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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif, CA #235 - LES AMANDIERS, BULLE POPULAIRE DANS UN QUARTIER EMBOURGEOISÉ

Date Mon, 03 Feb 2014 10:54:12 +0200


E N FEVRIER 2012, LES I NROCKUPTIBLES, GRAND JOURNAL DES CULTUREUX BOURGEOIS PARISIENS, AVAIENT ÉLU LE 20 EME ARRONDISSEMENT COMME LE PLUS INTÉRESSANT , "LE P ARIS DE L'AVENIR". C ETTE ÉLECTION DES «ARRONDISSEMENTS LES PLUS TENDANCES» DE P ARIS ÉTAIT SYMP - TOMATIQUE D ' UN EMBOURGEOISEMENT PROGRESSIF DE L ' UN DES DERNIERS ARRONDISSEMENTS POPULAIRES DE P ARIS ... ET POURTANT, Y'A LA BANANE ---- LBN 7520 ---- La banane (orthographié LBN par les jeunes du quartier), c'est le quartier des amandiers. 13 500 habitants, une quinzaine de rues, deux collèges, 3 maternelles et 2 écoles primaires. C'est un quartier résidentiel où il y a très peu de commerces. Pour aller acheter son pain il faut sortir du
quartier. Aller rue de Menilmontant ou Père Lachaise. A première vue, c'est un quartier
mort, peu de gens dans la rue, pas de bar, rien d'ouvert le soir...

Pas le rêve pour sortir, surtout quand, rue Oberkampf, à deux pas de là, les bars branchouilles vendent à tour de bras des pintes à 5 euros. La première chose qui frappe c'est l'architecture.

Pas vraiment de cité, mais pas vraiment des
apparst classiques parisiens non plus.
Un mix issu des années 70 où l'on n'a pas
voulu reproduire les cités immenses, où les
immeubles sont à taille humaine. Mais à
l'intérieur, la même chose que n'importe
quelle cité.

LES CARACTÉRISTIQUES DE LA BANLIEUE, MAIS DANS PARIS...


Si l'architecture n'est pas pareille, la popu-
lation présente des similitudes troublantes
avec n'importe quelle cité de banlieue. La
part de logements sociaux atteint les 60%.
Le revenu annuel moyen est de 18.000
euros (contre 32.000 à Paris). La part des
jeunes de moins de 25 ans représente 31%
(seulement 18% sur le territoire parisien).
La part des personnes issues de l'immigra-
tion est évidemment bien plus forte que
dans l'ensemble du département (30% au
lieu de 20), quant au nombre de personnes
immigrées, il représente 20% de la popula-
tion. Sont exclus de cette statistique les
nombreux sans papiers qui se planquent
dans les appartements familiaux ou dans
les deux foyers du quartier. Le nombre de
familles monoparentales est également
très important, les enfants sont souvent
élevés dans des conditions difficiles et in-
stables qui leur font préférer traîner dans
la rue que supporter un appartement
bondé. Il va donc sans dire que les études
ne sont pas une priorité pour ces gamins,
sur qui les problèmes des parents (enfin
surtout de la maman) retombent tous les
jours. Ainsi le taux de réussite au brevet est
de 60% alors que la moyennes départe-
mentale est de 84%. Il faut dire que l'édu-
cation nationale a largement sa part de
responsabilité. En effet, le quartier ayant
«mauvaise réputation» la politique éduca-
tive des collèges ressemble plus à une po-
litique carcérale qu'à une vision éducative.
Les renvois sont fréquents, peu motivés,
l'entrée est grillagée, les secrétaires sont
derrière une paroi en verre façon «par-
loir»... Rien qui facilitera le dialogue entre
jeunes et institutions, dialogue qui était de
toute façon mal parti. Cette situation crée
donc évidemment de la violence sociale.
Violence sociale exacerbée par le fait que
le quartier est entouré de lieux branchés où
les gens de gauche bon teint aiment à pas-
ser des soirées et dépenser leur pognon à
outrance.

Une part non négligeable de ces jeunes,
peu pris en charge par les familles, qui sou-
vent sont déscolarisés, se tourne assez vite
vers des moyens de subsistance... L'argent
rapide, sans besoin de formation à ral-
longe, l'argent de la rue...

L'ÉCONOMIE PARALLÈLE ET L'ASSOCIATIF COMME SOUPAPE DE SÉCURITÉ

Face à cette instabilité d'une part non né-
gligeable de la population, les pouvoir pu-
blics n'ont pas opté pour des solution de
fermeté ou de changement social mais
bien du pourrissement. Car contrairement
aux effets d'annonce des ministres de l'in-
térieur qui défilent depuis 30 ans, l'état est
bien incapable de maîtriser la violence et
la misère qu'il a lui même créées. Il peut la
réprimer, mais ça coûte cher et ça crée une
ambiance bien pourrie dans les quartiers
qui ne l'avantage guère. Là comme dans
d'autres cités de Paris (St Blaise dans le
20eme, Crimée dans le 19eme) l'état a ap-
pliqué une bonne recette. D'abord, il s'agit
de s'appuyer sur l'associatif pour pallier
aux tares. Aux amandiers, le réseau asso-
ciatif est très fourni. Un centre social, la
FASTI qui aide les sans papiers, les bus des
femmes qui offrent un soutien aux prosti-
tuées (souvent sans papiers), des associa-
tions de femmes, Feu vert, une association
de prévention de la délinquance... Ce tissu
associatif travaille sans trop de lien avec la
mairie. Celle-ci vient une fois l'an pour
confirmer les financements, s'assurer
d'être vue par elles comme une sauveuse
du quartier.

Pourquoi avoir privilégié l'associatif?
D'abord parce que ça ne coûte pas trop
cher. L'associatif en France est passé d'un
statut de débrouille à un moyen de faire du
service public à bas coût. Les salaires dans
l'associatif sont franchement mauvais, et
même si l'état finance énormément de
contrats (CAE, CUI, contrats d'avenirs), il re-
tombe quand même sur ses pattes (1). Le
rôle de ces associations est simple: il faut
acheter la paix sociale. C'est un savant cal-
cul: suffisamment arroser les associations
pour que la situation sociale et politique du
quartier ne se dégrade pas de manière trop
spectaculaire, mais quand même pas trop
en donner, histoire de ne pas sortir les gens
de la merde dans laquelle ils sont. Les as-
soces travaillent donc, avec une bonne vo-
lonté certaine, à appliquer des pansements
sur une plaie ouverte. Néanmoins, les as-
soces ne peuvent pas tout contenir. D'un
point de vu financier, les comptes en fin de
mois sont un peu justes pour beaucoup,
certains jeunes en difficulté se déscolari-
sent et se retrouvent à 15 ans sans une
thune chez eux. C'est là qu'intervient la re-
cette miracle qui permet à la fois de ren-
flouer les caisses et d'occuper les jeunes du
quartier: le shit! Le quartier, comme beau-
coup en région parisienne, a son lieu de
«chouf». Un endroit où il y a en perma-
nence des jeunes qui attendent, semblent
ne rien faire, «tiennent les murs». Et pour-
tant ça bosse dur. Il suffit de s'approcher
pour comprendre. Il s'agit en fait d'un su-
permarché de la drogue. Ce petit deal
compte environ une quarantaine de per-
sonnes visibles. Dans le quartier, tous entre
16 et 25 ans. Il y a de fortes chances que
bien d'autres gens invisibles soient impli-
qués à des niveaux divers (blanchiment,
transport, stockage...) sans qu'on puisse le
déterminer d'un point de vue extérieur. De
toutes façons, de l'avis général des gens du
quartier, "il vaut mieux ne pas trop en sa-
voir". C'est une structure très hierarchisée,
avec un patron qui tient tout et qui n'a ab-
solument aucun intérêt à ce que ça s'ar-
rête. L'avantage pour les flics c'est que le
marché soit stable. Que ce lieu de deal soit
perenne, qu'il écoule des stocks sans faire
de vagues. Parce que la demande en région
parisienne est énorme. Tout le monde
fume à des échelles diverses et ce quel que
soit la couleur de peau ou les classes so-
ciales. La structure du deal amène une re-
lative paix sociale qui peut à l'occasion être
fragilisée. En mai par exemple, un des po-
tentats locaux du deal s'est pris trois balles
de fusil à pompe dans le crane alors qu'il
jouait aux carte dans un bar. Le lendemain
l'épicerie du shit locale était toujours ou-
verte, mais tout le monde savait que le pa-
tron avait changé. Sain esprit de la
concurrence aurait dit Proudhon...

MAIS Y'A DE LA VIE!

Vu comme ça le constat semble bien noir
pour le monde associatif comme pour les
gens qui galèrent dans le quartier. Et pour-
tant c'est encore là qu'il y a le plus de vie.
Car complètement isolés des flux écono-
miques qui régissent les nouveaux quar-
tiers parisien, les gens qui traversent les
amandiers sont les habitants. Les gens se
croisent, se reconnaissent, se parlent. Ce
facteur est réellement facilitateur pour la
transmission d'info. Pas besoin de facebook
ou de twitter, parler aux gens reste la meil-
leure façon de faire passer nos idées. Ces
interactions et ce bouche à oreille auront
été très importants dans la mobilisation
qui a suivi la mort de Lamine Dieng en
2007 (voir encart).

La question qui peut être posée par contre
est celle de la pérennité de cette structure
sociale. L'embourgeoisement dans le
20eme arrondissement progresse de ma-
nière galopante. La volonté des pouvoirs
publics de faire de la rue Oberkampf un
quartier branché où le monde de la nuit se
retrouve a fait tache d'huile. Les loyers
grimpent à des niveau faramineux et les
épiceries bio hors de prix fleurissent tout
autour du quartier. Cette pression amène
déjà des modifications au sein même de la
cité. De nombreux immeubles (effective-
ment délabrés) sont en rénovation et Paris
habitat parle d'abandonner au privé une
immeuble entier. La spéculation immobi-
lière va nécessairement amener une nou-
velle population, pas beaucoup plus riche,
mais juste assez pour éjecter en banlieue
ceux pour qui les fins de mois étaient li-
mites. Cela ne se fera pas en un jour mais
ce processus est à l'oeuvre et semble très
dur à enrayer.
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L'affaire Lamine Dieng

Le 17 juin 2007, Lamine Dieng, 25 ans, habitant du quartier ,se retrouve dans
des circonstance floues dans un camtar de flics. Il n'en ressortira pas vivant.
Les flics expliqueront avoir voulu le « maîtriser » en utilisant la technique dite
du « pliage ». Selon les expertises il a été écrasé par l'équivalent de 300 kilos
pendant 30 minutes (à noter que cette technique est strictement officielle, ap-
prise et appliquée dans les écoles de police). La conséquence a été une impossi-
bilité pour Lamine de respirer et par conséquent une mort par étouffement.
S'ajoute à cela des traces de coups qui témoigne de la barbarie de la scène. La
famille n'aura été prévenus que 36 heure après et le corps rendu sous un cer-
cueil plombé. S'en est suivi quelques affrontements avec la police dans le quar-
tier et la création d'un collectif de soutien. Ce collectif de soutien mélants
militants et membres de la famille organise une marche tous les ans fin juin
pour demander à ce que les circonstances de ce meurtre soient élucidé. Car évi-
demment les 8 flics qui étaient présents ce soir là sont toujours en service et ont
le droit de continuer à pratiquer leur sale besogne dans d'autres quartier de
France. Cet événement tragique a eu une forte conséquence sur le quartier.
D'abord une animosité féroces des jeunes envers la police, qui poussera l'état à
ne pas trop miser sur son bras répressif pour régler les problèmes. Enfin un dur-
cissement au sein même du quartier ou les réactions autour de l'affaire ont été
forcément d'une extrême violence.
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M. Paris

1. Voir : Les emplois
d'avenir : quel impact
sur l'emploi et les fi-
nances publiques ?
Sur le site de science
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