A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Grève illimitée des travailleurs du nettoiement et des jardins publics de Madrid,Le point au 10ème jour (en)

Date Sat, 16 Nov 2013 18:11:46 +0200


Au 10ème jour de la grève illimitée des 6500 balayeurs, jardiniers et autres travailleurs du nettoyage de la voirie et des jardins publics de Madrid, la presse internationale commence à s'en faire l'écho. Ben oui, « Madrid est sale », elle devient la « capitale des immondices », les détritus s'amoncèlent sur les trottoirs, les conteneurs débordent et sont incendiés et les arbustes commencent à se dessécher... et tout cela ternit terriblement son image, menace de faire chuter la fréquentation touristique, déjà en baisse cette année. Les commerçants et les hôteliers commencent à hurler. La maire de Madrid menace de briser la grève. ---- Une grève contre les licenciements et les baisses de salaire ---- Le mouvement de grève a démarré le 5 novembre et a commencé la veille dans la soirée avec une manifestation de plusieurs milliers de personnes entre la gare d'Atocha et la Puerta del Sol, appelée par tous les syndicats présents dans le secteur, CGT, Solidaridad Obrera, UGT-FSP, CCOO, USO, CSI-F et AST.

Cette grève concerne les quatre entreprises (toutes des filiales d'entreprises du BTP) qui se partagent la sous-traitance depuis la signature d'un nouveau contrat avec la municipalité l'été dernier : elles veulent licencier autour de 20% des effectifs et baisser les salaires jusqu'à de 43% de ceux qui resteront. Au cours des mois précédents, le non renouvellement de certains contrats de sous-traitance avait déjà provoqué la réduction des effectifs de 350 personnes et leurs licenciements immédiats.

Une question a en outre été rapidement posée : comment réaliser le même travail avec 20% des effectifs en moins ? Plusieurs réponses ont été données : l'allongement du temps de travail (de 35 à 40 heures par semaine), la suppression de certains "avantages" comme le paiement des congés maladie, la fin du ramassage des ordures les fins de semaines et les jours fériés, la réorganisation des équipes et le « redéploiement » les effectifs selon un nouveau découpage de la ville, en privilégiant évidemment les « beaux quartiers » et le centre touristique...
Cela a déjà commencé et les associations de résidents commencent à surveiller la fréquence du passage des équipes de balayages selon les quartiers et préparent un dossier de dénonciation sur la réduction du nombre des tournées.
Mais sur ce point, sur la manière de gérer le conflit et la mise en oeuvre du contrat de concession, les intérêts peuvent diverger. Car le nouveau contrat comporte des clauses de pénalité si les entreprises ne remplissent pas leurs obligations, ce qui a pour effet de faire baisser la facture mensuelle payée par la ville. Ce qui a déjà été le cas en septembre et octobre, avant la grève. Jusqu'à quel point, les entreprises concessionnaires sont prêtes à aller, tant vis-à-vis de la municipalité que des travailleurs ? Et ces entreprises du BTP sont excessivement puissantes, ce sont elles qui, par exemple, sont les principales bénéficiaires de la privatisation des services de santé dans la Communauté autonome de Madrid : propriétaires de cinq hôpitaux construits par elles, elles les louent à la région selon des contrats de type PPP que nous connaissons ici.

Les enjeux

Les enjeux de ce conflit sont donc doubles et concernent à la fois les travailleurs de ce secteur et les 3,2 millions d'habitants de cette grande commune.

La maire de cette métropole, Ana Botella (PP, droite), après s'être désintéressée officiellement du conflit en disant que cela ne concernait pas la ville mais les entreprises sous-traitantes et leurs salariés, se retrouve maintenant au centre du jeu, à cause des détritus qui envahissent la ville mais aussi parce que la principale raison de la grève se trouve dans les coupes opérées (16,2% en 2013) dans le budget municipal à l'origine du renouvellements des contrats de sous-traitance au mois de juillet dernier. La dette publique de la ville dépasserait 7 milliards d'euros.

Dès le début de la seconde semaine de grève, la maire de Madrid s'est empressée de déclarer que la grève était « sauvage », de menacer les grévistes de sanctions et de dénonce « les actes de vandalisme et des sabotages » commis par certains grévistes pour empêcher le service minimum. Il est vrai que cette grève est à la fois active (piquets) et soutenue activement par des habitants qui s'empressent de remettre de nouvelles poubelles dans les rares endroits, les quartiers touristiques du centre, dès qu'elles sont enlevées.

Menaces de briser la grève

Mercredi 13 novembre, l'édile a menacé, de faire appel à une entreprise publique du nettoyage (Tragsa), s'il n'y avait par un accord de fin de grève « dans les 48 heures », pour remplacer les grévistes et engager une procédure judiciaire pour « non-respect du service minimum », fixé à 40% de la totalité du ramassage des ordures de la voie publique.

Sauf que les choses ne sont pas si simples.
D'une part, l'entreprise publique mobilisée pour briser la grève, Tragsa et sa filiale Trasatec, qui font partie de la Sociedad Estatal de Participaciones Industriales (dont 16 communautés autonomes, et parmi elles, celle de Madrid, sont actionnaires) sont elles-mêmes engagées dans une procédure de licenciements collectifs de 1 369 travailleurs sur les 9 848 de l'effectif total. Le 7 novembre, ces travailleurs ont d'ailleurs réalisé un débrayage de 24h.
D'autre part, cette entreprise - qui intervient généralement à la demande de l'administration dans les cas d'urgence et de risques sanitaires sérieux (c'est eux qui ont nettoyés le tanker Prestige en Galice) - ne compterait pas plus de 940 salariés sur tout Madrid, pas de quoi remplacer les 6000 grévistes... Les syndicats de cette entreprise ont fait savoir qu'ils refusaient d'être mobilisés pour briser la grève dont ils se déclarent solidaires.

Au bout d'une semaine de grève, les entreprises sous-traitantes auraient réduit leur prétentions : elles ne licencieraient plus que 625 travailleurs, mettraient les autres au chômage technique temporairement et diminueraient les salaires "seulement" de 12%. Les syndicats ont fait savoir lundi 11 novembre qu'ils refusaient ces propositions.


Une assemblée de grévistes

La solidarité

La solidarité avec les grévistes a commencé dès la première semaine, avec plusieurs initiatives, dont une manifestation dans le quartier ouvrier de Carabanchel le jeudi 7 novembre et une autre, dans la soirée du lundi 11 novembre dans le centre de Madrid avec un millier de participants à l'appel de certains syndicats (de lutte), mais pas de tous.

Se multiplient aussi les appels à soutenir les grévistes, par exemple en déposant des ordures devant les banques ou le siège du Parti populaire, ou encore en mettant en place des caisses de résistance (notamment par une association de voisins du quartier de PAU de Vallecas au travers de la Red de Solidaridad Popular), en organisant des concerts de soutien dans les quartiers. Une pétition en ligne a recueilli ce jour (14/11) plus de 81 000 signatures.

D'autres interventions ponctuelles et diffuses surgissent ici et là, comme celles d'un collectif de grapheurs ("Ana Botella Crew"), eux-mêmes en butte à la répression municipale (une pluie d'amendes depuis qu'ils se sont créés en 2009) pour leurs interventions graphiques sur les murs de la ville, qui a installé des dizaines de portraits bien visibles de la maire de Madrid imprimés sur des sacs poubelles dans les endroits parmi les plus sales de la ville.

D'autres rassemblements sont prévus dans différents arrondissements et quartiers de la ville dans les jours qui viennent.

La répression a commencé à se faire sentir dès les premiers jours : les arrestations de grévistes atteignent 18 depuis le début du conflit et les contrôles d'identité dépassent officiellement les 250. Beaucoup de ces interventions policières se font à la suite d'incendies de conteneurs (plus d'une centaine dont 14 la nuit dernière), l'un d'entre eux ayant atterri en feu dans les portes d'entrée d'une agence bancaire dans le quartier de Vallecas. Quelques véhicules des diverses sociétés de sous-traitance ont été aussi mises hors de service (incendies et autres petits sabotages).

Pour l'instant, les éboueurs et conducteurs de camions ne sont pas dans le mouvement, car ils dépendent d'autres entreprises, non concernées directement par ce contrat de sous-traitance. Mais, ils pourraient se mobiliser à partir du 17 novembre selon une source syndicale.

Le délai légal pour la négociation de la procédure de licenciements collectifs (ERE, Expediente de Regulación de Empleo) s'achève le 15 novembre. Selon la législation, sans accord avec les syndicats, les entreprises pourront procéder aux licenciements à partir de cette date.

La grève continue

Le "front syndical" tiendra-t-il ? Déjà, les Commissions Ouvrières (CCOO) ont trainé les pieds au démarrage du conflit, retardant son déclenchement d'une semaine soi-disant pour essayer d'obtenir quelque chose par la négociation. Déjà, l'UGT organise le boycottage de toutes les initiatives de solidarité et les manifestations de rues qui lui échappent, en disant aux travailleurs grévistes (et aux autres) de ne pas s'y rendre car elles sont illégales et interdites et donc dangereuses...



Les travailleurs perdent en moyenne 60 euros par jour de grève. Tiendront-ils longtemps ? C'est l'enjeu des caisses de résistance et du soutien financier qui se met en place. Ils se disent déterminés car ils n'ont pas d'autre choix que de se battre. C'est aussi un secteur qui a une certaine tradition de lutte et que a été le théâtre de plusieurs conflits important au cours de la dernière décennie. Preuve que, malgré les divisions en plusieurs boîtes de sous-traitance censées neutraliser les conflits, il est possible de passer outre, de s'organiser pour lutter. Ils et elles peuvent aussi compter avec une vraie solidarité car beaucoup d'habitants sont avec eux, malgré la gène occasionnée.

Une solidarité qui se déploie sur une base territoriale, organisée par quartiers, avec des initiatives locales et la mobilisation de tout un ensemble de réseaux, de collectifs, de mouvements et de syndicats de lutte, depuis les historiques associations de voisins jusqu'aux plus récents regroupements nés de la crise et de la contestation du pouvoir politique comme les assemblées des Indignés et ce qu'il en subsiste, les luttes sur le logement, contre les coupes budgétaires, contre la privatisation de la santé, etc.

A suivre...

Le 14 novembre 2013

___

Un exemple d'appel à la solidarité, quartier de Lavapiés

Proclamation de l'Assemblée de Lavapiés en soutien à la grève des travailleurs du nettoyage de la voirie et des jardins publics de Madrid

En tant qu'Assemblée Populaire de Lavapiés [quartier populaire de Madrid], nous avons ressenti comme très important de montrer notre clair soutien à toutes les personnes travaillant dans le nettoiement de la voirie et les jardins publics qui sont en grève illimitée à Madrid. Ce sont eux qui prennent soin de nos rues, de nos places et de nos parcs, et donc aussi de nous-mêmes. Nous devons être ensemble. Leur lutte est aussi la nôtre.

C'est pour cela que nous avons affiché dans les rues la proclamation suivante, et que nous encourageons les collectifs et assemblées des autres quartiers à se le réapproprier et à le signer et à le modifier comme ils le souhaitent, afin de faire connaître leur soutien dans leurs propres rues. Pour les assemblées intéressées, s'il vous plaît, écrivez à : asamblea.popular.lavapies@gmail.com ou à : lavapiesconlahuelga@gmail.com

Proclamation

Face à la grève du nettoyage des rues et des jardins de Madrid,
l'Assemblée Populaire de Lavapiés
FAIT SAVOIR :

1 o Que les grandes entreprises puantes - OHL-Ascan, FCC, Sacyr-Valoriza et CESPA-Ferrovial - se sont approprié la ville. Ce sont les Maîtres et Seigneurs du béton, de la construction, des infrastructures, de l'industrie, au point d'en arriver à absorber notre propreté et nos jardins.

2 o Que ces grandes compagnies puantes, en dépit de leurs profits considérables, après avoir refusé de renouveler les contrats concernant 350 travailleurs et en avoir fait des chômeurs, veulent licencier 1144 travailleurs du nettoyage des rues et jardins publics de Madrid, et de réduire de 43% le salaire de ceux qui ne seront pas envoyés au chômage.

3 o Que tout cela se fait grâce à la complicité de la maire et de la Municipalité, responsables ultimes du service et braillards des "économies " qui se font toujours au détriment des familles travailleuses.

4 o Que les travailleuses et travailleurs en GREVE ILLIMITÉE sont un exemple pour nous toutes et tous. Aucune personne saine d'esprit ne peut rester sans réaction devant leur mouvement.

5 o Que grâce à la grève, nous pouvons voir comment tombe le maquillage et apparait devant nos yeux toute la merde que produit la société industrielle, capitaliste et consumériste, que nous avons créé.

6 o Que ce que nous voyons aujourd'hui n'est qu'un avant-goût du Madrid sale et sec qui va s'abattre sur nos quartiers populaires, si nous perdons la grève et qu'ils parviennent à ce qu'il y ait moins de travailleurs/euses et cela dans de pires conditions.

Et c'est pour cela que l'Assemblée Populaire de Lavapiés
A DÉCIDÉ QUE :

1 o Si les travailleurs et travailleuses qui prennent soin de nos rues et de nos jardins (et donc de nous) sont en grève, nous les soutiendrons jusqu'aux ultimes conséquences, nous serons avec elles et eux dans les piquets de grève et les manifestations et nous ferons tout ce qui nous viendra à l'esprit de faire pour ne pas les abandonner.

2 o Si les richesses ne sont pas réparties, alors nous répartirons les immondices, nous les amènerons aux pieds des Seigneurs, jusque devant leurs banques, leurs palais et leurs bureaux.

3 o Si les grévistes continuent à être arrêtés, nous serons chaque jour plus nombreux dans la rue. La raison et la colère des travailleurs ne doivent pas être réduits au silence par la police, les juges, les patrons, les médias, les politiciens et les dirigeants syndicaux.

4 o Si la grève se termine, ce sera parce que nous l'aurons gagné, pas par des accords signés dans le dos des travailleurs/euses. Nous soutiendrons maintenant et toujours les assemblées de travailleurs et les bases syndicales.

VIVE LA GRÈVE !

Á Lavapiés, le 9e jour du mois de novembre de l'An 2013.

Caisse de résistance : informations ici

Informations recueillies et traductions : XYZ pour OCLibertaire

(reproduction libre et encouragée)

Photo: http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1438
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center