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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif, CA #236 - Agriculture - Le stress est dans le pré

Date Fri, 14 Mar 2014 19:51:27 +0200


L'Institut National de Veille Sanitaire vient de publier en septembre 2013 un rapport intitulé «Surveillance de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants». ---- La population étudiée comprend tous les chefs d'exploitations agricoles et les collaborateurs d'exploitation, en activité professionnelle au 1er janvier d'une des trois années d'étude (2007, 2008 ou 2009) en France métropolitaine (hors Alsace-Moselle).
Les chefs d'entreprises ressortis santes du monde agricole (exploitations de bois, scieries, entreprises de travaux agricoles...) et les aides familiaux ont été exclus de la population d'étude en raison de l'hétérogénéité de leurs conditions de travail. Par ailleurs, d'autres groupes de la population ont été exclus: les agriculteurs exploitants nés hors France métropolitaine, ceux en activité dans les départements et territoires d'outre-mer, ainsi que celles et ceux qui exercent une activité agricole ne permettant pas une affiliation en tant que chef d'exploitation ou d'entreprise agricole (dont la surface est inférieure à la moitié de la surface minimum d'installation ou ayant une activité agricole inférieure à 1 200 h par an)

QUI SONT LES AGRICULTEURS EXPLOITANTS ?

La population d'étude comprend en
moyenne 500 164 sujets par année, dont
68 % d'hommes et 32 % de femmes. L'âge
moyen sur les trois années est de 46 ans
pour les hommes et de 50 ans pour les
femmes. La tranche d'âge la plus repré-
sentée est celle des individus âgés de 45
à 54 ans pour les deux sexes (36 %
d'hommes et 37 % de femmes). La répar-
tition par âge diffère ensuite selon le
sexe : chez les hommes, les 35-44 ans re-
présentent la deuxième classe d'âge en
terme d'effectif (28 %) et chez les
femmes, il s'agit des personnes âgées de
55 à 64 ans (29 %).

La répartition des individus selon
leur fonction dans l'exploitation diffère
également selon le sexe. Parmi les chefs
d'exploitation, on observe en moyenne
sur les trois années 74 % d'hommes,
alors que les collaborateurs d'exploita-
tion sont très majoritairement des
femmes (86 %).

L'ancienneté est globalement infé-
rieure chez les femmes : elle est infé-
rieure ou égale à 10 ans pour la moitié
d'entre elles, comprise entre 11 et 20 ans
pour 38 % et supérieure pour 12 %. Les
hommes par contre ont une ancienneté
comme chef d'exploitation supérieure
(23 % depuis moins de 10 ans, 23 % entre
11 et 20 ans et 40 % plus de 20 ans).
Les secteurs d'activité qui concen-
trent le plus grand nombre d'agriculteurs
exploitants sont, chez les hommes
comme chez les femmes, les secteurs
«élevage bovins-lait» (20 % de la popula-
tion en moyenne sur les trois ans), «cul-
ture céréalière et industrielle, grandes
cultures» (17 %), «culture et élevage non
spécialisés» (14 %), «élevage bovins-
viande» (13 %) et «viticulture» (12 %).
Les principales régions des sièges des
exploitations agricoles sont, par ordre dé-
croissant : Midi-Pyrénées (10,2 % des ex-
ploitations), Pays de la Loire (9,1 %),
Bretagne (9,3 %), Aquitaine (8,2 %),
Rhône-Alpes (7,7 %), Poitou-Charentes
(5,3 %) et Centre (5,2 %). Ces sept régions
comprennent plus de la moitié des ex-
ploitations agricoles en France métropo-
litaine.

Concernant la répartition de la popu-
lation selon la surface réelle de l'exploi-
tation agricole, des différences
apparaissent en fonction du sexe du chef
d'exploitation. Les hommes sont plus
souvent que les femmes (59 % contre
50 %) chefs des moyennes et grandes ex-
ploitations, et inversement les femmes
sont plus fréquemment que les hommes
(26 % contre 18 %) à la tête des petites ex-
ploitations.

L'activité agricole est exclusive pour
une large majorité d'exploitants (86 %
d'hommes et 85 % de femmes), alors
qu'elle est l'activité principale pour les
autres.

La proportion des exploitations à titre
individuel est en légère diminution sur
les trois ans (50 % en 2007 contre 47 % en
2009) au profit d'un accroissement des
exploitations à titre sociétaire, notam-
ment sous forme de Groupements agri-
coles d'exploitations en commun (GAEC).
Les exploitations à titre sociétaire repré-
sentent 50 % des exploitations en 2007 et
53 % en 2009.

LES CAUSES DE MORTALITÉ

Sur les trois années d'étude, 2 769
décès toutes causes confondues ont été
identifiés chez les hommes et 997 décès
chez les femmes. Ces décès sont répartis
de façon équivalente sur les trois an-
nées : 1 272 décès en 2007, 1 271 décès en
2008 et 1 223 décès en 2009. L'âge au
décès est en moyenne de 57 ans pour les
hommes et de 65 ans pour les femmes.
La première cause de décès observée
est le cancer, chez les hommes (32 % des
décès en moyenne sur les trois ans),
comme chez les femmes (49 %). La répar-
tition diffère ensuite selon le sexe : la
deuxième cause de décès la plus fré-
quente chez les hommes correspond aux
décès par causes externes dont la pro-
portion augmente légèrement sur les
trois années (de 26 % à 29 % en moyenne
entre 2007 et 2009), puis les décès liés à
des pathologies de l'appareil circulatoire.
Chez les femmes, après les décès par
cancers, suivent ceux par pathologies de
l'appareil circulatoire (18 % en moyenne)
puis les décès par causes externes (12 %
en moyenne).

Par comparaison, si l'on examine les
décès survenus chez les hommes âgés de
15 à 85 ans dans la population française
sur la même période, les décès par can-
cers en représentent 39 %, ceux par pa-
thologies de l'appareil circulatoire 23 %
et ceux par causes externes 9 %. L'étude
souligne donc en premier lieu le profil de
mortalité tout à fait spécifique de la po-
pulation d'étude, en comparaison aux
données de mortalité de la population
générale.

La comparaison des décès toutes
causes à l'ensemble des décès de la po-
pulation française à âge égal montre une
sous-mortalité dans la population des
agriculteurs. Ce phénomène peut refléter
un «healthy worker effect» ou effet du
travailleur en bonne santé qui exprime
principalement le fait qu'une population
professionnelle est constituée de per-
sonnes dont l'état de santé leur permet
de travailler et qu'elle est de ce fait, en
meilleure santé que la population géné-
rale. Mais, cette sous-mortalité, déjà mise
en évidence dans la population agricole
par plusieurs études a été expliquée pour
partie par une plus faible mortalité par
cancers broncho-pulmonaire, des voies
aéro-digestives supérieures (VADS) et de
la vessie et par cardiopathie ischémique.
Ces constatations sont cohérentes avec
la moindre consommation de tabac
constatée chez les agriculteurs.

Sur les trois ans, 761 décès par causes
externes sont survenus chez les hommes
(respectivement 249, 255 et 257 décès en
2007, 2008 et 2009) et 124 décès chez les
femmes (respectivement 34, 52 et 38).
Quel que soit le sexe, parmi les décès par
causes externes, les décès par suicide re-
présentent la cause la plus fréquente
(55 % des décès par causes externes en
moyenne), suivis par les décès liés à un
accident (42 %).

En Alsace-Moselle, en moyenne,
chaque année, 11 910 chefs d'exploita-
tion et collaborateurs d'exploitation ont
été dénombrés sur les trois années
d'étude. Au total, 53 décès (hommes et
femmes confondus) ont été observés
entre 2007 et 2009 dont 5 décès par sui-
cide.

BAISSE DES REVENUS ET SUICIDES

Malgré une sous-mortalité générale
pour toutes causes de décès, cette étude
a mis en évidence, à partir de 2008, un
excès de mortalité par suicide chez les
hommes exploitants agricoles. Il est im-
portant de noter que l'excès de risque de
décéder par suicide parmi les exploitants
et leurs collaborateurs d'exploitation, s'il
n'épargne quasiment aucun secteur,
semble plus marqué chez les hommes
âgés de 45 à 64 ans et dans deux secteurs
d'élevage bovin : élevage bovins-lait et
bovins-viande. Or, ces deux secteurs ont
été particulièrement affectés par les dif-
ficultés financières en 2008 et 2009. Le
secteur du lait était jusque-là relative-
ment protégé par un accord tacite sur le
prix du lait entre les producteurs et les
acteurs économiques. Ainsi, le prix du
lait n'était pas soumis à de fortes ampli-
tudes économiques (production et vente
toute l'année ; pas de concurrence étran-
gère). En 2008, ce secteur a vécu une crise
importante liée à la rupture de cet ac-
cord. Les producteurs de lait ont dû faire
face à des difficultés économiques aux-
quelles ils n'étaient pas préparés. L'excès
de mortalité par suicide observé à partir
de 2008 dans l'étude pourrait être pour
partie associé aux fortes contraintes fi-
nancières, liées à la crise économique,
subies par le monde agricole depuis 2007.
En effet, selon l'Insee, le revenu net d'en-
treprise agricole a fortement diminué
entre 2008 et 2009 (- 35,3 %), alors qu'il
avait déjà beaucoup baissé entre 2007 et
2008 (- 23,6 %) après deux années de
croissance exceptionnelle.

Cette étude confirme l'existence d'un
excès de mortalité par suicide chez les
agriculteurs exploitants masculins, de
l'ordre de 20 % par comparaison à la po-
pulation générale française. Celui-ci a
déjà été observé dans d'autres études, en
France et à l'étranger. En comparant spé-
cifiquement la mortalité par suicide à
celle de la population générale, on
constate qu'en 2008 chez les hommes,
l'élevage bovins-lait et l'élevage bovins-
viande présentent la surmortalité par
suicide la plus élevée, respectivement de
56 % et de 127 % supérieure que celle de
la population générale. En 2009, ces deux
secteurs présentent encore une surmor-
talité. Chez les hommes, 417 suicides ont
été dénombrés entre 2007 et 2009 (res-
pectivement 130, 146 et 141 pour les trois
années). Chez les femmes, 68 suicides
ont été dénombrés pour la même période
(respectivement 19, 27 et 22). Ces chiffres
ne représentent que ce qui est officielle-
ment déclaré, mais pourraient être plus
élevés. Les chiffres de la MSA pourraient
être plus fiables, mais ils sont encore plus
faibles, car ils ne concernent que les en-
quêtes administratives pour savoir si le
suicide peut être considéré comme acci-
dent du travail ou non. Au total, sur les
trois années, les suicides représentent
chez les hommes 15 % de l'ensemble des
décès et chez les femmes, 6,8 %.

La pendaison est de loin le mode de
suicide le plus fréquent pour les deux
sexes. Chez les hommes elle est suivie du
recours aux armes à feu et explosifs. Les
décès par noyade occupent la troisième
position, bien que l'on observe une dimi-
nution du recours à ce mode de suicide
sur la période (10 % en 2007 et 2 % des
suicides en 2009), au profit du recours à
la pendaison et aux armes à feu. Les
femmes ont le plus souvent recours à la
noyade et à l'ingestion de substances, le
recours aux armes à feu et explosifs res-
tant beaucoup plus rare.

Selon François-Régis Lenoir, fils de
paysan, paysan lui-même dans les Ar-
dennes, et aussi docteur en psychologie
sociale, «Les causes du suicide sont multi-
factorielles, particulièrement chez les agricul-
teurs lorsqu'ils cumulent les handicaps : le
stress, des journées de travail interminables,
l'isolement social et affectif, enfin les difficul-
tés professionnelles liées aux aléas écono-
miques, climatiques et sanitaires. Un cocktail
explosif !». La profession serait d'autant
plus fragilisée qu'elle pâtit d'un manque
de reconnaissance et d'un déficit identi-
taire : «Après guerre, une exploitation em-
ployait en moyenne 20 personnes.
Aujourd'hui, de une à deux ! Dans les vil-
lages, la disparition progressive des paysans
les contraint au repli sur soi. J'ai vu des terri-
toires où, en cas de coups durs, s'exprime une
solidarité extraordinaire, et d'autres où les
gens se tirent dans les pattes au premier
pépin venu». «Avant, dans un village, on tuait
un agneau, et on allait vendre le gigot au
marché. Maintenant, on est obligé de passer
par l'abattoir. Les paysans se retrouvent dé-
pendants de grandes chaînes. Ces négocia-
tions pour gagner quelques centimes sur le
prix du lait, c'est dingue ! En face, on a des
multinationales sans pitié». Beaucoup
d'agriculteurs ne survivent que grâce aux
subventions de la Politique agricole com-
mune (PAC) : «C'est très frustrant et dévalo-
risant».

Camille, novembre 2013
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