A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Cause commune express "Argentine 2001"

Date Fri, 29 Jan 2010 16:30:30 +0100



[La portion québécoise de la tournée «Usines sans patrons» commence demain
à l'Université Concordia et se poursuit jusqu'au 10 février. Voici le
texte d'un numéro Express de Cause commune produit pour l'occasion.]
Usines sans patrons : la crise économique de 2001 en Argentine
En mai 2000, le gouvernement de la Rua annonce une série de mesures afin
de rendre l'État argentin conforme aux volontés néolibérales du FMI:
baisse de 12 à 15% des salaires des fonctionnaires, réduction majeure des
dépenses, privatisation, etc. Le tout plait effectivement aux bonzes du
FMI puisqu'ils allouent 40 milliards de dollars en prêts à l'État
argentin. Mais la crise semble indomptable puisque déjà l'année suivante
le pays en est à son onzième plan d'austérité approuvé par le FMI et les
seuls résultats palpables de ces mesures semblent être le nombre grimpant
de manifestations, d'émeutes, de grèves et de coupures de routes (les
piqueteros).

De la crise à l'insurrection

Pendant cette période, on évalue à 2000 le nombre d'individus par jour
passant de la "classe moyenne" à la "classe pauvre" et à 25% le taux de
chômage; sans compter que le spectre de la banqueroute n'est jamais bien
loin, à un point tel que le 1er décembre 2001 les liquidités des banques
sont épuisées et que le gouvernement doit limiter par la loi les retraits
des particuliers.

En décembre 2001, les émeutes comptent plusieurs centaines, voire
plusieurs milliers de pillards (pauvres, chômeurs ou membres déchus de la
classe moyenne) qui s'en prennent aux supermarchés, aux entrepôts, aux
boutiques, etc.) Les troubles sont si préoccupants que l'état de siège est
décrété par les forces de l'ordre: tout regroupement public de plus de
deux personnes est interdit et que la censure est rigoureusement appliquée
aux médias. La répression, qui a déjà fait quelques morts, se fait sentir
au maximum, mais les émeutes continuent de plus belle et sont désormais
doublées de cette pratique qui avait fait grandement pression sur la
dictature militaire dans les années 1970, les "concerts de casseroles"
(cazerolazos) qui regroupent, chaque jour et partout à travers le pays,
plusieurs milliers d'individus.

Dans la soirée du 19 décembre, une manifestation spontanée regroupant plus
d'un million de personnes a lieu à Buenos Aires. Devant le palais
présidentiel, la foule en colère réclame la démission des hommes
politiques. Le tout se termine dans la nuit par une émeute majeure qui
balaiera les institutions bancaires et les multinationales et lynchera
plusieurs policiers. Lors de ces troubles, plusieurs milliers de messagers
à moto (motoqueros) participent aux affrontements; ces derniers, par leur
connaissance de la ville et leur mobilité, amorcent ainsi un mode d'action
qui allait être reconduit à de nombreuses reprises.

Des évènements semblables ont lieu dans au moins une douzaine de villes du
pays. À Cordoba, la mairie est occupée. On y tient une assemblée avant d'y
mettre le feu et de dresser des barricades. Le lendemain matin, la révolte
se poursuit, un manifestant raconte: " Les gens allaient, venaient, les
cortèges se recyclaient, les avenues se vidaient puis se remplissaient à
nouveau d'hommes, de femmes, de familles avec leurs chiens... C'était
quelque chose d'impressionnant parce que totalement spontané... ". Cette
journée sera ponctuée par une foule d'évènements majeurs semblables à la
veille... combats de rues, pillages, assaut d'une foule en colère contre la
maison du président, etc. À l'évidence, la révolte devient insurrection.

Mais ces manifestations de souveraineté populaire attirent évidemment son
contraire : la répression, qui est à la hauteur de la réputation qu'elle
s'est forgée pendant la dictature. De ces quelques semaines
d'affrontement, on compte 35 tués, des centaines de blessés et des
milliers d'arrestations (officiellement 3273). Plusieurs témoins racontent
que des tueurs en civils se faufilaient dans la foule afin d'abattre des
militantse-s d'une balle dans la nuque. Les autorités ne savent décidément
pas comment réagir: le président de la Rua démissionne et doit être évacué
par hélicoptère. Le nouveau président, Adolfo Rodriguez Saa promet un
moratoire sur le paiement de la dette extérieure et la création d'un
million d'emplois.

Mais les manifestations se poursuivent... et l'année 2001 se termine par la
démission du président Saa, bientôt remplacé par Duhalde. Les concerts de
casseroles, les coupures de routes, les émeutes et les manifestations
reprennent dès janvier. Dans la ville de Mosconi, les émeutiers prennent
la garnison du commissariat en otage et brulent l'édifice. À Junin, 600
manifestants brulent la maison d'un député. Le 28 janvier, plus de 15 000
piqueteros soutenus par les assemblées de quartier convergent au centre de
Buenos Aires. Le nombre de piqueteros - et de piqueteras, puisque les
femmes sont très nombreuses lors de ces actions: elles forment jusqu'à 70%
des effectifs - est d'ailleurs depuis le début de la crise leurs
regroupements sont en pleine expansion: de 1383 qu'ils étaient en 2001,
ils passent à 2336 en 2002.

Les émeutiers délaissent désormais les supermarchés pour mieux s'en
prendre aux banques, sans compter que les assemblées de quartiers,
progressivement, se fédèrent entre elles afin de coordonner
l'insurrection. Ces assemblées, qui se comptent par centaines,
transfigurent la critique en acte et en parole. Réunissant parfois
plusieurs milliers de personnes, elles permettent au peuple de reprendre
tout ce qui le concerne en main, sans avoir recours à la médiation de
l'État ou d'une quelconque institution bourgeoise. Fonctionnant de façon
horizontale et non hiérarchique, elles prennent une telle ampleur que les
dirigeants politiques croient devoir rappeler qu'aux termes de la
constitution:

"Le peuple ne délibère pas et ne gouverne que par l'intermédiaire de ses
représentants... Il faut arrêter la fantaisie des gens dans la rue qui
disposent de ce qui doit ou ne doit pas se faire... Il... faut adresser
des pétitions aux autorités... de façon ordonnée et sensée au lieu de les
livrer en pâture aux agitateurs habituels..."

Cette insurrection a pris tout le monde par surprise, aucun syndicat,
aucun parti n'en est à l'origine. C'est de la population elle même,
spontanément, qu'est venue la résistance, et c'est cette même population
qui a donné à cette résistance une forme si originale et efficace. La
révolte populaire fut accompagnée par un vaste mouvement d'autogestion des
entreprises en faillite. Autour du slogan « Occuper, résister, produire »,
entre 8000 et 10 000 postes de travail dans plusieurs secteurs industriels
(métallurgie, textile, imprimerie, hôtellerie, alimentation, etc.) ont
ainsi été sauvés par les travailleurs et travailleuses dans des
entreprises récupérées et remises en marche par leurs propres ouvriers et
ouvrières, alors même que la crise financière de décembre 2001 avait
poussé les patrons à les abandonner à leur propre sort. Sans contredit, il
s'agit de l'un des faits marquants de la réponse des classes populaires
qui mérite d'être souligné.

-------------------------------

Si le contexte québécois de 2010 diffère largement de celui argentin de
2001, quelques rapprochements sont tout de même possibles. D'abord, la
crise qui a touché durement l'Amérique du Nord a fait passer le taux de
chômage de 7,2% (le plus bas niveau en 32 ans) à un niveau qui atteindra
possiblement 10% en 2010. Pour la région de Montréal seulement, le taux de
chômage a déjà atteint les 10,5%. Certains économistes craignent même une
seconde crise financière dans un avenir très rapproché. Par ailleurs,
l'État et le patronat, sous prétexte de relance économique, se lancent
dans une grande offensive néolibérale - en sabrant dans les services
sociaux, les conditions salariales et en remettant à l'ordre du jour
différents plans de privatisation. Pour couronner le tout, tant les
syndicats que les mouvements sociaux sont moribonds et sont en mode survie
plutôt qu'en mode combattif, laissant ainsi l'État manoeuvrer à sa guise.
Dans un tel contexte, que peut-on tirer de l'expérience argentine afin de
s'organiser ici et maintenant?

Contre le capitalisme

La première nécessité semble être l'élaboration d'un projet social et
politique extra-parlementaire qui aurait pour fondation une authentique
démocratie. Peu importe les mesures que les politiciens prendront, ce ne
sera qu'en faveur du marché et ce sera nous (les travailleurs, les
travailleuses, les étudiants et les précaires) qui en paieront le prix.

L'expérience de récupération d'usine dans un contexte de crise économique
serait, dans un premier temps, une nécessité qui permettrait aux
travailleurs et aux travailleuses de conserver leurs emplois. On n'a qu'à
penser à l'exemple récent de la grève d'Alcan à Jonquière en 2004. Les
travailleurs, réalisant les limites de la grève légale, ont relancé la
production sous contrôle ouvrier, poussant ainsi le patronat à la
négociation - entre autres puisqu'il ne pouvait plus revendre
l'électricité non utilisée pour amortir les pertes causées par la grève.
Bien que l'expérience argentine soit critiquable à plusieurs niveaux, elle
permet à la population de renouer avec une véritable démocratie que la
rationalité et le productivisme capitaliste nous ont fait oublier depuis
fort longtemps. La réussite d'un tel projet, l'autogestion généralisée, ne
peut à long terme réussir sans une lutte globale pour une transformation
libertaire et socialiste de la société. Dans un tel contexte,
l'auto-organisation des chômeurs et des précaires est indissociable de la
lutte des travailleurs et des travailleuses pour l'autogestion de leurs
milieux de travail et la solidarité entre les différentes luttes
parcellaires est plus que jamais nécessaire.

Contre l'État

L'autre aspect crucial est le principe des Assemblées de quartier et la
mise en place de mécanismes de démocratie populaire. Dans un contexte de
crise sociale et politique, dans lequel les gens n'ont plus confiance aux
politiciens et aux partis, la démocratie par la base est plus que jamais
nécessaire. Que ce soit pour des enjeux de quartiers, le logement, la
précarité, l'éducation populaire ou la santé (on peut penser au modèle des
cliniques populaires des années 1960-1970), seule notre force collective,
par la mise en place de mouvements de quartiers, peut amener un réel
changement.

L'attente de réformes ou de promesses électorales, la manipulation par les
politiciens et les bureaucrates et toutes les formes de concession minent
à long terme nos luttes populaires. C'est pourquoi dans le contexte de
notre campagne sur la crise nous jugeons important de partager des
expériences de luttes collectives afin d'entamer ou de poursuivre une
réflexion collective sur les façons de s'organiser ici et maintenant.

-----------------------------

==> Le calendrier de la tournée est sur notre site web à
http://www.causecommune.net

-----------------------------

U.C.L.
55051 CP Langelier
Québec (Qc) G1K 9A4

--
ucl@causecommune.net
http://www.causecommune.net


[ expediteur/expeditrice : "Secrétariat de l'UCL" <ucl@causecommune.net> ]

_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center