A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Convocation au Premier Festival mondial de la digne colere - Mexique

Date Fri, 19 Sep 2008 08:57:23 +0200 (CEST)



Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement
général de l'Armée zapatiste de libération nationale.
Commission Sexta - Commission intergalactique de l'EZLN.
Mexique.

Les 15 et 16 septembre 2008.

Aux adhérent-e-s à la Sixième Déclaration et à l'Autre Campagne,
Aux adhérent-e-s à la Zezta internationale,
Au peuple mexicain,
Aux peuples du monde,

Compañeras et compañeros,
Frères et s?urs,

Voici de nouveau notre parole.
Voici ce que nous voyons, voici ce que nous observons.
Voici ce qui nous vient aux oreilles, ce que perçoit notre c?ur brun.

I.

Là-haut en haut, ils voudraient répéter la même histoire.
Ils veulent de nouveau nous imposer leur calendrier de mort, leur géographie de
destruction.
Quand ils ne nous dépossèdent pas de nos racines, ils les détruisent.
Ils nous volent notre travail, notre force.
Nos mondes, la terre, ses eaux et les trésors qu'elle recèle, ils les laissent sans
humains, sans vie.
Dans les villes, ils nous persécutent et nous en chassent.
Les campagnes meurent et nous tuent.
Et le mensonge se fait gouvernement, tandis que la spoliation arme ses polices et
ses armées.
Dans le monde, nous sommes des illégaux, des sans-papiers, des indésirables.
Persécuté-e-s et traqué-e-s nous sommes.
Femmes, jeunes, enfants et anciens meurent dans la mort et meurent dans la vie.
Et en haut, ils prêchent pour l'en bas la résignation, la défaite, le renoncement,
l'abandon.
Ici en bas, il ne nous restera bientôt plus rien.
Rien que la colère.
Rien que la dignité.
Notre souffrance ne trouve aucune oreille attentive, si ce n'est celle des autres
qui sont comme nous tous et nous toutes.
Personne, nous ne sommes personne.
Nous sommes seuls, et il ne nous reste plus que notre dignité et notre colère.
Colère et dignité sont les ponts tendus, ce sont nos langages.
Eh bien, écoutons-nous, connaissons-nous donc.
Que grandisse notre courage et qu'il se fasse espoir.
Que la dignité originelle soit retrouvée et que naisse un autre monde.
Nous avons vu et écouté.
Faible est notre voix pour se faire l'écho de cette parole, petit est notre regard
pour autant de colère et aussi digne.
Nous bien voir, nous regarder, nous parler, nous écouter, c'est ce qu'il faut.
Autres femmes, autres hommes nous sommes, ce qui est autre.
Si ce monde n'a pas de place à nous accorder, à tous et à toutes, eh bien, c'est
qu'il faut créer un autre monde.
Sans autre outil que la colère, sans autre matériau que notre dignité.
Il nous manque de nous rencontrer plus, de nous connaître.
Il reste à faire ce qu'il reste à faire?


II

Trois ans après la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, l'EZLN a engagé une
réflexion collective, qui s'est nourrie des perspectives plus larges que nos
compañeras et compañeros de l'Autre Campagne au Mexique et de la Zezta
internationale dans le monde nous ont généreusement offertes.

Ce que nous avons vu et entendu, tantôt directement, tantôt dans les paroles et les
regards des autres femmes et des autres hommes, est loin d'être négligeable.

Si profonde est la colère que nous avons perçue et si grande la dignité que nous
avons rencontrée que nous avons pensé que nous étions encore plus petits que ce que
nous croyions.

Au Mexique et sur les cinq continents, nous avons trouvé ce dont nous ne faisions
que pressentir l'existence quand nous avons entamé cette sixième étape qui est la
nôtre : un monde existe, il y a un autre chemin.

Si la catastrophe qui se rapproche peut être évitée et si l'humanité dispose d'une
autre chance, ce sera grâce à l'existence de ces autres femmes et de ces autres
hommes qui, en bas et à gauche, non seulement résistent, mais esquissent aussi la
possibilité de quelque chose d'autre.

De quelque chose de différent de ce qu'en haut on imagine.

Dans l'impossible géométrie du Pouvoir politique, les intégrismes sont
équitablement partagés : les droites se font extrêmes droites et les gauches
institutionnelles tournent à l'impossible droite éclairée. Ceux qui se plaignent,
dans la presse progressiste, que les fanatiques de la presse opposée censurent,
déforment et calomnient leur "caudillo", à leur tour censurent, déforment,
calomnient et se taisent devant tout autre mouvement qui ne s'est pas soumis aux
diktats d'un petit chef et distribuent sans aucune pudeur condamnations et
absolutions alignées sur un absurde taux d'audience médiatique. Fanatiques de l'un
et l'autre bord débattent des mensonges grimés en vérités, les crimes n'ayant que
la valeur de l'espace médiatique qu'ils occupent. L'ensemble n'est pourtant qu'un
pâle reflet de ce qui se passe réellement en politique.

L'éc?urement face au cynisme et à l'incompétence des classes politiques
traditionnelles s'est peu à peu mué en colère. Parfois une telle colère suit
l'espoir d'un changement qui emprunte les éternels sentiers battus, pour se heurter
soit à une déception qui paralyse, soit à la force del'arbitraire qui soumet toutes
les volontés. Le Nord turbulent et brutal recommence ses manigances. Quand il ne
sponsorise pas des fraudes électorales (comme il le fait au Mexique), il soutient,
alimente et finance des coups d'État (comme il essaie de le faire aujourd'hui en
Bolivie et au Venezuela). La guerre reste sa diplomatie internationale par
excellence : l'Irak et l'Afghanistan brûlent, mais, au grand dam de ceux
d'en haut, ils ne se consument pas.

La volonté d'imposer des hégémonies et l'homogénéité à l'échelle mondiale trouve
dans les nations, dans les régions et dans les petites agglomérations les apprentis
sorciers disposés à mettre en scène l'impossible retour à un passé dans lequel le
fanatisme était loi et le dogme tenait lieu de science. Pendant ce temps, les
classes politiques qui gouvernent ont trouvé dans l'univers du boniment le
déguisement approprié
pour pouvoir occulter leur entrée dans le milieu du crime organisé.

Fatiguée à l'extrême de tant d'avarice, notre planète commence à faire payer la
dette impossible à rembourser de sa destruction. Mais les catastrophes "naturelles"
sont de classe, elles aussi, et leurs ravages se font sentir surtout chez ceux qui
n'ont rien et ne sont rien. Devant cet état de fait, la stupidité du Pouvoir est
sans limites : des millions et des millions de dollars sont consacrés à fabriquer
de nouvelles armes et à installer toujours plus de bases militaires. Le Pouvoir du
capital ne s'inquiète pas de former des instituteurs et des institutrices, des
médecins, des ingénieurs et des ingénieures, mais des soldats. Ils ne préparent pas
des constructeurs et des constructrices, mais toujours plus de destructeurs.

Quiconque cherche à s'opposer à cette folie est poursuivi, emprisonné, assassiné.

Au Mexique, on emprisonne des paysans qui ont défendu leur terre (comme à San
Salvador Atenco) ; en Italie, on persécute et on traite de terroristes les gens qui
s'opposent à l'implantation de bases militaires ; dans la France de la "liberté,
égalité et fraternité", les êtres humains ne sont libres, égaux et frères que si
leurs papiers le décrètent ; en Grèce, la jeunesse est un vice qu'il s'agit
d'éliminer ; au Mexique encore, mais cette fois dans la ville de Mexico, les jeunes
femmes et les jeunes hommes sont criminalisés et assassinés sans provoquer aucune
réaction, parce que cela ne figure pas dans l'agenda que dictent en haut ceux de
l'un et l'autre bord, tandis qu'une consultation légitime se voit réduite à une
lamentable excuse qu'un chef de gouvernement assassin emploie pour se dédouaner ;
dans l'Espagne de la moderne Union européenne, on interdit des journaux et on
criminalise une langue, l'euskera, pensant sans doute qu'en tuant une parole on tue
les gens qui la brandissent tel un étendard ; dans cette Asie si proche, on répond
aux revendications des paysans par des aberrations blindées ; dans l'arrogante
Union des États-Unis d'Amérique, née du sang des immigrants, on persécute et
assassine les autres couleurs qui y travaillent ; dans cette longue souffrance qui
a pour nom Amérique latine, on méprise et on humilie le sang à la couleur brune qui
en est le pilier ; dans les Caraïbes insoumises, un peuple, le peuple cubain, doit
ajouter à la malchance naturelle l'infortune d'un blocus impérial qui n'est pas
autre chose qu'un crime impuni.

Dans le moindre recoin de la géographie du monde et tous les jours que comportent
ses divers calendriers, celles et ceux qui travaillent, celles et ceux qui font
tout fonctionner, sont spoliés, méprisés, exploités, réprimés.

Il y a pourtant encore des occasions, nombreuses, si nombreuses qu'elles nous
arrachent un sourire, dans lesquelles les colères cherchent à se frayer leurs
propres chemins, nouveaux, autres ; et ce "non" qu'elles poussent ne fait pas
désormais que résister, il commence également à proposer, à se proposer.

Depuis notre apparition au grand jour, il y a presque quinze ans, nous avons tout
fait pour constituer un pont qui permette aux rébellions de circuler d'un côté à
l'autre.

Parfois nous y sommes parvenus, parfois non.

Aujourd'hui, nous ne voyons et sentons pas seulement cette rebelle résistance, s?ur
et compañera, qui navigue de conserve avec nous et donne haleine à notre pas.

Aujourd'hui, il y a aussi quelque chose qui n'était pas là auparavant ou que nous
n'avons pas vu sur le moment.

Il y a une colère créative.

Une colère qui bariole déjà toutes les couleurs des chemins d'en bas et à gauche
sur les cinq continents?


III

Pour toutes les raisons exposées, et comme partie intégrante des manifestations
organisées pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la naissance de l'Armée
zapatiste de libération nationale, les quinze ans du début de notre guerre contre
l'oubli, la cinquième année des conseils de bon gouvernement et la troisième année
de l'Autre Campagne et de la Zezta internationale, les hommes, femmes, enfants et
anciens de l'EZLN appellent tous les rebelles et toutes les rebelles du Mexique et
du monde à célébrer le

PREMIER FESTIVAL MONDIAL DE LA DIGNE COLÈRE

sur le thème :
"UN AUTRE MONDE, UN AUTRE CHEMIN : EN BAS ET À GAUCHE"

qui se déroulera dans les lieux suivants et aux dates suivantes :

dans l'autre ville de Mexico, District fédéral, les 26, 27, 28 et 29 décembre 2008.

Dans l'enceinte folklorique de l'association "Los Charros Reyes de Iztapalapa",
affiliée au Front populaire Francisco Villa indépendant (UNOPII), avenue Guelatao
nº 50, Colonia Álvaro Obregón, district Iztapalapa, à proximité la station de métro
Guelatao, où sera organisée l'exposition du même nom.

Ainsi que dans le local d'UNÍOS, rue Dr. Carmona y Valle nº 32, Colonia Doctores, à
proximité de la station de métro Cuauhtémoc, où auront lieu d'autres activités.

Au Caracol d'Oventik, au Chiapas, siège du Conseil de bon gouvernement "Corazón
Céntrico de los Zapatistas delante del Mundo" (C?ur central des
zapatistes devant le monde), le 31 décembre 2008 et le 1er janvier 2009.

Dans la ville de San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, les 2, 3 et 4 janvier
2009. Dans les locaux du CIDECI, situé Camino Real de San Juan Chamula, sans
numéro, Colonia Nueva Maravilla.

Certains des autres thèmes abordés lors de ce festival seront :

? Une autre campagne.
? Une autre politique.
? Une autre ville.
? Un autre mouvement social.
? Une autre communication.
? Une autre histoire.
? Un autre art et une autre culture.
? Une autre sexualité.

Le festival "Un autre monde, un autre chemin : en bas et à gauche" aura les
caractéristiques suivantes :

1. Au lieu choisi à México, une grande exposition nationale et internationale sera
organisée, où les luttes, les expériences, les colères disposeront d'un espace où
elles pourront installer un stand pour y exposer leur lutte et leur courage. Pour
que tous et toutes nous puissions les voir, les écouter, les connaître.

2. Au lieu choisi en territoire zapatiste, la dignité et la colère se feront art et
culture, musique et chant, parce que la rébellion, ça se danse aussi. Et qu'avec
les mots la souffrance se muera en espoir.

3. Au lieu choisi à San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, la parole circulera
pour faire naître d'autres mots et apporter force et raison à la colère.

4. Les groupes, collectifs et organisations mexicaines et d'autres pays participant
à ce festival ne seront exclusivement que ceux et celles invités pour l'occasion.
Pour ce faire, la Commission Sexta de l'EZLN a
entamé des consultations avec des organisations politiques et sociales et des
collectifs et des groupes anarchistes et libertaires, de communication alternative,
artistiques et culturels, de protection des droits humains, de travailleurs sexuels
et de travailleuses sexuelles, ainsi qu'avec des intellectuels et militants
sociaux, d'anciens prisonniers et prisonnières politiques, tous et toutes adhérents
à la Sixième Déclaration ; enfin, avec des groupes, des collectifs et organisations
d'autres pays, appartenant tous et toutes à la Zezta internationale. Suite à ces
consultations seront fixés les critères pour envoyer les invitations et les
critères de participation.

5. Pour les tables de discussion et les conférences magistrales, l'EZLN invitera
des organisateurs sociaux et des organisatrices sociales, des penseurs et des
penseuses, ainsi que des dirigeants et des dirigeantes de projets anticapitalistes
au Mexique et dans le monde. Nous ferons connaître la liste de ces invités
ultérieurement.

6. D'autres détails sur la façon dont nous envisageons ce festival de la digne
colère seront communiqués en leur temps (autrement dit, quand nous aurons une idée
approximative du pétrin dans lequel nous nous sommes fourré-e-s).

C'est tout pour aujourd'hui.

Liberté et justice pour Atenco !

Des montagnes du Sud-Est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de
l'Armée zapatiste de libération nationale.

Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, septembre 2008.


--
Traduit par Ángel Caído.
Diffusé par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
(CSPCL, Paris) - 33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
assemblée (hebdomadaire et ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl(a)altern.org
listes d'information : http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl_l
http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl-fr


_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center