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(fr) Le retour des classes sociales : Charlatanisme : Faux prophètes de la fonte des classes

Date Sun, 20 Sep 2009 09:16:16 +0200



« Inclus et exclus », « risquophiles et risquophobes », « tribus urbaines »... les
idéologues libéraux ont tout essayé pour imposer une analyse de la société qui
évacuerait les clivages de classes. Faisons confiance à leur imagination pour de
nouvelles « innovations ». A défaut d'empêcher la lutte des classes, les idéologues
libéraux ont la constante préoccupation de faire le silence autour d'elle, en
discréditant les discours la concernant. Comme le remarquait le sociologue Roland
Pfefferkorn dans Alternative libertaire en octobre 2007, « le paradoxe du tournant
néo-libéral qui intervient au début des années 1980 en France réside dans ces deux
faits contradictoires : d'un côté l'affrontement capital-travail se radicalise ; et
de l'autre côté, tant dans les sciences sociales que dans les médias, des discours
de substitution vont s'imposer : la thèse de la "moyennisation" notamment, mais
aussi celles de "l'individualisation du social", de "l'invisibilisation des classes"
ou, plus particulièrement en France, celle de "l'exclusion". Le point commun de ces
discours de substitution réside dans leur commune occultation du schème du conflit.
Autrement dit, quand l'antagonisme de classe s'accentue, apparaissent des discours
qui en nient la réalité. »

Dans les années 1990 par exemple, le discours officiel de la CFDT était que la
société n'était plus clivée entre les salarié-e-s et les capitalistes, mais entre
les « inclus » et les « exclus » de la société de consommation. Les « inclus »
(patrons et salarié-e-s) devaient donc faire un effort commun pour améliorer la
situation économique et « créer de l'emploi » pour les chômeuses et chômeurs «
exclus ».

En 2000, l'idéologue en chef du Medef, Denis Kessler, avait lui aussi inventé une
théorie sociale : le monde serait en fait divisé entre les « risquophiles » et «
risquophobes ». Les premiers, dans lesquels pouvaient se reconnaître entrepreneurs,
artisans ou animateurs d'ONG devaient être glorifiés et (fiscalement) encouragés.
Les seconds, fonctionnaires ou salarié-e-s en CDI, restaient frileusement accrochés
à la Sécurité sociale [1]...

Mais on touche réellement au charlatanesque avec les théories inspirées par le
sociologue médiatique Michel Maffesoli, compagnon de route du Medef et de la revue
bobo-branchouille Technikart [2], qui a publié en 1988 L'Ère des tribus. L'idée est
que les clivages de classe seraient aujourd'hui dépassés par la multiplication de «
tribus » urbaines « nomades » : les skaters, les teufeurs, les adeptes du tunning,
les sportifs, les chrétiens charismatiques, les motards, les artistes, les
lesbiennes, les amateurs de hip-hop, les gauchistes, les végétariens... Chaque tribu
possédant ses codes culturels, vestimentaires et langagiers... Une belle bouillie
idéologique !


Un archaïsme à dépasser

Quand elle leur explose à la figure, avec des grèves par exemple, les idéologues
libéraux sont bien obligés de reconnaître l'existence d'une « conflictualité sociale
», euphémisme par lequel ils désignent la lutte des classes. Mais, s'ils se
résignent à en admettre l'existence, c'est aussitôt pour signaler qu'il s'agit d'un
archaïsme à dépasser.

En réalité, l'objection principale à la lutte des classes est d'ordre « moral »,
mais ne repose sur aucune réalité objective. Pour le sociologue Immanuel
Wallerstein, cette objection « s'exprime ainsi : "Oui, il existe ici et là des
conflits de classes, mais ils ne sont ni inévitables ni désirables". Ceci revient à
dire que la lutte des classes est simplement un choix et que, de ce fait, son
caractère moral et rationnel peut être discuté. Ceux qui développent (pas seulement
à droite) cet argument prêchent en fait la négociation, la réconciliation et la
collaboration. » [3]

L'idée que la collaboration des classes servirait « l'intérêt général » et
assurerait la prospérité de toutes les classes est aussi vieille que la lutte des
classes elle-même. Dans la période contemporaine, elle a imprégné tous les courants
politiques conservateurs ou réactionnaires, voire les a directement inspirés.
L'idéologie de la collaboration des classes a ainsi été au fondement du catholicisme
social au XIXe siècle, puis du syndicalisme chrétien et du syndicalisme jaune. Mais
elle est également une pièce majeure des idéologies nationalistes (et notamment
fascistes), et des courants d'idées prônant la « réconciliation nationale » : en
France le pétainisme puis le gaullisme ; en Argentine, le péronisme ; en Italie, la
démocratie chrétienne ; et, dans toute l'Europe, l'actuelle social-démocratie.


Guillaume Davranche et Violaine Bertho



Notes:

[1] Thierry Renard et Voltairine de Cleyre, Medef, un projet de société, Syllepse,
2001.
[2] « Par-delà le néant : Technikart », PLPL, octobre 2004.
[3] L'Humanité du 25 mars 2006.


http://www.alternativelibertaire.org


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