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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Mexique, Le crime d'Iguala et l'insurrection qui vient - Claudio Albertani (en, pt)

Date Fri, 07 Nov 2014 19:07:47 +0200


Face aux crimes de masse perpétrés par les différentes institutions politiques liées aux puissances économiques locales et globales, mafieuses et légales, «aujourd'hui, nous dit l'auteur de ce texte, dans ce Mexique si martyrisé, nous n'avons pas d'autres choix que de rompre le silence et d'inventer notre propre insurrection.» ---- À la suite, nous reprenons un texte récent de Raúl Zibechi qui apporte d'autres données. ---- Claudio Albertani ---- En tout cas, je tiens pour inévitable que nous (un "nous" constitué de millions de "je"), nous intimidions ceux qui ont le pouvoir et nous menacent. ---- Nous n'avons pas d'autre issue que de répondre à leurs menaces par d'autres menaces et de neutraliser ces hommes politiques qui, d'une façon totalement inconsciente, se résignent à la catastrophe ou contribuent même activement à la préparer.

Günther Anders[*]

Le 26 septembre dernier, 43 élèves de l'École normale rurale "Raúl Isidro Burgos" d'Ayotzinapa, État du Guerrero, ont disparu, six personnes ont été tuées - parmi lesquelles cinq normalistes, dont l'un a été horriblement écorché - et 25 autres ont été blessées dans la ville d'Iguala. Face à un crime d'une telle dimension, la première chose que nous éprouvons est l'indignation, les tremblements d'émotion et l'impuissance. Immédiatement, les questions se posent.

Qui sont les responsables ?
L'ancien maire de Iguala, José Luis Abarca et son épouse, María de los Ángeles Pineda, présumés auteurs intellectuels du crime, aujourd'hui en fuite ?
Les policiers municipaux d'Iguala qui ont arrêté les étudiants ?
Les policiers municipaux de Cocula qui les ont aidé ?
L'armée fédérale, présente sur les lieux, qui n'est pas intervenue ?
Le groupe criminel Guerreros Unidos, lié à Abarca, qui aurait fait disparaitre les étudiants après que les policiers les leur auraient livrés ?

On parle d'un réseau de complicités. Jusqu'où va-t-il ?
Jusqu'au gouverneur déchu du Guerrero, Àngel Aguirre, qui n'a pas emprisonné Abarca quand il aurait pu le faire ?
Jusqu'au procureur général de la République, Jesús Murillo Karam, qui n'a pas agi contre l'ancien maire, malgré les plaintes répétées contre lui ?
Jusqu'au Parti de la révolution démocratique [gauche] qui a couvert à la fois Aguirre et Abarca ?
Jusqu'au secrétaire d'État à l'Intérieur, Osorio Chong, qui mène sa propre guerre contre les étudiants des écoles normales rurales ?
Jusqu'aux responsables de l'Union européenne qui, pour ne pas perdre de juteuses affaires, appuient «les efforts du gouvernement fédéral» ?

Les écoles normales rurales font partie d'un vaste projet d'éducation populaire qui a émergé lors de la Révolution mexicaine. Leur existence même est un cri de révolte contre le modèle économique en vigueur, dans lequel les jeunes paysans informés et critiques n'ont pas leur place. La SEP [ministère fédéral de l'Éducation], les bureaucrates du Syndicat national des travailleurs de l'éducation, les médias, l'establishment académique, les policiers, les juges, les journalistes et tous les grands partis politiques sont complices de ce massacre parce que, d'une façon ou d'une autre, ils ont contribué à construire l'image des écoles normales comme des foyers de guérilla et les étudiants comme des figures de la racaille.

Le crime d'Iguala n'a pas surgi tout seul. Le 12 décembre 2011, la police d'Aguirre a tué sournoisement deux étudiants de la même école normale, Jorge Herrera Alexis et Gabriel Echeverría, au cours d'une violente opération d'expulsion sur l'autoroute du Soleil. «Il fallait nettoyer la route», avait déclaré ouvertement un chef de la police. Quelques jours plus tard, le 7 janvier 2012, un camion a renversé un groupe d'élèves d'une école normale qui recueillaient de l'argent auprès des automobilistes sur la route fédérale Acapulco-Zihuatanejo. Plusieurs ont été blessés et deux sont morts. Le 24 mai dernier, Aurora Tecoluapa, étudiante de l'école normale rurale "Général Emiliano Zapata" d'Amilcingo, État de Morelos, a été tuée par une voiture sur l'autoroute Mexico-Oaxaca, tandis que six de ses compagnes étaient blessées.

Ce que nous vivons, c'est une guerre que l'État mexicain mène contre les jeunes, particulièrement les jeunes insoumis d'origine prolétaire. Le 2 octobre 2013, l'étudiant Mario González García a été arrêté dans la ville de Mexico alors qu'il se rendait en bus à une manifestation [**]. Autrement dit, il a été arrêté, sans avoir commis aucun délit, par le simple fait d'être un activiste connu et d'avoir participé à la lutte pour la défense des Collèges des Sciences et Lettres (CCH).

Incroyablement, Mario a été reconnu coupable et est toujours en prison, malgré qu'il n'a commis aucun délit, comme Josef K, le protagoniste du roman Le Procès de Kafka. Le 19 octobre dernier, alors que dans le pays montait l'indignation provoquée par les évènements d'Iguala, un autre jeune, Ricardo de Jésus Esparza Villegas, étudiant du Centre universitaire de Lagos, État de Jalisco, a été tué par la police de l'État dans la ville de Guanajuato, où il se rendait pour assister au Festival Cervantino.

Il serait erroné de croire que ces crimes ont à voir avec un "retard" supposé du Mexique. Ce sont, au contraire, des événements tout à fait modernes, "banals" au sens que dénonçait Hannah Arendt quand, horrifiée, elle a parlé de la banalité du mal. Un crime comme celui d'Iguala peut se produire n'importe où: en Palestine, en Syrie, en Irak, sans doute, mais aussi en France, aux États-Unis, en Italie... La dictature de l'économie bureaucratique doit s'accompagner d'une violence permanente. Nous sommes tous des êtres collectivement prorogés avec une date de péremption ; nous ne sommes plus mortels comme individus, mais en tant que groupe dont l'existence est seulement autorisée jusqu'à nouvel ordre.

Comment expliquer la réaction (jusqu'à présent) modeste du peuple mexicain devant ces événements aussi terribles ? Il y a plus d'un demi-siècle, Günther Anders - le philosophe et activiste antinucléaire - réfléchissait de manière lucide et impitoyable sur le problème de comment le monde actuel produit des êtres déshumanisés qui ne connaissent aucun remord, ni de honte face aux crimes horribles qu'ils ont eux-mêmes commis. Nous vivons dans une nouvelle ère de totalitarisme qui transforme les humains en pièces mécaniques incapables de réactions humaines. Bien que cela soit plus infernal qu'il n'y paraisse, nous n'existons plus que comme des pièces mécaniques ou des matériaux requis pour la machine.

Et pourtant, le dernier mot n'a pas été dit. «Sous quelque angle qu'on le prenne, le présent est sans issue. Ce n'est pas la moindre de ses vertus», ont écrit il y a quelques années les auteurs anonymes d'un célèbre pamphlet, L'insurrection qui vient. Et ils ajoutaient: «La sphère de la représentation politique se clôt. De gauche à droite, c'est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent leurs discours d'après les dernières trouvailles du service communication. (...) Rien de ce qui se présente n'est, de loin, à la hauteur de la situation. Dans son silence même, la population semble infiniment plus adulte que tous les pantins qui se chamaillent pour la gouverner.» Ces mots qui se rapportent à la France et au désespoir des jeunes migrants dans les ghettos des métropoles européennes, s'appliquent parfaitement à ce que nous vivons ici et maintenant. Aujourd'hui, dans ce Mexique si martyrisé, nous n'avons pas d'autres choix que de rompre le silence et d'inventer notre propre insurrection.

Claudio Albertani

Le 29 octobre 2014, Ciudad de México

[Traduction: J.F. (OClibertaire)]

Notes:

[*] Sur Günter Anders et ce passage de Violence oui et non. Une discussion nécessaire, voir le texte d'Osvaldo Bayer ici: http://www.cairn.info/revue-tumultes-2007-1-page-239.htm

[**] Il vient d'être libéré après plus d'un an d'incarcération: voir ici http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1603
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