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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif #242 - Lutte des classes -- Grève des cheminots... Un succès malgrè la non victoire

Date Tue, 04 Nov 2014 14:15:53 +0200


Il y a un mois, rares étaient les cheminots qui pouvaient se dire que la grève serait aussi puissante; les défaites accumulées depuis 2003, un prétendu gouvernement de gauche élu par ceux qui aujourd'hui sont attaqués par ce même gouvernement avaient provoqué anesthésie et désarroi chez beaucoup. ---- Et pourtant, il y a eu une grève massive du 10 juin au soir jusqu'au 20 juin, et jusqu'au 24 juin pour celles et ceux qui espéraient un rebond de la grève. ---- Quelques explications ---- La loi, qui a été votée en première lecture au parlement le 24 juin, est la finalisation de la loi du 17 février 1997 qui avait déjà éclaté la SNCF en deux avec la création de Réseau Ferré de France-RFF. ---- Prétexte de l'époque lors de la création de RFF, la reprise de la prétendue dette.

Cette dette provient principalement du
financement par la SNCF de la construc-
tion des lignes à grande vitesse et des in-
térêts exorbitants générés versés aux
banques. Cette dette n est pas due, comme
les médias poubelles l'ont fait croire, à des
prétendus privilèges exorbitants dont se-
raient affublés les cheminots.

En 1993, l'Etat allemand a pris la déci-
sion de reprendre à sa charge la dette de
son système ferroviaire. En France, la dé-
cision prise a été de cacher la misère en
séparant la SNCF de ses infrastructures
par la création de RFF qui a hérité des 3/4
de la dette de l'époque; cette dette globale
RFF et SNCF est restée sensiblement la
même pour se situer aujourd'hui à 44 mil-
liards d'euros.

La pseudo réunification

Aujourd'hui, tout le monde s'accorde à
dire que la séparation RFF/SNCF, préparée
par la droite pour se venger des cheminots
après la grève de 1995 et appliquée par la
gauche poubelle en 1997, dont le sinistre
des transports n'était autre que Gayssot,
ministre communiste, est un cauchemar
de gestion, engendrant de plus des sur-
coûts importants.

Gouvernement et direction SNCF font
croire aujourd'hui que l'on réunit le sys-
tème en réunissant RFF qui possède le ré-
seau ferré et l'infra SNCF chargée de son
entretien et de son utilisation. Mais alors
qu en 1997 les cheminots chargés de l'en-
tretien des voies, gares et bâtiments et du
pilotage des postes d'aiguillage étaient
restés à la SNCF, ce qui représente actuel-
lement 50 000 agents, ceux-ci seront déta-
chés à partir du 1er janvier 2015 de
l'actuelle SNCF vers une autre entreprise
appelée SNCF RESEAU, avatar de RFF; les
auteurs de la réforme écrivent clairement
que la dette sera payée par des gains de
performance réalisés par les cheminots au
prix de la destruction de leurs conditions
de travail et de la suppression de milliers
d'emplois, au détriment de la sécurité des
trains et des usagers.

Les autres 100 000 cheminots seront
versés à une nouvelle société appelée
SNCF mobilité, nouvelle appellation de la
SNCF actuelle, société vouée à de mul-
tiples filialisations et privatisations de ses
activités rentables.

Pour faire passer la pilule et faire croire
aux usagers qu'il s'agit d'une réunifica-
tion, la loi prévoit de créer une holding,
une troisième société, dite de tête, qui cha-
peauterait les deux autres, constituée de
personnel d'encadrement et d'administra-
tifs dont tous les services sont en voie
d'externalisation; cette société nouvelle
est en réalité un ectoplasme, voué à dis-
paraître assez rapidement.

D'ailleurs, en Belgique qui a fait la
même reforme il y a une dizaine d'années,
la société holding de tête a été liquidée de-
puis le 1er janvier 2014. De plus la droite a
déjà annoncé que, revenue aux affaires,
elle supprimerait cette holding inutile...

Au final, il y aura deux entreprises dis-
tinctes, SNCF réseau d'un côté, gérant la
dette et la misère, et de l'autre SNCF mo-
bilité, désormais livrée à la concurrence et
à la libéralisation du rail.

Le cadre social harmonisé par le bas

Depuis 2006, le fret ferroviaire est ou-
vert à la concurrence; des entreprises pri-
vées transportent des marchandises par le
rail. Conséquence de cette ouverture à la
concurrence, le transport ferroviaire de
marchandises, qui transportait encore,
avant la dite libéralisation, près de 18 %
des marchandises en France, n'en effectue
pas plus de 8 % aujourd'hui... et Fret SNCF
n en transporte plus que les 2/3, le reste
étant assuré par des entreprises privées ou
des filiales de la SNCF.

Les cheminots, de l'ordre de 5 000, tra-
vaillant dans les entreprises ferroviaires
privées ne bénéficient pas des mêmes
conditions de travail que ceux de la SNCF
- moins de jours de repos, des journées
plus longues, plus de repos hors de chez
eux...- C'est pourquoi, dans l'article 13 de
la loi votée par les parlementeurs, il est
dit : "la mise en place du groupe ferro-
viaire, constitué des trois établissements
publics, rendra sans objet le décret n° 99-
119 du 26 décembre 1999, le fameux RH077
dans le jargon cheminot, qui au demeu-
rant sera privé de base légale du fait de
l'abrogation nécessaire de l'article premier
de l'acte dit loi du 03 octobre 1940".

En d'autres termes, la loi préconise de
créer une convention collective qui aligne-
rait les cheminots du privé et de la SNCF
sur les mêmes conditions de travail. Seu-
lement plutôt que de baser sur la régle-
mentation SNCF "un peu plus de 150 000
cheminots", garante d'une vie personnelle
à peu près équilibrée et de la sécurité des
voyageurs, il est question de niveler cette
convention sur les conditions de travail
dégradées des cheminots du secteur privé
-un peu moins de 5 000; chercher l'erreur
...

Conséquences pour les usagers et la collectivité

Fermeture accentuée des lignes les
moins rentables.

Un réseau ferré toujours surendetté et
qui ne sera pas suffisamment entretenu.

Un système ferroviaire éclate et priva-
tisé, où les déficits seront mutualisés et les
bénéfices privatisés, avec les ventes à la
découpe des parties rentables.

Une augmentation du prix des billets
pour rémunérer les actionnaires; il suffit
de faire un tour en Angleterre pour sen
rendre compte...

Des accidents en hausse, dus au
manque de vigilance consécutif de condi-
tions de travail dégradées.

La grève, un scénario écrit et pourtant...

La lecture d'un tract d'un des deux
syndicats jaunes de la SNCF est parfois
instructif.

Dans un tract anti-grève de la CFDT
distribué en pleine grève pour dénoncer
les prétendues violences de ces quasi ter-
roristes que sont les grévistes, il est écrit :

"Doit-on faire payer aux cheminots le
manque de courage politique de certains
responsables syndicaux?

Beaucoup s'interrogent sur la finalité d
un mouvement de grève qui s'inscrit dans
la durée alors qu il était normalement
prévu de ne pas dépasser les 3 jours afin
de ne pas pénaliser les lycéens qui passent
le bac.

...Les jalons avaient été posés et tout le monde devait sauver la face

La CGT acceptait la loi après 3 jours de
grève sous couvert de prise en compte
d'amendements sociaux déposés par le
seul groupe communiste, à son initiative.

L'UNSA sortait du camp des conserva-
teurs, quittait la plateforme commune et
rejoignait le camp de la CFDT en signant
l'accord de modernisation.

Sud rail est mis hors jeu par la CGT qui
le marque à la culotte pour éviter toute ré-
cupération."

Pourquoi ce qui ne devait être qu'un
feu de paille a-t-il finalement été une
grève puissante et vécu pour beaucoup de
cheminots grévistes comme un premier
round, même si le deuxième n est pas cer-
tain, nous y reviendrons?

D'abord il faut voir que cette contre-
réforme du ferroviaire a été largement
commentée en interne depuis au moins
deux ans avec les premières assises du
ferroviaire, que des grèves et des journées
d' actions ont été des signes précurseurs
de cette grève qui marquera l histoire des
luttes des cheminots.

En effet, depuis un an, les mobilisa-
tions sont nombreuses : 13 juin 2013, 18
octobre et 12 décembre 2103, 25 février
2014, et manifestation du 22 mai dernier
avec cortège de plus de 15 000 cheminots,
complètement ignoré par les médias de
l'argent mais qui avait montré une forte
combativité et la présence remarquée de
nombreux jeunes...

Ce qui a bouleversé les calculs des te-
nants du pouvoir, c'est bien la présence en
nombre de grévistes et d'équipes syndi-
cales non imprégnés de tous ces petits
fonctionnement bureaucratiques.

Cela a permis, dans de multiples lieux
de la grève menée en assemblée générale,
de dépasser les clivages syndicaux tradi-
tionnels et d'avoir une véritable unité fra-
ternelle de luttes dépassant les étiquettes
des uns et des autres.

Cette grève a été majoritaire dans les
premiers jours à l'exécution et importante
chez certains de la maîtrise, ce qui, mal-
gré les chiffres de grévistes affichés par la
direction et non vérifiables, est une pre-
mière dans cette grève; la direction ne
communiquait pas les chiffres par éta-
blissements.

Cette grève a duré parce que la ten-
dance était aussi de sortir du catégoriel, et
nombreuses ont été les AG dites interser-
vices regroupant plusieurs établissements
sur un même site géographique, permet-
tant de donner la pêche aux grévistes et
de mener souvent des actions, manifesta-
tions et blocages divers.

Dans de nombreux endroits, pour faire
face à la désinformation des médias, du
gouvernement, de la direction et des syn-
dicats jaunes UNSA et CFDT, il existait
quotidiennement des mini-journaux de
la grève.

Comment faire mieux la prochaine fois?

Qu'est-ce qui a manqué pour gagner et quelles difficultés à surmonter?

D'abord, il y a aujourd'hui deux
syndicats ouvertement jaunes à la
SNCF, travaillant main dans la main
avec la direction SNCF, dénonçant les
grévistes voire demandant des sanc-
tions contre eux; qu'on le veuille ou
non, cela pèse sur la dynamique d'une
lutte car cela entretient la division
chez les cheminots et justifie l'atten-
tisme des plus tièdes.

De plus, la direction SNCF a aujour-
d'hui, avec de nombreux cadres aux
ordres, une force de frappe anti grève
et briseurs de grèves, et beaucoup ma-
nifestement brisaient la grève avec
zèle; voilà où se situent les véritables
petits soldats de la peste brune qui at-
tendent nos défaites pour venir sur le
devant de la scène.

Aujourd'hui, contrairement à ce
que pensaient des grévistes qui
croyaient le gouvernement affaibli et
prêt à flancher, on sait que l'on a à faire
à un gouvernement de combat au ser-
vice de son patron le Medef et qu'il ne
pourra céder que devant un mouve-
ment d'ampleur débordant le cadre
des divers secteurs professionnels.
Il faudra continuer à construire ce
mouvement; certes il y a eu un début
de convergence, notamment à Paris,
entre intermittents, précaires, postiers
en grève, mais cela reste trop marginal
pour peser réellement.

Sur la conduite des grèves, si l'unité
syndicale à la base est un acquis de
cette grève, sans exclure les syndicats
de la lutte il s'agira de trouver des
formes d'organisation qui permettent
aux grévistes de décider de la conduite
de leur grève.

Trop peu d'endroits ont élu par
exemple des comités de grève compo-
sés de grévistes syndiqués et non syn-
diqués, trop peu de journaux de grève
n'émanaient pas de structures syndi-
cales.

En effet les fédérations syndicales
n'ont plus appelé à la reconduction de
la grève à partir du vendredi 20 juin, et
dans certaines AG dès le lendemain de
la manifestation correspondant à l'ou-
verture des débats à l'Assemblée,
comme si la seule perspective était liée
uniquement aux débats parlemen-
teurs.

Comme le dit la motion adoptée
lors de l'AG des AG, qui malheureuse-
ment s'est constituée trop tard, cette
lutte a posé les jalons de mouvements
futurs. Les motifs de colère ne man-
quent pas.. Le manque d'effectifs et
les bas salaires sont notre lot quoti-
dien; comme le prévoit la reforme, la
direction de la SNCF et le patronat du
ferroviaire veulent organiser un véri-
table dumping social avec l'abrogation
de notre réglementation du travail et
son remplacement par une convention
collective du rail, prétexte pour dégra-
der les conditions de travail de tout le
secteur. La direction a notamment
dans le viseur une dizaine de jours de
repos et souhaite nous imposer des
amplitudes travail plus grandes.

Le deuxième round?

La loi votée en première lecture le
24 juin acte la création de 3 Epic au 1er
janvier 2015 et met un point final au RH
OO77, la réglementation du travail de la
SNCF, au maximum au 1er juillet 2016;
d'ici là, la négociation sur la convention
collective continuera.

La direction SNCF et le gouverne-
ment MEDEF, échaudés par la grève des
cheminots, sont en train de faire le
bilan de cette grève et vont tout faire
pour éviter une seconde manche; ils
trouveront des alliés chez les syndicats
jaunes, mais pas seulement...

La SNCF sera pulvérisée le 1er jan-
vier 2015 et ce sera un levier important
pour casser la corporation des chemi-
nots qui a montré sa force; les ma-
noeuvres iront certainement bon train
pour diviser la négociation sur la
convention collective en y ajoutant des
accords d'entreprises certainement dif-
férents pour les trois entreprises et en
essayant de passer de la pommade aux
cheminots en leur faisant croire que
tout change mais que rien ne change.

Il faudra donc être extrêmement vi-
gilant pour déjouer toutes les ma-
noeuvres qui se profilent.

De même, il faudra tirer tous les en-
seignements de cette grève pour que la
prochaine soit gagnante, conserver
l'unité syndicale tout en la dépassant
en inventant ou recréant des structures
de luttes qui permettent de donner un
véritable pouvoir de décision aux gré-
vistes sans manipulation d'aucune
sorte ni des syndicats, ni des partis et
groupuscules.

Etsans doute se dire que si l'on veut
gagner, on ne gagnera pas seuls; toutes
les luttes qui se mènent actuellement,
si elles ne se fédèrent pas ou ne s'asso-
cient pas à d'autres ont toutes le risque
de perdre. L'ennemi que nous avons en
face a pris au mot le slogan du mouve-
ment gréviste : On ne lâche rien...
A nous, par notre détermination et
en dépassant les clivages corporatistes,
a rajouter des forces pour qu'enfin le
rapport de force bascule en notre fa-
veur.

Ce qu'ont commencé à faire les in-
termittents, précaires, postiers et
quelques cheminots montre le chemin
à suivre.

Précaires, intérimaires, intermit-
tents, cheminots et postiers, avec ou
sans papiers, Solidarité! C'est tous en-
semble que l'on gagnera.

Un cheminot retraité
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