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(fr) Motion adoptée par la Conférence européenne communiste-libe rtaire à Paris : Les migrants et les migrations en Europe [en ,it]

Date Mon, 15 Feb 2010 14:41:32 +0100



Communistes libertaires et internationalistes, nous supportons le droit de chacun-e
à se déplacer et à vivre où il/elle l'entend. Nous nous opposons à quelque frontière
que ce soit entre les peuples, que ces frontières soient physiques ou psychologiques
(racisme, xénophobie). Tandis que la situation en Europe ne fait qu'empirer, nous
devons rendre ce sujet central dans notre activité et notre propagande.

1° Le capitalisme et l'impérialisme comme causes des migrations
En conséquence de changements dans les structures sociales, économiques et
politiques du monde, le dernier demi-siècle a vu un niveau sans précédent (dans les
temps modernes) de migration en Europe.

Trois facteurs sont particulièrement saillants pour rendre compte de ce
développement de l'immigration :

* La néo-colonisation qui a suivi la prétendue ?décolonisation?; les intérêts
politiques et économiques des anciennes puissances dominatrices sont encore un
place, à travers des dictatures inféodées au pays occidentaux.

* Le fort développement des marchés mondiaux depuis des années 70. Par des moyens
coercitifs variés, une part de plus en plus grande de la population mondiale et de
ses moyens de subsistance, ont été intégrés dans un réseau mondial injuste. Les
régions qui se sont montrées économiquement non-viables du point de vue du capital
international sont laissées dans la misère, tandis que des régions riches en
ressources naturelles tombent dans l'instabilité politique, dans des régimes
despotiques, ou sont agressées militairement.

* L'impérialisme des pays occidentaux, qui apporte la guerre et la terreur dans de
nombreux pays, aujourd'hui en Irak et en Afghanistan, demain autre part.

Le résultat commun de ces différentes causes a été que de nombreuses personnes ne
voient pas de possibilité d'un futur dans leur pays d'origine, et sont incitées à le
quitter. Dans bien des cas, l'argent qu'ils obtiennent est le revenu principal ou
unique de leurs villages, puisque les pays occidentaux ont empêché tout
développement de l'activité économique.


2° Le développement des racismes d'Etat, et des politiques racistes

Ces dernières années, la xénophobie, le racisme et la peur de l'impact économique de
l'immigration ont augmenté pour dominer le débat politique de bien des pays
européens.

La raison en est la législation restrictive qui criminalise les migrant-e-s, les
articles à sensation de la presse détaillant des crimes commis par des migrant-e-s,
et la rhétorique enflammée de politiciens, tout cela accentuant le sentiment
xénophobe de la population. Les gens sont amenés à croire que l'immigration sape
leur niveau de vie et menace la stabilité sociale. Une telle criminalisation des
migrant-e-s sert aussi à distraire l'attention des problèmes sociaux et économiques
causés par le capitalisme, et légitime une répression d'Etat de plus en plus forte.

Plus récemment, dans certains pays comme la France et la Suisse, les gouvernements
ont essayé d'accuser les migrants de briser la culture nationale et ?l'identité
nationale?, en apportant leur propre culture et leur propre religion, et ont adopté
des lois contre eux et elles, essentiellement basées sur cette nouvelle tendance du
racisme qu'est l'islamophobie.

En conséquence de cette propagande, les migrants et les personnes de couleur en
général souffrent de discriminations lorsqu'elle cherchent du travail ou un
logement. En tant que communistes libertaires, nous nous opposons à toute espèce de
discrimination basées sur la couleur ou l'origine aussi bien que sur la classe ou le
genre.

Le problème a revitalisé les forces réactionnaires et facilité une expansion des
pouvoirs de l'Etat. La détention, la surveillance, le maintien de l'ordre aggressif,
et les entraves aux libertés civiles sont de plus en plus étendues. La xénophobie a
popularisé des partis dont le programme néo-libéral n'aurait sinon eu aucun impact
sur les travailleurs et les travailleuses. La rhétorique employée par de tels partis
sert à son tour à enflammer les sentiments xénophobes et à affaiblir la solidarité
de classe internationale au bénéfice du nationalisme.
En tant que communistes libertaires, nous nous opposons à toute exploitation de
classe et à l'Etat, il est important que nous développions une analyse approfondie
de ce problème, et que nous trouvions les moyens effectifs de combattre le
développement de la xénophobie, des politiques répressives d'Etat contre les
migrants, et les traitement inhumains des réfugiés. De plus, nous devons nous
efforcer de relier ces luttes à la lutte de classe en général en Europe, et de
revigorer le courant internationaliste dans les organisations des classes
populaires.


3° Les politiques anti-migrants des pays européens et de l'Union Européenne

A ? Politique des pays européen

L'immigration est un effet inévitable des politiques économiques et militaires
conduites par les Etats européens; les efforts concertés pour empêcher l'immigration
est le résultat du racisme et de la volonté de ne pas en affronter les conséquences
dans ces pays.

La réponse depuis de début de la mondialisation a été d'adopter une série de mesures
destinées à empêcher les migrations. L'Europe a adopté des cadres communs sur les
migrations, a signé des traités régulant les droits des réfugié-e-s, et a renforcé
les contrôles des migrations à la périphérie de l'Europe. La volonté sous-jacente
est de maintenir les migrant-e-s en dehors des frontières. Dans les initiatives
restreignant l'immigration, les pays européens ont violé des conventions
internationales sur les droits de l'homme.

Les lois internationales placent la majorité des migrants dans un statut nébuleux.
La plupart des Etats européens n'autorisent pas l'immigration de travail (avec
l'exception partielle des migrations à l'intérieur de l'Europe), et de nombreux et
nombreuses migrant-e-s ne peuvent obtenir le statut de réfugié-e.

L'accès au travail légal est difficile à avoir. En fait, certains pays décident de
quotas et de politiques d'immigration ?choisie?, c'est-à-dire n'autorisant que les
migrants dont les patrons locaux ont besoin.

De plus, le besoin de travailleurs pour faire les basses besognes a conduit à
l'augmentation du travail illégal dans des conditions bien en dessous de celles de
la classe laborieuse en général. Cela sert aussi à baisser les salaires et à
détériorer les conditions de travail de façon généralisée. Les capitalistes sont en
fait parvenus à utiliser les politiques de l'immigration pour obtenir de la
main-d'?uvre bon marché.

Cela a permis aux pays européens d'adopter des politiques qui ont sévèrement
restreint les droits des migrant-e-s.

L'usage de la détention est généralisé, avec des gens dont le statut légal n'est pas
encore décidé, ou dont les demandes ont été rejetées, et qui doivent affronter de
longues périodes de détention. De façon générale, le cadre légal autour de
l'immigration criminalise les migrant-e-s. Plus dramatiquement, la détention et la
persécution des migrants en Europe cause d'immenses souffrances et favorise la
croissance d'une sous-classe de non-citoyen-ne-s.

B ? La politique de l'Union Européenne et de l'espace Schengen

La politique de l'Union Européenne et de l'espace Schengen est particulièrement
impliquée dans la fermeture des frontières, à travers des programmes tels que celui
de La Haye, et de l'agence spécialisée Frontex, dont tout le travail est fondé sur
l'idée que l'immigration et les migrants sont un problème. Cette agence est en
charge de la police des frontières européennes qui accomplit des opérations
répressives (comme des arrestations collectives et des déportations) sans aucun
contrôle.

La politique ?d'externalisation de l'asile? (qui consiste à garder les migrants
potentiels dans des camps (ou des prisons) en dehors d'Europe comme au Maroc, en
Algérie, en Mauritanie, en Libye...) a mené l'UE à coopérer avec des Etats dont le
traitement des prisonniers et des droits de l'homme sont inacceptables. Par exemple
l'UE coopère avec la Libye pour maintenir les migrants hors de son sol.


4° Les luttes de migrant-e-s

Les migrant-e-s ne sont pas seulement les victimes des Etats et du racisme de l'UE,
mais aussi de l'exploitation capitaliste. En tant que tel-le-s, ils et elles sont
comme n'importe quel travailleur ou n'importe quelle travailleuse, et c'est pourquoi
nous ne devrions jamais séparer les un-e-s des autres. Si nous croyons vraiment
qu'une injustice pour un est une injustice pour tous et toutes, ne devons nous
efforcer d'étendre les luttes de migrant-e-s aux autres travailleurs et
travailleuses.

Même si les migrant-e-s et particulièrement les migrant-e-s illégaux hésitent à se
montrer trop et donc luttent peu, des telles luttes peuvent arriver quand la
solidarité de classe dépasse la peur de l'autre et le nationalisme.

Par exemple, les grèves de migrant-e-s illégaux en France (Printemps 2008,
Automne-Hiver 2009) n'auraient pas eu lieu si quelques équipes dans des syndicats
nationaux (CGT, SUD, CNT) et des associations ne les avaient pas soutenues. C'est
pourquoi les militants révolutionnaires ont un rôle à jouer dans la naissance de
telles luttes. En tant que communistes libertaires et internationalistes, nous
soutenons de telles luttes. Elles sont une opportunité de combattre le capitalisme,
le racisme et le nationalisme en même temps.

Nous devons nous battre pour la liberté de circulation de chacun-e, qui qu'il ou
elle soit. Cependant, à court terme, il est important de soutenir toute lutte de
migrant-e-s qui puisse populariser de telles luttes dans la population, en soutenant
le droit égal à l'éducation des enfants d'immigrés scolarisés en Europe.

Ni la lutte de classe, ni l'humanisme ne sont la solution miracle dans le combat
contre les politiques anti-immigré-e-s, mais les deux sont un aspect fondamental
d'une stratégie internationaliste.


Conclusion

En tant qu'organisations communistes libertaires, nous soutenons:
* la liberté de circulation et des droits égaux pour tous et toutes ;
* le droit pour tous et toutes de vivre et de travailler dans le pays de leur choix,
avec sa famille;
* l'arrêt des arrestations arbitraires;
* la fermeture des centres de rétention;
* l'arrêt des expulsions;
* la régularisation de tous les sans-papiers;
* le droit d'asile;
* l'abrogation de toutes les directives et accords européens.

En tant qu'internationalistes nous nous opposons à tout type de frontières ou de
barrières entre les peuples et nous nous opposons au renforcement des frontières aux
portes de l'UE. Nous combattrons tout type de racisme et de xénophobie comme facteur
de division à l'intérieur de la classe laborieuse et comme un problème majeur en
soi-même. Nous combattrons toute discriminations à l'encontre des migrants et des
personnes de couleur.


Alternative Liberataire (France)
Federazione dei Comunisti Anarchici (Italie)
Liberty & Solidarity (Grande-Bretagne)
Motmakt (Norvège)
Organisation Socialiste Libertaire (Suisse)
Workers Solidarity Movement (Irlande)

Paris, le 7 Février 2010

http://www.anarkismo.net

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