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(fr) Coordination des Groupes Anarchistes - Crises - Chapitre 1: UN CONSENSUS A WASHINGTON ?

Date Mon, 06 Oct 2014 10:34:24 +0300


La gestion économique des États, notamment européens, est souvent présentée par les gouvernements et leurs relais médiatiques comme une gestion de «bon sens», «en bon père de famille» : il faut réduire les dettes pour nos enfants et ne pas dépenser plus que ce que l'on gagne et maintenir l'ordre. Loin d'être de «bon sens», ces types de propos ne sont que l'avatar sans argumentation de l'idéologie néo-libérale qui a pourtant été parfaitement réfléchie, construite et finalement formalisée dans ce que l'on appelle le consensus de Washington. ---- Celui-ci est l'application en terme d'organisation économique et sociétale de cette idéologie. Elle s'est vue déclinée sous la forme de 10 «commandements» dans les années 1990 par John Williamson. Ceux-ci se résument par le libéralisme économique, la réduction des prélèvements obligatoires (taxes, impôts et cotisations sociales), la privatisation de toute fonction non-régalienne, une discipline budgétaire et la garantie de la propriété privée par le renforcement des fonctions régaliennes de l'État.

Pourquoi Washington ?

C'est dans cette ville que se regroupent le gouvernement
américain, la direction du FMI et de la Banque Centrale ainsi
que nombre d'économistes libéraux influents.

Si dans le fond, les arguments des néo-libéraux n'ont pas varié depuis l'émer-
gence du libéralisme au XIXème siècle son adaptation contemporaine qui amènera
au consensus de Washington peut être attribuée à l'école de Chicago, groupe plus
ou moins formel d'économistes de la fin des années 1970, dont le représentant le plus
connu est Milton Friedman.

Avant la systématisation à l'échelle mondiale de ces poli-
tiques, notamment par le biais des Fond Monétaire Internatio-
nal, Organisation Mondiale du Commerce et autres Banque
Mondiale, celles-ci ont été introduites avec force par le duo
Margareth Thatcher au Royaume-Uni (Premier ministre de
1979 à 1990) et Ronald Reagan aux États-Unis d'Amérique
(Président de 1981 à 1989).

La première mena une politique de destruction des syndicats (notam-
ment celui des mineurs), de privatisations et de réforme de l'impôt ul-
tra-inégalitaire (la poll-tax). Elle est également connue pour son « TINA »
(There Is No Alternative), argument préféré des néo-libéraux. Le second
procéda notamment au licenciement de plus de 10000 contrôleurs aé-
riens en grève et appliqua avec zèle la doctrine néo-libérale en matière
économique. A l'international, il soutint énergiquement toutes les dicta-
tures Sud-Américaines.

Mais finalement, c'est en Amérique du Sud qu'il faut regarder pour voir à
quoi ressemble l'utopie néo-libérale, et notamment au Chili où le Général
Pinochet arrive au pouvoir le 11 septembre 1973 par un coup d'État militaire
et ne le quittera qu'en 1990. Avec l'aide, militaire et financière, des États-
Unis, c'est dans ce pays que seront poussées au maximum les thèses de
l'école de Chicago dans le cadre d'une dictature sanglante. Celle-ci sera
ensuite exportée dans toute l'Amérique latine.

Si la tête de pont en Europe de ce néolibéralisme a été la Grande-Bre-
tagne, en France, c'est bien la « gauche » avec le Parti Socialiste sous le
mandat de Mitterrand (Président de 1981 à 1995) et notamment sous les
ministères « Mauroy 3 » puis « Fabius » (1983-1986) qu'a été introduite cette
idéologie à la sauce française.

Aujourd'hui, si presque tous ces tristes sires sont décédés, les réponses
avancées par les gouvernements européens contre la crise du capitalisme
sont toutes frappées de cette idéologie. De l'Espagne à l'Angleterre en
passant par la France et la Grèce, les recettes sont toujours les mêmes :
privatisations, réduction du rôle de l'État à des fonctions régaliennes, casse
des structures de protection sociale, stricte discipline budgétaire.

Loin d'être des mesures naturelles, inévitables et de bon sens, ces po-
litiques relèvent bien d'une idéologie construite dont la mise en place et la
systématisation depuis 40 ans ont nécessité d'énormes moyens, tant en
terme de propagande que de moyens financiers et répressifs.


Avec la crise, le dettes d'État exploent

La crise des subprimes en 2007 et le krach
qui l'a suivie à l'automne 2008 ont déclenché une récession à l'échelle de la
planète, qui a fortement contribué à faire croître les dettes des États. La crise
financière a pour origine l'explosion de la bulle spéculative du marché immo-
bilier américain. Après avoir spéculé à la hausse sur ce marché, et fait des
bénéfices énormes par des montages financiers à la limite de l'escroquerie,
les banques et les assurances, au moment où la bulle spéculative a éclaté,
se sont retrouvées propriétaires de titres financiers et de titres de propriété
immobiliers qui ne valaient plus rien. Cette perte pour leur capital étant
supérieure aux fonds qu'elles détenaient réellement, tous les groupes finan-
ciers qui avaient spéculé sur ce marché se sont retrouvés en situation de
faillite, risquant d'entraîner dans leur sillage la faillite d'autres institutions
financières partout dans le monde, puis, en cascade, celles des autres
secteurs de l'économie et évidemment les ménages. C'est ce qui s'est
partiellement passé, les effets de la crise se faisant sentir dans tous
les pays du monde.

Les conséquences de cette crise ont coûté cher aux populations
des différents pays. Les États ont commencé par renflouer ces
pertes privées avec de l'argent public. Les sommes qui ont été
levées à travers le monde pour injecter des capitaux dans
les banques, afin de leur éviter la faillite, sont colossales.
De nombreux États ont fait marcher la planche à billets
à cette fin, c'est-à-dire qu'ils ont créé de l'argent.
Cela s'est partout traduit, sous une forme ou une
autre, par la création de dettes supplémen-
taires au débit des États pour sauver
le système financier.

En France, le gouvernement a lancé un
plan de sauvegarde de 360 milliards d'euros,
dont 40 milliards ont été directement injectés dans les
banques françaises pour augmenter leur capital et compenser les titres
financiers qui ne valaient plus rien. L'État s'est également porté garant, à hauteur de 320
milliards d'euros, pour que les banques puissent emprunter de l'argent et continuent à
fournir des crédits aux entreprises et aux ménages, voire à l'État. Ainsi, alors qu'elles étaient
au bord de la faillite, il leur a été garanti un retour aux bénéfices, étant donné que les
taux d'intérêts des crédits accordés par les banques sont supérieurs à ceux auxquels ces
mêmes banques empruntent. Le plus cocasse étant les bénéfices réalisés par les banques
en achetant des obligations d'État. En effet, c'est parce que les États se sont portés garants
sur les emprunts des banques que ces dernières ont pu mobiliser de l'argent et réaliser
des profits en achetant les dettes des mêmes États.

Dans le même temps, la crise financière a eu pour effet de créer une crise économique.
La croissance mondiale a baissé, et plusieurs des économies les plus développées sont
entrées en récession. Les États ont alors injecté de nouveau de l'argent public dans des
plans de relance de l'économie pour soutenir l'activité. En France, entre 50 et 100 milliards
d'euros y ont été consacrés en 2009 et 2010, essentiellement sous formes d'exonérations
d'impôts et de cotisations pour le patronat. Concrètement, cela signifie que l'État a volon-
tairement fait croître son déficit
budgétaire et celui de la Sécu-
rité Sociale en renonçant à des
recettes, afin d'augmenter d'au-
tant les trésoreries et les bé-
néfices des entreprises. Avec le
sauvetage des banques, le sou-
tien aux entreprises a contribué
à augmenter la dette de l'État
français.

Au delà de l'argent public in-
jecté dans le secteur privé, la
récession économique a eu un
impact très important sur l'ex-
plosion de la dette entre 2008
et 2011. Le phénomène réces-
sif a été relativement marqué,
entraînant une baisse de la
consommation, de la produc-
tion, des exportations etc... Cela
a produit une baisse inévitable
des recettes fiscales et une
augmentation des dépenses so-
ciales. Dans cette période, de
nombreuses entreprises ont fait
faillite, ont réduit leurs activités
ou ont licencié pour continuer à
faire des profits. Le nombre de
chômeurs a lui fortement aug-
menté. De ce fait, une partie
des recettes provenant de l'im-
pôt sur les sociétés ne rentre
plus, et le nombre des cotisa-
tions sociales perçues baisse
fortement. En effet, un emploi
supprimé signifie la disparition
à la fois de la cotisation pa-
tronale et de celle du salarié.
Dans le même temps, la dégra-
dation de la situation de l'em-
ploi implique plus de dépenses
avec une nette augmentation
du nombre des allocations. Le
déficit budgétaire annuel s'est
creusé en conséquence, pas-
sant de 38 milliards d'euros en
2007 à 148 milliards en 2010.
La dette de l'État français a sui-
vi la même courbe, passant de
1100 milliards d'euros en 2006,
avant la crise financière, à 1900
milliards d'euros fin 2013.

Pour conclure, l'affirmation selon laquelle
la crise des dettes souveraines provien-
drait des trop grandes largesses de l'État
providence, dont nous aurions collecti-
vement abusé, est un discours de pure
propagande. En réalité, les mécanismes
qui ont contribué à créer cette dette n'ont
en rien profité à la population. Comme on
l'a vu, les taux d'intérêt sur la dette depuis
trente ans ont profité aux banques et plus
largement aux investisseurs financiers.
Les politiques fiscales ont elles bénéficié
aux entreprises et aux classes les plus
riches. Enfin, le sauvetage des banques,
puis le soutien aux entreprises pendant
la crise financière, ont profité encore aux
mêmes. Nous avons donc subi une po-
litique de transfert de richesse à l'inté-
rieur de la société, dont la dette témoigne
aujourd'hui. Ce transfert s'est fait des
classes sociales les moins favorisées
vers les classes sociales les plus riches.
Ces dernières captant, à leur profit, une
part toujours plus large de la totalité de la
richesse que nous créons en travaillant.
On peut même considérer que le mon-
tant du transfert, ou du vol, sur les trente
dernières années, est au moins deux fois
supérieur au montant de la dette actuelle
de la France.
Nous n'avons donc pas vécu au-
dessus de nos moyens, à la rigueur,
nous nous sommes fait voler au-
dessus de nos moyens.
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