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(fr) Misère du néologisme, néologisme de la misère (et autres petites textes de réflexion autour de la religion )

Date Thu, 22 Jul 2010 23:38:59 +0200


Voici à peine quelques années, lorsque la grande vague des émeutes de banlieue s'est
produite, toute la classe politique - extrême-gauche et libertaires compris - s'est
retrouvée largement unie pour dénier aux actes des jeunes révoltés toute portée
politique (voir encadré : « Petit florilège sur la révolte des banlieues »).
Aujourd'hui, le soi-disant débat du gouvernement sur l'identité nationale - qui est
en fait une campagne de propagande raciste aussi haineuse que sournoise - a réussi à
polariser les esprits sur le port d'attributs vestimentaires à vocation religieuse.

« l'islamophobie », un concept bien fumeux !

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, voici qu'après n'avoir rien compris à
l'épisode précédent (ou l'avoir compris à retardement), la pauvreté de réflexion, la
condescendance voilée, l'incapacité à saisir les enjeux sociétaux qui font florès
dans les milieux libertaires et gauchistes conduisent une partie de cette militance
à enfourcher le cheval de bataille de la « lutte contre l'islamophobie ». Ces
militants justifient leur étrange position par un « raisonnement » qui voudrait que
les capacités de critique soient différentes suivant les couches sociales ou les
zones géographiques dans lesquelles on évolue ! Réunis sous la bannière du vieux
Marx, les voici qui établissent plus ou moins clairement une corrélation entre une
situation matérielle ou géographique donnée (en l'occurrence, le fait d'habiter «
les quartiers » ou d'être « arabe ») et l'impossibilité de toute critique
anti-religieuse.

C'est ainsi que, commentant la célèbre formule selon laquelle la religion est
l'opium du peuple, ils peuvent écrire, dans le « Forum des marxistes
révolutionnaires », dans « CCC Forum » ou bien sur le site de l'OCL (Organisation
communiste libertaire) : « Avant de dire qu'elle est ?l'opium du peuple', Marx avait
pris soin de préciser dans le même paragraphe : ?La misère religieuse est, d'une
part, l'expression de la misère réelle et, d'autre part, la protestation contre la
misère réelle.La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur,l'âme
d'un monde sans coeur,de même qu'elle est l'esprit d'une époque sans esprit. » Le
lyrisme de la citation ne doit pas cacher le fond de la pensée. Ce que nous disent
les nouveaux exégètes de Marx, c'est que d'après eux, le déterminisme social est
pratiquement absolu en matière de religion. La « créature » (le choix d'un vocable
religieux pour désigner l'ouvrière, le chômeur, l'employé, la retraitée... n'est pas
innocent) quand elle parvient à soupirer (ce qui est le maximum qu'elle puisse
faire, incapable de penser comme elle le serait !) ne peut qu'exprimer une sottise :
un élan religieux. A ce déterminisme social aussi haïssable qu'erroné, nos modernes
marxistes en ajoutent un, plus stupide encore s'il était possible : un déterminisme
« ra-cial », selon lequel « arabe » égale nécessairement « musulman ».

Cette position politique n'est en réalité qu'une expression de la condescendance de
ceux qui, s'estimant supérieurs, pensent que les « créatures » de banlieue, ces
grandes naïves, ne peuvent faire autrement que de croire en une religion, tout comme
les grandes personnes responsables pensent que les petits enfants doivent croire au
Père Noël.

Cela serait de peu d'importance si leur discours ne contribuait pas à convaincre les
« créatures » en question de l'impossibilité où elles seraient à se penser
autrement, à devenir autre chose, à gagner en discernement et, par voie de
conséquence, à se libérer par elles-mêmes ; si cela ne venait à l'appui des courants
les plus rétrogrades, les plus liberticides, les plus oppressifs (pour les femmes
mais aussi pour les hommes et les enfants) qui se voient renforcés dans leurs
discours et leur pratiques et qui trouvent dans ces supplétifs d'utiles compagnons
de route.

Mais, citation de papa Marx ou pas, l'histoire de la critique religieuse montre
qu'ils sont dans l'erreur, une fois de plus. Pour notre part, nous affirmons avec
force que les capacités de création et de critique (y compris en matière religieuse)
sont de tous les temps et de tous les lieux. Il n'y a pas de catégories sociales, «
ethniques » ou géographiques plus aptes que d'autres à la réflexion.

Universalisme antireligieux

« Si les chevaux avaient eu des dieux, il y a fort a parier qu'ils auraient pris
l'apparence chevaline ». En écrivant cette phrase iconoclaste, Xénophane de Colophon
signifiait 500 ans avant JC combien les dieux sont une production imaginaire de
l'être humain. Si les dieux sont pure imagination, alors les religions ne sont que
mensonges.

Cette puissante critique émanait d'un courant philosophique qui se situait de part
et d'autres de la mer Egée, autrement dit autant en Asie qu'en Europe.

En plein Moyen-âge, alors que l'obscurantisme religieux battait son plein en
Occident et que les bûchers de l'Inquisition n'en finissaient pas d'immoler des
hérétiques, la ré-flexion antireligieuse se renforcera encore en Orient. Quinze
siècles après Xénophane, c'est Abou Ab Al Maari, vivant en Syrie et donc en pleine
terre d'Islam, qui écrivait ces vers dignes des Lumières (qui ne brilleront en
Occident qu'au XVIIIeme siècle) :

« Les habitants de la Terre se divisent en deux Ceux qui ont de l'esprit mais pas de
religion Et ceux qui ont une religion mais pas d'esprit » [1] Avouez qu'à côté de
l'universalisme des « habitants de la Terre » d'Abou Ab Al Maari, les « créatures »
de Marx font pâle figure ! C'est dans cette civilisation humaine, celle des «
habitants de la Terre », qui se construit par des apports et des relais successifs
indépendants de toute position géographique ou sociale que nous nous reconnaissons.


Contrairement à ce que l'on voudrait nous faire croire, il n'y a pas une manière de
penser qui serait spécifiquement occidentale et une autre qui serait spécifiquement
orientale. Cette volonté de réduire la culture humaine en morceaux afin d'en
attribuer chaque partie à un territoire donné - dont elle serait caractéristique -
est particulièrement fausse, y compris sur ce point très délicat des croyances, mais
elle est dominante dans notre société essentiellement pour deux raisons :


- En politique extérieure cette division fabriquée de toutes pièces a été le
prétexte de nombreuses guerres qui, sous couvert de défense de la foi, n'étaient que
rapines et conquêtes.

- Sur le plan intérieur, le pouvoir tire profit de ce morcellement de la pensée
puisqu'il lui permet d'avoir recours aux sempiternelles stratégies de division au
sein même de la population qu'il exploite.


Néologisme pour néologisme, le pouvoir n'est pas islamophobe mais paupérophobe


Il faut constater que l'emploi, à tort et à travers, du terme islamophobe n'aide pas
à combattre cette entreprise de falsification. Bien au contraire, il nous ramène aux
préjugés et stratégies de l'idéologie dominante. Selon la signification que lui
donnent certains de ceux qui l'utilisent (à l'extrême-gauche et chez les
libertaires), se battre contre l'islamophobie, reviendrait à être solidaire des
exploités. Cette correspondance invoquée entre un fait social (être exploité) et un
fait religieux (être musulman) est évidemment fausse : il y a des musulmans dans les
rangs des exploiteurs et tous les exploités (même « arabes ») ne sont pas musulmans.


Plus grave encore, elle participe de la même démarche que celle qui attribue à
chaque morceau de terre une façon spécifique de penser. Cette adéquation
géographique est sous-entendue en permanence dans les discours sur la banlieue et
l'islam... quand elle n'est pas clairement posée par le NPA (Nouveau parti
anticapitaliste), lors des dernières élections régionales par exemple, avec sa
candidate en foulard aussitôt érigée en « représentante des quartiers » !


Ce n'est rien d'autre que la reprise de la mystification du « choc des civilisations
» à l'échelle d'un pays. Au travers du fracas médiatique sur « le voile » comme dans
la réponse produite avec un terme aussi confus que celui « d'islamophobie », tout un
chacun est sommé de se ranger d'un côté ou de l'autre. Cette façon de forcer les
populations à prendre parti pour des camps artificiellement créés (nationalistes,
régionalistes ou religieux) n'est pas nouvelle, mais elle est particulièrement bien
venue pour un capitalisme en crise. C'est l'organisation de la guerre civile (pour
l'instant, de basse intensité) pour mieux se protéger de ce dont le Pouvoir à peur.
Car, les maîtres du moment, si dénaturés qu'ils soient, savent qu'ils sont dans la
situation de celui qui bat quotidiennement son chien : il sait que ce dernier finira
par le mordre, mais il ne sait pas quand... Ils savent aussi qu'entretenir la
confusion, retarde le moment de la morsure.


Ce qui fait peur au Pouvoir, ce n'est pas la façon dont on s'habille pour «
protester contre la misère », ce qui lui fait peur, c'est que nous nous organisions
pour lutter contre l'injustice et la violence du capitalisme. Autrement dit, ce qui
fait peur au Pouvoir, ce n'est pas l'Islam (lequel s'accommode fort bien du pouvoir
et réciproquement, comme c'est le cas dans de nombreux pays de la planète), ce sont
les pauvres quand ils s'organisent en tant que classe ! C'est pourquoi le pouvoir
n'est pas islamophobe, il est paupérophobe !


Juan Pueblo


[1] Ces vers ont été traduits par Adonis, un autre poète syrien. Ils sont cités dans
« Les croisades vues par les arabes », remarquable ouvrage de l'écrivain libanais
Amin Maalouf, dans lequel on trouve également la référence à un autre incroyant
célèbre, le persan Omar Kayyam.

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Un « blasphémateur du nom de dieu » exécuté

Il a été condamné à mort en tant que « blasphémateur du nom de Dieu ». Attaché à un
poteau sur la place publique, on lui a d'abord arraché la langue, puis on l'a plus
ou moins étranglé avant de le jeter dans les flammes.

Ça ne s'est pas passé dans l'Iran de l'ayatollah Khomeiny, (inventeur, semble-t-il,
du terme « islamophobie ») ni en Afghanistan, au Pakistan ou au Soudan... mais en «
Occitanie », cette terre que les régionalistes nous chantent pour la douceur de ses
moeurs et la culture courtoise qui y aurait régné de tout temps...

Le dit « blasphémateur » s'appelait Vanini, c'était certes en 1612, mais pendant des
siècles les « occitans » étaient particulièrement friands de ces « spectacles »
(bûchers, pendaisons, supplice de la roue...) où ils se pressaient. L'oppression
criminelle exercée par la religion catholique dura jusqu'à la Révolution, si bien
que le protestant Calas en fit encore les frais (parmi des milliers d'autres) cent
cinquante ans après Vanini.

Tout n'était pas fini pour autant, un peu moins de deux cents ans encore après, des
milliers d'israélites étaient dénoncés par les doux autochtones et envoyés en
déportation...

Tout ça pour dire que, si la critique antireligieuse appartient au patrimoine de
toute l'humanité, les crimes commis par les religions ignorent également les
frontières et les « cultures ».

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Petit florilège sur la révolte des banlieues


La révolte des banlieues de 2005 a donné lieu à un véritable florilège de sottises.
En voici quelques extraits :


Pour Lutte Ouvrière « La violence au quotidien dans ces quartiers est peut être le
fait de voyous ou de trafiquants.» (journal LO, 4 nov. 2005), en tout cas, elle
témoigne parmi les jeunes d'une « absence de conscience sociale et de solidarité »
(Arlette Laguillier, porte-parole de LO).


De son côté, la LCR (devenue depuis NPA) proclame le 3 nov. 2005 : « La vague de
révolte et de violences suscite une inquiétude profonde parmi la population »
(Communiqué LCR), ce qui permet à toute la gauche officielle, Parti communiste en
tête, d'enclencher le discours selon lequel, pour retrouver la quiétude, « rétablir
l'ordre est une urgence extrême », sans oublier de préciser que « Les responsables
des violences et des dégradations doivent être sanctionnés » (Communiqué du PC,
03/11/2005). Pendant ce temps, Krivine, le leader historique des trotskystes monte
la garde avec une soixantaine de petits propriétaires pour éviter que les jeunes ne
brûlent sa voiture (Hebdomadaire Marianne du 12 nov. 2005).


Alors que les émeutes ont débuté le 27 oct. le silence initial des organisations
libertaires est assourdissant. Ce n'est qu'autour du 7 nov. 2005 que les premiers -
et bien piteux - communiqués de presse ont été rédigés : le discours dominant sur la
« violence » des jeunes est bien intégré. Ainsi, peut-on lire sur le site de la
CNT-Vignoles d'Aquitaine (qui détient, c'est symbolique, le bureau national de cette
organisation) : « La CNT regrette les comportements irresponsables d'une fraction de
la jeunesse sacrifiée » Voyous, trafiquants, sans conscience, comportements
irresponsables... l'extrême-gauche et certains anars n'avaient décidemment rien
compris ! Par contre leur « inquiétude » et leur appel à « rétablir l'ordre » ont
été bien compris par l'Etat : il a pu instaurer sans opposition l'état de siège !



(Pour plus de détails et pour connaître la position de la CNT-AIT pendant cette
période, lire les brochures :


- Toulouse une année en banlieue : Des bouclages de févriers aux émeutes de novembre
2005

http://www.cntaittoulouse.lautre.net/IMG/pdf/banlieues05toulouse.pdf


- Quelques réflexions sur la révolte des banlieues d'Automne 2005

http://cnt.ait.caen.free.fr/cas.htm



Deux saines lectures pour toutes les bibliothèques



La collection « Sans patrie ni frontière » vient de s'enrichir de deux titres dont
l'utilité, par les temps qui courent, ne fait aucun doute. Elle les diffuse au prix
militant de 12 euros chacun, port compris, pour des ouvrages extrêmement fournis.


« La Raison contre Dieu » (484 p.) réédite les articles parus sur le sujet dans
l'Encyclopédie anarchiste, une oeuvre colossale du XIXème siècle. Comme l'écrit
l'éditeur, qui n'ignore pas cependant la nécessité d'une critique de certains
articles : « Qu'il s'agisse du mythe du communisme chrétien primitif (une des
sources de la fumeuse théologie de la libération), de la laïcité (que certains
voudraient « ouvrir » jusqu'à la vider de son contenu), du matérialisme et de
l'athéisme (honteux pour nombre de marxistes actuels), de la lutte contre les
religions (que la plupart des gauchistes et certains libertaires ont lâchement
abandonnée), du rôle de la raison et la réflexion critique, les auteurs [que
certains trouvent] ringards au style vieillot de L'Encyclopédie anarchiste ont
encore pas mal de choses à nous apprendre. Et d'abord et avant tout, à ne pas gober
les yeux fermés toutes les idées à la mode. »



« Religion et politique » (392 p) est également une compilation. Mais d'articles
essentiellement contemporains. Le livre se divise en trois parties. La première
rappelle pourquoi l'athéisme est important. La deuxième partie se rapporte aux
attitudes ambiguës face à la religion et l'athéisme. La troisième partie aborde
l'attitude des religions face au Sida, « l'islamophobie », l'attitude de Sarkozy
face aux religions ou le rôle belliciste et militariste) du bouddhisme japonais.


Les commandes sont à passer à


Yves Coleman, 10 rue Jean-Dolent,

75014 Paris


ou sur


yvescoleman@wanadoo.fr




Enfin, une brochure à télécharger pour ceux que le sujet intéresse :


Les évangiles c'est du bidon


La volonté croissante qu'ont les religions d'asservir toute la vie sociale, en
France et dans le monde doit amener tout esprit libre à analyser leur nature même.


Elles prétendent toutes détenir la "Vérité" qui leur aurait été dictée par un
"Dieu", leur "Dieu". L'analyse des textes religieux montre à l'inverse qu'il s'agit
d'un tissu de contradictions, d'erreurs, de sottises les plus diverses. Ces recueils
de légendes ont été péniblement rassemblés au fil des siècles par des copistes
beso-gneux et plutôt ignares. Ils n'ont aucune valeur pour éclairer l'humanité.
Après avoir condamné Galilée, Darwin, les vaccinations, brûlées vives des milliers
de personnes, l'église catholique et les sectes évangéliques relancent actuellement
une nouvelle croisade qui, au nom de leur ordre "moral" s'attaque aux libertés les
plus diverses (liberté de pensée, d'ex-pression, liberté de l'I.V.G., de la
contraception...)


Il est grand temps de réagir et de dénoncer l'imposture religieuse.


20 pages ; PDF 780 Ko


http://www.cntaittoulouse.lautre.net/article.php?id_article=27&lang=fr

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Tiré du journal Anarchosyndicalisme !

CNT AIT
7, rue St Rémésy, 31000 Toulouse


Anarchosyndicalisme ! est adressé gratuitement sur demande aux prisonniers

Il est également disponible dans les kiosques de la région Midi Pyrénées

On peut aussi s'abonner (un an, 10 euros, 20 euros et plus en soutien). Libellez les
chèques à : CDES (CCP 3 087 21 H Toulouse )

Pour diffuser Anarchosyndicalisme ! autour de vous, vous pouvez recevoir plusieurs
exemplaires pour les diffuser. Prenez contact avec le journal pour les modalités
pratiques.

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Les articles et des infos en lignes sur les sites :
http://cnt-ait-toulouse.fr
http://cnt-ait.info (CNT-AIT de Paris-Nord)
http://cnt.ait.caen.free.fr (CNT AIT de Caen avec forum Rouge et noir :
http://cnt.ait.caen.free.fr/forum)
et http://anarsonore.free.fr (enregistrement audios d'articles et archives sonores
anarchistes)

Liste de diffusion électronique : http://liste.cnt-ait.info


[ expediteur/expeditrice : "CNT AIT Paris" <contact -A- cnt-ait.info> ]

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