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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif, CA #239 - Criminalisation du travail du sexe, les femmes noires et la prison

Date Sat, 21 Jun 2014 11:15:52 +0300


Le texte qui suit est un résumé partiel de l'entretien réalisé par la sociologue afroaméricaine Siobhan Brooks, investie aux Etats-Unis dans le mouvement des travailleurs du sexe, avec Angela Davis - qui vient de publier là-bas Blues Legacies and Black Feminism («L'héritage du blues et le féminisme noir»). On peut trouver cette interview dans son intégralité sur le site du collectif 8 mars pour touTEs. ---- Angela Davis raconte que, lors de son incarcération à New York il y a vingt-sept ans, elle a été frappée par le très grand nombre de travailleuses du sexe continuellement arrêtées, et par le fait que les prostituées blanches (10 %) étaient très vite relâchées, à l'inverse des Noires et des Portoricaines. Ces femmes parlaient beaucoup de la façon dont le racisme se manifestait dans le système pénal - la façon dont la race détermine qui va ou reste en prison et qui n'y va pas.

Parce que la criminalisation
continue de l'industrie du sexe est en
grande partie responsable du nombre
croissant de femmes emprisonnées,
A. Davis estime que l'industrie du sexe
devrait être dépénalisée. Dans des pays
comme les Pays-Bas où cela a été fait, la
conséquence directe a été une pression
moindre sur le système pénal en ce qui
concerne les femmes. Aux Etats-Unis,
notamment, ce phénomène
d'expansion exponentielle de la
population carcérale fait partie du
complexe industriel carcéral émergent:
les entreprises capitalistes ont
désormais la part belle dans l'industrie
punitive. On construit de plus en plus de
prisons, de plus en plus d'entreprises
utilisent le travail pénitentiaire, de plus
en plus de prisons sont privatisées. Et le
démantèlement du système de
protection sociale, dans le cadre de la
prétendue réforme de l'aide sociale
américaine, va probablement conduire à
une nouvelle expansion de l'économie
souterraine de l'industrie du sexe et de
la drogue. La criminalisation de
l'industrie du sexe contribuera donc à
attirer de plus en plus de femmes dans
le complexe industriel carcéral. De plus,
il y a une dimension raciste dans ce
processus puisqu'un nombre
disproportionné de ces femmes ne sont
pas blanches.

Au cours de la première période du
mouvement de libération des femmes,
les questions les plus urgentes étaient
les violences sexuelles et le droit à
l'avortement.Celles relatives à
l'industrie du sexe ont ainsi été
soulevées dans le cadre de discussions
autour des violences sexuelles - et le
débat sur la pornographie, qui s'est
malheureusement inscrit dans ce cadre,
a beaucoup divisé les féministes. Mais,
dans le même temps, ce genre de débats
a abouti à poser des questions très
intéressantes sur ce qu'on considère
comme pornographique ou pas, et celui
a conduit à de nouvelles façons de
penser et de parler du sexe et des
pratiques érotiques. La définition de la
pornographie comme agressive,
objectivante et violant l'autonomie et
l'autodétermination des femmes était
importante sur le plan stratégique, car
elle a permis de faire une distinction
entre ce qui relève de l'exploitation et de
la violation, d'une part, et ce qui est une
expression du libre arbitre, de l'autre.
Ces discussions ont posé les bases d'un
travail de fond visant à sortir le discours
féministe sur l'industrie du sexe du
cadre controversé de la moralité.

A. Davis considère que son propre
point de vue a évolué au cours des
décennies: elle ne s'est jamais
réellement considérée comme
«féministe» pendant les années 60 et
70, même si elle était très impliquée
dans les travaux autour de la question
des femmes. Avec l'émergence du
mouvement de libération des femmes à
la fin des années 60, de nombreuses
non-Blanches, elle y compris, ont eu
tendance à se distancier des féministes
blanches qui appartenaient à la classe
moyenne.Beaucoup avaient le
sentiment qu'on leur demandait de
choisir entre la race et le genre, et elles
voulaient aborder les deux
conjointement. Elles se sentaient
marginalisées au sein de leurs
mouvements pour l'égalité raciale, et
tout aussi marginalisées au sein des
mouvements pour l'égalité des sexes.
De la même façon que les mouvements
féministes blancs de la classe moyenne
avaient tendance à être racistes, de
nombreux mouvements antiracistes
étaient masculinistes.

Elle en est arrivée à la conclusion
que le féminisme n'est pas un
mouvement ou une manière de penser
monolithique. Il existe différents
féminismes, et il incombe aux femmes
et aux hommes qui se disent féministes
de clarifier les prises de position de leurs
différents féminismes. Elle a quant à elle
choisi de définir le féminisme dans le
cadre de positions politiques socialistes
et radicales qui sont en lien avec les
luttes contre la domination masculine
par le biais de pratiques antiracistes et
anti-homophobes. Cela signifie qu'il est
aussi possible de considérer son propre
passé de différentes façons.

Quand A. Davis a écrit Femmes, race et
classe (en 1981), elle a tenté d'explorer
les traditions historiques du féminisme
noir, qui n'étaient guère prises en
compte. Son nouvel essai, Blues Legacies,
poursuit cette recherche des traditions
féministes de la classe ouvrière chez les
chanteuses de blues noires. Elle a ainsi
découvert, chez Gertrude «Ma» Rainey,
Bessie Smith ou Billie Holiday, que l'un
des thèmes féministes les plus
importants dans leur travail était la
sexualité. Ces chansons évoquent le
sexe de manière très intéressante et
utilisent souvent des métaphores
sexuelles graphiques ; les Noirs de la
classe moyenne, historiquement, se
sont souvent dissociés du blues
précisément à cause de leur façon de
voir le sexe.

La lecture des chansons blues
féminines qu'a faite A. Davis lui a
permis de lier sexualité et libération.
Elle pense que la sexualité a été
particulièrement importante pour les
Noirs, qui sortaient tout juste de
l'esclavage et n'étaient pas réellement
libres. Même si l'esclavage avait été
aboli, il n'existait pas pour eux de
liberté politique ou économique ; en
revanche, dans le domaine de la
sexualité, ils pouvaient exercer leur
libre arbitre et leur autonomie. Ils
pouvaient décider avec qui avoir des
rapports sexuels sur la base de leurs
propres désirs - et non pas en fonction
des besoins des maîtres de faire se
reproduire la population esclave. Ç'a
été l'une des expressions les plus
tangibles de la liberté pour un peuple
qui n'était toujours pas libre.

En ce qui concerne le militantisme
actuel aux Etats-Unis, contrairement à
beaucoup de gens de sa génération,
A. Davis trouve que la jeunesse est loin
d'être apathique. Les jeunes sont très
impliqués sur le terrain (dans les luttes
contre le complexe industriel carcéral,
contre le sida ou autres), mais leur
travail manque de visibilité et souffre
de l'absence de réseaux nationaux.

A. Davis essaie de mettre en garde
contre les comparaisons entre les
jeunes engagés aujourd'hui et ceux qui
les ont précédés ; et, de même, contre
la nostalgie qui tend à définir les
années 60 comme une ère
révolutionnaire et les années 90
comme celle de la passivité politique.
Les circonstances actuelles sont
beaucoup plus complexes qu'elles ne
l'étaient il y a trente ans: alors que
l'activisme des années 60 se
concentrait sur la race, ou le genre, ou
la classe, les jeunes doivent de nos
jours apprendre à tenir toutes ces
problématiques en tension et à
reconnaître leurs appartenances
multiples.

Dans les années 60, lorsqu'on
devenait militant antiraciste, on savait
qui était l'ennemi, et le seul challenge
était de trouver comment combattre le
racisme. Maintenant, l'ennemi n'est
pas défini de façon aussi nette. Depuis
que l'on a appris à avoir un regard
politique sur les violences
domestiques, on peut constater qu'un
activiste masculin qui bat son ou sa
partenaire se tient simultanément des
deux côtés de la ligne de combat. Les
jeunes doivent comprendre ce genre
de relations compliquées, et chercher
d'autres modèles que ce qui a existé:
les nouvelles formes de lutte découlent
pour partie de la contestation des
formes de lutte antérieures. Les gens
de la génération d'A. Davis s'en sont
ainsi pris à leurs aînés - comme Martin
Luther King - pour pouvoir se créer de
nouvelles voies. C'est une démarche
nécessaire.

Dans les années 70, lorsqu'A. Davis
a été emprisonnée, et que les
prisonniers politiques des Black
Panthers ou d'autres organisations
abondaient dans les prisons, la
répression était très forte - contre ces
mouvements, contre les étudiants...
L'Etat était déterminé à anéantir la
résistance radicale, et il y est parvenu,
dans une certaine mesure. Mais des
personnes ont continué la lutte -
même pendant l'ère Reagan, il y a eu
d'importantes démonstrations de
résistance politique.

Peut-être que les temps présents
sont toujours les plus difficiles à
comprendre, mais la période actuelle
paraît à A. Davis l'être particu-
lièrement. Par exemple, maintenant
qu'un nombre croissant de femmes
blanches et de gens de couleur sont en
position de pouvoir, on ne peut plus
continuer à prétendre que les Noirs, les
Latinos, ou les femmes de toutes
origines raciales seront progressistes
simplement du fait de leur race ou de
leur sexe. En réalité, nombreux sont
ceux et celles qui sont devenus les
porte-parole des positions politiques
les plus conservatrices et rétrogrades.

Cela signifie que l'on doit réfléchir
nos stratégies politiques diffé-
remment, pense A. Davis. On ne peut
plus lutter pour le type d'unité que les
gens avaient tendance à privilégier par
le passé. L'unité dont on a besoin est
plutôt forgée autour de projets
politiques, par opposition à une unité
juste basée sur la race ou le genre.
L'espoir d'A. Davis pour l'avenir n'est
pas abstrait, mais repose sur l'idée que
l'on doit affronter les tâches qui nous
attendent, si l'on ne veut pas être
confrontés à un avenir bien plus
terrible et bien plus dangereux que
notre présent.

Siobhan Brooks conclut l'entretien en
estimant que le mouvement des
travailleurs du sexe présente l'intérêt
d'englober des groupes de personnes
appartenant à toutes les races, classes et
genres. Et que c'est un bon exemple de la
façon dont il est possible de s'allier avec
différents activistes de gauche et de créer
un mouvement plus vaste.

résumé réalisé par Vanina
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