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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif, CA #236 -Egypte: LA RÉVOLUTION, LA DÉMOCRATIE ET L'ARMÉE

Date Tue, 18 Mar 2014 19:34:17 +0200


Lors du débat «Que sont les printemps arabes devenus ?» organisé par l'OCLLyon dans le cadre du mois d'activités («En novembre on s'installe partout») autour du «Salon des éditions libertaires» (Lyon, 23-24 novembre 2013), il a été question de la Tunisie(1), de la Libye(2), mais également de l'Egypte. Voici un passage qui est une réponse à plusieurs interventions. Il concerne l'Egypte et répond à ceux qui pensent que réclamer la destitution de Morsi était une atteint à la démocratie. Il contredit également ceux qui voient dans les révolutions arabes un complot étatsunien et précise ce qu'est l'armée égyptienne et comment elle a agi. ---- En 2006, les gens qui bougeaient en Egypte, étaient essentiellement des ouvriers et des paysans du centre du delta. Ils essayaient de s'organiser et de se syndiquer, alors que le syndicalisme était interdit.

Par la suite, les mouvements d'ouvriers et de petits
paysans se sont répandues dans toute la campagne égyptienne,
déconnectée de ce qui se passait à une échelle
plus globale. Le processus révolutionnaire a dé-
marré à ce moment là, en 2006, et non pas en
2011, à la suite de celui qui s'est développé en
Tunisie, qui lui-même a pris naissance en 2008.
Néanmoins, ce processus révolutionnaire, qui a
mené à la chute de la dictature de Moubarak, a
été aidé par l'accélération des événements et la
chute de Ben Ali en Tunisie.

Avec la crise suggères-tu. J'y ajouterais tout
ce que tu veux, y compris les interventions
étrangères. Mais le mouvement social était réel
et important. Après la chute de la dictature, il y
a eu l'organisation des élections. Dire que
c'était démocratique, c'est trop dire, mais dire
que ce n'était pas démocratique ce serait faux
aussi. Il y a eu élection. Quelle a été la réaction
des gens quand ils ont vu que les Frères Musul-
mans et les Salafistes avaient gagné ?

Ils étaient contents dis-tu. Certes, ceux qui
ont voté pour eux ils étaient contents, mais pas
les autres. Ceux qui étaient contents, ils étaient
contents. Les autres, les plus actifs, ceux qui
étaient sur la place Tahrir, et pour y avoir passé
quelques nuits, je peux t'en parler, qu'est-ce
qu'ils ont dit ? Ils ont dit, pour nous la révolu-
tion, ce n'est pas un processus démocratique.
La révolution c'est une volonté de masse de
tout changer. Vous avez voulu imposer les élec-
tions. Ce n'était pas notre choix, mais d'accord,
on accepte la sentence. Vous avez gagné, pre-
nez donc les institutions. Mais nous on a une
autre légitimité, pas celle des institu-
tions, mais celle de la place Tahrir. Nous
avons la légitimité de la rue. Cette idée
de la légitimité politique de la rue dans
la période actuelle, c'est en Egypte
qu'elle apparaît pour la première fois.
Elle sera reprise en Tunisie, mais après
qu'elle ait été affirmée place Tahir. Ceux
de la place Tahir ont dit, nous sommes
dans la résistance, dans le mouvement
révolutionnaire, nous ne sommes pas
dans un processus politique démocra-
tique. La démocratie, on s'en fout, c'est
de la merde. Vos institutions vous en
faites ce que vous voulez. Si on arrive à
les prendre, on les prendra pour les
changer, autrement on garde notre légi-
timité qui est complète, totale et si vous
échouez au niveau des institutions, on
viendra vous en chasser, y compris par
la force.

Ceux qui tenaient ce discours ont
considéré à un certain moment que
Morsi et les Frères Musulmans avaient
échoué, non seulement parce qu'ils
voulaient imposer des lois avec les-
quelles ils étaient en désaccord, mais
également socialement, économique-
ment, par rapport à la corruption, etc.
Le mouvement Tamarrod (Rébellion) est
apparu pour dire en substance : ils ont
pris les institutions, on ne remet pas en
cause leur légitimité institutionnelle. Le
peuple les a élus, mais ils ont échoué et
on n'est pas d'accord pour attendre
cinq ans. Ils doivent dégager mainte-
nant. Jusqu'au 30 juin, c'était un mou-
vement de masse qui s'est traduit par
une manifestation de 15-20 millions de
personnes. Probablement la plus grande
manifestation jamais vue dans le
monde. C'est une évidence historique.
Ce qu'on ne voyait pas de l'extérieur,
c'est que parallèlement à la montée de
Tamarrod, l'armée préparait des plans
et je ne pense pas qu'il y ait eu une
connexion entre les deux.

L'armée égyptienne, il faut savoir ce
que c'est. Elle ne ressemble en rien à
une armée française, libyenne ou tuni-
sienne. L'armée égyptienne a mis fin au
régime royal en 52. Avec Nasser à sa tête
elle a donné la terre à des millions de
paysans entre 53 et 64. Elle a mené la
première guerre considérée comme ga-
gnée par une armée arabe en 1973.
Quand il y a eu la pression sur Mouba-
rak, c'est elle qui a été le chercher pour
le chasser du palais. Incontestablement,
après le départ de Moubarak, elle a
commis des horreurs. Mais elle a une
certaine légitimité historique. Toutefois,
je pense qu'il y a eu trahison du mou-
vement Tamarrod. Je crois que jusqu'au
30 juin, personne ne pensait que l'ar-
mée prendrait le pouvoir. Naïveté ?
Manque d'analyse ? Bêtise politique ?

Toi tu le voyais, bravo ! En tout cas,
moi, jusqu'au 30 juin je n'imaginais pas
que Morsi serait chassé du pouvoir.
Quand le 3 juillet l'armée prend le pou-
voir, là c'est un coup d'Etat. Maintenant
dire que tout ça c'est de la manipula-
tion, je m'inscris en faux. Il y a un mou-
vement social, des intérêts de classe,
des accumulations de résistances, des
processus révolutionnaires depuis 2006
en Egypte, 2008 en Tunisie, nier ça, c'est
nier que l'Histoire s'écrit.

Je veux bien admettre qu'«armée» et
«légitimité» ça paraît antagonique. Mais
je maintiens que l'armée égyptienne a
une légitimité que n'a aucune autre
armée de la région. Peut-être éventuel-
lement l'armée syrienne, mais c'est pas
sûr. Evidemment, je ne peux pas le
prouver mathématiquement. C'est
quelque chose que j'ai mis du temps à
comprendre. Quelque chose qui m'a
étonné durant les 16 ans que j'ai passé
en Egypte à observer la société égyp-
tienne. Deux anecdotes. Dans les mai-
sons des classes populaires il y a le
portrait de Nasser en uniforme, chez les
classes moyennes, si il y a une photo de
Nasser, il est en civil. Si vous montez
dans les transports en commun, un po-
licier, s'il n'y a pas de place, il reste de-
bout, une femme, même chose, sauf si
elle est malade, âgée ou enceinte. Il n'y
a pas de geste pour éviter une proximité
trop physique avec les hommes. Par
contre, quand il y a un militaire,
quelque soit son grade, il y a toujours
quelqu'un qui se lève pour céder sa
place. Ceci dit, il existe nombre
d'études, de publications, sur la place
de l'armée dans la représentation col-
lective nationale égyptienne qui vont
dans le sens de ce que je dis.

Tu refuses le terme légitimité. Je cor-
rige, car pour moi aucune armée au
monde n'est légitime et surtout pas l'ar-
mée égyptienne qui est capable du pire.
Ce n'est pas le mot qui est important.
Ce que je veux décrire, c'est comment
l'armée est perçue par les égyptiens. Il
s'agit de ma constatation objective sur
comment les égyptiens regardent leur
armée.

A la question sur l'armée comme
puissance économique, je répondrais
qu'il s'agit de la première entreprise, de
la première puissance économique
d'Egypte. Mais qu'elle ne tire pas sa lé-
gitimité, au regard de la société égyp-
tienne, de cette puissance économique.
Elle la tire de sa propre histoire. En
Egypte tout le monde sait que c'est une
très grande puissance économique et
probablement la première, les gens le
savent.

Elle n'intervient pas directement
dans l'exploitation des gens. L'armée
égyptienne est une puissance écono-
mique en interne. Elle a ses sociétés, ses
entreprises, ses fermes agricoles, ses
circuits commerciaux, elle n'intervient
pas autrement que par le biais des poli-
tiques, notamment durant la période de
Moubarak. Elle a ses structures internes,
on dirait un pays étranger, sa puissance
économique on ne la voit qu'à travers
les banques, la population ne la voit pas
au quotidien. Les gens ne travaillent pas
dans l'armée, c'est des soldats qui sont
employés comme « esclaves » dans l'ar-
mée (environ 4 millions de soldats, si on
compte les réservistes).

Ce ne sont pas des individus, des
gradés, qui possèdent des entreprises
en Egypte, c'est l'armée elle même, c'est
le Ministère de la défense qui a des
usines où sont fabriqués des voitures,
des boissons, du pain, et qui est pro-
priétaires de terres agricoles pour pro-
duire du blé et d'autres produits
agricoles et alimentaires. Il faut la
considérer comme un corps «étranger»
qui a sa propre économie et qui importe
et exporte, en dehors des circuits civils.
On peut avoir l'impression très forte
que l'armée place ses pions dans le
pays, que ce n'est pas tellement le pou-
voir politique qui donne les directives et
que l'armée décide de tout. C'est en par-
tie vrai. L'armée a toujours été là, mais
à certain moments, quand Moubarak a
été suffisamment puissant il a pu dire
merde à l'armée.

Habib le 16 novembre 2013
Retranscription Scylla (OCL-Lyon)

(1) «Où en est le processus révolutionnaire en Tunisie ?»
Courant Alternatif, n° 230, mai 2013.
(2) «Libye, une société perdue ?» Courant Alternatif, n°
235, décembre 2013.

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LA TRAGÉDIE SYRIENNE: HISTOIRE D'UN DÉSASTRE

Il apparaît plus que difficile d'établir un point de vue
définitif sur la Syrie, la situation étant en constante
évolution. Pourtant l'importance du drame syrien et
de ces enjeux ne fait de doute pour personne
pourtant les récentes déclarations des diplomates
américains laissent penser que la «communauté
internationale» pourrait bien laisser les syriens
s'entretuer jusqu'au dernier tant que la stabilité de
la région et la pérennité de leurs intérêts ne serait
pas menacées.

Pour comprendre ces enjeux il faut
les rendre intelligibles et donc, revenir au
fondamentaux, étudier l'histoire,
l'économie, les hommes, dans le temps
long pour saisir pourquoi les événements
ne sont que les manifestations visibles
de dynamiques profondes. Ensuite il faut
analyser ces enjeux et la situation
internationale pour comprendre qui
soutient qui, et tenter d'esquisser des
hypothèses sur le devenir de cette guerre
civile qui dure depuis bientôt trois ans.

LA SYRIE, 30 SIÈCLES D'HISTOIRE

La Syrie, située au Moyen-Orient, a
pour voisins le Liban, Israël, la Jordanie,
l'Irak et la Turquie. La Syrie est donc au
carrefour de plusieurs mondes :
méditerranéen, égyptien, mésopotamien,
anatolien, sans oublier l'influence de la
Perse et de l'Arabie au sud. C'est ce
caractère de carrefour qui constitue des
atouts mais aussi des dangers pour la
Syrie. Le territoire syrien a donc été
longtemps un lieu de passage, d'invasion
et de conquêtes.
Depuis le XVI°siècle avant notre ère,
la région a été successivement sous la
domination de l'Egypte pharaonique, des
Hittites, des Assyriens, de la Perse,
d'Alexandre le Grand, des Romains
jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle religion,
l'Islam. L'expansion, au VIIe siècle de
notre ère, de cette nouvelle force
religieuse et politique a bouleversé
l'ordre politique du Moyen Orient
jusqu'à présent par les empires
byzantins et sassanide. La bataille de
Yarmouk en 636 (gagné par les
musulmans) annonce la fin de la
domination byzantine et l'expansion de
l'Islam hors de la péninsule arabique.
Dirigé par la dynastie des Omeyades,
l'empire arabe atteint son apogée et
Damas devient la capitale d'un empire
qui,vers 660, s'étend de l'Espagne
jusqu'au fleuve Indus. En 750, la dynastie
des Omeyades est renversée par celle des
Abbassides et ceux-ci déplacent le centre
de gravité du monde musulman vers l'Est
en faisant de Bagdad leur capitale.
Damas n'est plus alors qu'une métropole
provinciale, mais qui reste un lieu
d'histoire puisque c'est l'échec de la prise
de la ville en 1148 qui met fin à la
deuxième croisade. Damas regagne
pendant un temps le statut de capitale
sous la domination de Saladin qui
parvient même à reprendre Jérusalem en
1187. Autre force structurante dans
l'histoire syrienne, l'influence ottomane :
en 1516 les ottomans se rendent maîtres
de la majeure partie du territoire syrien
et ils y restent pendant près de 400 ans
jusqu'au début du 20ème siècle.La 1ère
guerre mondiale provoque le
démantèlement de l'Empire. Dès 1916, la
France et l'Angleterre, adversaires des
ottomans, anticipent la fin de la guerre
avec l'accord Sykes-Picot, qui prévoit un
partage du Moyen- Orient. La Syrie échoit
à la France et se voit découpée en 6
provinces-états (le Grand Liban, l'Etat
d'Alep, le sandjak d'Alexandrette, l'Etat
de Djebel druze, l'Etat de Damas, et l'Etat
des Alaouites). Au cours des années 30, le
grand Liban se transforme en République
Libanaise et prend son autonomie.En
1939, la France cède le sandjak
d'Alexandrette à la Turquie pour la
dissuader de rejoindre les forces de l'axe.
Le mandat français prend fin en 1941 et
la Syrie devient indépendante en 1946
dans l'enveloppe territoriale qu'on lui
connaît aujourd'hui.

Ce rappel historique n'a vocation
qu'à saisir combien l'histoire de ce pays
s'inscrit dans un temps long, et que par
conséquent les identités nationales,
religieuses et culturelle sont
profondément inscrites et ancrées dans
les mentalités et dans les territoires des
syriens.

Mais justement ces syriens qui sont-
ils ?

LES CONTRADICTIONS DE LA NATION SYRIENNE

La Syrie est peuplée à 90% d'Arabes,
de 9% de Kurdes, mais aussi d'Arméniens
principalement dans la région d'Alep et
à Damas. L'Islam est la religion
majoritaire : 70% des pratiquants sont
d'obédience sunnite, 3 % sont chiites. Il y
a aussi des chrétiens (10% environ), des
druzes et enfin une communauté
alaouite qui représente 13% de la
population. Issue du chiisme (nous ne
rentrerons pas ici dans les détails
religieux), cette communauté est
considérée comme hérétique, tant par les
sunnites que par les chiites. Or c'est une
famille issue de cette communauté, la
famille Hassad, qui dirige le pays depuis
1971. Depuis cette date, l'histoire de la
Syrie se confond avec le destin des
Hassad père et fils. Hafez, le père, adhère
à 16 ans au parti Baas, «le parti de la
renaissance arabe», il entre alors dans
l'armée, seul moyen pour un alaouite
d'obtenir une reconnaissance et de
parvenir à une ascension sociale. En
s'appuyant tantôt sur le politique, tantôt
sur le militaire, il va finir par s'imposer,
d'abord dans le parti au début des
années 60, puis dans l'armée en
devenant chef d'Etat-major de l'armée de
l'air en 1964. Deux ans plus tard a la
faveur d'un coup d'Etat fomenté par le
parti Baas, il devient ministre de la
défense et continue sa marche vers le
pouvoir en éliminant tout ses rivaux, y
compris des alaouites. Et en septembre
1970, après un nouveau coup d'Etat il
prend le pouvoir et se présente comme
un rénovateur et un correcteur des excès
de la période précédente. En 1971 il est
élu président au suffrage universel.
S'ensuivrent 30 ans de pouvoir
autoritaire, dont un des épisodes les plus
terribles est la répression contre les
frères musulmans avec le massacre de
Hama en 1982 ; environ 20000 personnes
auraient été tuées. A la mort de Hafez el
Hassad en juin 2000, son fils lui succède.
La continuité est parfaite tant sur le plan
économique que sur le plan politique.
A partir de mars 2011, en écho aux
«printemps arabes» les syriens
manifestent dans la rue réclamant une
amélioration de leur sort. Plusieurs
facteurs expliquent ces mouvements, le
premier est celui de la composition
démographique. Sur 22,2 millions de
Syriens (le pays en comptait 7 millions en
1950) 55% ont moins de 25 ans. Cette
population est éduquée, le taux
d'alphabétisation est proche de 95% et
les écoles et les universités, nombreuses,
(environ une trentaine dans les
principales villes du pays) sont
débordées et forment des jeunes qui ne
trouvent pas d'emplois : 1/3 des moins de
25 ans sont au chômage. Autre facteur, le
développement économique : la Syrie est
un pays rural, l'agriculture comptant
pour un quart du PIB, elle possède, certes,
des ressources en hydrocarbures (pétrole
et gaz), mais ces richesses ont été
développées de manière très hétérogène
et provoquent d'immenses inégalités.
Une analyse des régions les plus pauvres
laisse apparaître une correspondance
avec des territoire peuplés par les
communautés sunnites ou chiites. C'est
dans ces parties du pays que la
contestation du pourvoir a pris forme.

Les manifestations ont commencé
dans la ville de Deraa, le 15 mars 2011.
Cette ville agricole fait partie des villes
oubliées par le pouvoir central sur le plan
économique du pouvoir central,
notamment lors des libéralisation des
années 90 (l'économie syrienne était
auparavant totalement administré). La
révolte s'est alors étendue et généralisée
à l'ensemble du pays. Après quelques
mois de soulèvement populaire, la
révolte se transforme en guerre civile,
et à la différence des autres
mouvements dans les pays arabes
n'aboutit pas à un changement de
gouvernement.

C'est que les enjeux nationaux,
régionaux et internationaux sont si
importants que l'Etat de barbarie dans
lequel se trouve actuellement la Syrie
pourrait bien perdurer, tant la chute ou
le maintien du régime Hassad aura des
conséquences sur tout le Moyen Orient.
Car si l'on examine les relations
qu'entretient la Syrie avec ses voisins,
on mesure l'ampleur et l'importance
géopolitique du cas syrien.

LA QUESTION SYRIENNE, UNE QUESTION CRUCIALE POUR TOUT LE MOYEN-ORIENT ET L'ORDRE MONDIAL

En Turquie tout d'abord, la méfiance
prédomine dans ses relations avec la
Syrie. Il y a d'abord le contentieux
historique autour de la province
d'Hatay (l'ancien Sandjak
d'Alexandrette) : les nationalistes
syriens n'acceptant pas la perte de cette
région. La deuxième source de tension
est le partage des eaux : l'Euphrate
traverse la Syrie par le sud-est, mais en
amont la Turquie a construit plusieurs
barrages hydroélectriques sur le Fleuve,
dont le grand barrage Ataturk, ce qui
évidemment affaiblit le débit des eaux ;
dans une région où cette ressource est
rare c' est bien sûr une source de
tension. Le troisième point est la
question kurde : le leader du PKK,
Oçallan, a longtemps résidé à Damas
jusqu'à son expulsion en 1997. Ces
tensions ne sont pas que
diplomatiques : en juin 2012 un avion
turc est abattu par la défense aérienne
syrienne, le comité exécutif de l'Armée
Libre Syrienne est réfugié en Turquie
ainsi que de nombreux militaires qui
ont déserté, et Ankara a publiquement
souhaité la chute de Bachar el Hassad.

Il y a ensuite l'Iran. Si les deux pays
n'ont pas de frontières communes, ils
ont pourtant entamé des
rapprochements dans les années 80
pour contrer la montée en puissance de
l'Irak qui représentait alors une menace
pour eux. Pour la Syrie, la rivalité
concernait la concurrence entre les
partis Baas syrien et irakien pour le
leadership sur le monde arabe. Pour
l'Iran, le gain d'un allié dans la région
lors sa longue guerre contre son voisin
était évidemment un très bon atout. Le
deuxième fondement de cette alliance
est l'opposition à Israël. Syrie et Iran ont
toujours dénoncé l'Etat juif et maintenu
la pression par l'intermédiaire du Liban,
en soutenant le Hezbollah. En 1976, la
Syrie envoie son armée au Liban, sous
prétexte de mettre un terme à la guerre
interconfessionnelle. Et elle ne l'a
retirée qu'en 2005, contrainte et forcée
par une résolution des Nations Unies,
après l'assassinat de Rafic Hariri le
premier ministre libanais. Même après
ce retrait,, l'armée syrienne contrôle
toujours la route Beyrouth/Damas et
son poids sur la politique intérieure
libanaise empêche toute prise de
position des dirigeants libanais. La Syrie
a besoin du Liban pour contrôler son
adversaire éternel, l'Etat d'Israël. La
Syrie a participé à toutes les guerres
(1948/1967/1973) contre l'Etat juif,
toutes perdues par ailleurs. Au cours de
la Guerre des six jours, en juin 1967,
Israël occupe militairement le plateau
du Golan, dont aucune négociation n'a
jusque à présent permis la restitution.
Les deux Etats maintiennent une
pression militaire permanente dans
une sorte d'équilibre, une paix armée
permanente. L'incertitude de l'issue de
la crise syrienne n'est cependant pas un
bon signe pour l'Etat hébreu ; en effet,
qui sait si les successeurs du clan
Hassad ne seront pas porteurs de
velléités guerrières contre Israël?

La région est donc plongée dans un
état d'instabilité, deux axes
géopolitiques se dessinent et
s'affrontent tant sur le terrain
diplomatique que sur le terrain
militaire. Le groupe des alliés de la Syrie
(Iran, Irak dirigés à présent par des
chiites, et le Hezbollah, lui aussi chiite,
au Liban) est opposé à un axe anti-
Hassad composé du Koweït, du Quatar,
de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, de la
Jordanie et de la Turquie. Ces prises de
position se retrouvent aussi à l'échelon
international, puisque les membres du
conseil de sécurité de l'Onu sont eux
aussi partagés. Les USA, la France,
l'Angleterre et l'Union Européenne sont
favorables au départ de Bachar al
Hassad alors que paradoxalement ce
sont les mêmes qui avaient tenté un
rapprochement avec lui. On se souvient
encore de la visite du président syrien
en France, et de sa présence au défilé du
14 juillet au moment du lancement de
l'Union pour la Méditerranée (le projet
quelque peu mégalo de Sarkozy).
Depuis le début de la crise, le
retournement occidental est total (gel
des avoir financiers, sanctions
commerciales et embargo européen sur
les importations de pétrole syrien). De
l'autre coté, on trouve la Russie et la
Chine. Si la Chine est hostile à toute
intervention dans les affaires
intérieures d'un pays (on comprend
bien pourquoi), la Russie, elle, est un
allié historique de la Syrie et continue à
lui vendre des armes. Du fait donc des
veto russes et chinois, le conseil de
sécurité n'a pu adopter une quelconque
résolution ; encore une fois les Nations
«Unies» sont en retard d'un massacre.
Et pourtant la situation s'aggrave, le flot
des réfugiés augmente de manière
exponentielle (on en est déjà à 200 000)
et menace les équilibres des pays
limitrophes.

La guerre civile en Syrie est la
démonstration dramatique de l'état du
monde actuel, de la fiction d'une
«communauté internationale» et de
l'absence d'un droit lui aussi
international susceptible de réguler des
conflits . Au nom de la «realpolitik», le
peuple syrien est laissé à son sort et
chacun attend de voir comment la
situation va tourner, car pendant la
guerre les affaires continuent : d'un
côté,on vend des armes et de l'autre, ce
sont des technologies de surveillances
(les sociétés Fincher et Aeracor par
exemple, pour le contrôle des courriels).
Il reste à espérer que les peuples de
Syrie trouvent les ressources
suffisantes pour chasser les
oppresseurs passés, présent, et futurs.

J.M. ocl Reims

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DE MANDELA À «MADIBA» DU MASSACRE DE S HARPEVILLE 1960 À CELUI DE M ARIKANA 2012

Lors de ses funérailles, N. Mandela
est célébré, par les grands et moins
grands chefs d'Etat, comme un
héros de la lutte pour la liberté. Il
ne s'agit pas de tirer sur le cor-
billard emmenant la dépouille de
Mandela accompagné par la tris-
tesse du peuple sud africain. Que
nous le voulions ou pas «Madiba»
est le symbole de leur résistance
contre l'apartheid imposé par le
pouvoir blanc. Ferveur populaire
réelle autour d'un mythe instru-
mentalisé pour d'autres réalités.

HYPOCRISIE ET CYNISME...

Pourtant ce n'est qu'en 2008, soit 18
ans après sa libération en 1990, et 14 ans
après son élection à la présidence sud
africaine que le FBI américain l'enlève de
sa base de données des suspects pour
activités terroristes. Lui et d'autres de
l'ANC (African National Congress), y fi-
guraient à cause de leur combat contre
le régime d'apartheid de Pretoria. Ronald
Reagan et les occidentaux, encore dans
les années 80, considéraient l'ANC
comme «une organisation communiste
souhaitant renverser le pouvoir pro-oc-
cidental sud-africain». C'est cette sym-
pathie pour le régime de l'apartheid de
la part de l'impérialisme US, qui grâce
aux renseignements fournis par la CIA,
permit l'arrestation et l'emprisonne-
ment de Mandela en 1962, mais aussi,
des collaborations barbouzardes pour li-
quider les militantes et militants de
L'ANC : Dulcie September ambassadrice
de l'ANC assassinée à Paris en 1988,

Chris Hani secrétaire du SACP (Parti
Communiste Sud Africain) en 1993
parmi tant d'autres. Un soutien total au
pouvoir en place à Pretoria, en cette pé-
riode de guerre froide, face à Moscou et
au dangers «communistes».

En ces années 60/70 ce pays était un
pion africain essentiel pour les améri-
cains et le camp occidental. C'était pour
l'OTAN un poste d'observation et de
contrôle des voies maritimes dans la
pointe de l'Afrique très fréquentée par
les supers pétroliers et autres transports
de ressources indispensables à l'Occi-
dent. C'est à Silvermine près de la ville
du Cap qu'était la station d'écoute de
l'OTAN. En cette période de décolonisa-
tion, les luttes de libération nationales
éclataient ou s'intensifiaient en Afrique
australe. Le «danger marxiste» s'y éten-
dait et les deux blocs impérialistes,
Ouest contre Est avec leurs alliés, s'y af-
frontaient : en Angola où le dictateur
portugais Salazar s'accrochait à ses co-
lonies, mais aussi en Namibie, au Mo-
zambique ou en Rhodésie, qui deviendra
le Zimbabwe.

En Grande Bretagne, sous la gouver-
nance Thatcher, Mandela et d'autres de
l'ANC n'étaient guère mieux considérés
que «les terroristes et assassins» de l'IRA
luttant en Irlande du Nord. D. Cameron,
aujourd'hui premier ministre britan-
nique, plaidait lui-même pour la levée de
l'embargo contre l'Afrique du Sud, et lui
et ses amis ne voyaient Mandela que
«pendu». Il en était de même pour la
France où la droite régnait. Les relations
étaient au beau fixe avec le gouverne-
ment raciste de Pretoria. En 1974, le
maire de Nice, J. Médecin va jumeler sa
ville avec Le Cap. La police sud-africaine
bénéficie de l'expérience des tortion-
naires français qui ont sévi en Algérie, et
nos militaires ou conseillers partagent
leur savoir de lutte anti-guérilla. En plus
des armes, qui faisait de l'Afrique du Sud
son 3° client, la France, en 1976/77, sous
la présidence Giscard va même lui
vendre son savoir-faire nucléaire. Ce
pays fournissait l'uranium nécessaire à
la défense atomique française(1). Paris
s'implique discrètement, avec l'aval de
l'impérialisme US, au côté du gouverne-
ment sud africain, contre les luttes de li-
bération au Mozambique et en Angola.
Armes et conseillers militaires, mais
aussi soldatesque africaine fournie par
les potentats locaux installés au pouvoir.
Bref, malgré les massacres que subissent
les noirs d'Afrique du Sud, malgré une
opinion publique internationale qui se
mobilise contre l'apartheid et appelle au
boycott de tout produit sud africain, mal-
gré les résolutions de L'ONU contre les
ventes d'armes, munitions et véhicules
militaires en tout genre et l'embargo dé-
crété obligatoire, ce n'est qu'après 1977
que la France a renoncé à son commerce.
Du moins officiellement. Il faudra at-
tendre 1981 et Mitterrand au pouvoir,
pour que l'ANC soit enfin reconnue offi-
ciellement.

DE SHARPEVILLE 1960 À MARIKANA 2012

Deux massacres parmi d'autres.
Sharpeville (1960) : dans le cadre de
manifestations non armées, la police
blanche se sentant menacée, a tué plus
de 60 manifestants, dont bon nombre
d'une balle dans le dos, et pratiqué des
milliers d'emprisonnements.

Marikana (2012) : la police «arc en
ciel», se sentant menacée par des mani-
festants sans armes, fait feu, tuant plus
d'une trentaine de mineurs.

Ces deux dates pourraient illustrer le
parcours de Nelson Mandela, de l'ANC et
de ses compagnons. Lors de Sharpeville
Mandela prônait la nécessité de la lutte
armée et s'apprêtait à fonder le bras
armé de l'ANC. En 2012 à Marikana le
massacre est l'oeuvre du pouvoir «arc en
ciel», des dirigeants de l'ANC et des
proches de Mandela. Ils/elles sont cor-
rompu(e)s, se disputent l'héritage et sou-
tiennent la politique fixée dans la
CODESA (1991) (2) et adoptée en 1996 par
l'ANC, tournant le dos à son programme
de priorité de lutte contre les inégalités.
Mandela élu président (1994/1999), la ré-
volution économique et sociale tant at-
tendue par le peuple noir n'est pas au
rendez-vous. Pendant que Madiba, au-
réolé, leur prêche la réconciliation et le
pardon, ses pairs s'acoquinent et ac-
compagnent l'offensive libérale du capi-
talisme dans le pays.

L'ÉPISODE BUTHELEZI

Fin 70 et début 80, les rapports
Est/Ouest se modifient. L'ONU classe
l'apartheid «crime contre l'humanité».
L'heure des confrontations s'éloigne. Les
soutiens au régime raciste se lézardent.
Les mouvements de libération nationale
triomphent en Afrique australe. Avec les
campagnes de boycot, l'opinion interna-
tionale est massivement mobilisée
contre l'apartheid. A l'intérieur de
l'Afrique du Sud, les coups portés par les
révoltes et les grèves du peuple Noir s'in-
tensifient et perdurent. La bourgeoisie,
se sentant de plus en plus menacée par
une contestation qu'elle ne maîtrisait
plus, ose un homme providentiel. Sorte
de troisième voie pour sortir de la crise
entre un pouvoir minoritaire blanc et
une probable insurrection... révolution-
naire ? Cet homme providentiel était le
ministre noir d'un bantoustan auto-
nome du Kwazulu, chef et prince zulu :
Gatsha Buthélézi. Ancien des jeunes de
l'ANC, nationaliste zulu, anticommu-
niste, il fonde en 1975 l'Inkatha Freedom
Party : le parti de la liberté. Un temps
marionnette des occidentaux, il plaide la
cause des blancs de Pretoria en deman-
dant la levée des sanctions et du boycott,
qui frappaient injustement l'Afrique du
Sud. Il est accueilli dans les capitales oc-
cidentales. J. Chirac alors Maire de Paris
le reçoit en grande pompe à l'Hôtel de
ville. La greffe ne prendra pas, évidem-
ment, mais ses miliciens de l'Inkhata
n'auront de cesse, avec ou sans l'appui
de policiers blancs, de pourchasser et de
massacrer les membres ou sympathi-
sants de l'ANC, du SACP ou des syndica-
listes du COSATU. Après maintes
tractations et dans le cadre de la récon-
ciliation nationale, il aura sa place au
gouvernement «arc en ciel».

LA FIN DE L'APARTHEID OU L'INSURRECTION QUI VIENT ?

Le danger de classe s'intensifie après
1976. En juin, à Soweto, explose la révolte
des lycéens contre l'obligation d'ap-
prendre l'afrikaneer : la langue de l'op-
presseur raciste blanc. Dix mille lycéens
défilent. Leur organisation et leur ex-
pression ne dépendent nullement de
l'ANC is d'un mouvement
«Conscience Noire». Tout ce qui symbo-
lise le pouvoir blanc est détruit,saccagé,
brûlé. La répression est brutale. Leur lea-
der Steve Biko est assassiné. Mais les
braises couvent et s'étendent. En août, ce
sont les milliers de travailleurs qui rejoi-
gnent la lutte. Leur grève s'étend à
d'autres villes. L'ANC n'a que peu d'in-
fluence sur ces révoltes et grèves. Durant
cette période elle est inopérante, ses
cadres sont assassinés ou jetés en prison
comme N. Mandela. D'autres sont
contraints à l'exil ou à la clandestinité de
la lutte armée. C'est la petite bourgeoi-
sie : église, progressistes blancs et noirs,
associations civiques, qui tente de cana-
liser les révoltes des townships. La déso-
béissance civile et la non-violence
prévalent dans les marches et les mani-
festations que la répression policière
provoque et fait régulièrement dégéné-
rer en affrontements. C'est durant ces
années de guerre de classe que le FO-
SATU(3) puissante fédération de syndi-
cats a dénoncé tant l'UDF que l'ANC
dans des résolutions contre la collabora-
tion de classe portées par ces dernières.
Le pouvoir prend conscience que la ré-
pression et la peur ne feront plus recu-
ler le peuple debout. C'est ce danger
identifié par les uns et les autres qu'il
convenait de conjurer.

De discrètes et clandestines, les trac-
tations continuent et avancent jusqu'à
l'avènement du pouvoir partagé. D'une
part, l'ANC, le Parti communiste, les ré-
formistes noirs de l'UDF et les leaders
des puissants syndicats ouvriers, de
l'autre, la haute bourgeoisie blanche, pa-
tronat des mines et autres soutiens. Cest
dans ces moments que prend forme la
fin de l'apartheid, l'intronisation des
noirs au pouvoir avec l'assurance de ne
pas remettre en cause les fondements de
la propriété et du capitalisme sud afri-
cain. L'alliance des bourgeoisies blanche
et noire se scelle face au danger d'explo-
sion sociale de la classe ouvrière, qui
menaçait de mettre à bas le régime des
blancs, ce qui n'aurait pas été sans inci-
dences sur les autres pays africains. Une
révolution du prolétariat sud africain au-
rait redonné de l'espoir aux autres
peuples africains écrasés par leurs dic-
tatures à la solde du néo-colonialisme.

NATIONALISTE BOURGEOIS ET HUMANISTE

L'évolution du capital international
vers sa phase libérale et les inquiétudes
de la haute bourgeoisie blanche sud afri-
caine, commandent de mettre fin à
l'apartheid. Pour cela, les extrémistes du
pouvoir blanc sont écartés. F. De Klerk,
du national party, est élu au pouvoir. Il
est certes conservateur mais il est prêt à
des réformes contre l'apartheid.

La répression féroce ne contient plus
l'insurrection montante des prolétaires
sud africains. La difficulté est de canali-
ser ces révoltes qui se succèdent. L'ANC
et l'UDF, l'église, des structures diverses
et des partis réformistes... s'y attelleront,
dès leur re-légalisation. Mandela pouvait
être libéré car plus utile dehors et au
pouvoir pour la suite des affaires. Leader
charismatique et respecté de tous, il
remplira sa fonction . Il prônera la tolé-
rance et la réconciliation.

Après 27 ans d'enfermement, il a
« mûri » politiquement. Passant d'un so-
cialisme progressiste, comme en por-
taient les luttes de libération nationales
d'alors, à un socialisme réaliste et dé-
fenseur du capital. Il est incontournable.
N'est-il pas le plus vieux prisonnier poli-
tique ! C' est un militant de longue date
et le co-fondateur de la branche armée
de l'ANC, l'autre co-fondateur étant un
membre du parti communiste sud afri-
cain. Il est internationalement connu,
via les campagnes d'opinion internatio-
nales, demandant la fin de l'apartheid et
sa libération. Les contacts et rencontres
entre les deux parties, sous l'oeil attentif
de Washington et de Moscou, se sont for-
malisés entre blancs et noirs sud afri-
cains, et sont en cours de règlement.
L'aboutissement du processus long et
tortueux se précise. Bien que prisonnier,
il y participe. Les ennemis d'hier trouve-
ront une complicité politique pour la
bonne marche des affaires : sauvegarde
de la propriété privée et des intérêt éco-
nomiques de la bourgeoisie financière
qui renonce à sa gouvernance blanche.
En contrepartie, intégration de la bour-
geoisie (et petite bourgeoisie) noire dans
le partage du pouvoir associée aux royal-
ties. A «Madiba», l'ANC, le SACP et autres
de veiller à ce que les travailleurs, les po-
pulations des townships ou des ban-
toustans ne perturbent les réjouissances
du partage. Les louanges au grand Man-
dela ne sont pas vaines. Il a servi le capi-
tal et préservé l'Etat. D'ailleurs, la
bourgeoisie internationale reconnais-
sante, en a fait l'un des siens à Oslo, en
1993, en le consacrant pour service
rendu au capital, et lui remettant le prix
Nobel de la paix, en même temps qu'à
F. De Klerk.

VERS UNE ÉVOLUTION ÉLECTORALE, DÉMOCRATIQUE ET BOURGEOISE

La transition CODESA se fera dans le
cadre légal de l'état. Cette évolution élec-
torale et démocratique chère au Capital
l'emporte.

Février 1990, Mandela est libéré.
En avril 1994 ont lieu les premières
élections post-apartheid et multi-ra-
ciales.

En mai 1994, N. Mandela est élu pré-
sident. L'Afrique du Sud devient la na-
tion «arc en ciel». Comme il se doit,
copains et coquins se partagent le pou-
voir et se rétribuent sur le dos du peuple
encore ivre d'une liberté recouvrée.

Dès 1995, une loi (arc en ciel) interdit
les grèves dans les services «essentiels»
(publics) et rend illégale toute grève
contre les licenciements... etc.

Mandela est enterré. Le peuple le
pleure sans doute dans les townships. La
bourgeoisie le loue espérant user, cette
fois encore, de sa dépouille pour détour-
ner la colère et les révoltes de classe qui
montent des mines de Marikana.

MZ., Caen le 20-XII-2013.

(1) Si la France
vend des centrales
nucléaires, Etats-
Unis, Grande-Bre-
tagne, Allemagne,
Israël et autres ont
tous contribué à
des degrés et mo-
ments divers à la
fabrication de
l'atome sud afri-
cain par des finan-
cements, par la
fourniture d'équi-
pement, de ma-
tières fissibles, de
technologie de
pointe, etc.

(2) CODESA :
Convention Démo-
cratique Sud Afri-
caine.
Aboutissement de
rencontres entre
L'ANC et le Natio-
nal Party (Blancs)
et élargies à
d'autres. Elle
contient le schéma
de transition dé-
mocratique post
apartheid. Officia-
lisée en 1991.

(3) Federation Of
South Africa Trade
Union.
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