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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif, CA #238 - Résistances aux grands travaux inutiles - Les anti-aéroports EN FORCE!

Date Thu, 22 May 2014 23:47:45 +0300


Le 22 février, le mouvement d'opposition au projet de Notre-Dame-des-Landes a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans les rues de Nantes. ---- SI TU NE VAS PAS À LA ZAD, LA ZAD IRA À TOI!... ---- Au cours de l'automne les partisans du projet ont mené une offensive de communication avec de nombreuses déclarations, affirmant haut et fort que les travaux étaient imminents, se réjouissant de balayer les obscures et ineptes récalcitrante-s au futur bonheur associé à leur projet... Le préfet, bien dressé, signait même l'autorisation des travaux le 21 décembre, méprisant tous les arguments de l'opposition. En réponse à cette pratique du fait accompli, des recours suspensifs ont été déposés et la manifestation du 22 février s'est préparée, provoquant en retour une effervescence générale qui indiquait la force probable de la mobilisation. Dés la mi-jan-vier la réunion des comités locaux faisait le plein et les affiches partaient comme des petits pains. On n'a pas été déçu!

Et le préfet non plus: son offensive de commu-
nication de l'automne a fait chou-blanc!
Le 22 février, les milieux agricoles se sont
déplacés en masse à Nantes avec notam-
ment 520 tracteurs venus de Loire Atlan-
tique et des départements limitrophes: la
précédente mobilisation nantaise, le 24
mars 2012, en avait rassemblé près de 200.
Ce qui prouve s'il le fallait que le mouve-
ment prend toujours plus d'ampleur.
Mieux, un sondage IFOP révélait le jour
même que 56 % de la population hexago-
nale est contre l'aéroport, 20 % ne se pro-
nonçant pas et 24 % pour. Pour nos
politicien-ne-s toujours friand-e-s de son-
dages, la révélation d'une telle opinion al-
lait les rendre fébriles au moment où leur
côte de popularité hésite entre le Titanic
de l'abstention et le radeau de la Méduse...
Les différents collectifs de soutien à la
lutte anti-aéroport et les individus se sont
impliqués dans l'initiative du 22, en pré-
parant de multiples chars et masques de
carnaval, banderoles et pancartes pour
animer le cortège et en y apportant leurs
propres revendications. Ces messages af-
fichés indiquaient un élargissement des
préoccupations au-delà du strict combat
de Notre Dame des Landes ; notamment
s'exprimait une solidarité avec d'autres
luttes contre des projets d'infrastructure
(les No TAV du projet de tunnel ferroviaire
Lyon-Turin) mais aussi une critique glo-
bale qui reliait le projet de l'aéroport et
l'organisation de la société dans son en-
semble et qui s'affichait bien au-delà du
petit cortège anticapitaliste que nous
avions constitué (cf texte de l'appel dans
CA n° 237).

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COMMUNIQUE DE PRESSE INTER-COMITES DE SOUTIEN A LA LUTTE DE NDDL SUITE A LA MANIF DU 22/02/2014

Nous, comités de soutien à la lutte de Nddl de toute la France et de plus loin encore, soutenons pleinement la position exprimée dans le communiqué de presse du dimanche 23 février des organisateurs/trices de la manifestation du samedi 22 février 2014 à Nantes (cf le site de la ZAD).

Nous tenons à souligner l'incontestable succès de ce rassemblement et notre plaisir à y avoir participé.

Une manif populaire, puissante, digne. C'est une convergence forte à souligner entre urbains et monde agricole!

Nous sommes d'autant plus regonflé.es et motivé.es pour les suites de la mobilisation que cette journée de manifestation a permis un moment de retrouvailles et d'échange et nous a permis de prendre la mesure de nos forces et de nos soutiens.
Et d'autant plus convaincu.es qu'au vu de la mobilisation qui ne cesse de s'élargir année après année, l'arrêt du projet ne saurait être qu'inéluctable, malgré la propagande qui voudrait nous faire croire le contraire.

Cette manifestation comme les luttes auxquelles nous participons ici et là contre les grands et petits projets nuisibles imposés nous apprend ou nous confirme d'où vient la violence réelle et comment elle est instrumentalisée par les puissants- industriels, financiers, gouvernementaux et média-s. Nous déplorons la présence policière excessive dans les rues de Nantes ce samedi 22 et nous apportons tout notre soutien à celles et ceux d'entre nous qui ont été blessé.es au cours des interventions des forces de l'ordre.

Nous ne nous laisserons pas tromper. Nous sommes et resterons uni.es.

Les comités de soutien continueront les actions visant à informer le public des enjeux de la défense de la Zad et envisageront, en fonction de l'évolution de la situation, les actions nécessaires d'opposition au projet d'aéroport. En cas d'intervention sur la Zad, les comités rappellent qu'ils se tiennent notamment prêts à répondre à l'appel lancé par les opposants: venir en renfort sur place, bloquer Vinci, ses alliés et ses sous-traitants par tous les moyens jugés nécessaires et occuper les lieux de pouvoir là où ils sont.

Résistance!

Mercredi 26 février 2014

Comités Signataires au 26 février 2014:

Comité NDDL 18 (Bourges),Collectif Alsace NDDL, Comité NDDL 4B16, Collectif NDDL Centre Finistère, Comité NDDL - Plateau de Saclay, Comité de Troyes (Aube, 10, Champagne), Comité Régional Nord-Pas de Calais, Collectif de solidarité ZAD Rouen-NDDL
Comité NDDL Pleudaniel, Côtes d'Armor, Comité bigouden, Comité de soutien Challans Nord Ouest Vendée (85), Comité NDDL 92 sud, CNCA (Collectif Nantais Contre l'Aéroport), Comite de Lisieux (14), Collectif de Nîmes (30), Collectif Nddl Beauvais (60), Comité NDDL Challans (85), Comité Nort Nozay (44), Comité du Comminges (sud de la Haute-Garonne 31), Collectif IDF, Collectif NDDL de Quimper Cornouaille (29), Comité NDDL Saint-Malo (35), Collectif de l'Université de Nantes Contre l'Aéroport (CUNCA), Comité de soutien 79 aux opposants à l'aéroport de NDDL, Comité poitevin NDDL, Comité NDDL St Brieuc (22)
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UN ESPRIT COMBATIF

L'ambiance festive était aussi combative:
les différentes «animations» qui se dérou-
lèrent dés les premiers mètres du cortège
reçurent l'approbation d'une large majo-
rité de personnes présentes, que ce soient
les tags, pochoirs et autres peinturlurages
de façades ciblées (mairie, Vinci Immobi-
lier, agence du Voyage à Nantes,...) ou bien
des actions plus «relevées» comme le sac-
cage de l'agence Vinci, l'incendie d'une fo-
reuse et d'une pelleteuse d'un chantier
Vinci, judicieusement laissés à portée du
cortège (?). Exceptés quelques spectateurs
indignés, ces cibles bien choisies permet-
taient à chacun-e de s'exprimer selon ses
possibilités et satisfaisaient largement les
rangs des manifestant-e-s, qui ne se dé-
bandèrent pas lors des charges et grena-
dages divers qui suivirent. Cette
détermination des manifestant-e-s est né-
cessaire pour affirmer la résolution des
opposant-e-s à ne pas faiblir devant les
manoeuvres de l'Etat et pour ne pas se
contenter de compter sur les manoeuvres
institutionnelles. La journée se termina de
façon un peu hachée, entre différents
bouts du cortège gazés ou aventurés dans
un parcours improbable sur l'Île de
Nantes. Vraisemblablement les 40 000 par-
ticipants furent atteints mais il n'y avait
que l'hélicoptère des flics qui disposait
d'un tableau d'ensemble...

Cette manifestation était clairement affi-
chée à gauche, appuyée horizontalement
sur des collectifs locaux très présents,
avec des partis EELV et PG et des syndicats
de la Confédération Paysanne discrets. Elle
a réoccupé la rue contre un projet forte-
ment associé au Parti Socialiste, projet
soutenu quelques jours plus tôt par le pa-
tronat breton du Club des Trente (Bolloré,
Pinault, Leclerc, Roché, patron d'Intermar-
ché,...)! Comme une réponse aux mobili-
sations des cathos et réacs de tous poils
de la Manif pour tous ou du Jour de colère,
fin janvier et début février, la manifesta-
tion anti aéroport a ouvert dans la ville du
premier ministre un espace antagonique
où pouvaient se traduire la colère et la ré-
volte contre cette société du TINA (There
Is No Alternative) si chère à Thatcher et
tellement intériorisée par la gauche fran-
çaise institutionnelle et productiviste.

LA PRÉFECTURE ET LES MÉDIAS À LA MANOEUVRE

Dans cette lutte de longue haleine, les por-
teurs du projet n'allaient pas s'avouer
vaincus aussi facilement. Le dispositif po-
licier de près de 1 500 policiers a interdit
le centre-ville commerçant avec de très
nombreuses grilles anti-émeute barrant le
parcours initialement prévu. Ensuite il n'a
pas fallu beaucoup d'efforts aux policiers
pour fixer un point de confrontation cen-
tral, comme un espace dédié - sans trop
d'objectifs à détruire, bien filmé - et dis-
posé de telle façon qu'il coupait le flot des
manifestant-e-s, empêchant un regroupe-
ment final tardif... qui pouvait souligner la
réussite de la mobilisation. Disposant d'un
véritable arsenal dont des canons à eau,
les flics repoussèrent peu à peu les mani-
festant-e-s les plus hardi-e-s jusqu'à la fin
de la journée.

La préfecture, le ministère de l'intérieur, le
maire, l'incroyable président de région... et
même Ayrault tentèrent alors d'escamoter
l'ampleur et le sens de la mobilisation, en
focalisant sur les "débordements", la res-
ponsabilité des structures organisatrices
du défilé pour la casse occasionnée et
enfin l'ambiguïté de la présence simulta-
née de l'état-major d'un parti gouverne-
mental dans la rue. Cette avalanche
médiatique escamotait littéralement l'am-
pleur, l'intensité et le sens de la mobilisa-
tion, dissimulant même les 20 blessés
hospitalisés côté manifestants, dont trois
graves. La casse d'une vitrine est appa-
remment plus importante qu'un oeil
crevé, pour les directeurs de rédactions.
Pour l'Etat et le PS, il ne fallait surtout pas
en tirer les conséquences logiques qui
s'imposaient: l'abandon pur et simple
d'un projet dénoncé comme une aberra-
tion. Valls, marchant dans les pas d'Alliot-
Marie, exhumait même l'ultra-gauche et
les black blocs venus de l'étranger... (ce qui
est assez croquignolet, au moment où
l'Etat célèbre la mémoire de l'affiche rouge
et de la MOÏ).

Les porteurs de projet tentaient alors de
porter une pression maximum sur les
porte-paroles et représentants de la coor-
dination, toujours pour tenter de diviser le
mouvement. Les dégradations somme
toute limitées à une dizaine de boutiques,
du mobilier urbain et des aubettes de bus
(il faut savoir qu'il en tombe tous les jours
4 ou 5 sur l'ensemble de la métropole...) et
du pavage des lignes de tram se transfor-
maient alors en un "saccage du centre-
ville, dévasté".Cela ne portait pas ses
fruits. En effet le communiqué de presse
du dimanche par l'organisation de la ma-
nifestation, visible sur le site de la ZAD, re-
fusait toute dissociation et assumait la
diversité des tactiques et pratiques du
mouvement. Le maire annonçait lundi
qu'il portait plainte, que les dégâts ne
montaient plus à 300 000 mais au moins
un million d'euros, qu'il encourageait tout
un chacun à déposer une plainte contre
les organisateurs... Face aux clichés im-
pressionnants des blessures des manifes-
tant-e-s circulant sur le net, les flics se
découvraient 130 blessés contusionnés et
huit hospitalisés. Le bruit médiatique était
tel que certaines structures anti-aéroport
finissaient par lâcher des communiqués
hasardeux pour se dégager de la pression
exercée: la faute aux policiers qui ont
laissé faire, la faute aux jeunes de banlieue
qui sont venus pour casser, la faute à 200
casseurs qui les auraient pris en otage...
Ces composantes anti-aéroport devraient
pourtant reconnaître que ce n'est pas en
faisant le dos rond que l'on fait reculer
l'Etat, mais en frappant du poing sur la
table, surtout quand on a 56 % de la popu-
lation derrière soi, quand on mobilise plu-
sieurs dizaines de milliers de personnes
dans la rue et quand la résistance sur le
terrain a démontré qu'elle s'arc-bouterait
s'il fallait de nouveau le faire. Les comités
locaux de soutien à la lutte de Notre Dame
des Landes ont heureusement gardé la
tête froide et ont co-signé un communiqué
de presse replaçant les vrais enjeux après
une telle mobilisation (cf ci-contre l'encart
avec le communiqué et la liste des 26 co-
mités signataires).

QUELLE PERSPECTIVE POSSIBLE?

Derrière le battage médiatique autour de
la soi-disant violence démesurée déployée
samedi à Nantes par les opposant-e-s à
l'aéroport, les acteurs politiques comme
Auxiette ou préfectoraux comme Lapouse
demandent instamment un coup de force
contre l'occupation de la ZAD. Mais cette
décision hasardeuse pourrait très bien se
retourner contre ses initiateurs en cas de
pépin et envoyer à la retraite anticipée un
premier ministre qui est au plus bas pour
sa côte de popularité et plomber un peu
plus un président qui vient de voir le chô-
mage augmenter pour le troisième mois
consécutif.

Il semble plus probable qu'une autre pers-
pective s'impose comme l'évoquait le chef
du groupe EELV au Sénat, J-F Placé. Dans le
cadre d'un remaniement ministériel de
plus en plus probable avec un gouverne-
ment resserré, un grand ministère de l'en-
vironnement élargi, qui gérerait les
transports, confié à Ségolène Royal avec
un secrétariat d'Etat pour Placé, pourrait
renégocier par le haut l'abandon du projet
de Notre Dame des Landes, en échange de
projets EPR sur des vieux sites nucléaires ;
cela ne déplairait sûrement pas aux Verts
(qui ont accepté le lancement de l'EPR au
Conseil Régional de Normandie en 2003),
au lobby du BTP et à Vinci ; cela irait dans
le sens de la diminution des gaz à effet de
serre et sortirait la Basse Loire d'une si-
tuation devenue inextricable...

Nantes, jeudi 27 février.
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