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(fr) Cause commune , N°25 : L'anarchie de A - Z: "W" comme Wobblies

Date Sun, 20 Sep 2009 09:13:00 +0200



Depuis quelques mois, un «nouveau» syndicat révolutionnaire fait parler de lui
au Québec: le Syndicat industriel des travailleurs et travailleuses (SITT). Il
s'agit de la section locale des Industrial Workers of the World (IWW) aussi
connu sous le nom de wobblies. C'est le mouvement qui soutient la
syndicalisation des cafés Starbucks dont nous parlons ailleurs dans ces pages.
Les wobblies sont apparus aux États-Unis, au tournant du siècle dernier (à
Chicago, en 1905, pour être plus précis). Il s'agit d'un mouvement syndical
qui s'est développé en réaction au conservatisme et à la corruption du
syndicalisme d'affaire américain. La grande innovation des wobblies était de
pratiquer un syndicalisme industriel fondé sur l'action directe, généralement
non-violente, dans une perspective de classe. Les IWW furent la première
centrale syndicale américaine à organiser les salarié-e-s non-qualifié-e-s de
la grande industrie et à refuser la ségrégation raciale. Les wobblies avaient
comme objectif ultime d'organiser toute la classe ouvrière dans un grand
syndicat pour renverser le capitalisme par la grève générale.

À leur apogée, les wobblies étaient de toutes les luttes de la classe ouvrière
américaine et ont pris la tête de plus de 150 grèves héroïques. Refusant
l'institutionalisation et les conventions collectives, considérées comme des
«trêves» dans la guerre de classe, les IWW ont pu syndiquer jusqu'à un million
de prolétaires au cours de leurs vingt premières années d'existence, sans
jamais avoir plus de 100 000 membres à la fois. Une répression inouïe, et dans
une moindre mesure des dissensions stratégiques internes, ont provoqué une
chute dramatique du mouvement dans les années 1920 et son éclipse progressive
comme mouvement de masse jusque dans les années 1950.

Aujourd'hui, les IWW sont surtout concentrés en Amérique du nord et regroupent
environ 2000 membres. L'organisation ne compte qu'une poignée d'accréditations
syndicales reconnues mais continue d'attirer plusieurs libertaires
intéressé-e-s au syndicalisme et à la solidarité ouvrière. Depuis quelques
années, malgré l'absence de stratégies communes, les wobblies jouissent d'un
certain regain de vie et sont à l'initiative de plusieurs campagnes
intéressantes. Il s'agit sans conteste du principal réseau libertaire «lutte
de classiste».

L'implantation contemporaine des wobblies au Québec est récente (1). Pour
l'instant, les syndicalistes révolutionnaires semblent se situer dans la
continuité de l'action du Réseau de solidarité avec les travailleurs et les
travailleuses (RSTT). L'objectif est encore et toujours de relancer le
syndicalisme de combat en articulant l'action directe ici et maintenant
(campagne «Réclame ta paie»), solidarité et information avec les luttes
syndicales en cours et syndicalisation éventuelle de groupes de travailleurs
et de travailleuses précaires.

Les avis sont partagés sur les chances de succès de cette stratégie syndicaliste
révolutionnaire. Pour l'instant, la ligne est mince entre la pratique d'un
groupe comme les wobblies et celle d'une organisation politique solidaire des
luttes sociales comme l'UCL. Seul l'avenir nous dira si les wobblies sauront
impulser des luttes syndicales autonomes au Québec. Si c'était le cas, il
serait alors du devoir des communistes libertaires de les appuyer.


(1) L'IWW a été présente au Québec à différents moments (1905-1914, 1968-1970,
1999-2000). Voir notamment le livre «Sur les traces de l'anarchisme au Québec
(1860-1960)».


Un article du numéro 25 de Cause commune
Union communiste libertaire (UCL)
http://www.causecommune.net

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