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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif, CA #232 - Economie-Chypre -- Chypre, le futur européen? -- 2ÈME PARTIE : PETIT TOUR D 'HORIZON

Date Sun, 10 Nov 2013 17:11:04 +0200


CE QUI A FAIT COULER BEAUCOUP D'ENCRE DANS LE CAS DE LA CRISE CHYPRIOTE, C'EST QUE, CETTE FOIS-CI, ON S'EST ATTAQUÉ AUX GROS ÉPAR - GNANTS ET AUX ACTIONNAIRES. ATTENTION , LE PLAN S'ATTAQUE EN PRIORITÉ, COMME EN GRÈCE, AUX FONCTIONNAIRES, À LA PROTECTION SOCIALE, À LA MASSE DES SALARIÉS... CERTES, LES PUISSANTS DE CHYPRE SONT DE PEU DE POIDS AU REGARD DES PUISSANTS D'EUROPE, D'OÙ CETTE «MALTRAITANCE» PARTICULIÈRE. CEPENDANT CET EXEMPLE MONTRE JUSQU'OÙ LA TROÏKA (AUTORITÉS EUROPÉENNE ET FMI) EST PRÊTE À ALLER POUR SAUVER LE SYSTÈME. LA SEULE VOIE QU'ELLE REFUSE OBSTINÉMENT DE PRENDRE, C'EST CELLE DE ROMPRE AVEC LES POLITIQUES D'AUSTÉRITÉ, DONT LA FAILLITE EST POURTANT DE PLUS EN PLUS ÉCLATANTE. L'OCCASION DE FAIRE UN PETIT TOUR D 'HORIZON DE CETTE SITUATION CHAOTIQUE ET DE QUELQUES -UNS DE SES NOEUDS LES PLUS INEXTRICABLES.

Le «modèle chypriote» est de toute évidence
l'ultime traitement qui pend au nez des
Etats européens au bord de la faillite. C'est
le cas notamment l'Etat espagnol le jour où
il sera contraint de demander le « secours »
de la troïka pour « sauver » ses banques qui
s'enfoncent lentement mais sûrement dans
une crise structurelle sans issue. Le taux des
crédits douteux dans l'ensemble des crédit
bancaires est reparti à la hausse (à 10,87 %,
soit 162 milliards d'euros), essentiellement
des crédits immobiliers considérés comme
pratiquement perdus alors même que la bad
bank espagnole, la Sareb, a déjà récupéré les
actifs toxiques de quatre banques nationali-
sées en décembre 2012, puis de quatre au-
tres établissements financiers en février
2013 [1]. Pendant ce temps, les dépôts ban-
caires (le passif) ne cessent de se réduire à
cause de fuite des capitaux et des ponctions
effectuées sur l'épargne, tandis que la dette
publique dépasse les 88 % du PIB au premier
trimestre 2013 contre 73% un an auparavant.
D'autres pays sont dans une passe difficile :
le Portugal, la Slovénie, le premier à cause de
la récession et du déficit budgétaire, la se-
conde à cause principalement de la crise
bancaire qui accumulerait 7 milliards d'eu-
ros de créances douteuses (20 % du PIB) : Ce
pays vient d'ailleurs de décider, après d'au-
tres, la création d'une bad bank...

Dans l'immédiat, un très léger relâchement
de la contrainte budgétaire imposée par la
Commission européenne, que traduit l'al-
longement du délai imparti pour réduire le
fameux ratio déficit / PIB à 3 %, semble ré-
pondre à la crainte de la réplication du
« cas » chypriote dans des pays beaucoup
plus vastes, aux conséquences sociales et
économiques d'une toute autre ampleur.
Pour l'instant...

UN IMPACT POTENTIELLEMENT EXPLOSIF

Toujours est-il qu'un tabou a été levé. Un
double message a été délivré : les dettes co-
lossales ne seront pas totalement rembour-
sées par la vertu d'une « meilleure gestion »
des fonds publics et des banques : non seu-
lement la direction de l'UE peut provoquer
la faillite d'une banque, mais les déposants,
les épargnants peuvent aussi être mis à
contribution, en plus des « contribuables » ou
citoyens dont ils font déjà partie.

Pour l'instant, le seuil des 100 000 euros a été
préservé, contre l'avis du gouvernement
chypriote représentant les plus riches, et les
« petits » ont été sauvés. Mais dans les
couches aisées européennes, beaucoup pos-
sèdent des dépôts supérieurs à cette
somme. Le respect de la propriété privée des
particuliers se révèle être un dogme bien fra-
gile, une illusion nécessaire. Elle ne vaut que
dans la limite où elle n'empêche pas la
bonne marche de l'ensemble, ensemble dont
la pérennité du système bancaire global et
les intérêts convergents des grands groupes
capitalistes transnationaux en dessinent la
réalité. La peur de la grande crise n'en est
que plus présente dans le climat général en
Europe.

Une des conséquences de la décision appli-
quée à Chypre, est qu'une bonne partie de
l'épargne va émigrer soit vers d'autres éta-
blissements bancaires off-shore et hors UE,
ou hors zone euro (Londres et ses dépen-
dances), soit va être entreposée dans des
banques jugées plus « solides » et plus sûres,
celles qui correspondent aux Etats de l'UE
qui gouvernent de fait l'Eurozone. Ce qui
veut dire que, en pratique, la valeur de l'euro
n'est plus la même à Nicosie qu'à Amster-
dam, à Athènes qu'à Paris, à Madrid ou Lis-
bonne qu'à Berlin, accentuant les
différenciations et oppositions entre pays
riches et pays pauvres dans le même espace
économique, monétaire et politique, ouvrant
la voie à des oppositions et protestations de
type nationaliste.

Une autre conséquence est que non seule-
ment la propriété privée se révèle une fois
de plus une fiction nécessaire à la bonne
marche du système, mais que, à l'intérieur
des « possédants », le traitement n'est pas le
même selon que l'on dispose de biens sous
forme monétaire ou sous forme immobilière
ou d'actifs financiers. La « confiance » dans
une monnaie « unique » s'effrite donc dou-
blement : sa valeur relative est non seule-
ment variable selon le pays mais sa valeur
« absolue » (la certitude pour les déposants
de conserver leur argent) est attaquée fron-
talement.

QUAND LA TROÏKA SE DIVISE

Les résultats économiques désastreux géné-
rés dans la Zone euro par les politiques mo-
nétaires et budgétaires de la Troïka
commencent à provoquer des contradic-
tions internes à ces instances de la gouver-
nance du capital. Le FMI vient de faire une
sorte d'autocritique à propos de la Grèce.
L'institution reconnait que les mesures dé-
cidées n'ont pas atteint leurs objectifs, que
« des erreurs ont été commises » (notam-
ment en sous - estimant les « multiplicateurs
budgétaires » dans la création de richesses)
et que la récession provoquée dans ce pays
n'a fait qu'augmenter la dette publique qui à
son tour alimente la récession.

Derrière cette autocritique du FMI, c'est un
plus grand réalisme qui s'exprime, issus
d'une longue pratique : pour que le méca-
nisme de la dette puisse fonctionner et que
les conditionnalités de l'« aide » soient effi-
caces en termes de plans d'ajustements
structurels et autres restructurations favo-
risant les investissements et les profits, il
faut parfois lâcher la bride, accepter de ré-
échelonner la dette, voire d'en sacrifier un
morceau. Ce qui veut dire que ce sont les
créanciers qui doivent parfois participer à ce
« sacrifice » : savoir perdre un peu pour ne
pas perdre beaucoup plus, le pilotage du ca-
pitalisme est aussi un art de la guerre. Mais
le clivage entre le FMI et les instances euro-
péennes UE-BCE tient maintenant au fait
que la Banque centrale européenne, qui a
prêté de l'argent aux banques européennes
en échange de titres de la dette grecque dé-
posés en garantie, se retrouve en première
ligne à devoir perdre de l'argent en cas de re-
structuration de cette dette, ce que souhaite
le FMI mais n'admettent pas les instances
européennes.

Au-delà du « cas grec », le propos et la portée
du désaccord concerne tous les plans de
sauvetage de la Zone euro et traduit d'autres
contradictions. Le FMI exprime le point de
vue d'un capitalisme plus global, et singu-
lièrement celui des États-Unis, qui souhaite
que l'économie européenne en finisse au
plus vite avec les mesures austéritaires qui,
en s'enfonçant dans la récession, tirent l'en-
semble de l'économie mondiale vers le
bas [2]. Pour le capital étatsunien, l'UE doit
au plus vite retrouver le chemin de la crois-
sance, car économie globalisée oblige, il
pense en retirer le plus grand bénéfice en
termes de nouveaux marchés, de profits et
de valeur.

C'est dans ce cadre qu'il faut situer et com-
prendre la récente proposition du gouver-
nement étatsunien de créer un gigantesque
marché commun transatlantique USA - UE.
Pour l'administration Obama qui veut aller
vite, la création de cette plus vaste zone de
libre-échange au monde dès 2015 (un tiers
du commerce international et la moitié du
PIB mondial), est « l'un des meilleurs
moyens de casser le cycle (de la crise) en Eu-
rope et d'avoir de la croissance. » (John
Kerry). Par libre-échange, il faut entendre
commerce des biens et services et investis-
sements directs d'un côté de l'atlantique à
l'autre. Dans cet objectif, du point de vue de
l'administration étatsunienne - qui
contient des considérations planétaires et
géostratégiques, notamment en tenant
compte de l'Asie (Chine) -, tant pis si
quelques banques européennes doivent
perdre un peu d'argent, tant pis si la BCE se
retrouve avec des titres dévalués... après
tout, elle n'a qu'à créer de la monnaie ou, du
moins, émette des bons du trésor euro-
péens... ce qui renvoie l'UE, la Zone euro et
les Etats européens à leurs contradic-
tions...et elles sont innombrables. C'est
aussi là l'arrière-plan des divergences qui
opposent deux grandes « écoles », deux op-
tions surtout tactiques - et qui monopoli-
sent ad nauseam toutes les émissions de TV,
de radio, la presse, les avis avisés des éco-
nomistes du système et les marionnettes
politiques...l'une qui conditionne la possi-
ble sortie de la crise à la réduction des défi-
cits, c'est - à - dire qui cherche à imposer de
nouveaux gains de productivité et de profit
dans le rapport d'exploitation (lois sur les
relations et le marché du travail, la flexibi-
lité, les salaires, etc.) et dans le coût global
d'entretien et de reproduction de la force de
travail et de la reproduction sociale générale
(santé, éducation, dépenses de l'Etat...) ; et
l'autre qui mise plus sur le «marché», le dé-
veloppement du commerce, sur la création
de nouvelles activités économiques, sur
l'ouverture de nouveaux champs d'accu-
mulation, des grands travaux d'infrastruc-
ture à la levée des barrières douanières,
tarifaires et non-tarifaires, en passant par
l'extension de la marchandisation à des ac-
tivités qui y échappaient encore, quitte pour
cela à maintenir transitoirement des ni-
veaux de déficits élevés combinés avec des
opérations de création monétaire.

Mais aucune des deux hypothèses n'offre la
moindre garantie. Si l'on sait que la pre-
mière a échoué dans ses prétentions, la se-
conde s'appuie essentiellement sur la
critique de la première et de ses échecs. Elle
a l'avantage d'arriver après et d'offrir des
perspectives à une classe capitaliste euro-
péenne passablement désorientée. Cela
n'en fait pas automatiquement une alter-
native pour sortir le capitalisme de sa crise,
mais vise à améliorer et transformer la gou-
vernance monétaire et budgétaire de la
Zone euro. La plus logique des solutions
proposées semble reposer sur le triptyque
mutualisation des dettes
publiques - union budgétaire - transfert
de souveraineté des Etats dans une intégra-
tion politique supérieure et la formation
d'un gouvernement fédéral de l'Eurozone,
d'un Etat européen, avec budget propre, fis-
calité propre et capacité d'intervenir direc-
tement dans le sauvetage des banques
(union bancaire) et d'émettre des euros-
obligations pouvant être achetées par la
Banque Centrale, comme aux Etats-Unis. Un
projet qui, en portant un coup décisif aux
Etats-nations du Vieux Continent, en fait le
contraire d'une mince affaire et peut même
représenter un point de blocage décisif.

UNE CRISE SYSTÉMIQUE ET DURABLE

Derrière cette ponction sur les classes
moyennes, la décision de la Troïka concer-
nant Chypre confirme que la crise est sys-
témique, qu'elle ne fait qu'empirer, comme
le confirment également tous les chiffres
(maintenant, la Zone euro et 12 des 17 pays
qui la composent sont officiellement en ré-
cession, le chômage ne cesse de monter
comme les dettes publiques...) et que l'ap-
pel au financement public - son endette-
ment, ses coupes budgétaires... - pour
supporter le désendettement du secteur
privé, ne suffit pas : c'est le capital privé qui
commence à en faire les frais, en s'atta-
quant d'abord et de préférence à ses franges
un peu moins dotées et les plus périphé-
riques au profit de ses principaux déten-
teurs situés dans les zones centrales,
dominantes et jugées vitales du capitalisme
européen. Transferts d'argent du plus bas
vers le plus haut visant à compenser la des-
truction de capital ne trouvant pas à s'em-
ployer, par la récession économique, les
faillites d'entreprises, de banques, par la
disparition des créances adossées au capital
détruit ou l'effacement d'une partie de la
dette (près d'un tiers), comme dans le plan
dit PSI (private sector involvement) de «sau-
vetage» de la Grèce de mars 2012 qui a mis
à contribution les créanciers et les déten-
teurs de capital...

Cette masse de capital - argent accumulé
dans les banques qui ne trouve pas à s'in-
vestir illustre bien la crise capitaliste ac-
tuelle et non la « cupidité » de ses
possédants comme le soutiennent les anti-
libéraux. Il ne s'agit pas de cupidité mais de
démesure, de sentiment de puissance sans
limites (l'hubris) qui traduit plutôt une ab-
sence de contrainte, de type sociale par
exemple (la lutte de classe a pu en être une,
les luttes dits environnementales peuvent
en être une autre). Car en face de cette sur-
concentration de capital monétaire dans
certaines places financières « off - shore » et
certains fonds souverains (Etats du Golfe,
Chine...), il y a aussi une explosion de la
dette, une accumulation des dettes multi-
ples entrecroisées (particuliers, entreprises,
Etats, banques) qui sont en même temps
des créances pour la plupart de ces mêmes
catégories ou institutions. C'est l'ampleur
de ces déséquilibres qui menace le système
de faillite, de faillites locales pouvant se pro-
pager rapidement à cause de cette chaîne
qui relie solidairement entre eux créanciers
et débiteurs.

Les restructurations des dettes (comme en
Grèce), les pertes sèches et les faillites, les
ponctions opérées sur les comptes ban-
caires, les dévalorisations d'actifs, sont
toutes des formes que prend la destruction
du capital-argent, fictif ou non.

Destruction de capital qui sert dans l'ur-
gence à sauver le système bancaire (et sin-
gulièrement les plus grands établissements
jugés « too big to fail » [3]), à effacer partiel-
lement des dettes incompressibles ou irré-
couvrables, à compenser les pertes
occasionnées par la vie à crédit, mais défi-
ciente, qui a caractérisé ces dernières an-
nées le capitalisme contemporain dans les
pays développés. Derrière ce « danger sys-
témique », rappelons qu'au moment de la
mise en place du premier « plan de sauve-
tage » en 2010, les titres de dettes de l'Etat
grec détenues dans l'ensemble des banques
européennes dépassait les 52 milliards d'eu-
ros, dont 15,5 milliards pour les banques al-
lemandes et 10,3 milliards pour les
françaises. C'est cela qui a été sauvé en in-
jectant pour l'instant 166 milliards d'euro
par des prêts pour « sauver » la Grèce.

Car ce n'est là qu'un petit sauvetage à
l'échelle de ces banques. L'extraordinaire
concentration de richesses correspond aussi
à la détention de titres à la valeur incer-
taine, douteuse, et pour une grande part, in-
vendables même bien en dessous de leur
prix d'acquisition. La focalisation média-
tique et politique sur les dettes des Etats fait
oublier les niveaux vertigineux des dettes
privées, des « actifs pourris », et des pertes
potentielles que cela représente. Il y a d'au-
tres bombes à retardement enfouies dans la
planète financière européenne.

- D'une part la probable formation d'un
bulle spéculative financière et la persistance
du risque systémique bancaire : les
banques, inondées de liquidités par la BCE,
ne parvenant pas à gagner de l'argent dans
l'économie marchande productive de valeur
à cause de la récession et de la baisse des
investissements, - baisse de 7,5 % dans les
prêts aux entreprises et de 8,6 % pour les
prêts aux particuliers au cours des quatre
dernières années -, continuent d'investir
dans des obligations, sur le marché des ma-
tières premières et dans des produits finan-
ciers spéculatifs à risque (créances titrisées).
Sans que personne ne semble savoir préci-
sément de quoi il retourne, l'inquiétude
porte sur le déphase grandissant entre les
masses de création monétaire (Etats-Unis,
Japon, mais aussi UE / BCE) injectées dans le
secteur bancaire et la chute des investisse-
ments dans la production matérielle.

- D'autre part parce les banques conservent
des titres pourris : « toute une série d'opéra-
tions de réduction de bilan ne s'est pas en-
core matérialisée, les banques préférant
proroger des prêts plutôt que de céder des
portefeuilles et de constater des pertes. »
Selon le cabinet d'expertise financière
KPMG, les créances douteuses des banques
européennes atteindraient près de 1 500
milliards d'euros. [4]

- Enfin, l'accumulation de créances pourries
placées dans des bad banks qui se sont mul-
tipliées en Europe. Un récent article du quo-
tidien Les Echos, peu versé dans le
sensationnalisme, sonne l'alarme : « Pour se
sauver, de grands établissements de crédit,
paralysés par les créances douteuses et les
actifs illiquides [invendables] accumulés au
fil des ans depuis 2007, ont constitué des
«bad banks». Bilan, six ans après le début
de la crise financière : plus de 1 000 milliards
d'euros d'actifs restent encore stockés dans
ces structures de défaisance en Europe. » [5]
La création de ces banques de défaisance
n'est qu'une manière de reporter le pro-
blème à plus tard, sans le résoudre. Cette
masse monstrueuse d'actifs en suspens est
une bombe à retardement car : qui épongera
les pertes de ces bad banks ? Les Etats ? Les
contribuables ? Le système financier lui-
même, sachant que les banques sont débi-
trices et créditrices entre elles et qu'elles ne
jouent pas avec «leur» argent ?

A ce niveau-là, l'idée de « recapitaliser » les
banques fait sourire. Pas plus que les Etats
ne vont payer leur dette, les propriétaires
des banques vont investir à perte dans des
établissements dont ils pensent que si les
bénéfices leur reviennent (dividendes), les
dettes et les pertes sont du ressort de la so-
ciété, des Etats, des contribuables, de tout le
monde.

Destruction de capital inévitable qui, bien
sûr, s'accompagne de politiques d'austérité
visant à la contenir et à la limiter, en es-
sayant de réduire une partie de la dette par
la réduction des coûts d'entretien de la re-
production sociale (que l'on retrouve dans
les dépenses publiques, le budget des Etats)
et par la réinstauration rapide et violente de
niveau d'exploitation de la force de travail
permettant d'accroître la production de sur-
valeur (baisse des salaires, flexibilité, etc.).
Mais éponger des dettes et des pertes par
l'accroissement de la production de surva-
leur, de profits, n'est envisageable qu'à la
condition impérative que les marchandises
se vendent car c'est seulement à ce mo-
ment-là que la valeur, encore virtuelle, se
réalise, se transforme en argent. Or c'est ce
que la récession et la contraction de la de-
mande interdisent par définition. Sauf à
jouer sur les prix, à entrer alors dans un
cycle déflationniste (cela semble commen-
cer en Grèce en ce moment même [6]), qui
non seulement ne résout rien mais qui, à
son tour, accélère la spirale récessive.

Cette pente déflationniste, qui suit de près
la « déflation salariale » (les baisses de sa-
laires et du pouvoir d'achat) enregistrée en
Grèce, en Espagne, au Portugal et en Irlande,
est pointée par certains économistes
comme dangereusement inévitable
puisqu'elle est la conséquence des poli-
tiques austéritaires de « consolidation bud-
gétaire » et de restructuration du marché du
travail encourageant les stratégies patro-
nales de « déflation compétitive », c'est-à-
dire la recherche de gains de part de
marchés grâce à la baisse des prix obtenus
par celle des salaires : c'est par exemple un
des éléments de la logique du low cost qui,
encore relativement marginale il y a peu, ne
cesse de s'étendre partout. La déflation sur
les prix courants est en effet un amplifica-
teur immédiat de la crise puisqu'elle
conduit automatiquement à faire augmen-
ter les dettes en termes réels, soit exacte-
ment le contraire de ce que ces politiques
visaient. Elle conduit aussi à une boucle
sans fin puisque la baisse des prix entraine
une pression supplémentaire à la baisse des
salaires, à l'augmentation du chômage, à la
chute des recettes fiscales, etc.

On ne sort pas aisément d'un cercle vicieux
qui prend en outre l'aspect dangereusement
vertical d'une spirale tirée irrésistiblement
vers le bas.

Destruction de capital qui dans le capita-
lisme ne devient « créatrice » (Schumpeter,
Marx...) qu'à la condition de se trouver au
seuil d'un nouveau cycle d'accumulation et
de croissance, à condition que la crise soit
un moment transitoire, une modalité du dé-
veloppement dans une phase d'expansion,
afin que les innovations et optimisations
(technologiques, organisationnelles, struc-
turelles...) que la crise a générées (a
«créées») puissent être les vecteurs et les
opérateurs de cette nouvelle séquence.

Dans l'immédiat, on en est loin. On s'en
éloigne même un peu plus chaque jour, tant
la conjoncture générale que les politiques
économiques de l'UE contredisent totale-
ment une telle perspective, sans qu'émerge
et s'impose une approche et des décisions
alternatives dans l'immédiat.
J.F

Avril - mi-juin 2013

[1] Les Echos, du 18 juin 2013

[2] A preuve le net ralentissement de la croissance de pays comme le Brésil, la Turquie... Quant à la Chine, les données officielles ne sont pas fiables. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 12 juin, sous la plume de Rocard et Larrouturou, on peut lire : « Les deux moteurs de la croissance chinoise ont calé en même temps : les ventes de logement ont baissé de 25 % en un an et les exportations vers l'Europe ont reculé de 9,8 %. Officiellement, la Chine ne traverse qu'un "petit ralentissement" mais si l'on observe la consommation d'électricité (indicateur plus difficile à enjoliver que le PIB), la Chine est plus proche de la récession que d'une croissance de 6 %. En mai, l'activité industrielle a reculé : il ne s'agit pas d'un ralentissement dans la croissance mais bien d'un recul». Sans parler du gonflement en cours d'une gigantesque bulle immobilière...

[3] Une note de Reuters du 5 mai 2013 relevait même que non seulement «les contribuables du nord de la zone euro n'ont pas déboursé un centime» contrairement à ce que l'on
entend, mais « l'Allemagne, la Finlande, l'Autriche, les Pays-Bas et la France ont économisé des milliards d'euros grâce à la chute des coûts de financement de leur propre dette »
Economies dont bénéficient à la fois les établissements financiers et le budget des Etats. Une note de septembre 2012 de l'assureur allemand Allianz citée dans l'article
précise : »Si l'on additionne l'avantage lié aux taux d'intérêt sur la période de 2010 à 2012 et celui dont bénéficiera l'Allemagne au cours des années à venir, on arrive à une économie cumulée d'intérêts pour le budget allemand estimée à 67 milliards d'euros Une note de Reuters du 5 mai 2013 relevait même que non seulement «les contribuables du nord de la zone euro n'ont pas déboursé un centime» contrairement à ce que l'on entend, mais «l'Allemagne, la Finlande, l'Autriche, les Pays-Bas et la France ont économisé des milliards d'euros grâce à la chute des coûts de financement de leur propre dette» Economies dont bénéficient à la fois les établissements financiers et le budget des Etats. Une note de septembre 2012 de l'assureur allemand Allianz citée dans l'article précise :»Si l'on additionne l'avantage lié aux taux d'intérêt sur la période de 2010 à 2012 et celui dont bénéficiera l'Allemagne au cours des années à venir, on arrive à une économie cumulée d'intérêts pour le budget allemand estimée à 67 milliards d'euros».».

[4] Reuters, 26 avril 2013.

[5] «Bad Banks : une bombe de 1.000 milliards d'euros pour les contribuables européens», Les Echos, 17 juin 2013

[6] De l'ordre de 0,2% en mars 2013, cette déflation s'est poursuivie en avril (- 0,6%) et en mai (- 0,3%) (source : Eurostat). Cette baisse des prix est encore peu significative, il faudra
voir cela sur plusieurs trimestres. Mais c'est un signe. Dans de nombreux pays européens, cette inflation négative a été contenue jusque-là par les hausses de TVA étalées dans le
temps. On assiste plutôt actuellement à une désinflation, une baisse de l'inflation. Dans le jargon économique, on parle aussi de déflation salariale, baisse des prix de la main
d'oeuvre, et là, c'est un gros morceau qui dépasse le cadre de cet article. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) y consacre une publication récente (avril
2013), disponible en téléchargement sur son site : http://www.ofce.sciences-po.fr/
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