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(fr) No Pasaran # 73 + infos diverses

Date Sat, 7 Mar 2009 09:04:41 +0100 (CET)



*** ÉDITO
Il y a quinze ans le 1er janvier 1994, l'insurrection zapatiste sonnait l'heure de
la révolte contre le néo-libéralisme mondialisé avec ces mots d'ordre de Justice,
dignité, liberté. Prenant appui sur les contre-pouvoirs, l'autogestion et sur la
concrétisation d'une autonomie sociale et politique, culturelle, les indigènes ont
marqué le renouveau de la pensée et de la pratique révolutionnaire...

Fin janvier 2009, une grève générale démarre en Guadeloupe par le collectif LKP
(collectif contre la profitation), réunissant 49 organisations, unies pour défendre
146 propositions en 10 chapîtres dont un seul à trait à la vie chère. Car bien
au-delà de la question des salaires, c'est la question de l'identité qui est posée,
celle d'être toujours liée à une histoire coloniale et raciste, mais aussi sociale
et politique. Cette révolte marquée par l'Unité populaire, la solidarité active, la
volonté de se réapproprier son devenir, celle où l'on refuse d'être un segment dans
le marché capitaliste globalisé en tant que destination touristique industrialisé,
seront-elles, ici trouver aussi un écho ?

Certes, des journées d'actions de grève se suivent et se ressemblent, mais avec
quelles revendications ? Pouvoir d'achat, consommation, croissance...

Rien sur la réquisition et le partage des richesses, rien sur quel travail et
quelle production, rien sur la nécessité de lier changement écologique et
changement social... les syndicats hexagonaux agitent les bras comme des
épouvantails mais n'ont aucunement l'intention de faire peur au pouvoir.

Aucune créativité, aucune mise en perspective, aucun lien entre les secteurs,
surtout ne pas se retrouver dépasser par un mouvement social qui sortirait des
sentiers battus.

Et comme le démontre le mouvement étudiant dans le dossier sur l'Education, la
question du pourquoi et comment étudier n'est jamais posée par les syndicats qui
défende un corporatisme réactionnaire comme dans le cas des enseignants-chercheurs.
La force d'un mouvement est dans sa capacité à proposer des alternatives, à ne pas
se retrouver enfermé par le pouvoir dans le champ de la violence/répression, à
ouvrir des brèches dans une société où le sécuritaire devient le garant des
capitalistes avec l'appui du gouvernement sarkozyste dans la guerre sociale qu'ils
mènent contre les pauvres.

Serons-nous alors aussi donner vie à ce qu'ont écrit en solidarité avec le LKP, 9
intellectuels antillais : «Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain
immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de
mettre en oeuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale
plénitude du vivant....»


*** SOMMAIRE
#73 - MARS-AVRIL 2009

PRIX 3 EUROS - A commander à CERED BP 80322 44803 SAINT HERBLAIN CEDEX
DOSSIER : LES LUTTES DANS L'EDUCATION
Dans le primaire
Dans le secondaire
L'école fabrique de l'inégalité
La lutte des (salles de) classes (supérieures)
Interview d'étudiants nantais
Éducation populaire : résister et refonder
Le mouvement International des Étudiants
la situation en Italie - la situation en Espagne
la situation en Irlande - la situation aux États-Unis

3 Actualités des luttes - Aux lendemains qui chantent !
6 Actualités des luttes -Guadeloupe : lutter, c'est exister
9 Actualités des luttes -Manifeste des neuf (extraits)
10 Campagne - Quand l'OTAN t'accule
13 Politiques sécuritaires - La police et ses jouets
14 Immigration - Besson le petit bleu : Non à la délation !
15 Antifascisme - Police et fascistes main dans la main à Grenoble
16 Alternatives - Agrocarburants en Indonésie : Halte à la déforestation meurtrière
17 Alternatives - Nouvelles du front clownesque
17 Alternatives - Opposons-nous au forage !
18 Solidarité internationale - Les anarchistes contre le mur en Israël
20 Antifascisme international - Campagne massive des antifascistes britanniques
21 Solidarité internationale - Deux nouveaux assassinats politiques à Moscou
22 Disques
23 Bouquins et revues



*** SOLIDARITÉ
La mobilisation pour que Julien Coupat soit libre continue :
http://www.soutien11novembre.org/

Liberté pour G. Cipriani et JM Rouillan :
http://nlpf.samizdat.net

Autres sites à consulter pour les affaires concernant la répression policière :
http://quefaitlapolice.samizdat.net
http://resistons.lautre.net/


*** Guadeloupe
Lutter, c,est exister !


1930, 1952, 1967*, la Guadeloupe est marquée par de nombreuses grèves et
mouvements populaires. Ecrit début avant la signature des accords, nous ne
savons pas encore comment s'est terminé cette grève générale. Dans ce qui
suit nous allons revenir sur quelques faits marquants de la mobilisation à
partir de textes récoltés sur le net et non exhaustif, tellement ce
mouvement est riche d'histoires individuelles et collectives. Au-delà de
notre soutien et solidarité avec cette grève générale, endeuillé par le
décès de J.Bino, est-ce que les graines semées dans ce «confetti» de
l'ex-empire colonial peuvent trouver ici un terreau fertile dans les luttes
sociales ?

En tout premier lieu, ce mouvement de grève générale illimité n'est pas le
fruit du hasard. Il a été préparé par le collectif LKP: Lyannaj kont
pwofitasyon que l'on pourrait traduire par «Alliance contre le vol et les
profits abusifs».. Une plate-forme de 10 chapitres a été établie. Cette
dernière concernait tous les aspects de la vie en Guadeloupe. « Le collectif
qui mène la grève est un ensemble de 49 associations syndicales, politiques,
associations de consommateurs et associations culturelles. Elle a déposé (un
mois avant le début de la grève générale, et personne n'a jugé bon de s'en
préoccuper) un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres.
Parmi ces chapitres, un (un seul !) concerne la vie chère.»... « «Elles
traversent TOUS les domaines de la société. Vraiment tout. Les 9 autres
chapitres : Education, Formation professionnelle, Emploi, Droits syndicaux
et liberté syndicales, Services publics, Aménagement du territoire et
infrastructures, Culture, et enfin «pwofitasyon» (il s'agit de réclamer des
mesures pour contrôler désormais les prix). J'appelle ça un mouvement
sociétal. Si certains persistent à parler de vie chère...je n'y peux rien.
C'est un véritable cahier de Doléances. Il parcourt l'ensemble des domaines
de la société.» (Sadi Sainton, étudiant à l'université Antilles Guyane)
Certes, il y a une situation spécifique et tout n'est pas transposable dans
l'hexagone. Comme le souligne un des leader de la grève Alex Lollia**,
tabassé et insulté par les policiers lors de son arrestation, en Guadeloupe,
la prise de conscience s'est faite à partir d'un élément déclencheur : «A
l'origine du collectif, la revendication essentielle touchait à la réduction
de 50 centimes du prix de l'essence. C'est Alain Plaisir, de la CTU
(Centrale des travailleurs unis, anciennement affiliée à la CFDT) qui a
soulevé l'objection suivante : que faisons-nous pour tous ceux qui n'ont
même pas les moyens d'avoir une voiture ? Il nous fallait donc réexaminer la
question du pouvoir d'achat. C'était comme trouver le bout du fil qui permet
de démêler toute la pelote : ça a posé la question de la formation des prix,
la question de la revalorisation des salaires. Ca oblige à repenser la
production, à réfléchir au logement, etc. C'est le grand apport de la CTU au
mouvement : l'élargissement des revendications non pas à un aspect sectoriel
mais une réflexion globale qui oblige à repenser la société guadeloupéenne,
son fonctionnement, ses priorités.»
Si la chèreté de la vie n'atteint pas les sommets de la Guadeloupe, pour
autant, nous voyons bien que la politique gouvernementale attaque de front
toutes les conquêtes sociales, politiques et culturelles qui dataient de
1945 et de 68. Sans oublier les politiques antérieures, qui allaient déjà
dans ce sens, c'est bien la disparition programmée de l'Etat social, des
services publics issus de la Résistance et l'adaptation forcée aux lois du
marché libéral, même si celui-ci est pleine déconfiture, qui est imposée
dans les «réformes» de ces deux dernières années.
On pourrait donc aspirer qu'au lieu de se battre chacun dans son coin, et
bien sûr en pure perte - La Poste, Les Hôpitaux, l'Education, etc. - qu'une
plate forme commune de revendications émerge de la part des syndicats. Loin
s'en faut. L'alliance entre les 9 syndicats pour des journées d'actions se
fait sur le plus petit dénominateur commun ; il n'est aucunement envisagé
d'aller au-delà et aucune ouverture vers la société civile n'est envisagée.
A entendre les camarades engagés dans des conflits (Poste, Education,
Santé-social), la volonté n'est surtout pas d'élargir à d'autres
questionnements que celui de l'objet propre à chacun. Car à entendre
certains syndicalistes, il ne faut pas mélanger les torchons et les
serviettes; sinon on fait de la politique et les «gens» ne suivent pas...
Au-delà de contredire toute l'histoire des luttes sociales pour ne citer que
celle de 36, 45 ou 68, Cette affirmation a aussi comme logique de rendre les
«gens» dépendants d'experts qui sont là pour les guider. On peut aussi
affirmer que les «gens» discernent sans problème que la crise actuelle
demande des réponses globales et que sans propositions alternatives, celles
qui nous sont proposées, à savoir la continuation d'une déréglementation, de
la précarisation, etc. d'un capitalisme destructeur tant écologiquement que
socialement vont droit dans le mur. Ici aussi, on a de quoi remplir un
cahier de doléances avec 146 propositions sur quelle société on veut
construire, sur la répartition des richesses, le contrôle des usagers des
services publics, etc.

LA LUTTE DES CLASSES REMIS AU GOÛT DU JOUR

Le LKP remet au goût du jour la notion de peuple en lutte :» Peuple de
Guadeloupe, ouvriers, paysans, artisans, retraités, chômeurs, entrepreneurs,
jeunes, LIYANNAJ KONT PWOFITASYON est notre construction, notre idée, notre
outil, notre Liyannaj kont pwofitasyon c'est nous !!! Que partout dans les
bourgs, les villes, les campagnes, le peuple envahisse les rues !!»
La lutte contre la profitation démontre que la lutte des classes remisée au
placard par la gauche - la droite, elle l'applique tous les jours en
subventionnant les banques et les actionnaires - reste vivace; L'emploi du
terme «la Guadeloupe est à nous» est bien celui de la réappropriation par le
peuple de ses droits et de ses moyens de vivre contre le vol par les Békés,
les descendants des maîtres esclavagistes des richesses produites par les
travailleurs, par «c'eux d'en bas», comme on peut l'entendre dans la bouche
des zapatistes au Chiapas. C'eux d'en bas qui n'ont pas droit à la parole ni
aux décisions prises en leurs noms. Indigène dans leur propre pays, eux les
descendants de l'esclavage restent toujours exploités et dominés, dans une
société d'apartheid même si ce dernier a été aboli en 1848.
Si dans l'hexagone, nous avons dénoncé l'apartheid social se construisant
dans les années 80 avec la fin de l'intégration des classes populaires au
système et leur relégation dans des quartiers ghettos à forte population
issues de l'immigration, en Guadeloupe, les Noirs vivent cet état de fait et
le dénonce comme une société où le partage reste encore pour beaucoup lié à
la couleur de peau. Mais comme le dit justement Sadi Sainton, nous ne
voulons pas changer d'exploiteur : «Pour moi, un Guadeloupéen est quelqu'un
qui lie son destin à celui de la Guadeloupe. Il est souvent noir (question
de chiffre), mais il est aussi blanc, indien (de nombreux indiens ont
débarqué en Guadeloupe après l'abolition de l'esclavage). Il pourrait même
être vert pomme que cela ne dérangerait pas les dizaines de milliers de
manifestants qui chantent ce slogan. Surtout, nous ne sommes pas prêts à
échanger sous prétexte de la race, une pwofitasyon blanche contre une
pwofitasyon noire.»
Il est sûr que ce discours de classe, qui remet au centre la notion de
pouvoir populaire en action, capable de reprendre sa destinée en mains et
d'obtenir par la lutte la satisfaction de ses revendications a totalement
disparu des discours syndicaux hexagonaux. Le vocable salarié a écarté celui
de travailleur et ce n'est pas simplement une évolution sémantique du
langage mais bien une transformation idéologique profonde. Cela tient aussi
à la composition de classe des syndicats et au fossé qui s'est peu à peu
élargi entre une base populaire et des dirigeants issus des secteurs de la
fonction publique.

Un syndicaliste guadeloupéen rappelait à l'émission «Là-bas si j'y suis» sur
France Inter : ce n'est pas une grève de 24 heures qu'il faut accomplir si
l'on veut obtenir satisfaction, mais la faire reconductible». La question du
rapport de force avec le patronat et les autorités gouvernementales a été de
suite posée par le LKP, avec la plate forme et la grève générale revendiquée
par les 49.
«Compte tenu de la radicalité du programme de revendications que notre
collectif a présenté, il fallait des actions radicales pour bien montrer
notre détermination au patronat, à l'Etat et aux élus locaux. Pour nous, il
n'a jamais été question de faire des promenades de santé dans
Pointe-à-Pitre. Nous avons voulu prendre l'initiative et marquer notre
rythme car nous n'avons aucun intérêt à faire traîner le conflit, nous ne
voulons pas désespérer les gens.
Le mercredi, nous avons lancé, comme on dit ici, une colonne molokoï, du nom
de cette petite tortue de terre locale, très lente dans ces déplacements.
Cette opération escargot partie de St François, a eu un très gros
retentissement symbolique lorsque nous avons bloqué le pont de la Gabarre
qui relie l'île de Grande-Terre à celle de Basse-Terre, séparées par la
rivière salée. ça peut sembler anecdotique, mais ce pont est vraiment
symbolique ici de la radicalité d'une lutte. En quinze ans, il n'avait pas
été occupé une seule fois. Quand tu t'attaques à un tel symbole, les
représentants de l'Etat, les militaires, savent immédiatement que c'est du
sérieux.» A. Lollia «Quant à la méthode, nous avons retrouvé le principe de
la «grève marchante», qui consiste à passer d'entreprise en entreprise, ce
qui fait augmenter le nombre de grévistes et au final tout est bloqué sans
nécessité de barrage !
Quand on arrive dans l'entreprise, on demande à tout le monde de bien
vouloir se rassembler, employés et patron. Tout le monde a le droit à la
parole, y compris le patron et à être respecté, ne pas se faire huer même si
on est contre la grève. Nous débattons et nous tentons de convaincre, puis
nous procédons à un vote à main levée auquel participent ceux qui
travaillent dans l'entreprise. On part ensuite avec les employés qui veulent
se joindre à nous pour poursuivre l'action.»
Un rapport de force nécessite un mouvement social puissant, combatif et
unitaire pour faire reculer le pouvoir. Comme on a pu le voir ce dernier a
tenté les trois phases habituelles : laisser pourrir la situation, réprimer,
dénoncer les casseurs (autrefois on aurait dit la chienlit). Le LKP a su
gérer les trois phases pour ne pas se trouver pris au piège :

- «Pourrir la situation». Pensant à la lassitude de la population le pouvoir
a attendu, envoyé son émissaire Jego laissant dire que le gouvernement
allait signer puis l'a fait rapatrier montrant ainsi son mépris vis-à-vis
des guadeloupéens. Cette phase de pourrissement n'a pas eu lieu car s'est
mis en place une vie autonome et parallèle : Comme le souligne S. Sainton,
la société civile a su tout de suite trouver des réponses :» La Guadeloupe
s'organise. L'UPG (Union des Producteurs Guadeloupéens) ainsi que les
pêcheurs font parti du LKP. Les poissons ne sont pas en grève : les pécheurs
continuent à pêcher et à vendre leur poisson. Les animaux ne sont pas en
grève : les éleveurs continuent à s'en occuper et à vendre leur viande. La
terre n'est pas en grève : les cultivateurs continuent à travailler leurs
exploitations et vendent leur denrées. Notre réfrigérateur n'a jamais été
aussi plein. Les hyper marchés sont fermés, mais les marchés sont ouverts.
Il y a mieux : des marchés populaires sont organisés devant les piquets de
grève et un peu partout. Les producteurs y vendent leurs denrées aux prix
auxquels ils ont l'habitude de vendre aux super marchés. Conséquence : ils
ne perdent pas leur récolte ni leur revenus, et le portefeuille du
consommateur apprécie puisque les marges exorbitantes de la grande
distribution ne sont plus là. Nous mangeons à notre faim et -fait
intéressant- nous n'avons jamais autant consommé local !! Je n'ai pas de
purée mousseline, je n'ai plus de pâtes panzani... et alors ? J'ai des
tubercules, des légumes, de la viande, du poisson, des fruits frais, des
fruits secs, des fruits de mer... Et ça coûte moins cher que d'habitude. En
fait, je crois que je n'avais jamais mangé aussi équilibré de ma vie. «. La
vraie vie quoi ! Redécouvrir d'autres formes d'échanges, de liens pendant
les mouvements est primordial. Et on voit bien que dans l'hexagone rien
n'est fait pour créer ces conditions. Les grèves de 24 heures n'ont d'autre
objet que de renforcer les syndicats dans leur positionnement concurrentiel,
même si elles sont une réussite en terme quantitatifs. Elles ne créent
aucune alternative, aucune vie commune, aucun désir collectif. Et cela ne
peut que se constater au niveau de l'animation des cortèges ; en Guadeloupe,
chants et danses sont toujours de la partie «besta baï, bororka ere baï»
comme disent nos amis basques (la fête oui, la lutte aussi !). Sur les
barrages, dans les assemblées générales, dans les manifs ce n'est pas la
tristesse qui est sur les visages, c'est la joie d'être ensemble, de se dire
que l'on va gagner. Et qui a vu un cortège dans l'hexagone, ne peut que
mesurer tout ce qui sépare un mouvement dynamique d'un enterrement syndical...

- Réprimer : le pouvoir a tenté de faire monter la pression par l'action des
forces de répression. Mais la donne n'est plus celle de 1952 ou de 1967 où
la répression avait pu se faire en toute impunité, loin des médias.
Aujourd'hui, tout se sait en temps réel. Et l'image de Alex sur son lit
d'hôpital a renforcé ce sentiment d'un pouvoir raciste et méprisant. Et la
mort de J. Bino, le syndicaliste CGTG a aussi créé une situation de tension.
Le pouvoir sarkozyste, ultra-sécuritaire ne s'est pas senti assez fort pour
mater la révolte tant le LKP représente un sentiment très large dans la
population guadeloupéenne, mais aussi dans l'hexagone au vue des sondages
qui laissaient entendre un soutien de l'opinion publique à la grève. La
violence n'est pas un sujet tabou pour le LKP qui a surtout mis en avant la
responsabilité de l'Etat dans les violences des jeunes du fait du mépris du
pouvoir. Mais la violence n'est surtout pas une fin en soi et ne peut être
sur le terrain choisi par l'Etat à savoir un affrontement «militaire». A ce
petit jeu, les résistants sont sûr de perdre. Non c'est bien sur le terrain
de l'affrontement social à l'heure où les mécontentements enflent que l'on
doit s'atteler. Le pouvoir, qui n'est jamais à court d'idées (voir le cas
Tarnac) pour créer les conditions de psychose et de peur lui permettant de
se présenter comme le gardien et le sauveur de la République en danger reste
fragile quand le Peuple s'insurge. Et cela la Guadeloupe le démontre avec
force.

- Dénoncer les casseurs. Il y a eu après les affrontements, la volonté de
présenter le conflit comme si les noirs allaient s'en prendre aux blancs
rejouant là l'affrontement des communautés - le conflit des civilisations -
qui permet de masquer les questions sociales de toute société capitaliste.
Mais les jeunes des quartiers populaires avaient des liens avec le LKP, qui,
dès le début a pris en compte le sort de ces derniers où le taux de chômage
atteint près de 40%. Mais une fois encore, la différence avec l'hexagone est
que les passerelles entre les jeunes et les associations, syndicats ou
collectifs est quasi inexistants, n'en déplaise à celles et ceux qui
plaquent des discours révolutionnaire sur le lumpen prolétariat voyant dans
le chaos et les émeutes de quartiers des situations quasi
insurrectionnelles.

La force de ce mouvement a été de faire de chacun/e un/e acteur/rice de la
lutte. Un acteur qui ne contente pas d'enregistrer les mots d'ordres du LKP,
mais qui les discute et se veut être consulter sur chaque décision. A ce
sujet, un texte «NE NOUS LAISSONS PAS CONFISQUER LE DEBAT» exprimait que les
négociations devaient se faire devant tout le monde : «...Aujourd'hui, nous ne
comprenons pas la position du secrétaire d'Etat monsieur Jégo qui, désavoue
son préfet, signataire d'un protocole d'accord qui prévoyait la diffusion in
extenso et en direct des débats. Il entend désormais imposer des
négociations à huis-clos.
Ce n'est pas acceptable et donne à penser soit que l'on entend cacher
quelque chose au peuple, soit qu'on ne le croit pas assez mature pour
décrypter les postures servant des intérêts particuliers plutôt que ceux
visant à résoudre le conflit. Dans un souci de transparence et dans la
logique d'apaisement souhaitée par monsieur Jego lui-même, nous lui
demandons instamment, ainsi qu'à tous les acteurs engagés dans ces
négociations, de bien vouloir se prononcer pour la diffusion en direct des
prochaines séances de négociations. "
Et Elie Domota, le porte-parole du LKP de rappeler que c'est devant la
Préfecture là où se réunissent des milliers de personnes que seraient
débattues les décisions à prendre. Une démocratie participative et
assembléiste qui tranche avec nos discours de manifs que plus personne
n'écoute ici.
Alors cette grève générale en Guadeloupe donne du baume au coeur. A nous ici
de faire vivre des espaces de résistances et de réenchanter les luttes...

* Février 1930 : Tueries de Bonne-Mère et des Abymes -
http://ugtg.org/article_492.html ; Guadeloupe - 14 Février 1952 : la grève
des ouvriers noyée dans le sang -
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article80367 ; Requête à propos des
évènements de MAI 1967 en Guadeloupe - http://ugtg.org/article_90.html

** Alex Lollia, 49 ans, est une figure emblématique et incontournable du
syndicalisme en Guadeloupe. L'engagement militant de ce professeur de
philosophie a commencé à l'âge de 13 ans. En 78, il adhère au GRS (Groupe
Révolution Socialiste), une organisation trotskiste faisant partie de la
4ème internationale. Au sein de ce parti, il va prendre la direction du
groupe des jeunes " Jeunesse d'Avant-Garde ", et puis à partir de 1981, il
va s'inscrire dans le travail syndical ouvrier, au sein du MASU (Mouvement
d'Action Syndicale Ouvrier) qui allait devenir ultérieurement la CTU
(Centrale des Travailleurs Unis), dont Alex est aujourd'hui l'un des
secrétaires généraux.


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