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(fr) Canada, Collectif Emma Goldman - De Saguenay à Sept-Îles, confronter le racisme : Une nécessité non-négociable (en)

Date Wed, 01 Oct 2014 18:20:30 +0300


Nous vous faisons part de ce texte qui nous est parvenu par courriel. N'hésitez pas à faire de même et nous envoyer vos nouvelles et lettres d'opinion. ---- N'en déplaise aux chambres de commerce locales, à la petite élite intellectuelle régionaliste et technocratique, aux gouvernants et aux «saints» de la Hiérarchie catholique, les droits de propriété sur le territoire ancestral des Innus, le Nitassinan, n'ont pas été obtenu légalement. D'ailleurs, rappelons que les droits de propriété ont de tout temps été à l'origine l'effet de processus d'expropriation. Au Nitassinan, cette expropriation est à lier au colonialisme. La vie dans de minuscules réserves, qui ont beaucoup en commun avec les régimes d'Apartheid ailleurs dans le monde, n'a jamais été un choix pour les Innus. Ce n'est pas non plus un acte de charité des États canadien et québécois! C'est bien au contraire, quelque chose d'imposé par les contraintes, par la loi et par la coercition de l'État. Sur la «Côte-Nord» comme au «Saguenay-Lac St-Jean», nous vivons ainsi sur des terres volées. Non seulement en demeure t-il ainsi encore aujourd'hui, mais se perpétue un rapport systémique de domination : on voit au «Québec» une majorité blanche et francophone «dominante» par rapport aux «minorités» ethnoculturelles (spécialement celles associées aux pays du Tiers-Monde) et aux communautés autochtones «dominées». C'est le racisme, un système d'oppression spécifique dont les mécanismes visent à assigner une place sociale à un groupe, sur la base de critères essentialisant, de sorte que se construisent des sous-groupes dans la population (des groupes de «race»), positionnés dans un rapport hiérarchique [1]. Le racisme ne se résume donc pas simplement à des préjugés - c'est davantage une question de pouvoir. Comme non-autochtones de la majorité blanche dominante, notre premier pas à faire est de reconnaître l'existence de ce système, de reconnaître les privilèges qui nous sont attribué-e-s en tant que groupe social, de passer de la pensée aux actes en confrontant les comportements et paroles racistes au quotidien et de questionner nos privilèges, même au sein des luttes bien sûr. Les prétentions d'un groupe social privilégié ne valent pas davantage que les belles paroles d'une politicienne ou d'un chef syndical ; les siècles de domination ne s'effacent pas en se refaisant bonne conscience ou en adoptant une juste ligne politique.

Il y a près d'une semaine, on apprenait que le Centre culturel musulman en construction à Sept-Îles était la cible, à de multiples reprises, d'actes de vandalisme à caractère haineux et islamophobe (http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/estduquebec/archives/2014/09/20140916-123444.html). Quelques mois auparavant, Mickaël Bergeron, un blogueur de Voir.ca, avait déjà recensé moult exemples de propos haineux tenus sur les réseaux sociaux incitant à commettre des gestes de même nature à l'endroit du centre culturel en construction. Mickaël dénonçait particulièrement des publications de la page facebook «Spotted» de Port-Cartier où plusieurs personnes déversaient leur fiel et un lot incommensurable de bêtises et d'ignorance envers les musulmans et musulmanes (https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=409133779225857&id=245853862220517&fref=nf). Voici d'ailleurs quelques extraits particulièrement explicites d'incitations à la haine sur cette page :

À noter qu'une autre page raciste s'est formée durant l'été : «Mouvement contre l'islamisation de la Côte-Nord» (https://www.facebook.com/pages/Mouvement-contre-lislamisation-de-la-C%C3%B4te-Nord/456594697811407). J'invite les abonné-e-s facebook à signaler et dénoncer cette page qui relaie notamment les discours et actes xénophobes de groupuscules néo-fascistes européens.

D'une part, on ne peut pas banaliser l'influence ou l'impact de ces commentaires et incitations racistes sur les réseaux sociaux. D'autre part, on peut observer le rôle que tentent de jouer, par la fanatisation des expressions xénophobes sur internet ou hors-internet, des groupes racistes comme la fédération des québécois de souche, qui misent sur l'ignorance de plusieurs parties de la population pour attiser la haine de l'Autre. Bien sûr, les événements qui surviennent ne sont pas sans rappeler le geste raciste posé envers la mosquée de Saguenay (avec pamphlets des «Nationalistes du Saguenay» en guise de carte de visite). Le Collectif Emma Goldman, appuyé par plus d'une centaine de personnes et organisations, avait d'ailleurs alors émis une «Déclaration commune pour une communauté inclusive et antiraciste au Saguenay (http://ucl-saguenay.blogspot.ca/2013/09/declaration-commune-pour-une-communaute.html)» qui demeure bien visiblement... fortement d'actualité.

Il ne faut toutefois pas oublier que l'action des groupuscules racistes et fascistes ne constitue qu'un pic d'intensité dans le continuum raciste que constitue la trame sociale canado-québécoise. Aussi critiquables sont les citoyens et citoyennes qui s'offusquent de ces mauvaises publicités pour leur milieu tout en banalisant l'omniprésence du racisme et les impacts de leurs privilèges ; leurs propres gestes sont également le fruit du système raciste et colonialiste dans lequel nous vivons.

Toujours durant la semaine qui vient de passer, l'affichage par un résident de Rouyn-Noranda de drapeaux nazi et sudiste dans ses fenêtres (http://ici.radio-canada.ca/regions/abitibi/2014/09/17/002-drapeau-nazi-rouyn-noranda-controverse.shtml) a attiré l'attention des médias de la province. Si, sans plus d'information, un tel geste ne peut en effet être associé aux groupuscules s'identifiant à l'extrême-droite, il ne reste pas moins qu'il s'agit d'une banalisation assez extrême des idées et régimes racistes auxquels ces drapeaux sont associés. Son impact est particulièrement violent et est un facteur supplémentaire d'insécurité, et potentiellement d'exclusion sociale, pour les autochtones, les personnes issues de l'immigration et toute autre personne racialisée. Encore une fois, cet incident à Rouyn-Noranda n'est pas sans nous rappeler des drapeaux similaires ayant été exposés dans des domiciles de, plus près d'ici par exemple, Saguenay et Dolbeau.

Par sa nature systémique, le racisme s'est incrusté dans le fondement même des institutions canadiennes et québécoises. Le colonialisme demeure bien actuel. La discrimination s'exerce par exemple au sein de la police, au gouvernement, dans les entreprises privées, à l'Église et en cour. Ces institutions ont ainsi joué un rôle historique dans la reproduction du racisme en favorisant structurellement la majorité blanche privilégiée. Elles sont aussi le fruit d'une gestion des populations non-blanches qui a pour fonction d'assurer l'accaparement des terres et des ressources. Les supposés «bénéfices» (aux yeux des blancs) des cartes d'indien ne sont en fait que le symbole d'une longue histoire d'extermination, d'assimilation, du vol et de la destruction du territoire ancestral. La Loi sur les indiens a juridiquement établie l'inégalité en accordant un statut inférieur aux autochtones. Les corps de police sont un point culminant du racisme : de leur passif historique aux discriminations quotidiennes. L'histoire de la Gendarmerie Royale du Canada remonte d'ailleurs précisément à la Police montée du Nord-ouest, une force paramilitaire colonialiste qui était chargée de réprimer les rébellions des autochtones et des Métis [2]. Dans les dernières décennies, environ 3000 femmes autochtones sont disparues ou ont été assassinées un peu partout au pays ; une violence qui a été facilitée par un quasi-laisser-faire de la police et des diverses institutions face à ces homicides. Les biais raciste et colonialiste se répercutent également dans le travail des policiers à travers le profilage racial. Contrôles d'identité aléatoire, zèle intimidant et harcèlement, criminalisation,... les abus vont jusqu'au meurtre de personnes innocentes, jugées suspectes par leur apparence. Deux exemples près de chez nous : l'assassinat de Terry Lalo à Sept-Îles en 2002 (http://ucl-saguenay.blogspot.ca/2011/08/un-autre-visage-du-racisme-terry-lalo.html) et l'agression brutale d'un jeune père de famille à La Romaine en 2013 (http://ucl-saguenay.blogspot.ca/2013/07/agressions-policieres-racistes-de-la.html). Il n'y a rien dans ce système pour dissuader les abus de la police. Le taux d'incarcération des autochtones est de 5 à 6 fois supérieur à la moyenne nationale. Sur une autre note, la résistance autochtone contre ce système colonial se poursuit et les braises des barricades d'Oka restent ardentes.

Pour conclure, j'en profite pour retransmettre une annonce. Des vigiles et manifestations se tiendront bientôt le 4 octobre dans de nombreuses villes et de nombreux villages un peu partout au Canada. Celles-ci sont organisées dans le but d'honorer la mémoire des femmes autochtones disparues et de faire pression sur le gouvernement pour qu'il acquiesce à la revendication des familles et communautés touchées, soit de tenir une enquête publique sur cette violence systémique. À Chicoutimi, une marche suivie d'une vigile et d'un cercle de discussion auront lieu. Le tout débutera à 19h00 au Centre d'amitié autochtone du Saguenay (491, Jacques-Cartier Est, l'ancienne Auberge la Villa au Pignon Vert) et est organisé par des personnes du milieu en collaboration avec le Centre d'amitié autochtone de Saguenay. Un communiqué est à venir dans environ une semaine pour annoncer les différentes vigiles dans plusieurs coins de la région.

Alan Gilbert

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[1] Christine Delphy, 2008. «Classer, dominer qui sont les "autres"?», p. 197. - Passage publié dans le journal Pic-Bois #2, qui portait sur le racisme au Saguenay-Lac St-Jean (http://www.causecommune.net/actualite/2011/06/deuxieme-parution-du-bulletin-regional-le-pic-bois.html).
[2] «RCMP History of Colonialism & State Violence», http://copwatchvancouver.wordpress.com/2011/12/03/rcmp-history-of-colonialism-state-violence/
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