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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif #243 - l’mouv’ment, Un réseau communiste antigestionnaire est né

Date Sun, 28 Dec 2014 11:52:31 +0200


Pendant que les partis politiques occupent le devant de la scène avec leurs université d'été, d'autres rencontres, campings, semaines de réflexion se déroulent à l'abri des regards médiatiques. Qu'ils soient anarcho-syndicalistes ou communistes-libertaires de différentes familles, communisateurs ou tarnaciens, zadistes ou anarchistes-communistes, anarchistes pur sucre ou rien du tout, ou même un peu tout ça, vu de Sirius il s'agit de la galaxie (petite!) de celles et ceux qui osent encore parler de révolution, ne se résolvent pas à considérer le capitalisme comme éternel et refusent de prendre les impasses institutionnelles. Ces rencontres il y en a eu l'été dernier, nous semble-t-il, plus que précédemment et sans doute avec davantage de participation. ---- Dernier en date, un Réseau Communiste Antigestionnaire (RCA) s'est constitué à l'issue d'une semaine de rencontre estivale sur les bases d'un appel proposé l'hiver dernier par le collectif Tanquil (1).

Présentation .

Nous n'entendons pas
mettre en avant des pra-
tiques particulières, des
formes de luttes spéci-
fiques, il s'agit de mettre
nos forces en commun: mettre en com-
mun de la thune, partager nos analyses
et informations, parler de nos tactiques
locales, le tout à une échelle plus large
que ce qui existe actuellement, mais
aussi dans des cadres formels.

Bien sûr, il existe déjà des formes de
réseaux, souvent basés sur des logiques
de milieux, c'est-à-dire informelles et
affinitaires. Mais cela ne nous satisfait
pas. En effet, cela favorise des méca-
nismes de cooptation, enferme dans un
entre-soi confortable, limite fortement
les possibilités d'ouvertures... Bref, par-
ticipe souvent à exclure les personnes
qui ne correspondent pas à un certain
modèle militant ce qui est mine de rien,
une contradiction importante par rap-
port à nos positions!

Bon, on ne dit pas que l'on va régler
toutes ces questions juste en montant
un réseau, mais cette formalisation per-
met de poser ces questions et de tenter
d'y répondre ensemble et en actes.

Si nous voulons former ce réseau,
c'est aussi pour donner à nos positions
les moyens d'avoir une existence pu-
blique à une échelle plus large.

Il ne s'agit pas dans ce texte de dé-
tailler la forme de ce réseau, car ce n'est
pas à nous de la fixer: elle sera à déter-
miner collectivement. Mais plutôt d'ex-
pliciter ce que nous entendons par
«communisme antigestionnaire» afin
de proposer une base commune.

6 ans déjà que le monde est en
crise, et aucune perspective de relance
de l'économie ne se dessine, si l'on ex-
cepte les gesticulations régulières de la
presse bourgeoise: autant le dire, ce
n'est pas près de s'arrêter.

De la Chine aux USA, en passant par
le Moyen-Orient, tous les continents
sont secoués par cette crise. L'Europe
est aux premières loges. Le nombre de
pays au bord de la faillite augmente
année après année, dans une valse sans
fin de plans d'ajustements structurels
toujours plus brutaux.

Dans ce jeu de domino, certains
peuvent, en tombant, faire basculer
l'ensemble. Aujourd'hui, c'est le cas de
la France qui possède plusieurs
banques parmi les plus grosses du
monde, un des principaux marchés et la
deuxième économie de la zone euro...
Et déjà 5 millions de chômeurs.
Nous ne sommes pas en mesure de
prévoir les prochains épisodes de la
crise, de l'austérité et de ses consé-
quences. Mais on peut affirmer avec
certitude que notre situation sous le ca-
pitalisme ne peut aller qu'en empirant.

Nous pouvons quand même anticiper
ce qui va nous tomber dessus: aggrava-
tion de la crise du logement, augmenta-
tion du chômage, baisse des salaires
directs et indirects (chute des alloca-
tions, réforme des retraites), dégrada-
tion des conditions de travail... Le tout
entraînant la détérioration spécifique
de la situation des femmes prolétaires,
parce qu'elles sont majoritairement
concernées par le travail précaire et
parce qu'une telle dégradation signifie
une augmentation écrasante du travail
domestique. Il suffit de voir du côté de
l'Espagne, de la Grèce, de l'Italie pour
observer tout cela ; et il serait bien illu-
soire de penser que cette vaste dégra-
dation des conditions de vies des
prolétaires peut, comme le nuage de
Tchernobyl, être arrêtée par les fron-
tières françaises.

En somme, il n'y a pas assez ri-
chesses pour tout le monde. Pour que
la masse de capital continue à valoir
quelque chose, à être rentable, il faut
qu'elle rapporte toujours plus. Cela si-
gnifie qu'il faut en permanence que les
capitalistes augmentent leurs profits.

Augmenter ses profits, cela peut
vouloir dire pour une entreprise parti-
culière, innover, trouver de nouvelles
techniques de production etc. Mais pour
l'ensemble de l'économie, cela signifie
surtout baisser les salaires, appauvrir
les prolétaires. Ce n'est pas un secret,
c'est ce que dans un mouvement col-
lectif, patrons, États et Cie appellent «la
compétitivité».

Si nous avons du mal à boucler les
fins de mois, les États ont quant à eux
du mal à boucler leurs budgets. Une
même logique est à l'oeuvre, il s'agit
dans tous les cas d'augmenter la part de
richesse créée qui va au capital.

Mais cela n'est pas sans poser pro-
blème: pour les États, comme pour les
prolétaires, les budgets sont dans le
rouge. Certes, il semble toujours pos-
sible de s'endetter pour faire face aux
dépenses courantes. Et cela fait des an-
nées que c'est le cas, et que l'endette-
ment privé et public explose.

Lorsque des prolétaires sont en
faillite, on saisit leurs biens. On les ex-
pulse de leurs maisons. Ensuite, on re-
vend ces biens, et les banques se
remboursent. Lorsque des millions de pro-
létaires sont en faillite, on
saisit aussi leurs biens. On les ex-
pulse aussi de leurs maisons. Mais il n'y
a personne pour les racheter, et les
banques qui leur ont prêté de l'argent
risquent à leur tour de tomber. C'est ce
qui s'est passé en 2008, et à l'époque les
États ont sauvé le système bancaire
mondial. Aujourd'hui, ce sont les États
qui menacent d'être en faillite. Et der-
rière, il n'y a plus rien pour garantir le
système bancaire, pour garantir la va-
leur de l'argent.

Alors les capitalistes montrent les
dents, et vont chercher l'argent où il se
trouve, à la source de toute la richesse
créée: Nous. Il s'agit d'écraser le prolé-
tariat sous le travail, tout en le payant
le moins possible. De supprimer toutes
les conventions collectives. De licencier
tout le monde, puis de réembaucher au
compte-goutte, à leurs conditions. De
faire travailler gratuitement les chô-
meurs et les chômeuses

Pour nous, les prolétaires, cela se
résume en un mot: pénurie. Pénurie
de logements, alors même que des mil-
lions de maisons sont vides. Pénurie de
bouffe dans nos placards, alors même
que des millions de tonnes sont pro-
duites et jetées. Pénurie de pognon sur
nos comptes en banque, alors même
que la quantité de monnaie en circula-
tion augmente énormément.

Mais cela ne suffit toujours pas, la
récession entraînant la baisse des re-
cettes de l'État, et donc plus de déficits,
entraînant plus d'attaques...

Jusqu'au moment où la monnaie
même risque de tomber en crise, et où il
n'y a qu'une alternative: défendre ce
système et le gérer ou bien le dé-
truire. C'est là que la situation peut bas-
culer, soit vers notre écrasement et une
réorganisation du capitalisme ; soit vers
la révolution communiste. Autrement
dit: Continuité de l'exploitation, ou rup-
ture.

Mais il ne s'agit pas ici de désigner
une utopie lointaine: nous sommes
pour le communisme, c'est-à-dire pour
un mouvement révolutionnaire qui
abolit les classes, les genres, l'État, la
valeur, la propriété... La liste est longue
de toutes les merdes qui forment le ca-
pitalisme et qu'il faudra supprimer.

Et nous pensons que la dynamique
de cette suppression, c'est l'abolition
des classes et des genres. Ces deux
mouvements nécessitent de fonction-
ner parfois de manière séparée parce
que le rapport homme/femme est
conflictuel. Par l'expression «ces deux
mouvements», nous entendons la lutte
des prolétaires pour l'abolition des
classes et, au sein du prolétariat, la lutte
pour l'abolition des genres qui implique
l'auto-organisation des femmes entre
elles. Mais nous pensons que ces deux
mouvements ne seront qu'un moment
de la suppression générale du capital,
ce qui est l'affaire de tous et toutes.

Face à nous, il y a le capital et les
impératifs de sa gestion. Il s'agit de
gérer le business, c'est-à-dire la misère
pour presque tout le monde. Tous les
discours gestionnaires, qu'ils entendent
moraliser, réformer le capitalisme, ou
même qui prétendent l'abattre, repo-
sent sur le même principe: le maintien,
aménagé de manière différente, des
classes sociales et des genres.
Ces discours gestionnaires se déve-
loppent à des échelles différentes:
La gestion des affaires courantes: la
«bonne gouvernance». Les coalitions
roses, vertes, bleues, oranges, au pou-
voir en Europe et ailleurs.

La gestion alternative: les différents
«populismes», les keynésianismes, les
souverainismes... Le retour à la
drachme ou à la lire italienne. Le SMIC à
1500 euros ou à 10 000 francs ou encore
les discours opposant le «banquier im-
moral et apatride» à «l'honnête patron
du coin»...

La gestion alternativiste: le mutuel-
lisme, les monnaies alternatives, l'auto-
gestion de la misère.

Il ne s'agit pas ici de critiquer les
tactiques de survie qui consistent à se
partager les miettes. Il s'agit de dire que
cela ne constitue en rien une stratégie
de sortie du capitalisme. Au contraire,
elle ne peut fonctionner que dans le
cadre de celui-ci.

On retrouvait, par exemple, ces trois
niveaux de gestion en Argentine il y a
dix ans. Les entreprises autogérées ont
pu participer à la relance de l'économie.
Les monnaies alternatives ont été fina-
lement acceptées par l'État (notamment
pour lever les impôts), lui-même entre
les mains de keynésiens (péronistes)
qui ont fini par rembourser le FMI. Cha-
cun trouve sa place à son échelle, les
différents niveaux de gestion s'articu-
lent pour remettre le capitalisme en
route depuis la petite collectivité, jus-
qu'à l'échelle supranationale des insti-
tutions monétaires.

Il s'agit dans tous les cas de gérer la
pénurie. Pour cela, il faut que les prolé-
taires hommes et femmes retournent
au boulot quitte à bosser gratos par mo-
ment. Et parmi eux, que les femmes as-
sument en plus, la charge de la
reproduction au sein du foyer. Cette
charge est alourdie en temps de crise.
Être obligées de faire 10 km de plus pour
faire ses courses et payer 20c de moins
par produit est un des exemples quoti-
diens de cette intensification de la jour-
née de travail des femmes.

Si le capital a gagné en Argentine
grâce à la bonne gestion et au partage
dit «équitable» cela ne veut pas dire
qu'il gagnera toujours. Il gagnera tant
que les règles du jeu seront les siennes,
celles de l'exploitation, de la gouver-
nance de la pénurie et de la crise.

Ce que nous voulons dire, c'est que
ça ne peut pas bien se passer: gérer la
crise sera toujours aménager la défaite
et qui dit défaite, dit un bon paquet de
personnes sur le carreau. Nous sommes
trop nombreux pour les miettes tou-
jours plus petites que l'on peut récupé-
rer. Alors autant jouer la gagne.

Voilà pourquoi nous nous définis-
sons comme communistes antigestion-
naires.

Ce positionnement est issu d'une
adhésion, c'est-à-dire qu'il entre en jeu
autre chose que le calcul froid de nos
intérêts individuels: face à la débrouille
individuelle ou collective, nous voulons
nous en sortir ensemble, et par en-
semble, on entend tout le monde.
Enfin, nous pensons que c'est dans

la perspective d'un mouvement social
de lutte contre l'austérité, que les né-
cessités évoquées plus haut se feront
sentir face aux différents discours et
pratiques gestionnaires auxquels nous
serons confrontés et qu'il faudra com-
battre.

Nous ne développerons pas plus
ici. Il reste beaucoup à dire, à écrire, à
discuter. Si vous vous retrouvez sur les
bases que nous décrivons, nous vous
invitons à diffuser ce texte.

Zimmerwald le 14 juillet par un temps nuageux. Mais le vent tourne.

(1) Voir la présen-
tation du collectif
«Tant qu'il y aura
de l'argent» - Tan-
quil - dans Cou-
rant alternatf n°
230, mai 2013, pp.
8/9 et consultable
sur: //ocliber-
taire.free.fr/upl/CA
230.pdf
-------------------------------------
FONCTIONNEMENT & BASES COMMUNES DU RCA (R ÉSEAU COMMUNISTE ANTIGESTIONNAIRE )

Depuis la diffusion du texte d'appel, des réunions
publiques se sont tenues sur de nombreuses villes,
des collectifs se sont créés. Ces diverses initiatives
ont débouché sur des rencontres cet été (1) qui ont
permis la création effective du RCA et établi le fonc-
tionnement suivant:

Le réseau communiste antigestionnaire ras-
semble des personnes, collectifs ou autres formes
d'organisation.

Il s'organise en groupes, en assemblées ou selon
les formes que les participantes et participants esti-
ment les plus adaptées au plan local. Il met en com-
mun des moyens pour organiser la solidarité entre les
différentes luttes de base, la formation et l'auto-for-
mation des camarades. Il organise la confrontation
théorique et pratique entre toutes celles et ceux qui
se reconnaissent dans son appel. Il participe ainsi à
l'élaboration, dès lors que c'est possible, d'une ana-
lyse et d'une intervention commune.

Cette mise en commun au niveau général du ré-
seau s'enrichit des formes de coopération qui peu-
vent se construire directement entre des groupes qui
le constituent.

Comment intégrer le réseau ?

Participe au réseau toutes celles et ceux qui se
reconnaissent dans le texte de constitution et la vo-
lonté d'agir que défend ce texte.

Nous invitons ceux et celles qui souhaitent parti-
ciper au réseau à nous rencontrer lors des initiatives
publiques ou nous contacter via le site internet.

Une liste d'infos permet de se tenir au courant des
initiatives du réseau.

Les propositions d'intervention

Les participants au réseau proposent des initia-
tives d'intervention via le bulletin interne. Ces pro-
positions sont reprises par les groupes ou personnes
qui s'y reconnaissent. Ceux-ci se concertent en vue
d'une intervention commune.

Le réseau se veut aussi un outil de mise en com-
mun de moyens.

Les rencontres

Le réseau organise deux rencontres par an.
- Une en été.
- Une en hiver.

Le travail d'élaboration d'un nouveau texte af-
finant nos bases communes étant toujours en cours
nous publions ci-dessous l'appel initial proposé
par le collectif tantquil.

Parce que nous sommes face aux mêmes limites
et aux mêmes nécessités (la difficulté de lutter. La né-
cessité de parler de tactique. La nécessité d'exister,
d'avoir une expression publique), nous proposons de
constituer un réseau.

1. De nombreux débats se sont tenus durant ces
rencontres, des comptes rendus seront bientôt dispo-
nibles sur le site www.reseauantigestion.org
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