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(fr) Afrique du Sud : Coupe du Monde ... fric immonde. Carton rouge et noir pour la Coupe du Monde [en]

Date Fri, 11 Jun 2010 11:35:15 +0200


La Coupe du Monde 2010 doit être exposée publiquement comme l'imposture absolue
qu'elle est. Le Front Anarchiste Communiste Zabalaza (ZACF) condamne fermement
l'audace et l'hypocrisie du gouvernement qui la présente cette occasion comme une
opportunité unique "une fois seule dans sa vie » pour l'amélioration économique et
sociale des personnes vivant en Afrique du Sud (comme sur le reste du continent). Ce
qui est clair - à tel point que c'en est éblouissant - ce que cette « l'opportunité
» a été et continue d'être celle de la gloutonnerie frénétique de l'élite dirigeante
sud-africaine comme du capital national ou global. En fait la Coupe du Monde, si
elle a un effet, il est probable que ce seront des conséquences dévastatrices pour
les pauvres d'Afrique du Sud et pour la classe ouvrière - processus qui est déjà à
l'oeuvre.

En se préparant à accueillir la Coupe du Monde, le gouvernement a dépensé près de
800 millions de rands [soit plus de 85 millions d'euros] (757 millions pour le
développement des infrastructures et 30 millions pour des stades qui ne seront plus
jamais remplis après). C'est une immense gifle au visage de tous ceux qui vivent
dans un pays caractérisé par une extrême pauvreté, avec près de 40% de chômage. Au
cours des cinq dernières années, les travailleurs pauvres ont exprimé leur
indignation et leur déception face à l'incapacité du gouvernement à corriger les
inégalités sociales massives, organisant dans tous le pays plus de 8000
manifestations pour exiger les services de base [eau, électricité, santé, ...] et
des logements. Cette répartition par l'Etat des dépenses est une preuve
supplémentaire du mode de maintenance du modèle raté capitaliste néolibéral et de sa
politique économique du « ruissellement » [1], qui n'a fait d'approfondir les
inégalités et la pauvreté globalement. En dépit d'affirmations contraires
antérieures, le gouvernement a finit par le reconnaître en faisant vole face : il
prétend maintenant qu'il n'a jamais été dans son intention que ce projet soit
bénéficiaire [2].

L'Afrique du Sud a désespérément besoin d'infrastructures publiques de grande
échelle , en particulier dans le domaine du transport public qui est presque
entièrement absent dans certaines villes, notamment à Johannesburg. Le « Gautrain »,
[sorte de RER] qui a été lancé mardi le 8 juin (juste à temps pour le grand
événement) est probablement la plus grande ironie ici : dans un pays où la grande
majorité des habitants dépend pour ses transport quotidiens de longue distance des
taxis/mini-bus privés sans aucune condition de sécurité, le Gautrain offre grande
vitesse, transport de luxe pour les touristes et pour ceux qui voyagent entre
Johannesburg et Pretoria [distantes seulement de 54 km]... Mais qui peut se
l'offrir, quand un simple aller entre l'aéroport et Sandton [ville du cente
d'affaire de Johannesburg] vous coute déjà 100 rand [soit plus de 10 euros, le
salaire moyen de ceux qui travaillent étant de 570 euros].. La même image se révèle
partout : la compagnie des Aéroports d'Afrique du Sud (ACSA) a dépensé plus de 1,6
millions d'euros pour la mise au norme des aéroports, l'Agence nationale des routes
sud-africaine, privatisée, (SANRAL) a dépensé plus de 2,3 millions pour un nouveau
réseau de routes à péage... Tout cela justifiera la mise en ?uvre de mesures
d'austérité drastiques pour récupérer les millions dépensés dans ces infrastructures
dont la plupart sont d'un intérêt nul pour les africains du sud pauvres [l'écrasante
majorité du pays] Partout dans le pays, les municipalités se sont embarquées dans
des schémas de rénovation urbaine ... accompagné de leurs inséparables programmes de
« gentrification » (boboisation), le gouvernement tentant hâtivement de cacher sous
le tapis la crue réalité de l'Afrique du Sud. Rien qu'à Johannesburg, ce sont plus
de 15 000 personnes sans abri et des enfants des rues qui ont été raflés et jetés
dans des « abris » ; au Cap la municipalité a expulsé des milliers de personnes des
zones pauvres et des camps de squatters dans le cadre du projet « World Cup vanity »
[« rendre la ville coquette pour la coupe du monde »]. La ville de Cape Town a tenté
- en vain - d'expulser de leurs maisons les 10 000 résidents du bidonville Joe Slovo
afin de les cacher aux yeux des touristes voyageant le long de l'autoroute N2.
Ailleurs il ya eu des déportations pour faire place à des stades, à des parkings
pour les touristes, ou à des gares [3]. A Soweto, les routes sont embellies le long
des itinéraires touristiques et ceux de la FIFA (fédération internationale de foot),
tandis que les écoles adjacentes exhibent toujours leurs fenêtres cassées et leurs
bâtiments en ruine.

Bien que de nombreux Sud-Africains ne sont toujours pas convaincus, d'autres sont
inondées et emportés par le déluge de propagande nationaliste visant à détourner
l'attention du cirque qui est la Coupe du Monde. Chaque vendredi a été déclaré
"journée du foot", dans lequel la « nation » est encouragée (et les écoliers forcé)
à porter le t-shirt des Bafana-Bafana [l'equipe nationale de l'Afrique du sud]. Les
voitures sont affublées de drapeaux, les gens apprennent la "diski-danse", qui est
régulièrement démontrée dans tous les restaurants touristiques. Il est de rigueur
d'acheter les poupées de la mascotte Zakumi. Quiconque ose exprimer un doute sur ce
battage est dénigré comme antipatriotique : L'exemple le plus significatif a été
l'appel lancé aux grévistes du Syndicat des transports (SATAWU) d'abandonner leurs
revendications "dans l'intérêt national » [4]. Dans un contexte où près d'un million
d'emplois ont été perdus au cours de la seule dernière année, les déclarations du
gouvernement sur la création de plus de 400 000 emplois par la coupe du monde sont
vides et insultantes. Les emplois qui ont été créés dans la foulée sont le plus
souvent précaires ou en CDD (contrats à durée déterminée), par des travailleurs qui
ne sont pas syndiqués et qui sont rémunérés très en dessous du salaire minimum.

En dehors de la répression contre les syndicats, les mouvements sociaux ont reçu la
même hostilité de l'État, qui a officieusement mis une interdiction générale de
toutes les protestations pendant la durée de l'événement. Jane Duncan, [de
l'institut pour la liberté d'expression] a put démontrer que cette politique est à
l'oeuvre depuis le 1er mars dernier :

Une enquête menée auprés des municipalités accueillant la Coupe du monde a révélé
qu'une interdiction générale de tout rassemblement est en cours. Ainsi dans la
municipalité de Rustenberg, « les rassemblements sont fermés pour la Coupe du Monde
». La municipalité de Mbombela été informée par la police nationale qu'ils ne
permettront aucun rassemblement au cours de la Coupe du Monde. La conseil municipal
du Cap a indiqué qu'il continuerait de recevoir les demandes pour l'organisation de
marches, mais a indiqué que « cela pourrait être un problème » pendant la période de
la Coupe du Monde. Selon Les municipalités de Nelson Mandela Bay et de Ethekwini, la
police n'autorisera pas non plus les rassemblements pendant la période de la Coupe
du Monde [5].

Même s'il est clair que la constitution d'Afrique du Sud, souvent salué pour son
caractère « progressiste » est loin d'être la garantie de liberté et d'égalité que
prétend le gouvernement. Cette nouvelle forme de répression est clairement en
contradiction avec le droit constitutionnel à la liberté d'expression et de réunion
. Toutefois, les mouvements sociaux à Johannesburg, dont le Forum anti-privatisation
et plusieurs autres n'ont pas renoncé si facilement. Ils ont obtenu une autorisation
pour une marche de manifestation le jour même de l'ouverture, avec l'aide de la
l'Institut pour la liberté d'expression (Freedom of Expression Institute).
Toutefois, la marche devra se tenir à trois kilomètres du stade où elle n'attirera
pas cette sorte d'attention des médias susceptible d'inquiéter le gouvernement.

Non seulement l'état été d'une répression sévère sur les pauvres et sur toute
activité ou manifestation anti-Coupe du Monde, le tout sous un déguisement qui
dépeint l'Afrique du Sud comme un hôte tendant ses bras grands ouverts en invitation
à ceux qui affluent vers ses hôtels haut de gamme, ses chambres d'hôtes et ses
salons à cocktails, mais il le fait sous la direction de l'empire criminel légal de
Sepp Blatter et ses amis appelé FIFA (admirablement dénommé THIEFA [le club des
voleurs en anglais] par le Forum social de Durban). Non seulement ils attendent de
la coupe 2010 des retombées de quelques 1,5 millions d'euros, mais ils ont déjà
gagné plus de 1 million d'euros rien que des seuls droits de retransmission télé.

Les stades et les zones autour des stades, qui ont été remis à la FIFA pour la durée
du tournoi (« des cocons libres d'impôt », instaurant des zones contrôlées et
surveillées par la FIFA et exonérés de l'impôt normal et des autres lois étatiques),
y compris les routes et les points d'accès, ont été débarrassée de toute personne
vendant des produits sans licence de ainsi que de ceux qui essaient de joindre les
deux bouts dans les camps de squatters autour des routes de l'aéroport. Ainsi, ceux
qui comptaient sur leurs ventes lors de la Coupe du monde pour augmenter leur revenu
de survie sont laissés de côté dans le froid « ruissellement » libéral.

La FIFA, en tant que propriétaire exclusif de la marque la Coupe du Monde et de ses
produits dérivés, dispose d'une équipe d'une centaine d'avocats qui éclusent le pays
pour traquer toute vente non autorisée de ces produits et pour surveiller la
commercialisation de la marque. Les produits illégaux sont saisis et les vendeurs
sont arrêtés en dépit du fait que la plupart en Afrique du Sud et sur le continent
achetent leurs produits dans le secteur du commerce informel. Car très peu ont les
400 rands (40 euros) à craquer pour les T-shirts des équipes et autres engins. Les
journalistes ont également été efficace ment bâillonnés, leur accréditation
officielle incluant une clause d'agrément qui empêche les organisations de médias de
critiquer la FIFA, compromettant ainsi clairement la liberté de la presse [6].

L'ironie majeure de cette histoire c'est que le football était à l'origine le jeu de
la classe ouvrière. Aller regarder les matchs dans les stades était une activité bon
marché et facilement accessible aux personnes qui choisissaient ainsi de passer 90
minutes en oubliant les corvées quotidiennes de leur vie sous la botte du patron et
l'État. Aujourd'hui, le football professionnel et la Coupe du Monde apportera des
bénéfices exorbitants pour une petite équipe de l'élite mondiale et nationale (avec
des millions de dépenses inutiles surtout dans un moment de crise capitaliste
mondiale) qui font payer à leurs clients-spectateurs des milliers de rands, livres,
euros, etc à chaque saison pour regarder d'écoeurant footballeurs surpayés tomber et
plonger sur des terrains super-entretenus, et qui se chamaillent, par le biais de
leurs agents parasitaires, pour savoir si ils sont dignes ou pas de leurs salaires
mirobolants. Un jeu qui, à bien des égards, maintient sa beauté esthétique, a perdu
son âme ouvrière et a été réduit à une autre série de produits destinés à être
exploités.

Bakounine [le fameux révolutionnaire anarchiste] a dit que « les gens vont à
l'église pour les mêmes raisons qu'ils vont dans un bistrot : pour s'abrutir, pour
oublier leur misère, pour s'imaginer être, pour quelques minutes, ailleurs, libres
et heureux. ». Peut-être que nous pouvons dire la même chose du sport, avec ces
drapeaux nationalistes agités aveuglement et les beuglement dans les trompes et
autres vuvuzela, tellement cela semble plus facile d'oublier que de prendre part au
combat contre l'injustice et l'inégalité.

Mais nombreux sont ceux qui continuent le combat, et la classe ouvrière, les pauvres
ainsi que leurs organisations ne sont pas aussi malléables aux illusions que le
gouvernement voudrait le croire. Des constructions de camps de squatters temporaires
aux portes mêmes des stades jusqu'au manifestations massives, des actions de grève
générale - autorisée ou non - malgré les sarcasmes, les quolibets et les étiquettes
« antipatriotique », la suppression de la liberté d'expression, nous ferons entendre
avec défi nos voix pour dénoncer publiquement les inégalités terribles qui
caractérisent notre société et les jeux mondiaux qui se jouent au détriment de la
vie de ceux sur lesquels sont construits les empires qui seront, en fin de compte,
détruits.

A bas la Coupe du Monde !

Phansi [à bas] la répression de l'État et le nationalisme qui nous divise !

Phambili [vive] la lutte du peuple contre l'exploitation et les profits !


Cette déclaration a été publiée par le Zabalaza Anarchist Communist Front (Front
Anarchiste Communiste Zabalaza)

Plus d'info :
* http://www.ukzn.ac.za/ccs/default.asp?2,40,5,2037
* http://antieviction.org.za/
* http://www.abahlali.org/

D'autres articles et des déclarations sur le climat actuel de lutte et de répression
en Afrique du Sud:

* Les militants des « sans terre » et les « habitants des baraques » (bidonvilles)
attaqué à Soweto, Zabalaza Anarchist Communist Front
http://www.anarkismo.net/article/16706

* Battons nous contre le gouvernement, pas entre nous !, Bongani Xezwi
http://www.anarkismo.net/article/16698&comment_id=12545


Traduction en français: CNT AIT
http://cnt-ait.info/


Zabalaza Anarchist Communist Front - ZACF
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Fordsburg, 2033,
Afrique du Sud.

http://www.zabalaza.net/
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