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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif #240 - «Si tuvux être heureux nom de dieu, Pends ton propriétaire...» -- Contre les propriétaires [1] et le capital' guerre sans merci!

Date Tue, 08 Jul 2014 15:33:23 +0300


Texte distribué le 29 mars à Caen lors de la manif pour le droit au logement et contre les expulsions. L'appel était notamment relayé par l'Assemblée contre toutes les expulsions, qui organise la lutte face aux expulsions des centres d'hébergement d'urgence depuis juin 2013. Nous sommes quelques uns à avoir décidé de diffuser ce texte, ne nous reconnaissant pas dans cette revendication du Droit au logement, et souhaitant porter un autre discours et une autre position. --- Prendre la rue et défendre des personnes jetées à la rue est une solidarité bien élémentaire qui est déjà énorme dans le contexte actuel. En appeler au droit au logement est probablement un pas supplémentaire. Toutefois, lutter immédiatement contre des hausses de loyers, contre le fait que des personnes soient à la rue, pour des conditions de vie plus dignes ne doit pas
faire oublier que c'est bien le simple fait de
payer un loyer qui est une escroquerie. La di-
gnité ne se monnaye pas, pas plus que la li-
berté ! Comme le disait un tract de l'Assemblée
libertaire diffusé au milieu de l'année 2013, «
l'une des premières conséquences des poli-
tiques d'austérité, c'est l'accès au logement
plus difficile encore. Aujourd'hui, il y a plus de
3,6 millions de mal-logéEs en France, et au
moins 130 000 SDF. Les expulsions locatives
sont quant à elles de plus de 100 000 chaque
année. Mais au-delà des politiques d'austérité,
c'est la propriété privée, à la base du capita-
lisme, qui crée les conditions de mal-logement.
Aujourd'hui, pour une bonne partie des popu-
lations le seul moyen de se loger c'est soit de
consacrer une part exorbitante de son budget
dans un loyer, soit de rembourser un prêt tout
au long de leur vie. Pendant ce temps-là,
d'autres spéculent et s'enrichissent, nourris-
sant le coût important de l'immobilier. Ces spé-
culations se traduisent notamment par des
logements qui restent inoccupés pendant que
des gens sont jetés à la rue. Dès lors, il est bien
légitime d'occuper ces habitations vides».

L'histoire de cette revendication du droit au
logement n'est pas la nôtre. A la tradition des dé-
ménagements solidaires à la e cloche de bois et e
des réquisitions à la fin du 19 et au début du 20
siècles, portée par des révolutionnaires et ré-
voltés, notamment la Ligue des anti-proprié-
taires, s'est peu à peu substitué le droit au
logement, revendication des catholiques so-
ciaux après 45. C'est issu de cette tradition
qu'est apparu le DAL (Droit Au Logement), qui
cherche essentiellement à attirer l'attention
des pouvoirs publics via les médias, et à mobi-
liser l'opinion publique. Outre le caractère ré-
formiste et médiatique de cette position,

contrairement à une autre tradition qui pré-
férait la réappropriation di-
recte et les visées révolutionnaires, la
question du logement vient remplacer peu à
peu celle de la réappropriation de nos espaces
de vie dans toute leur complexité. Là où il y
avait une volonté d'habiter, et donc de consti-
tuer collectivement un lieu, avec ses ren-
contres, ses significations familières, ses
symboles, ne reste plus que la fonction élé-
mentaire pour survivre de se loger. C'est pour-
quoi à la veille de mai 68, certainEs ont voulu
subvertir cette revendication du droit au loge-
ment en droit à la ville, avec toutes ses dimen-
sions plurielles: aussi bien les rencontres et
festivités que se défaire du poids de la mar-
chandise, des transports, des flics et des indus-
tries. On ne vit pas que de pain... Et nous
préférons prolonger autant que possible les tra-
ditions de lutte qui ont associé le pain et la li-
berté.

Ce serait surtout oublier les politiques agres-
sives de rénovations urbaines et d'aménage-
ments du territoire qui nous incarcèrent
toujours plus dans la domination capitaliste,
avec leur architecture sécuritaire, leur circula-
tion des marchandises, leur gentrification et les
nouvelles technologies de contrôle et de mar-
keting qui prolifèrent déjà dans le mobilier ur-
bain... La création de logements, qu'une
revendication floue et en partie consensuelle
telle le droit au logement peut contribuer à fa-
voriser, participe aussi aux déplacements des
classes populaires, à la destruction de solidari-
tés locales et au bétonnage toujours plus im-
portant du monde.

Les socialistes révolutionnaires d'autrefois et
le vieux mouvement ouvrier ont d'abord refusé
les politiques publiques de logement, et donc
ne s'inscrivaient pas dans la revendication du
droit au logement. Ils et elles concevaient
d'ailleurs les logements ouvriers et à bon mar-
ché comme des taules et des usines. De la
même manière, ils et elles refusaient viscérale-
ment les petits gestes d'assistance et de charité
que capitalistes et Etat acceptaient de leur lâ-
cher. Les politiques de logement - appuyées
dans la société civile par une social-démocra-
tie en formation, des catholiques sociaux et des
patrons soucieux de leur main d'oeuvre -
étaient bien portées par une logique paterna-
liste visant à prendre soin de la main d'oeuvre
et à pacifier une société d'exploitation profon-
dément inégalitaire. C'était
d'ailleurs la vision de Louis-Napoléon
Bonaparte, celui qui a modernisé et développé
le capitalisme industriel le plus libéral en
France, qui souhaitait «désarmer pacifique-
ment l'émeute» par de telles politiques.

Beaucoup au sein des mouvements révolu-
tionnaires refusaient d'en appeler au Droit, et
pour cause, ils et elles combattaient la domina-
tion étatique. En appeler au Droit, c'est toujours
prendre le risque d'un renforcement de l'Etat et
de ses lois, qui encadre chaque jour un peu plus
nos existences. Ce ne sont peut-être pas tant
des droits que nous avons à demander que le
Droit qui est en trop, réduisant chaque jour un
peu plus l'exercice de notre liberté. Surtout que
l'Etat ne lâchera jamais un tel droit, à part de
façon abstraite et non réalisable dans les faits -
c'est d'ailleurs déjà plus ou moins le cas sur le
droit au logement aujourd'hui...

Le flou qu'entretient une revendication comme
le droit au logement permet à chacun de mettre
ce qu'il ou elle y souhaite.(2) Si pour certainEs,
elle est d'abord pensée comme l'occupation des
lieux vides ou l'obtention de conditions de vie
dignes par un rapport de forces, d'autres peu-
vent y voir un appel à la bienveillance de l'Etat,
pendant que quelques unEs imaginent déjà les
projets urbains et autres aménagements de nos
vies en s'appuyant sur cette revendication au
même moment que des politiciens espèrent
bien intégrer ce qu'ils et elles pourront de celle-
ci.

Il ne s'agit pas de dire qu'obtenir un logement
n'est pas le plus pressant pour les gens à la rue,
et formuler de telles critiques sont plus faciles
avec un toit sur la tête. Mais faire appel au droit
au logement est se leurrer sur ce à quoi on fait
face: il n'y aura jamais de droit au logement
réel dans un système capitaliste. Et si nous par-
venons à créer un rapport de forces suffisant
pour l'imposer, c'est que nous serons capables
d'envisager bien plus qu'un simple droit au lo-
gement... Or, il est bien difficile de voir com-
ment on en arrive à la lutte pour l'abolition de
l'Etat et du capital en partant de là. Si, de ma-
nière individuelle, nous faisons ce que nous
pouvons pour nous loger de la manière la plus
confortable possible, une lutte collective est
peut-être l'occasion d'ambitionner autre chose.
Ce qui n'empêche pas de chercher à imposer
des solutions immédiates de relogement pour
les personnes à la rue. La question est de savoir
si on se contente du peu qu'un système d'ex-
ploitation et d'oppression veut bien nous lâ-
cher, ou si on vise à son dépassement...

Des gens solidaires mais contrariéEs

1. Nous espérons que tout le monde aura
compris qu'il s'agit des propriétaires qui
font fructifier leur capital sur le dos des pe-
tites gens, et non des petits propriétaires
qui se sont offerts un chez-soi.
2. voir aussi C.A N°238: Expulsions des
centres d'hébergement d'urgence à Caen
(ou ailleurs).
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