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(fr) Rapport de la caravane de solidarite avec les communautes zapatistes

Date Sat, 29 Mar 2008 09:12:51 +0100 (CET)



La caravane d'observation convoquée par l'Autre Campagne du 14 au 23 mars 2008
avait pour objectif de rendre visite aux communautés zapatistes afin de documenter
les agressions contre les communes autonomes rebelles zapatistes.
Douze visites ont été réalisées dans les Caracoles suivants : Caracol I La
Realidad, Caracol II Oventic, Caracol III La Garrucha, Caracol IV Morelia, Caracol
V Roberto Barrios

Première brigade : Caracol de La Realidad

24 de Diciembre. La communauté 24 de Diciembre appartenant à la Commune autonome
San Pedro de Michoacán (Caracol de La Realidad), a été expulsée en 1995. Un camp
militaire y a été installé. Le 24 décembre 2006, 31 familles réoccupent leurs
terres. À partir de là, elles ont subi de constantes agressions de la part de
l'Union des ejidos de la Selva (UES) à qui le gouvernement a attribué le droit de
cultiver 525 hectares de terres issus de l'expulsion. Les agressions les plus
graves sont les suivantes :
Les membres de l'UES pénètrent dans la communauté ; saccagent à coups de machettes,
brûlent les champs et les plantations de caféiers. Ils effectuent des coupes de
bois illégales. La communauté se voit dépossédée de sa source d'eau par les forces
armées, qui partagent cette ressource avec les membres de l'UES. La communauté se
trouve menacée par l'UES, l'armée fédérale et par un camp de la Police fédérale
préventive.


Deuxième brigade : Caracol d'Oventic

Communauté Huitepec Ocotal, deuxième secteur. Cette communauté est composée de la
base d'appui zapatiste (BAZ) qui protège depuis 2006 une réserve écologique de 102
hectares. Le gouvernement cherche à en obtenir la propriété par l'expulsion
illégale réalisée grâce à la falsification de documents. Les habitants subissent
une série de harcèlements et de menaces, tant de la part de Mariano Ochoa, maire
(PRI) de San Cristobal de Las Casas, que d'habitants membres du PRI dans cette
zone.

Communauté 5 de Marzo. Cette communauté compte 55 hectares et comprend la BAZ, des
membres de la société civile et des adhérents à l'Autre Campagne qui, depuis 1994
sont en résistance. Depuis le 5 mars 2008 le quartier 5 de Marzo s'est proclamé
communauté 5 de Marzo, devenant ainsi autonome de San Cristobal de Las Casas.

Elle fait actuellement face à deux problèmes : le premier est le refus d'accès à
l'eau et la coupure d'électricité par les autorités municipales ; le second est la
vente et l'expropriation de terres communautaires par la falsification de
documents. Les terres en question représentent environ 1 260 mètres carrés.

Communauté Sokon. Cette communauté compte 42 personnes d'origine tsotsil habitant
sur un terrain d'environ 2 hectares. Depuis 2002, elles sont exclues de l'accès à
une source située sur leurs terres par les habitants de la communauté voisine de
Nachig, affiliée au PRD. Des tentatives de résolution pacifique de ce problème ont
été entreprises, sans suite jusqu'alors.

Cette situation engendre des problèmes de santé pour tous les habitants. On
constate des maladies comme des infections cutanées, diarrhées, fièvres et autres.

Les conditions de vie des femmes sont difficiles puisqu'elles doivent marcher une
heure et demie dans l'insécurité (étant donné le harcèlement par les habitants de
Nachig) pour laver le linge et chercher de l'eau à usage domestique.

Communauté et Commune autonome San Pedro Polhó. À partir de 1997, cette communauté
se compose de personnes originaires du lieu et de déplacés de guerre victimes
d'agressions des paramilitaires et de l'armée régulière. La situation des déplacés
relève de l'absence totale de services de base (évacuation des eaux usées, eau,
éducation, alimentation). D'autre part, il y a la nécessité de récupérer les terres
dont ils ont été expulsés. Ils ne peuvent les reprendre étant donné qu'elles sont
occupées par des paramilitaires qui les utilisent ; de plus, leurs maisons ont été
détruites et sont menacées constamment afin qu'ils ne reviennent pas. Des
informations fondées circulent quant à la prochaine légalisation de leur
expropriation au vu de leur six années d'absence de ces lieux.

Communauté et Commune autonome San Andrés Sakamch'en de los Pobres. À partir de
1995, San Andrés, se déclare commune autonome. Au même moment, des groupes
paramilitaires se forment qui harcèlent et commettent des violences à l'encontre de
la communauté pour déloger les autorités traditionnelles et le conseil autonome. On
veut également les expulser d'autres endroit comme le marché autonome et l'auberge
sous la responsabilité du commissaire aux biens communaux (cet endroit est prévu
pour héberger une future école autonome).


Troisième brigade : Caracol de La Garrucha

Cette brigade a rendu visite aux communautés San Manuel et Benito Juárez, de la
Commune autonome San Manuel, et la communauté Javier Hernández, de la Commune
autonome Francisco Gómez. L'expropriation de terres, les agressions verbales,
menaces et intimidations sont les problèmes récurrents dans ces communautés tout
comme la pollution des eaux dans la communauté Javier Hernández.

San Manuel. À partir du 11 juillet 2007, la communauté San Manuel a été spoliée de
232 hectares sur un total de 420 de terres récupérées appartenant à 8 familles
bases d'appui zapatistes. 148 autres hectares sont également menacés
d'expropriation par des membres de l'Association rurale d'intérêt collectif (ARIC
officielle) et de l'Organisation pour la défense des droits indigènes et paysans
(OPDDIC).

Benito Juárez. Dans la communauté Benito Juárez, Commune autonome San Manuel, les
herbages communaux et le centre du village sont envahis par le bétail et les
chevaux de 60 familles de l'ARIC, de l'Organisation des caféiculteurs d'Ocosingo
(ORCAO) et de l'Organisation prolétaire Emiliano Zapata (OPEZ) qui possèdent des
maisons à 300 mètres de la communauté. De même, ces gens ont tenté de construire
d'autres habitations sur des terres récupérées mais les bases d'appui zapatistes ne
les ont pas laissés faire. Toutefois, la menace d'expropriation de terres subsiste.

Javier Hernández. La communauté Javier Hernández de la Commune autonome Francisco
Gómez, subit une pollution des eaux provenant d'une source située dans la
communauté priiste de Pamalà. La conséquence sanitaire sur la population se
manifeste à travers des pathologies stomacales et cutanées touchant principalement
les enfants et le bétail de cette communauté. À Javier Hernández on compte 20
familles déplacées depuis un mois. Ce sont des bases d'appui zapatistes de la
communauté Benito Juárez du Caracol de La Realidad. Elles ont fui les menaces et
violences des membres de l'ARIC Indépendante de leur communauté d'origine.


Quatrième brigade : Caracol de Morelia

Bolon Ajaw. La communauté de Bolon Ajaw appartient à la région autonome de La
Montaña. Cette dernière est sous la menace d'une expulsion provenant de membres
actuels ou anciens de l'OPDDIC du village voisin de Las Cascadas de Agua Azul. À
partir de 2006 lorsque certaines personnes sont devenues membres de l'OPDDIC, la
communauté de Bolon Ajaw a subi des violences en de nombreuses occasions. Cette
communauté se trouve en situation de grande tension subissant de constantes
menaces. Les membres de la brigade ont été comptés et photographiés par des membres
de l'OPDDIC du village d'Agua Azul. L'observation des faits et gestes de la
communauté de Bolon Ajaw est quotidienne. Le mardi 18 mars à la mi-journée, deux
touristes mexicains ont pénétré sur le territoire de Bolon Ajaw, guidés par deux
membres de l'OPDDIC sous l'effet de l'alcool. Cette intrusion fait partie d'une
stratégie de provocation fondée sur la violation du droit territorial et la
diffamation des bases d'appui zapatistes de ce milieu. La diffamation consiste à
dire aux touristes qu'il existe des personnes mal intentionnées et qu'ils sont en
danger.


Cinquième brigade : Caracol de Roberto Barrios

Choles de Tumbalà. À Choles de Tumbalá, Commune autonome El Trabajo, on constate
des menaces d'expulsion pour le 9 avril proférées par les propriétaires de ranchs
et les organisations opposées aux zapatistes qui agissent main dans la main avec le
gouvernement, la police de l'État et la police municipale. La communauté a été
expulsée il y a deux ans ce qui explique la continuelle tension au sein des bases
d'appui zapatistes.

Nueva Tila. À Nueva Tila, Commune autonome Vicente Guerrero, la stratégie
d'expropriation de terres suit son cours. Les habitants de Nueva Tila ont observé
la présence continue de barrages militaires, survols d'hélicoptères et d'avions
tout comme les incursions de camions de l'armée fédérale mexicaine dans les
environs, sous le prétexte de la lutte contre le narcotrafic, tout cela engendrant
un harcèlement et une pression psychologique envers les habitants de la zone.


Conclusions. Les événements ci-dessus contredisent fortement les déclarations du
gouverneur Juan Sabines Guerrero contenues dans une lettre adressée aux Conseils de
bon gouvernement ; cette dernière a été publiée le 12 mars 2008 dans le journal "La
Jornada".

Tout ce qui précède nous l'affirmons en tant que membres des brigades d'observation
Terre et Territoire présents dans chacune des communautés indiquées ci-dessus. Ces
observateurs ont pu s'entretenir avec des personnes vivant quotidiennement ces
agressions, menaces, harcèlements et spoliations. Les brigades ont documenté ces
faits à partir de témoignages verbaux, photos, vidéos dans lesquels on pourra
constater une situation très grave et d'urgence où se trouvent les bases d'appui
zapatistes sur tout le territoire récupéré au Chiapas.

Considérant cette situation nous lançons un appel urgent à la société civile pour
qu'elle se tienne informée et attentive par rapport aux déclarations mensongères et
contradictoires du gouverneur du Chiapas, Juan Sabines Guerrero. Étant donné les
preuves que les bases d'appui zapatistes se trouvent dans une situation d'attaques
imminentes, de vols, viols, accusations mensongères, spoliations et expulsions de
leurs terres mais sont aussi menacées dans leur intégrité physique et cela grâce à
l'impunité dont jouissent les groupes totalement ou partiellement armés mais aussi
les policiers, les membres des autorités municipales officielles.

Considérant de plus la situation des 35 prisonniers politiques en grève de la faim
au Chiapas, nous avons décidé de leur rendre visite au centre pénitentiaire 14 del
Amate, le samedi 15 mars. Nous avons pu vérifier que l'administration carcérale et
le gouvernement de l'État ne respectent pas le droit de visite et ne nous ont donc
pas laissé entrer. Nous nous joignons aux cris de justice ou liberté pour les
prisonniers en grève de la faim. Nous savons que leurs familles sont actuellement
réunies et nous leur témoignons notre solidarité.

Des membres de l'Autre Campagne nationale et internationale ainsi que du réseau de
solidarité et contre la répression.


--
Diffusé par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL,
Paris) - 33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
assemblée (hebdomadaire et ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl(a)altern.org
listes d'information : http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl_l
http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl-fr


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