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(fr) Suisse : Quelque chose de pourri...

Date Tue, 8 Mar 2011 11:25:42 +0100


Mais où s'arrêtera l'abjecte politique helvétique ? Un groupe de fonctionnaires
zélés, sur les bonnes recommandations d'un.e Conseiller.ère fédéral.e anonyme,
réfléchit à diverses « idées » pour endiguer l'immigration illégale comme par
exemple la dénonciation des enfants sans-papiers par les établissements scolaires.
Choquant ? A peine, quand on regarde le wagon d'injustices entérinées ces derniers
mois et celles qui n'attendent plus qu'à faire leur sinistre apparition en 2011.
Rétrospective et tentative d'analyse succincte de différents événements politiques
de 2010 et quelques perspectives pour 2011.

Plus de limites dans l'injustice

Tout ce qui compose l'appareil de domination politique et idéologique de ce pays a
perdu définitivement ses derniers complexes « droit-de-l'hommistes » qui n'étaient
de toute manière que pure bienséance. Finit les petits ronds de jambe, vive la real
politik effectuée à coups de discriminations en tout genre et de destruction des
droits sociaux primordiaux. Dénoncer des enfants sans-papiers par le biais de leur
établissement scolaire et avec le concours des enseignant.e.s est devenu une option
à laquelle « on peut réfléchir » dans les salons feutrés de la Berne fédérale. On en
a finit avec ces considérations « obsolètes » telles que le droit à l'éducation -
chez les dominants, on ne s'arrête plus à ces futilités.

Le contestataire politique ou l'individu incrédule est regardé dubitativement
lorsqu'il ose remettre la bonne marche de la nouvelle politique de « dignité »
envers les migrant.e.s. Ainsi, Oskar Freysinger expliquait aux ignares éventuels
lors du journal télévisé du 9 janvier 2011 que « [...]vivre caché, vivre dans
l'inégalité, dans l'angoisse, dans l'incertitude, c'est pas une vie digne, c'est
quelque chose qui vous donne des ulcères à l'estomac, des cancers, etc. Moi, je suis
pour créer une situation claire pour que les gens puissent vivre une vie digne, soit
chez eux, soit chez nous ».

Ainsi à l'UDC, on s'inquiète volontiers des problèmes d'estomac ou de métastases des
migrant.e.s. Curieusement, leur renvoi forcé dans des pays et régions du monde
entier où règnent les conflits militaires, les guerre civiles, la famine, les
discriminations religieuses, sexuelles et ethniques ne semble provoquer à ses yeux
aucune atteinte à leur santé physique ou mentale. L'inquiétude est tout aussi
limitée quant aux conditions de travail des migrant.e.s sans-papiers, exploité.e.s
par des néo-esclavagistes dans les champs de la campagne vaudoise ou dans les
bureaux cosy du centre-ville lausannois. Contraint.e.s à des salaires de misère et à
des logements insalubres, leur santé et leur bien-être sont accessoires. En
définitive, les conditions indignes d'existence des migrant.e.s illégaux et
sans-papiers en Suisse, notamment par la délocalisation « sur place » dont ils sont
victimes est un moindre mal quand il s'agit de compresser les coûts du travail et
d'engraisser encore plus les porcs capitalistes.

L'argumentation purement immonde et sophiste d'Oskar Freysinger et de ses comparses
montre à celles et ceux qui n'en étaient pas encore convaincu.e.s, que la langue de
bois a cédé sa place à la langue de « merde ». Leur discours sont malodorants et
rappellent les effluves d'un complexe d'épuration des eaux usées. Leurs convictions
politiques ont trouvé le terrain biologique favorable à leur développement. Mais il
ne faudrait pas faire l'erreur de considérer ce parti comme une bande « d'abruti.e.s
». Leur stratégie politique est à point et leur discours fait mouche auprès de la
société. Quand d'autres partis se contentent de faire de l'administration et de
surfer sur leurs acquis historiques, l'UDC fait de la politique, mobilise ses forces
et exerce à merveille son pouvoir d'attraction et de conviction. La « machine » à
gagner est bien en marche.

Le Capital, c'est le pouvoir sur les choses. L'Etat, c'est le pouvoir sur les gens.
Le Tout, c'est l'horreur de notre quotidien

Ne nous y trompons cependant pas, les autres politiciens institutionnels, ceux qui
se prosternent devant le Capital soit l'UBS, Novartis et autres monstres commerciaux
et industriels, n'ont rien à envier au pedigree de l'UDC. Tous les gouvernants
cantonaux et fédéraux ont leurs lettres de noblesse dans l'art de frapper les plus
faibles, de paupériser le peuple, d'améliorer le système d'exploitation que
certain.e.s appellent encore par nostalgie ou par endoctrinement « mon pays ». Quel
que soit le parti, cela ne change rien en la manière dont ils prêtent allégeances
aux lobbys de la chimie, des assurances et des banques. Les politiciens
institutionnels constituent, à merveille, cette caste de serviteurs interchangeables
et disciplinés, qui pour quelques misérables privilèges assurent la pérennité du
système de domination et d'exploitation des classes populaires. Dans ce sens, le
millésime 2010 a illustré de manière brutale la mise en ?uvre de leur funeste
politique : discrimination, asservissement, et réduction des droits sociaux
fondamentaux afin de contenter les dominants et leur compte en banque.

Ainsi, l'acceptation en votation populaire de la modification de la loi sur
l'assurance-chômage (LACI) ne fut qu'un épisode supplémentaire dans la longue série
du recul des acquis sociaux. Avec l'assentiment des votant.e.s, cette modification a
permis de taper sur les vieux et les jeunes, ces catégories sociales de la
population « encombrantes » pour les premiers et notoirement « fainéantes » pour les
seconds. Le forfait « toujours moins de droits » a ainsi conduit à une réduction
drastique du délai-cadre d'indemnisation, à une augmentation du délai d'attente pour
prétendre au chômage, et à une expulsion particulièrement « élégante » des
étudiant.e.s de l'assurance-chômage (délai d'attente augmenté, nombres de jours
d'indemnisations réduits), etc.

Il fut particulièrement intéressant d'apprécier la démesure ainsi que l'ineptie de
la propagande institutionnelle : une campagne publicitaire nationale au format «
mondial » et plusieurs pseudo-débats contradictoires insipides dont la TSR a le
secret. La classe politique a insufflé la peur au sein de la population à l'aide
d'un discours alarmiste et simplificateur : les « méchants, jeunes, vieux,
étrangers, profiteurs» sont les responsables de l'agonie de l'assurance-chômage.
Cette entourloupe habillement fomentée par le gouvernement a fonctionné et c'est
sagement que les votant.e.s sont allé.e.s enterrer leurs propres droits.

Une société du droit d'exception

Deuxième acte : la pseudo-démocratie et son initiative populaire au service de la
discrimination et du droit d'exception. En acceptant l'initiative « Pour le renvoi
des criminels étrangers », le peuple a écouté ses plus bas instincts, mis en exergue
par des xénophobes et des politiciens cyniques. Désormais, être étranger sera un
crime à part en Suisse. La prison ne suffira plus à punir, il faudra renvoyer celles
et ceux qui n'ont pas le passeport à croix blanche. Le message est clair : renvoyer
les étrangers criminels n'est pas seulement un acte judiciaire, mais une volonté
affirmée d'épurer la société helvétique. C'est toute la population étrangère qui est
mise sur la sellette, traitée à part désormais car dans ces montagnes rétrogrades,
il est devenu intolérable de ne pas être comme « nous ».

La pertinence du débat sur le catalogue des crimes qui entraîneront un renvoi
automatique n'a aucun sens et est dégoutant en soi. Rien n'explique ou n'excuse, le
traitement différencié de deux personnes pour une conception aussi absurde que son
origine. La nationalité n'est qu'un vulgaire bout de papier, un rite nécessaire aux
dominants pour légitimer leur Etat, leur territoire, l'exercice du pouvoir sur les
masses populaires.

C'est un fait, cette norme constitutionnelle consacre une politique de la séparation
et du droit d'exception, la même conceptuellement que celle qui consacra le « J »
sur les passeports des juifs exigé par les autorités suisses dans les années 30, la
ségrégation raciale aux Etats-Unis et les lois d'Apartheid en Afrique du Sud. On
peut dès lors aisément apprécier toute la valeur de notre « démocratie ».

Bien entendu, nombre de politiciens suisses se sont indignés de ce résultat.
Cependant, il n'a pas fallu attendre la fin de l'année 2010 pour voir les partis
gouvernementaux lancer à tour de rôle leur proposition « maison » de durcissement du
cadre légal de la migration. Le fait consistant de prime abord à pourfendre
l'attitude de son pseudo-adversaire, pour mieux par la suite rentrer dans le rang et
copier sa recette politicarde, est une tradition politique bien suisse. Tous les
partis gouvernementaux se sont ainsi mis au diapason. Quand à une partie de
l'extrême-gauche, elle s'est bornée à appeler à la lutte contre le racisme dans une
perspective large. Nous disons, que certes il y avait une conception xénophobe dans
cette initiative, mais il ne faudrait pas confondre le « levier » avec « l'effet ».

Le levier qui a permis à cette initiative de passer a clairement été actionné à
l'aide d'une dialectique xénophobe visant à attribuer à l'étranger tous les maux de
notre société. L'effet quant à lui consistait véritablement à occuper l'espace
politique dans le jeu des chaises musicales électives de 2011. Une partie des forces
qui se sont portées en soutien à cette initiative, sur le plan financier, appartient
à la Bourgeoisie de ce pays. Depuis plusieurs années, ces Bourgeois utilisent la
xénophobie comme moyen d'accéder à un électorat dans le but stratégique de scinder
la société en une multitude de groupes antagonistes. En séparant la population en «
étranger » et en « suisse », ils réussissent le tour de force de modifier la
perception de la réalité sociale, notamment celle de la précarité et du travail, de
l'exploitation par le Capital. Le Capitalisme se fout pas mal de l'origine quand il
s'agit d'exploiter. Ainsi, ils assurent à long terme leur main mise sur les moyens
de production, l'impossibilité de voir se créer un véritable front de contestations
autour des conditions du salariat, du partage de la richesse et des droits des
individus. On ne peut pas contester cette initiative et les précédentes du même
acabit uniquement sur une base antiraciste. Il faut y adjoindre de manière
détaillée, la critique du Capital, du pouvoir étatique et de la société de classes.
Nous y reviendrons par la suite.

La volonté de l'UDC est claire. Il ne s'agit pas seulement de séparer en groupes
antagonistes la société, mais aussi de redéfinir profondément la nature de l'Etat.
Les différentes initiatives et travaux politiques du parti agrarien visent à créer
un Etat autoritaire et libéral. L'UDC est le parti d'avant-garde de la Bourgeoisie
et veut détruire progressivement tous les espaces publics de contestations. Ce parti
vise à entériner dans la société la hiérarchie sociale comme modèle, pour mieux nous
exploiter. Ceci ne se met pas en place uniquement à l'encontre des migrant.e.s.
L'UDC veut dominer chacun.e des individu.e.s sans distinction. Les migrant.e.s ont
servi de laboratoire à leur sinistre politique, maintenant c'est à notre tour. Ceux
qui croient que ce sont « eux » qui sont visés, n'ont pas saisis que « eux », c'est
« nous » tous.

En finir avec les droits restants : continuer l'?uvre de destruction massive

Après avoir fragilisé les droits individuels liés à la LACI, le Conseil fédéral et
les milieux économiques entendent surfer sur leur victoire pour continuer leur
funeste travail de fossoyeurs de droits. De plus, ce travail sera largement facilité
par l'absence concrète d'un front uni et autonome de contestation.

Ainsi, l'annonce du retrait de 15'000 rentes AI par le département de Didier
Burkhalter dans les trois prochaines années constitue une des étapes suivantes dans
la réduction des acquis sociaux. Les rentier.ère.s AI sont déjà largement
fragilisé.e.s par la pression étatique exercée dans le processus d'obtention de leur
rente et la remise en question permanente de celle-ci par le jeu sinistre des
expertises, évaluations et observations - il s'agit désormais de finir une fois pour
toute le travail. Le choix des premières cibles s'est porté sur les rentes qui ont
été obtenues sous le motif d'une maladie somatique ou sans cause organique. Ce choix
n'est pas anodin puisque dans une certaine mesure, la douleur chronique ressentie
par le rentier.ère ne peut être rattachée à un fait médical observable ou tire son
origine de problèmes psychologiques.

Dès lors, il est aisé de considérer que ces rentier.ère.s ne sont pas vraiment
malades, ou pas totalement et qu'il faut dès lors les « expulser » directement à la
case travail forcé, souffrance, précarité. Dans ce domaine, il ne faut pas oublier
non plus les classiques tels que le « simulateur » ou « l'abuseur », catégories dans
lesquelles on classe les personnes dont les justifications administratives de
retrait des rentes sont insuffisantes - Il est tellement plus simple de les accuser,
pour des motifs futiles et au moyen d'une surveillance digne de la Stasi. Les
contrôleurs sociaux épient la vie de ces rentier.ère.s jusqu'à trouver une raison
quelconque de leur retirer leur droits à l'AI.

Quant aux migrant.e.s, l'UDC a clairement annoncé son désir de poursuivre sur la
thématique de l'immigration illégale. La proposition qui semble sortir du lot dans
les rangs du parti blochérien est la suivante: tester les migrant.e.s non originaire
de l'espace Schengen avant et pendant leur séjour en Suisse sur leurs connaissances
linguistiques d'une langue nationale. Évidemment, si ce projet aboutit, il en
résultera un mécanisme supplémentaire d'exclusion, une réduction des possibilités
déjà maigres de migration légale. En analysant succinctement ce système, on peut
arriver à la conclusion que l'accès à l'apprentissage de la langue dépendra en
grande partie du niveau social et du pays d'origine du migrant.e.

Les régions précarisées de la planète. où le système d'éducation autant que les
ressources économiques sont faibles voire inexistantes, génère une absence de
perspectives d'avenir et incite des populations à émigrer. Ceci se conjugue en
général avec d'autres problématiques telles que des discriminations religieuses,
sexuelles ou ethniques, sans compter sur les nombreux conflits militaires ou civils.
Dès lors, comment concevoir qu'un.e migrant.e issue d'une de ces régions puisse
acquérir les notions base nécessaires au passage du test linguistique ? On comprend
dès lors l'intérêt particulier que peut revêtir une telle pratique pour celles et
ceux qui prônent une politique de migration extrêmement restrictive. Encore une
fois, ce sera encore une politique de discrimination de classe et d'origine qui sera
mise en place puisque les individu.e.s possédant des moyens économiques suffisants
pourront entamer des démarches tandis qu'évidemment les personnes précarisés seront
exclus de fait.

De plus, ceci n'évitera évidemment pas les migrant.e.s de continuer à venir en
Suisse sans titre légal d'établissement ou de séjour. Les canaux de migration sont
organisés dans un cadre où les migrant.e.s paient des réseaux criminels et
s'endettent lourdement pour venir en Europe. Ces exploiteurs de la misère usent de
la menace, notamment à l'encontre des familles des migrant.e.s resté.e.s au pays,
pour se faire payer et s'enrichir. Ces réseaux criminels profitent de cette manne et
de la nécessité absolue de ces migrant.e.s de se déplacer pour survivre. La
précarité des moyens de transports, surtout des bateaux, rend le voyage hautement
risqué. Combien de milliers de migrant.e.s gisent aujourd'hui au fond de la mer
Méditerranée parce que la politique assassine de Schengen ferme les yeux sur la
misère qui entoure l'Europe?

Toute politique migratoire restrictive est inutile et inhumaine. Elle place
automatiquement les migrant.e.s dans une position en tenaille entre les réseaux
criminels et les politiques migratoires restrictives. C'est le migrant,e, l'individu
le plus faible de ce jeu macabre qui paie l'entier de la note. Le Capital ne peut
que se réjouir de cette population tout prête à être exploitée. Les migrant.e.s
n'ont pas la possibilité ou alors de manière très marginale de contester leur
condition précaire d'existence et de faire reconnaître leurs droits. La politique
européenne et suisse d'immigration est une industrie de l'asservissement.

Du salariat précaire au néo-esclavagisme

Cette politique d'immigration sert aujourd'hui à fournir des facteurs humains de
production serviles aux esclavagistes capitalistes. Même si le statut de salarié.e
n'est en soit pas la panacée, il protège encore trop le travailleur.euse. Il est
générateur de coûts de production trop élevés. Pour conserver et augmenter ces
marges, pour faciliter les nouveaux rapports de production en flux tendu liés aux
fluctuations du marché, le Capital doit se dégager une zone de non-droit. Celle-ci
lui permet de développer le rapport Capital-Travail sous sa forme le plus barbare :
l'asservissement. Les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont l'objet sur lequel
se développe cette zone de non-droit. Elles et ils sont le nouveau moyen de
production par excellence - sans aucun droit. Ces migrant.e.s sont soumis.e.s au
silence et à une servilité totale.

Toutes les forces contestataires se doivent d'établir des liens et de lutte avec ces
migrant.e.s pour créer un rapport de force contre le Capital et le néo-esclavagisme.
Le Capital ayant trouvé dans les mouvements migratoires, un réservoir d'individus et
de travailleur.euse.s exploitables et malléables, les migrant.e.s illégaux et
sans-papiers sont à la pointe des victimes de l'exploitation de l'avant-garde
capitaliste. La lutte pour leur condition de vie est le combat de toutes et tous les
travailleur.euse.s qui ne peuvent accepter que s'exercent une domination pareille
sur des êtres humains. En effet, le rêve du Capital est d'exercer cette domination
sur l'ensemble du salariat. Se battre pour les migrant.e.s illégaux et sans-papiers,
c'est lutter pour des droits fondamentaux pour toutes et tous, mais c'est aussi
envoyer un signal clair aux dominants. Nous n'acceptons plus vos paroles mensongères
qui tentent de nous diviser. Nous sommes le peuple. Quant il lutte, nous sommes un
et indivisible.

Se faire marcher sur la « gueule » ou construire la résistance

Après les quelques points non exhaustifs sur la situation politique actuelle et
future, le constat est peu enclin à l'optimisme. La réalité est évidente. Des luttes
importantes ont été perdues notamment en terme d'acquis sociaux tels que les
assurances sociales. La dégradation du statut des migrant.e.s dans notre société est
une illustration de la brutalisation du rapport global entre le Capital et le
Salariat. La barbarie est la norme - Elle se diffuse et s'exerce dans des rapports
multiples entre Etat, Capital et classes populaires.

Le Capital transformer le Salariat et le travailleur.euse. migrant.e illégal.e et
sans-papiers en est la première victime. Le Capital doit s'adapter à la nouvelle
réalité des marchés économiques de production des biens et des services. Ce statut
n'est pas issu du hasard de l'évolution de la société, mais bien comme le
consécration de la « recherche et développement » du Capitalisme en matière
d'asservissement du Salariat. Les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont le
paradigme du travailleur.euse exploitable sans aucune limite et sans risque.

Ainsi, la contestation politique basé uniquement sur l'antiracisme dans les luttes
pour les migrant.e.s pose des problèmes essentiels. Par une volonté de créer un
front uni et large par le biais de cette auto-limitation de la contestation, les
mouvements uniquement antiracistes réduisent leurs possibles, nivellent leurs luttes
et finissent par porter en eux leur propre contradiction : le racisme comme toute
acte social, aussi aberrant soit-il, répond à un besoin d'une certaine classe face à
une autre classe. Comment dès lors construire une critique radicale sans rechercher
à quel besoin le racisme contre les migrant.e.s répond ?

Élections : piège à cons !

Autre difficulté pour l'année 2011, les élections fédérales (et communales dans le
canton de Vaud) crée un climat peu propice à générer du débat radical. L'extrême
gauche institutionnelle évite les conflits qui pourraient à ses yeux péjorer ses
résultats électoraux. Le jeu des alliances électorales lisse le débat politique et
réduit forcément les possibles.

La participation au pouvoir en place ne connaît aucune perspective favorable. Les
acceptions qui consistent à penser cette participation comme une tribune de
revendications radicales s'opposent à la réalité des faits. On finit forcément à ce
jeu-là, à en accepter les règles, les formes, et la limite politique des
revendications - on s'habitue à contester gentiment dans les hémicycles, pas trop
bruyamment, à « interpeller » pour mieux se rasseoir par la suite et attendre
sagement les votes. La force du système de la concordance de la démocratie
helvétique réside dans l'interchangeabilité des acteurs et des partis, principe
consacré dans l'idée de « collégialité », euphémisme qui signifie toujours pour la
Gauche, abdication. Le but du système et donc de l'Etat étant d'assurer que le
Capital puisse continuer à exploiter en paix.

Ainsi, celles et ceux qui nous parlent de révolution un jour et déposent des listes
électorales le lendemain devraient méditer sur ceci : « Tu la sens, l'immense
tromperie de la vie ? Tu l'entends le rire de celui qui te trompe ? ». Ce rire,
c'est celui du Capital qui se moque de cette Gauche extrême, toute à ces « postulats
» et à ces « commissions ». L'immense tromperie est évidemment de continuer à
convaincre et tenter de convaincre les autres que le changement radical de société
reste l'objectif ultime de l'action politique institutionnelle. Dans les faits,
chaque élu-e s'accroche à son petit siège. Quel sens politique a tout cela quand on
peut s'élever en femme et en homme libre par la lutte et l'action directe populaire
? Celles et ceux qui croient qu'on peut combattre l'Etat de l'intérieur, croient
encore aux contes de fées. Cette voie n'est pas la nôtre et nous construisons à
distance de l'Etat. Nous ne réformons pas, pas à pas, nous créons de l'émancipation,
de la politique de libération.

La révolution n'est pas une utopie absente. Action !

Construire la résistance populaire n'est pas une vaine utopie. Cette construction
est difficile, complexe, mais quand on considère comme nous, que ce système
capitaliste et bourgeois est inacceptable, on ne s'arrête pas à ce genre de
considérations. Notre démarche ne peut prendre forme qu'aux antipodes du cadre exigu
que la politique institutionnelle s'impose - ou plutôt que le Capital lui laisse
pour continuer à « brouter ». Notre politique est celle de l'action, des mouvements
populaires de la base - en somme, celle qui réunit comme seul possible l'ensemble
des contestations possibles, sans jamais se délester d'une seule, par économie ou
par petit calcul stratégique. Les tentatives consistant à reconnaître le système
capitaliste n'est qu'une abdication. Il ne s'agit pas de se contenter de quelques
droits pour améliorer son quotidien, il s'agit d'arracher totalement notre liberté
pour vivre notre existence comme nous l'entendons. Chaque bribe de liberté que nous
prendrons des mains des puissants sera un souffle supplémentaire pour avancer vers
l'émancipation. Face aux dominants, tout est bon à prendre

Nous sommes souvent réduit.e.s à une position défensive face au Capital et à ses
attaques multiples du peu d'acquis sociaux qui nous restent. Cette résistance est
juste et nécessaire, mais elle ne peut pas constituer à elle seule notre démarche.
Il nous faut ensemble établir notre propre chemin afin d'atteindre notre but : une
société libre, délié du Capital, de la Bourgeoisie et du pouvoir de l'Etat, une
société libertaire. Une révolution sociale est nécessaire parce qu'aujourd'hui, on
nous tue physiquement et mentalement chaque jour à petit feu pour en engraisser
quelques-uns et conforter les privilégiés. C'est notre action inlassable et répétée
sur le terrain qui pourra briser les chaînes qui nous oppriment.

Il faut avoir en vu les objectifs intermédiaires, comme les impératifs immédiats de
lutte. Nous devons aider et soutenir les migrant.e.s illégaux et sans-papiers qui
sont celles et ceux qui sont le plus opprimé.e.s d'entre-nous. Il nous faut nous
défaire du paternalisme, du « sexage », et de l'exploitation domestique. Il nous
faut nous battre pour le service public, pour une éducation libre et de qualité,
pour un système de santé répondant aux besoins et des conditions salariales et
humaines des travailleur.euse.s qui le font fonctionner chaque jour pour nous.

Chaque personne peut dans son quotidien poser sa pierre à l'édifice, en rejoignant
les mouvements politiques non institutionnels, les syndicats de base, les
associations de défense des migrant.e.s, des chômeurs et des bénéficiaires de l'aide
sociale, de défense des femmes, de la jeunesse, de tout mouvements quels qu'ils
soient qui défendent les plus opprimé.e.s. Chacun.e peut venir participer aux
contestations populaires, multiplier les grèves et les manifestations populaires,
étendre l'action directe populaire, distribuer des tracts, en écrire, se syndiquer
pour défendre ses droits et ceux des autres, créer un site Internet d'informations
critiques, faire une banderole, aider son voisin.e, etc. Il n y a pas de limites,
seulement celles de l'imagination, pour contester l'ordre établi et marquer notre
refus du Capitalisme.

Les luttes exemplaires ne manquent pas en ce début de XXIème siècle. La lutte du CPE
en France, les contestations en Grèce contre l'Europe technocrate et les mesures
d'austérité, la grève générale en Guadeloupe contre la vie chère, la rébellion du
peuple islandais contre le système financier et le gouvernement, la révolution du
monde arabe sociale et démocratique. Toutes ces luttes nous inspirent et nous
montrent qu'un autre monde est possible. Tout peut changer.

Ensemble, non pas par les partis et les promesses qu'il nous faut et les délégations
qu'ils nous demandent, non pas par l'intermédiaire de qui ce soit qui affirme
pouvoir parler en notre nom, seulement mais par notre volonté commune. Nous pouvons
révolutionner ce vieux monde, mettre fin à l'exploitation et devenir maîtres de nos
propres vies. Nous pouvons choisir ce que nous entendons faire de nos mains et de
nos têtes pour créer, ce que nous trouvons essentiels et renvoyer aux ordures de
l'histoire ce que le Capital, la Bourgeoisie et l'Etat nous ont présenté comme nos
désirs, ce qu'ils nous ont imposé comme rôle social. Celles et ceux qui pensent que
cette société est « convenable » ou « qu'il y a pire ailleurs » ne saisiront
peut-être pas que nous exigeons tout et rien d'autre. Nous n'avons qu'une seule voix
qui criera à tue tête :

Vive la révolution !
Vive les mouvements populaires et radicaux de libération !
Vive l'Anarchie, le Socialisme et la liberté !


Organisation Socialiste Libertaire

http://www.rebellion.ch
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