouler
l'ensemble des marchandises, le profit
des entreprises se trouve affecté. En
panne de la croissance économique
nécessaire à la poursuite du profit,
le système entre en crise. D'une cer-
taine façon, on peut considérer que
la recherche du profit finit par tuer le
profit. Comme le profit est le moteur
du système capitaliste, c'est toute la
machine qui se grippe.

Pour prendre un autre
exemple de contradiction, la
croissance continue et illimi-
tée, dont le capitalisme a fon-
damentalement besoin et qu'il
recherche en permanence, est
une illusion et une absurdité.
Outre qu'elle ne correspond
pas à la réalité économique
observée, ouvrant régulière-
ment des cycles de crise, elle
n'est ni souhaitable ni réali-
sable. Nous vivons dans un
monde ayant des ressources
limitées et donc une capaci-
té de production limitée. De
même, chaque être humain a
des besoins et des ressources
limités, et donc une consom-
mation limitée elle aussi. Donc,
à la fois on ne pourra éter-
nellement produire de plus en
plus, et à la fois on ne pourra
pas tout consommer. Mal-
gré l'absurdité que représente
cette poursuite d'une crois-
sance infinie, la croissance
reste le pilier des indicateurs
économiques et des dis-
cours politiques dominants.
Le patronat cherche toujours
à augmenter les capacités de
production d'une part, et la
consommation d'autre part. A
cette fin, tous les moyens sont
mis en oeuvre : mécanisation,
travail à la chaîne, surveillance
des salarié-e-s, management
oppressant pour augmenter
la productivité d'un côté, puis
de l'autre, publicité agres-
sive, obsolescence program-
mée des produits, nouvelles
technologies ou crédits à la
consommation pour doper la
capacité d'écouler les biens
et services produits. Dans un
cas comme dans l'autre, ce
n'est pas la satisfaction des
besoins ou le bien être des
populations qui est recherché,
mais la sacro-sainte « crois-
sance ». Ainsi, le stress et les
harcèlements, les maladies,
accidents et suicides au tra-
vail ainsi que le surendette-
ment, la gestion des déchets,
les problèmes de santé induits
par la surconsommation tels
que l'obésité ou les pollutions
de l'air, de l'eau, de la terre,
ne font pas le poids face à la
recherche du profit. Lorsque,
malgré tous ses efforts, le ca-
pitalisme n'arrive plus à obte-
nir la croissance tant espérée,
le capitalisme rentre en crise,
et on assiste à une dégrada-
tion accélérée des conditions
de vie.

Toutes ces contradictions font du capitalisme un système absurde, en perpétuelle
faillite, incapable de répondre aux besoins réels de la population à travers le monde
(logement, accès aux soins, nourriture...). La seule réussite réelle de cette organisa-
tion économique est de parvenir à enrichir une minorité, la bourgeoisie. Et encore,
cette réussite n'est possible dans la durée, seulement parce que l'État mène une
politique de défense des intérêts de celle-ci au nom de « l'intérêt général » ou « natio-
nal ». Aujourd'hui, ce système s'adapte en faisant payer aux classes populaires le
prix fort au moyen de politiques d'austérité visant à accroître la part des richesses
créées appropriée par le Capital au détriment des travailleuses et travailleurs. De
ce fait, la crise continue de s'accroître et rend nos vies de plus en plus infernales.
En finir avec cette situation n'est donc possible qu'en rompant avec ce système
absurde et destructeur, pour organiser la société sur d'autres bases, permettant une
gestion écologique des ressources et de l'énergie, et la satisfaction des besoins de
la population plutôt que la recherche du profit.


Une stabilité bien éphémère

Malgré des contradictions qui questionnent sa viabilité et la fréquence des crises
qui le secoue, on peut s'étonner que le capitalisme soit assez peu remis en cause
dans sa globalité, en tant que système. Bizarrement, la perception dominante dans
nos sociétés est que les crises que nous connaissons sont temporaires, qu'elles sont,
en quelque sorte, un mauvais moment à passer en attendant un retour à la normale.
Cette perception vient probablement pour bonne part de la grande capacité d'adap-
tation du capitalisme, qui a toujours réussi à dépasser les crises qu'il a traversées
par le passé. Mais cette perception optimiste de la réalité vient aussi et surtout du
souvenir de la période des Trente Glorieuses. Pour beaucoup, cette période d'essor du
capitalisme et de développement de l'État providence, se définit par une amélioration
des conditions de vie, une impression de progrès constant en même temps qu'une
assez grande stabilité économique et politique. Même si cette perception d'un âge
d'or serait à nuancer fortement, il n'en reste pas moins qu'en Europe notamment, le
capitalisme reste associé, dans les esprits, à cette période de prospérité et de stabi-
lité. Il est ainsi plus difficile de concevoir ou accepter que le système est en crise par
« nature ». Pourtant, le développement économique et la relative stabilité des Trente
Glorieuses sont issues de l'addition de phénomènes tout à fait particuliers. Cette
période, loin de représenter la norme est en réalité une exception pour le capitalisme.

Pour comprendre cela, il est bon de restituer le contexte historique de l'époque.
L'Europe sort de la seconde guerre mondiale ravagée comme jamais, la notion de
guerre totale qui apparaît alors prend tout son sens. En France l'on considère que 20
% de la surface bâtie est détruite, pour 80 % dans certaines parties de l'Allemagne.

L'économie de la guerre est remplacée par celle de la reconstruction et de la ré-in-
dustrialisation des pays. Quoi de plus normal alors que les croissances nationales
connaissent des taux inédits ? Les entreprises embauchent massivement et l'État
investit de fortes sommes pour la reconstruction de ses infrastructures et la moder-
nisation de son territoire. Ce phénomène ne dure bien évidemment pas les trente ans
de cet « âge d'or » mais l'impulsion qui a été donnée à cette époque combinée à
d'autres phénomènes l'ont permis.

En effet, les débouchés pour l'économie sont alors nombreux, en particulier ceux
de l'automobile, du bâtiment, des produits de consommation et de l'armement pour
recréer une défense nationale. Il n' y a quasiment pas de chômage et le PIB semble
réglé comme une horloge sur 4 ou 5 % de croissance annuelle. De plus, l'énergie
est abondante, facilement accessible et ne coûte quasiment rien, favorisant le déve-
loppement productif. Alors qu'en 1955 le baril de pétrole est à 23,90 $ (prix ajusté à
l'inflation), il a aujourd'hui dépassé les 100 $. La population se reconstitue aussi, la
démographie est en hausse, c'est la période du baby-boom.

L'industrialisation standardisée qui voit le jour à ce moment-là repose sur le principe
du taylorisme et du fordisme. Pour résumer, l'un prône le travail à la chaîne et la spé-
cialisation des tâches ; l'autre la standardisation pour la production de masse et une
relative augmentation des salaires pour augmenter la consommation. Ces modèles
qui voient le jour au début du XX e aux États-Unis vont servir d'exemples aux entreprises
européennes après 1945 pour produire plus à moindre coût, aidées par d'importants
investissements de l'État. Les prémices de la société de consommation se mettent en
place. Les théories économiques keynésiennes abondent en ce sens. Pour Keynes,
le capitalisme doit être régulé et contrôlé par des politiques publiques, afin d'éviter
des crises comme celle de 1929, le fascisme et la guerre qui l'ont suivie. Pour lui, la
demande est le facteur déterminant qui permet d'expliquer le niveau de la production
et par conséquent de l'emploi. Les politiques publiques interventionnistes vont pen-
dant un temps favoriser l'emploi et la croissance, créant ainsi un sentiment de paix
sociale qui est un ingrédient
important à cette époque pour
garantir cet épanouissement
économique. Cela a pour
conséquence d'augmenter le
niveau de vie d'une part de
la population dans les pays
industrialisés, en créant une
certaine adhésion au modèle
capitaliste alors associé au
développement et à l'amélio-
ration des conditions de vie.
Les plus fortuné-e-s acceptent
qu'une partie de leurs béné-
fices soient rognés parce que
la croissance exceptionnelle
leur permet de s'enrichir et de
réinvestir en vue de nouveaux
profits. Aux USA, les hauts
salaires sont donc fortement
imposés et les loyers sont
limités [1] .

En même temps que
s'opère à très grande échelle
l'uniformisation des proces-
sus de production, les Trente
Glrieuses sont aussi l'époque
de la Guerre Froide qui oppose
deux grands modèles écono-
miques, le communisme et le
capitalisme, soutenus respec-
tivement par les puissances
dominantes que sont l'Union
Soviétique et les États-Unis.

Les États-Unis veulent
imposer leur modèle face
au régime soviétique, et cela
passe par une diminution des
phénomènes de pauvreté en
Europe. Ils inaugurent les ac-
cords de Brettonwoods pour
empêcher le flottement des
monnaies et créer une stabi-
lité monétaire basée sur l'éta-
lon dollar-or [2], qui les avantage
fortement dans le jeu du com-
merce mondial. Ils prêtent et
donnent via le plan Marshall
des sommes importantes aux
États européens pour déve-
lopper les exportations de
produits américains en Europe,
ceci afin de relancer la crois-
sance américaine en manque
de débouchés. La fin de ce
système, suite à des phéno-
mènes d'inflation en 58, ouvre
la voix à une spéculation sur
les monnaies et leur fluctua-
tion.

Au delà d'une conception
macro-économique, l'accep-
tation du modèle capitaliste
est véhiculée aussi par une
période de forte innovation
technologique. Le délai entre
les découvertes scientifiques,
les inventions technologiques,
la réalisation du prototype puis
la vulgarisation du produit se
raccourcit. L'accélération de
l'innovation scientifique et
technique est aussi celle de
la conception des produits,
comme des équipements et
des procédés de fabrication.
Il faut produire vite et beau-
coup pour ne pas se laisser
distancer par la concurrence
en ce qui concerne la nature
et la qualité des produits ou
----------------------------------------------------
[1] Article de Jean-Paul Maréchal, maître de conférences à l'université de Rennes 2.
Revue L'Economie politique n° 039 - juillet 2008 En 1968, le PDG de General Motors gagnait à peu près 66 fois plus que
l'un de ses ouvriers; En 2005, le PDG de WalMart a perçu 900 fois la rémunération moyenne de l'un de ses employés

[2] La valeur du dollar est indexée sur la valeur de l'or.
-------------------------------------------------
les coûts de fabrication. La notion « d'obsolescence programmée [1] » s'intensifie pour assurer un
renouvellement rapide de la consommation. La recherche militaire et spatiale induit de multiples
« retombées civiles », dans de nombreux domaines comme les nouveaux alliages et nouveaux
matériaux, ou l'utilisation de systèmes électroniques de plus en plus miniaturisés et de plus en
plus fiables. La concurrence de l'automobile et de l'aviation pousse le chemin de fer à accroître
sa vitesse. Les nouveaux domaines de l'informatique, de l'atome, de l'aéronautique et de l'espace
donnent lieu à une compétition autant politique qu'économique entre les grandes puissances.
L'agriculture se mécanise et la forte demande de main d'oeuvre en ville implique une dépopula-
tion des zones rurales. La société mute et le capitalisme s'enracine dans les mentalités comme
synonyme de progrès.

Pour autant, les écarts de richesse à l'intérieur même des pays riches n'ont pas disparu, loin s'en
faut. La pauvreté touche toujours une part significative de la population, pendant que la condi-
tion ouvrière reste rude, avec des conditions d'exploitation du travail pénibles, et des revenus qui
n'augmentent réellement qu'à la fin des années 60. De plus, l'industrialisation et le développement
économique de la France se sont appuyés sur l'exploitation outrancière des ressources naturelles
et du travail dans les colonies. Même après la décolonisation, cette exploitation a perduré en
Afrique, où l'État français s'est assuré le contrôle et l'accès aux ressources, tels le pétrole et l'ura-
nium, par des pratiques obscures de soutien aux dictatures, d'aide logistique à des coups d'États,
voire à des assassinats politiques. Tout cela afin de conserver sa zone d'influence, d'y permettre
le développement des entreprises françaises et de capter une partie des détournements de fonds
notamment pour alimenter le financement illégal des partis politiques. Ce système, appelé la
Françafrique a permis à la France de profiter de la misère du monde pour asseoir une position
économique avantageuse pendant plusieurs décennies. Dans le même temps, en métropole, des
bidonvilles fleurissent avec des populations de travailleurs-euses immigré-e-s cantonné-e-s dans
des ghettos à la périphérie des grandes villes. On est assez éloigné de l'image de progrès pour
tous et toutes que représenteraient les Trente Glorieuses et d'un partage égalitaire des fruits de
la croissance.

Cet essor industriel qui nous est enseigné comme un âge d'or vers lequel nous devrions reve-
nir est aussi l'époque d'une pollution outrancière et d'un progrès coûte que coûte sans grande
réflexion sur les conséquences pour les populations et l'environnement. Le développement du
nucléaire militaire et civil est exponentiel, l'uranium coulant à flot. Des produits cosmétiques à
base de radium sont développés pour donner un teint « éclatant ». Les exemples ne manquent
pas, l'utilisation massive du plastique dans les moindres instants de la vie, les produits dangereux,
toxiques dans l'alimentaire, etc. La question des répercussions du progrès reste une probléma-
tique récente.

La stabilité des Trente Glorieuses n'était évidemment qu'apparente et éphémère. Les méca-
nismes de contrôle pour éviter la spéculation qui avait plongé le monde dans la crise des années
30, ainsi que la redistribution plus large des richesses produites n'ont été possibles que par l'exis-
tence d'une situation exceptionnelle au niveau des profits engrangés. Le « bridage » du capi-
talisme dans sa course au profit va trouver ses limites. Une fois la reconstruction achevée, une
partie des ménages équipés, la croissance et le profit escomptés par l'investissement capitaliste
baissent fortement. En parallèle, la relative prospérité a permis l'amélioration des conditions de
vie mais aussi de travail à travers de nombreuses luttes et acquis sociaux. Les investissements ne
sont plus aussi rentables puisque l'on vend moins et que les salaires et les cotisations augmentent.
Le patronat reprend alors l'offensive idéologique pour obtenir une diminution du coût du travail.
Le système capitaliste, cette fois-ci sous un modèle keynésien présenté comme une alternative
au capitalisme libéral des années 30, va de nouveau rentrer en récession.
-------------------------------------------------
[1] Notion qui apparaît en 1932 dans « Mettre fin à la crise au moyen de l'obsolescence programmée » de B. London, elle
désigne l'ensemble des procédés visant à réduire la durée de vie d'un produit afin d'augmenter son taux de remplacement.
-------------------------------------------------------

Le dogme néolibéral

Durant la période qui suit les deux chocs pétroliers des années 70, on assiste à un retour au
libéralisme économique. En effet, l'augmentation du coût de l'énergie entraîne une hausse des
coûts de production, et réduit encore les marges de profit. L'enjeu va donc être pour les détenteurs
de capitaux de rétablir à tout prix un taux de profit satisfaisant aux investissements. Tout ce qui
est considéré comme un frein au capitalisme va être attaqué : redistribution des richesses, bridage
de la finance, entreprises publiques, statuts des travailleurs leur garantissant des droits, etc.

Il faut noter que ces attaques capitalistes se font aussi sur le plan idéologique : nouveaux
discours sur la «mondialisation» et la liberté de circulation des capitaux qui forment ce qu'on
appelle le néo-libéralisme. Ce néo-libéralisme entre dans les universités et devient le point de
vue dominant chez les économistes. Ce nouveau capitalisme idéologique n'est rien d'autre que le
retour «décomplexé» d'un capitalisme qui avait dû faire des concessions à l'après-guerre.

Milton Friedman est le fer de lance de cette idéologie dominante. Il fonde « l'école monétariste
de Chicago» qui considère que l'État et les Banques Centrales doivent uniquement garantir le
«libre-échange» et contrôler l'inflation. Tout autre rôle de l'État est considéré soit comme secon-
daire, soit à anéantir. Les statuts de la Banque Centrale Européenne et le traité de Lisbonne sont
directement inspirés de ces théories.

L'influence de cette «école» sera très grande dans le monde et jusqu'à nos jours, puisque
l'ensemble des institutions sur lesquelles le système capitaliste se structure repose sur le pro-
gramme de l'école monétariste. Cette école apportera également le consensus de Washington
[voir encart « Un consensus à Washington ? », chapitre I.3].

Les dictatures d'Amérique du Sud, comme celle de Pinochet au Chili, vont servir de labora-
toires aux USA et à l'Europe et seront assez inhumaines pour imposer presque totalement dans
la pratique les théories monétaristes. En Angleterre, la dame de fer Margaret Thatcher va réussir
à imposer ces idées et sa politique néo-libérales, et promouvoir une Europe de libre-échange.
La Présidence de Ronald Regan va faire subir le même sort aux américains. En France aussi, le
gouvernement socialiste décide à partir de 1983 d'imposer une politique de rigueur qui est en
fait une politique néo-libérale : précarisation des emplois, plans de licenciements, frein sur les
salaires et les embauches dans le public. De son coté, le FMI et la Banque Mondiale imposent
des Plans d'Ajustement Structurel d'inspiration libérale aux pays surendettés en échange de prêts
pour financer leurs dettes.

Ainsi, depuis les deux chocs pétroliers, un peu partout, s'impose un modèle idéologique de
libéralisation des échanges, de privatisation à outrance, de destruction des conquêtes sociales
avec le fameux argument : «il n'y a pas d'alternative !» Cette politique s'impose durant les années
80 et 90, et permet aux investissements capitalistes d'engranger de bons profits. Par exemple, en
France sur cette période, la part de rétribution du Travail par rapport au Capital a diminué de 9
points. Pour 100 euros de bénéfices dégagés par une entreprise, environ 70 allaient aux travail-
leurs et 30 allaient aux actionnaires ; aujourd'hui cette part est proche de 60 pour le travail et 40
pour l'actionnariat.

Pendant cette période, le capitalisme affiche une volonté forte de tout contrôler et de convaincre
qu'il n'y a pas de meilleur système, encore plus depuis l'effondrement du bloc soviétique. Le
capitalisme veut se définir comme un système indépassable. Pourtant, si les politiques libérales
ont permis de reconstituer les taux de profits à court terme, elles n'ont pas réussi à dépasser les
contradictions perceptibles dès la crise des années 70, notamment la difficulté d'écouler l'en-
semble des productions. Au contraire, la productivité et la production augmentant, il faut vendre
de plus en plus à une masse salariale qui gagne de moins en moins avec l'application des poli-
tiques libérales. Ces problèmes de surproduction et de débouchés vont être en partie compensés,
du moins retardés, par l'introduction massive du crédit et par la financiarisation du capitalisme.

Les investisseurs capitalistes se détournent de plus en plus de la production comme moyen de
faire du profit, et se tournent vers la spéculation. En conséquence, le chômage monte de manière
durable et les économistes comme Friedman vont parler de chômage «structurel» ou «naturel»
pour nous faire accepter l'idée d'une précarisation accrue des populations actives.

Dans ce contexte de dégradation généralisée des revenus de la majorité des consommateurs,
le crédit devient à la fois la planche de salut et la fuite en avant du système. Puis, les couches
de la population les plus pauvres ayant déjà massivement recours au crédit (logement, voiture,
études, consommation, etc.), on assiste à une dérégulation importante, notamment aux USA, des
conditions de crédits jusqu'à permettre des crédits impossibles à rembourser, ce qu'on appelle
le crédit non solvable. On utilise le crédit non solvable comme une nouvelle fuite en avant, afin
de garder un petit peu plus longtemps les taux de profits, ce qui accentue encore un peu plus les
inégalités, les crises et la folie financière.

Les crises se sont succédé depuis les deux chocs pétroliers dans différents pays, dont certaines
ont été très intenses, comme la crise du peso mexicain en 1982, la crise asiatique des années
1997 et 1998, la crise de l'éclatement de la bulle Internet en 2000, puis celle des subprimes en
2006-2007.

Zoom sur la crise des subprimes

Il est intéressant de dé-
crypter les mécanismes de la
crise des subprimes car elle a
entraîné une crise financière,
suivie d'une récession écono-
mique et d'une explosion des
dettes des États à l'échelle de
la planète, constituant une
crise économique considé-
rée comme la plus importante
depuis celle de 1929. De plus,
elle illustre à la fois les contra-
dictions du système capita-
liste et comment la majorité
de la population est toujours
victime de la course aux pro-
fits des classes économiques
et politiques dirigeantes.

Les subprimes désignent
des prêts consentis à des
ménages qui ne présentent
pas assez de garanties pour
accéder aux crédits normaux,
dit primes, parce que leurs
revenus sont trop faibles ou
aléatoires. Ces ménages sont
dits moins ou non solvables,
ce qui signifie qu'en raison de
leurs faibles revenus, de l'ins-
tabilité de leur emploi et de
leur absence de patrimoine,
leur capacité de rembourse-
ment est faible et le risque
de défaut de paiement impor-
tant. Lorsque, sur le marché
immobilier, la clientèle plus
classique des ménages ayant
accès au crédit prime a com-
mencé à se tarir, le business
du crédit immobilier s'est
tourné vers une population
moins solvable pour continuer
de faire des affaires.

Pour séduire cette population dont les crédits hypotécaires subprimes étaient la seule possibilité d'accéder à la propriété, des formules de prêts se sont développées, proposant toutes un faible remboursement du capital dans les premières années, mais dissimulant dans un second temps un alourdissement considérable de la charge de la dette. Depuis les années 2000, la distribution des crédits subprimes s'est généralisée, pour exploser entre 2004 et 2006, où ils représentaient 40 % des crédits immobiliers accordés. Ce recours massif rentre dans la logique capitaliste et témoigne d'une de ses contradictions intrinsèques. En effet, pour générer toujours plus de profits, la consommation doit continuer à croître, alors que la population est toujours plus paupérisée par la diminution de la rétribution du travail.

L'ampleur de ce phéno-
mène a également été agran-
die par ce qu'on appelle la
titrisation des prêts. Cette
opération financière permet
aux banques de transférer les
risques de défaut de paiement
entre une multitude d'inves-
tisseurs. Elle leur permet
également d'économiser du
capital, car une fois que les
risques liés au crédit sont ti-
trisés, ils ne font plus partie du
bilan de la banque, ce qui fait
diminuer le montant du fond
de réserves que les règles
dites prudentielles obligent à
immobiliser, en théorie pour
diminuer le risque de faillite
des banques.

En pratique, les banques
convertissent les risques liés
au crédit en titres négociables
et les vendent sur le marché.
Les banques d'investisse-
ment ont créé des sociétés
spécifiques dont l'activité est
l'élaboration de la titrisation
des produits. Ces produits
sont dits structurés, c'est-à-
dire qu'ils sont découpés en
différentes tranches présen-
tant des rémunérations et des
risques différents. C'est le
cas des « Collaterized Debt
Obligations » (CDO), traduit
par « obligations adossées à
des actifs », qui comprenaient
des risques liés à des cré-
dits subprimes. Les agences
de notation, sans oublier
qu'elles étaient payées par
les banques émettrices elles-
mêmes, donnaient à ces pro-
duits des notes équivalentes
aux placements présentant
des risques très faibles. Les
banques d'investissement ont
également créé leur propre
clientèle en montant d'autres
sociétés pour acheter ces
titres, qui elles aussi sont
« hors bilan », permettant
là encore une diminution du
montant des fonds propres à
immobiliser. Ces sociétés ont
pour particularité de prêter à
long terme grâce à des em-
prunts à court terme.

On voit donc qu'un système
bancaire parallèle a émergé,
se caractérisant par un effet
de levier énorme. En effet,
puisque la titrisation a per-
mis aux banques de ne plus
immobiliser autant de fond de
réserves qu'elles auraient dû,
elles ont pu continuer à ac-
corder des crédits et toucher
des intérêts dessus, à partir
d'un faible capital.

Mais lorsque les défauts
de paiement des emprunteurs
subprimes sont devenus trop
importants, c'est tout le sys-
tème qui s'est trouvé désta-
bilisé. Du fait de salaires trop
faibles, d'emplois précaires,
les emprunteurs subprimes,
devant la hausse de leur rem-
boursement, se sont retrou-
vés de plus en plus nombreux
à ne plus pouvoir payer. Les
défauts de paiement ont alors
entraîné la saisie des maisons
pour être mise en vente, fai-
sant chuter les prix. Le mar-
ché de l'immobilier s'effondra
à un tel point que la valeur
des logements, qui garantis-
sait les emprunts subprimes,
ne permettait même plus aux
emprunteurs de rembourser
leurs dettes. Les défauts de
paiement se sont retrouvés
tellement nombreux qu'ils ont
entraîné la chute des titres
adossés à des crédits sub-
primes, tels les CDO. Ainsi en
juin 2007, deux fonds de la
banque d'affaire Bear Stearns
sont en faillite. La chute de
ces titres a entraîné une baisse
de confiance de la part des
investisseurs, et les sociétés
spécialisées dans leur vente
n'ont plus trouvé preneurs
pour se financer.

Les banques qui avaient
sponsorisé ces sociétés pour
transférer une partie des
risques liés à leurs crédits et
les mettre « hors bilan » ont
du récupérer de nombreux ac-
tifs dits toxiques, car en réalité
elles étaient liées par divers
contrats et engagements à ces
sociétés. Le retournement de
ces crédits à valeur négative
dans le bilan des banques a
fait fondre le montant de leurs
fonds propres, entraînant une
baisse de confiance dans ces
banques, et donc leur diffi-
culté elles aussi pour se fi-
nancer. En septembre 2007,
deux banques d'affaires, Merill
et Lehman, étaient au bord de
la faillite. Bank of America a
racheté Merill, mais Lehman
n'a pas eu de repreneur.

Or des compagnies d'as-
surance, des hedge funds et
d'autres établissements finan-
ciers avaient vendu un nombre
important d'assurances sur
les obligations émises par la
banque Lehman : les « Cre-
dit Default Swaps » (CDS).
Ceux qui souscrivent ces as-
surances reçoivent la garantie
d'être remboursés dans le cas
où la banque d'affaire qui a
émis les obligations est ame-
née à ne plus pouvoir payer ses
dettes. Ces souscripteurs ne
possèdent pas forcément les
obligations pour lesquels ils
souscrivent des assurances,
et plusieurs contrats de ce
type peuvent assurer la même
obligation. Ainsi, alors que la
dette obligataire de Lehman
était évaluée à 155 milliards, le
montant des contrats de CDS
sur cette dette atteignait alors
400 milliards de dollars.

La faillite de la banque Lehman a entraîné
une série de réactions en chaîne. Les déten-
teurs d'obligations émises par la banque n'ont
pas été remboursés. Les vendeurs de CDS ont
été dépassés par les événements, dont l' AIG,
un des plus grands assureurs mondiaux, qui a
alors également fait faillite. Ces faillites suc-
cessives d'organismes financiers ont entraîné
une perte de confiance généralisée. Les fonds
spéculatifs ont vendu les actions des banques
d'affaires, et dans le même temps ont parié
sur la faillite des banques, entraînant une forte
baisse des cours boursiers. Cette baisse a tou-
ché toutes les banques, dont les deux grandes
banques d'affaires Goldman Sachs et Morgan
Stanley. Le marché interbancaire s'est retrouvé
bloqué.

Les fonds de placement à court terme, qui
détenaient pour la plupart des dettes de Leh-
man, furent eux aussi en difficulté, entraînant
un écroulement du financement à court terme.
Les banques comme les grandes entreprises
ont alors été touchées, et ce bien au-delà des
États-Unis. En Europe, la banque immobilière
HBOS au Royaume-Uni fut la première à faire
faillite.

Les banques se sont retrouvées face à une
double crise de liquidité et de capital, à la fois
en incapacité à trouver des financements de
court et moyen termes pour assurer leurs af-
faires au jour le jour, et en incapacité à trouver
des investisseurs prêts à leur faire confiance
pour renflouer leur capital.

Partout dans le monde, les États sont intervenus pour sauver des banques. Les gouverne-
ments européens ont commencé alors à renflouer leur capital ou à garantir leurs crédits, ce qui a fortement contribué à l'explosion des dettes d'État, comme cela a été décrit au chapitre I.).
Les banques centrales ont abreuvé de liquidités les banques et ont abaissé leur taux directeur.
Aux États-Unis, 250 milliards d'argent public ont été débloqués pour recapitaliser les principales banques américaines. On estime ainsi que 3 000 milliards d'euros ont été mis sur la table pour sauver le système bancaire à l'échelle mondiale.
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