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(fr) Les Tanneries, c'est loin d'etre fini ! - Dijon

Date Wed, 29 Apr 2009 19:42:47 +0200 (CEST)



Face aux menaces de projet immobilier, une nouvelle campagne de lutte se lance
autour du maintien de l'Espace autogéré des Tanneries à Dijon.
Nous vous invitons donc dès à présent à vous mobiliser à nos côtés, puisqu'il est
hors de question que disparaisse cet espace de liberté, construit par 10 ans de
luttes, d'activités et de passion, sans subvention ni patron.

Ci-dessous un texte diffusé dans les manifs sur dijon pour faire le point à chaud
sur la situation.

Quelques réactions à chaud !

Le 20 janvier 2009, l'Espace autogéré des Tanneries faisait une nouvelle fois la
une du Bien Public, avec une manchette à
sensation titrant "Les Tanneries, c'est bientôt fini ?"

Les dijonnais·es apprenaient ainsi que selon un porte-parole de la Mairie, la
destruction du lieu était inéluctable, en raison d'un projet d'urbanisme visant à
remodeler entièrement la friche du boulevard de Chicago. Et ce dernier d'ajouter :
"les entreprises dijonnaises ont économiquement besoin de ce type de chantiers".
S'en suivait l'évocation floue d'un relogement de certaines activités « culturelles
» des Tanneries, mais l'intention nette d'en amputer l'espace d'habitation.

L'article allait immédiatement provoquer des dizaines de réactions sur le site du
Bien Public, entre fantasmes grotesques et réponses informées, entre ceux qui
souhaitent voir dans l'espace autogéré un repaire de terroristes en puissance,
celles qui le considèrent comme un résidu de mai 68 "à brûler au lance-flammes", et
celles et ceux qui, pour avoir croisé le chemin de cet espace de liberté au détour
d'années d'activités, de constructions et de luttes
collectives, en ressentent l'importance et y sont attaché·e·s.

Le surlendemain, 600 imitations de la manchette du Bien Public titrant cette fois
"Les Tanneries, c'est loin d'être fini !" étaient collées dans Dijon, autour de la
Mairie, et se substituaient à la une du jour chez bon nombre de marchands de
journaux du centre ville. Ce détournement rappelait à sa manière les diverses
luttes menées aux cours des 10 dernières années par l'Espace autogéré des Tanneries
face aux mairies successives et aux menaces d'expulsion répétées : des
manifestations aux occupations, en passant par l'installation de cabanes dans le
square des ducs, les concerts de rue et journées portes-ouvertes, le large soutien
des dijonnais·es, mais aussi de nombreux réseaux, collectifs et individus venus de
toute l'Europe...

Voici quelques premières réflexions à chaud de participant·e·s à l'Espace autogéré
des Tanneries, à l'heure où se débattent des stratégies collectives face à cette
nouvelle menace.

Notre but n'est sans doute pas de nous opposer à la construction de logements à
Dijon. Si c'est vraiment de logement qu'il s'agit, comment ne pas penser, pour
commencer, aux quelques 5000 logements vides à Dijon, laissés sciemment inhabités
par la spéculation, les cumuls de propriétés, entres autres projets urbanistiques
en suspens ? Comment ne pas être révolté·e de voir fleurir des terrains vagues en
lieu et place de maisons jusque là inoccupées ou réquisitionnées par des mal
logé·e·s, et de faire le constat répété de la priorité donnée aux parkings et
enseignes commerciales en général ?

S'il s'agissait de construire un nouveau supermarché, une extension d'aéroport ou
un commissariat, voire une super structure subventionnée de type Zénith, il y a
fort à parier que la Mairie ne trouverait pas, cette fois, que ceux-ci font
obstacle à la construction de logements. Or, nous pensons que tout autant que des
logements, il importe que subsistent les trop rares espaces publics où les
convergences sociales et politiques permettent l'émergence de solidarités, de
résistances, de créativités, dans une ville quadrillée par les espaces commerciaux,
où règne le chacun chez soi, chacun pour soi. On ne nous fera donc pas le coup des
impératifs de développement urbanistique ou des contraintes du marché. Il en va
clairement de choix politiques.

La mise en compétition de l'espace autogéré et du logement nous semble d'autant
plus ridicule que l'espace ne manque pas : situé en périphérie d'une friche de dix
hectares, on voit mal comment l'espace autogéré pourrait empêcher la construction
de logements adjacents. Mais c'est qu'il y a des lieux rentables, qui s'insèrent à
merveille dans le panorama marchand et sécuritaire qui domine actuellement : s'il
semble pertinent pour la Mairie que des parcs de logements spacieux réservés aux
cadres viennent cohabiter avec les quelques temples de la culture commerciale ou
élitiste dont la ville "bénéficie", il semble que ces derniers ne souhaitent pas
les installer à proximité d'un de ces espaces qui incarnent une autre conception de
la vie, de la ville, et s'attachent depuis 10 ans à les matérialiser. En clair,
dans l'aménagement lisse et feutré pensé par la municipalité, l'espace autogéré
devrait virer !

Ouvert en 1998, l'espace autogéré gêne depuis toutes ces années. Il gêne, parce
qu'il ne rentre pas dans les normes dociles des structures culturelles, et continue
à faire vivre un antagonisme vis-à-vis des institutions ; parce qu'il gueule haut
et fort contre les politiques sécuritaires, la vidéo-surveillance et les choix
urbanistes douteux ; parce qu'il affiche son soutien actif aux sans-papiers,
participe des mouvements sociaux et porte une critique sociale par le biais
d'écrits, de journaux, de débats, mais aussi et surtout au delà des mots, par le
biais de luttes, d'auto-constructions, de recyclages, de potagers, d'affinités et
de vies, de logiciels libres, de musiques et de cultures libérées de l'industrie.

La logique des urbanistes est celle d'Attila, celle qui détruit les liens sociaux
existants, les aventures collectives reliées à des espaces, les ancrages au sol et
à l'histoire, dès lors que celle-ci sort des églises et des musées. C'est cette
logique qui qui rase pour construire du neuf, du rentable et de l'aseptisé,
adaptable à la triade travail-transports-télé. C'est cette logique qui détruit les
quartiers populaires des grandes villes partout en France pour les réserver aux
magasins, aux cadres et autres "bobos", et entasser les pauvres en périphérie.

La société capitaliste vise à séparer les différents domaines de la vie : travail,
loisirs et cultures, vie privée, politique. Ce qui est précisément subversif dans
le projet des Tanneries, c'est de rassembler ces divers domaines dans un espace qui
vise à s'affranchir des rapports de consommation et de pouvoir. C'est de lier un
espace d'autonomisation matérielle et culturelle, avec un lieu de vie et de
convergence pour des luttes politiques. Ne peuvent exister logements, salles de
concerts, espaces associatifs, locaux politiques, salles de sport, que tant que ces
différents domaines restent cloisonnés, contrôlables et/ou rentables. Quand ces
espaces se rejoignent, ils tendent à devenir intolérables pour les pouvoirs en
place, parce qu'ils peuvent porter en germe d'autres formes d'organisation sociale.

Précisons que la défense d'un espace de vie aux Tanneries ne consiste pas tant à
préserver une maison pour 10 personnes, qu'à mettre en avant comment s'imbriquent
les possibilités de vie collective et le projet politique que nous à montrer que
l'on peut sortir de l'isolement, du chacun pour soi, et s'organiser autrement dans
un quotidien solidaire. Même si la grande majorité des personnes impliquées dans
Les Tanneries n'y habitent pas en permanence, c'est cette dimension de l'espace
autogéré qui a permis d'accueillir pour quelques jours ou quelques mois des
personnes et collectifs venus du monde entier pour des rassemblements et réunions,
des élaborations et projets : de l'écriture de livres à la préparation d'actions,
en passant par des caravanes, créations musicales, et inoubliables moments de vie.

En somme, si par "relogement", la mairie entend "déléguer la gestion" d'une "salle
de concert alternative", inutile de dire que la réponse est non, et que nous
lutterons où nous sommes, pour conserver la globalité du projet politique et
l'enchevêtrement unique d'activités qui s'y est construit.

A suivre dans les mois à venir, dans les rues et aux Tanneries !

janvier 2009, des participant·e·s à l'Espace autogéré des Tanneries


A retrouver sur :
https://www.brassicanigra.org/blabla/numero-9/les-tanneries-c-est-loin-d-etre-fini.html

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