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(fr) Motion syndicalisme CGA : Quelle est notre position sur les syndicats ?

Date Wed, 28 Sep 2011 15:21:23 +0200


Dans une entreprise, quand les travailleuses et travailleurs s'organisent
collectivement pour se défendre et agir, ils et elles sont plus fort-e-s face au
patrons que lorsqu'ils et elles sont isolé-e-s, individuellement. La force
collective est supérieure à l'addition de toutes les forces individuelles, parce
qu'elle rend possible une action concertée.
L'organisation syndicale est la forme la plus courante d'organisation collective
qu'adoptent les travailleuses et les travailleurs lorsqu'ils et elles souhaitent
rompre leur isolement et constituer une force collective face au patronat. C'est en
tout cas le type d'organisation collective vers lequel la plupart d'entre eux et
elles se tournent lorsqu'ils et elles souhaitent résister au patronat, même s'il se
tournent parfois vers d'autres formes de regroupement collectif, la plupart du temps
exclusivement en période de « pics» des mouvements sociaux. Ces autres formes
complètent ou suppléent aux éventuelles défaillances des organisations ou sections
syndicales en terme de combativité ou de fonctionnement démocratique.


La hiérarchie syndicale contre la force collective syndicale

Comme dans toute association, cette force collective bénéficie aux individus
associés, dans la mesure où elle n'est pas appropriée par une minorité au détriment
de la collectivité.

C'est le cas quand il existe une distinction dirigeant/dirigé-e-s, représentant-e
représenté-e, qui aboutit à ce que les dirigeant-e-s utilisent la force collective
de l'organisation comme faire-valoir de leurs intérêts, ou à des fins toutes autres
(politiciennes, bureaucratiques) que celles qui ont au départ motivé le regroupement
des individus qui composent l'organisation (dans le cas des syndicats, se défendre
face aux patrons...).

A partir de ce constat, nous constatons:

* que la section syndicale, les syndicats, amènent une force collective aux
travailleuses et aux travailleurs. Ils/elles font exister de manière ouverte un
contre discours face à la rhétorique patronale. Cela dans la mesure où la structure
syndicale n'est pas complètement intégrée par la cogestion (en fonction du degré
d'influence des idéologies capitalistes et étatiques dans le syndicat). La section
syndicale reste le plus souvent le premier outil organisationnel de résistance
collective des travailleuses et travailleurs sur leur lieu de travail. C'est vers
elle que se tournent la majorité des travailleuses et des travailleurs
combattifs/ves. On peut ainsi observer que les luttes collectives sont très rares
dans les déserts syndicaux, et ce constat, malgré toutes les insuffisances des
organisations syndicales actuelles, contredit le discours antisyndicaliste qui jette
le bébé syndical avec l'eau du bain bureaucratique

* Mais nous constatons également que la hiérarchie syndicale approprie une partie de
cette force collective issue de l'action syndicale (fondée sur le rapport de force,
sur l'action directe des travailleuses et des bureaucratisation de ces
organisations), qui, plutôt que de bénéficier aux travailleuses et travailleurs
organisés syndicalement, bénéficie à une minorité (permanents syndicaux, dirigeants
syndicaux, militant-e-s politiques instrumentalisant les syndicats comme marche
pieds pour leurs appétits de pouvoir).

* Dans les organisations où la hiérarchie/bureaucratie syndicale n'existe pas de
manière formelle, elle peut se développer de manière informelle en s'appuyant sur
des logiques afinitaires, sur la pratique de coups de force ou sur la tendance à la
délégation, l'absence de contrôle effectif des mandats, la prise de décision hors
cadres collectifs et hors mandats, la politique du fait accompli au mépris de la
démocratie syndicale, l'utilisation des moyens collectifs de l'organisation à des
fins personnelles.


La hiérarchie/bureaucratie syndicale a besoin de nous, nous n'avons pas besoin d'elle.

Ce que nous constatons cependant, c'est que dans la plupart des cas, ce n'est pas
l'ensemble de la force collective qui est appropriée par cette minorité dirigeante,
mais seulement une partie.

Pourquoi ? Parce que réside ici une contradiction d'intérêts : pour pouvoir
bénéficier de la force collective du syndicat, les bureaucrates et dirigeants
syndicaux doivent s'appuyer sur la force collective syndicale, c'est à dire qu'ils
et elles ont besoin que les travailleuses et travailleurs s'organisent syndicalement
pour assurer leur position. L'inverse n'est pas vrai (les travailleuses et
travailleurs syndiqué-e-s n'ont pas besoin de dirigeants pour faire vivre l'action
collective syndicale ou le syndicat).

Or si les bureaucrates et dirigeants syndicaux absorbent toute la force collective à
leur bénéfice, le syndicat ne présente plus aucun intérêt aux travailleurs et aux
travailleuses syndiqués, et, dès lors, cela se traduit par une dé-syndicalisation,
et donc cela remet en cause la position de la bureaucratie intermédiaire.


La double nature des organisations syndicales actuelles : outils de lutte,
instrumentalisés comme faire valoir d'intérêts bureaucratiques et/ou politiciens.

Cette contradiction matérielle est à la source de la double nature de la plupart des
organisations syndicales actuelles et peut apparaître et se développer au sein de
celles se revendiquant alternatives et révolutionnaires. Si elles ne remplissaient
pas au minimum cette fonction, elles auraient depuis longtemps disparu, puisqu'à
mesure que s'affaiblit la force syndicale, il devient de plus en plus difficile pour
les travailleuses et travailleurs de s'organiser syndicalement sans être soumis-e à
la répression patronale.

Or c'est vers les organisations syndicales que se tournent toujours la plupart des
travailleuses et travailleurs qui souhaitent lutter collectivement dans
l'entreprise, face au patronat, aux petits chefs, etc..., parce qu'ils et elles
reconnaissent en elles un outil collectif, ajoutant à leur action individuelle la
force collective.

A partir de ce constat, il nous semble important de défendre l'organisation
syndicale comme outil de lutte, ce qui ne revient ni à défendre les bureaucraties
syndicales existantes, ni à considérer satisfaisante la situation des syndicats
aujourd'hui. Cela ne veut pas dire que nous considérons la forme d'organisation
syndicale comme la seule possible dans la lutte des classes, mais que nous y
reconnaissons l'un des outils dans l'affrontement de classe qui permet aux
travailleuses et aux travailleurs de rompre l'isolement, de démarrer et d'enclencher
des luttes.


Syndicalisme d'accompagnement et syndicalisme de lutte

Le mouvement syndical est marqué par des orientations et des stratégies
contradictoires, qui peuvent coexister au sein d'une même organisation syndicale :
syndicalisme de lutte, intégrant la construction d'un rapport de force comme base de
l'action syndicale, d'une part, et syndicalisme d'accompagnement, basé
essentiellement sur la défense individuelle ou la politique du « donnant donnant »
en matière collective, ce qui revient à entériner systématiquement le recul social
puisqu'une telle approche considère l'exploitation capitaliste comme un horizon
indépassable.

Ces orientations ne sont pas uniquement le fait de l'action de bureaucraties mais
correspondent à des choix idéologiques « conscients » de la part d'une partie des
salariés, sous l'effet du matraquage de l'idéologie dominante. Le poids relatif de
ces 2 orientations dans une organisation syndicale, ou plus largement chez les
travailleuses et les travailleurs détermine également en partie les possibilités
d'émergence de luttes sociales, et la mesure dans laquelle le syndicat conserve son
caractère d'outil collectif de lutte.

Dans ce débat, nous défendons bien évidemment une conception de l'action syndicale
fondée sur le rapport de force, sur l'action directe des travailleuses et des
travailleurs, sur le plan théorique. Ce qui impose d'approcher de manière pratique
la question de la construction d'un rapport de force collectif, réel, car nous
constatons également que parfois le discours est en décalage avec la pratique. Le
radicalisme verbal peut en effet s'associer à une pratique syndicale qui dans les
faits revient à accompagner le recul social (faute de construction d'un rapport de
force réel sur le terrain de l'entreprise), dans une logique du « tout ou rien » qui
revient à organiser l'impuissance en matière d'action collective.


L'instrumentalisation politicienne et bureaucratique, à la source de la division
syndicale.

C'est l'instrumentalisation politicienne qui historiquement a été à la source de la
division syndicale. Au coeur de l'ensemble des scissions syndicales se retrouve soit
des enjeux démocratiques soit des enjeux politiciens (volonté d'une fraction
politicienne d'instrumentaliser le syndicat comme marche pied pour la prise de
pouvoir) :

* Les fractions politiciennes (réformistes, staliniennes, trotskystes...), parce
qu'elles s'assoient sur la démocratie syndicale pour asseoir leur politique de parti
ou leur subordination du syndicat au politique,

* Les fractions bureaucratiques, parce qu'elles s'assoient sur la démocratie
syndicale pour défendre les intérêts d'un groupe d'individus qui voient dans le
syndicat un outil de promotion sociale.

Dans un contexte de morcellement du mouvement syndical, on peut néanmoins constater
que selon les entreprises et les secteurs, les travailleuses et travailleurs
combattifs/tives font des choix différents d'affiliation syndicale, selon la
combativité de la section syndicale et du degré de démocratie syndicale en son sein.

Pour nous, il n'y a donc pas de raison de privilégier telle ou telle confédération
syndicale en matière d'adhésion, dans l'absolu, l'adhésion à telle ou telle
organisation syndicale étant dépendante du contexte de l'entreprise, l'objectif
étant avant tout celui du développement de la résistance et la lutte face aux
patrons. Dans telle entreprise, l'adhésion a telle organisation syndicale sera
logique puisque la section d'entreprise est combative et démocratique, alors que
dans telle autre entreprise la section syndicale qui remplit ces critères sera
affiliée à une autre Organisation syndicale (OS). Dans une entreprise où il n'existe
pas d'OS, le choix se posera entre une affiliation directe à une confédération plus
proche de l'orientation syndicaliste libertaire au niveau confédéral ou fédéral, et
l'affiliation à la structure qui rassemblerait le plus de collègues face au patron.

Il ne saurait y avoir de consigne d'adhésion à telle ou telle organisation
syndicale, qui relèverai d'une politique dé-contextualisée, déconnectée du réel et
de l'enjeu principal, qui est celui du développement du rapport de force dans
l'entreprise, face au patron, sans laquelle toute perspective de lutte, qu'elle soit
considérée à l'échelle locale ou à l'échelle interprofessionnelle, resterai
incantatoire. En ce sens, les militant-e-s de la CGA qui s'impliquent syndicalement
dans l'entreprise sont confronté-e-s aux mêmes choix que leurs collègues, et se
déterminent individuellement quant à leur adhésion à telle ou telle organisation
syndicale, en fonction des réalités locales.

Ce qui nous relie par contre au delà des choix en matière d'appartenance syndicale,
c'est une éthique commune en matière de syndicalisme, et une conception commune de
l'action syndicale. En effet, nous défendons l'outil syndical dans l'entreprise
comme outil de lutte, mais nous refusons que cet outil soit instrumentalisé par une
hiérarchie ou une bureaucratie syndicale ou politicienne, et nous combattons contre
cette instrumentalisation, au côté de nos collègues syndiqués.


Comment lutter contre la bureaucratie/hiérarchie syndicale, et s'assurer que la
force collective syndicale bénéficie aux travailleuses et travailleurs ?

L'adhésion à tel ou tel syndicat est donc une question de contexte, dans une période
marquée par la division syndicale. Mais quelles que soient les organisations
syndicales, l'enjeu pour les syndiqué-e-s revient à ce que le syndicat soit un
catalyseur du rapport de force au bénéfice collectif des syndiqué-e-s, et plus
largement des travailleuses et des travailleurs.

En ce sens nous nous opposons à la logique de fraction, qui consisterait, pour une
organisation politique, fusse-t-elle « anarchiste » ou « libertaire », à se fixer
pour objectif l'accaparement des « responsabilités syndicales » afin de faire du
syndicat l'instrument de l'organisation politique.

Au contraire, c'est en contribuant au développement d'une culture de démocratie
syndicale à la base, une culture fondée sur une approche interprofessionnelle,
avançant la nécessité de prise de décisions collectives, de mandatement, de
rotation, de contrôle et de révocabilité des mandats, que nous pensons possible,
quelle que soit l'organisation syndicale dans laquelle nous sommes présent-e-s, de
combattre les logiques bureaucratiques.


Quelles perspectives/alternatives ?

* Il est ainsi possible pour nous d'esquisser les éléments d'une éthique syndicale
libertaire, qui quelle que soit l'organisation syndicale à laquelle nous
appartenons, permet de faire face aux tendances bureaucratiques.

* Il appartient d'abord aux militant-e-s libertaire de défendre, dans les
organisations syndicales, avec les autres syndiqué-e-s, la démocratie et le
fédéralisme syndical.

* Pour cela, il faut défendre la décision collective, le contrôle et la révocabilité
des mandats. S'opposer ainsi aux pratiques de cooptation bureaucratiques, à
l'instauration ou au maintien d'une hiérarchie syndicale.

* Il appartient ensuite aux militant-e-s libertaires de développer les liens
interprofessionnels, ce qui signifie combattre l'esprit de boutique syndical, pour
mettre en avant la nécessité de l'unité d'action, sur une base de lutte, entre
syndiqué-e-s et sections syndicales de base.

* Il s'agit également de lutter contre les tentatives d'instrumentalisation de
l'outil syndical à des fins politiciennes et électoralistes. C'est à dire de
refuser les discours et pratiques prétendant délimiter le champ d'action du
syndicalisme au nom d'un partage des tâches entre syndicat et politique, confiant
aux politiciens la tâche de relayer les aspirations des salariée- s. Cela revient à
affirmer que la lutte ne se situe pas sur le terrain de « l'opinion publique », mais
dans la rue.

* Il s'agit enfin pour nous de favoriser l'implication des syndiqué-e-s dans la vie
syndicale. Cela passe non seulement par la défense d'une politique de formation
syndicale active, mais aussi par le refus de la spécialisation de l'activité
syndicale. En ce sens, il convient de défendre la limitation des décharges, et, si
elles existent, leur fractionnement et leur rotation. En tout état de cause,
lorsqu'un syndicaliste passe plus de temps au syndicat qu'au près de ses collègues,
il perd le lien avec la réalité du travail. D'une part, celles et ceux-ci ont
tendance à lui déléguer l'impulsion de l'action syndicale, mais d'autre part faute
de partager les conditions de travail des collègues, il n'est plus à même de saisir
les conditions de travail réelles pour développer une action revendicative.

* Il s'agit également pour nous de combattre les illusions par rapport aux
bureaucraties. Cela signifie que nous n'avons rien à attendre d'elles et devons
créer les conditions pour organiser la lutte par nous même, sans attendre de «
directions ».


Motion adoptée le 24/09/11 par la
Coordination des Groupes Anarchistes

http://www.c-g-a.org/

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