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(fr) Toute lutte n'est pas emancipatrice !

Date Tue, 29 Jul 2008 23:40:54 +0200 (CEST)



Le problème n?est pas l?action propre d?une corporation mais l?idéologie qui la
motive. Cela vaut pour toutes les franges de la société (jeunes, immigrés,
banlieusards, salariés, etc.). Cette présente et énième crise cyclique du
capitalisme se conjugue entre l?offre et la demande de l?économie de marché, le
pouvoir d?achat (le revenu et le prix de la marchandise), l?économie
concurrentielle (plusieurs producteurs concurrents), la concentration capitaliste
(oligopole) et le mieux produisant (division internationale du travail). Tout cela
est plus ou moins régulé par la main invisible du marché. Si on ajoute des effets
conjoncturels comme le prix du salaire et des matières premières ou ouvrées, les
bilans comptables de certains patrons risquent d?aboutir au dépôt de bilan.

Coincés dans le cadre de marchés territoriaux (la France et l?Europe?), ceux-ci ne
peuvent ni délocaliser ni exporter. Afin de maintenir ou d?augmenter leurs marges
d?exploitation qui déterminent le bénéfice et par là même le revenu, ils raisonnent
comme tous les capitalistes. Ils font pression sur les politiques pour que l?Etat
et autres décideurs concernés (régions et Europe?) leurs garantissent des moyens
particuliers : aides, défiscalisations, diminutions des coûts salariaux et de
certaines marchandises, protectionnismes (sanitaire, douane, cadre juridique?) ou
en favorisant l?accès à des marchés.

Parallèlement, ils dégradent la condition générale du salariat : défiscalisation
des heures supplémentaires et rejet des 35 heures, modification du cadre des
retraites? Telle est la logique structurelle du capitalisme : exploiter les
prolétaires afin de dégager la plus-value, être concurrentiel ou disparaître.
Quelles que soient leurs opinions et visées sur le salariat, les petits patrons
n?échappent pas à la règle. Si l?économie capitaliste peut offrir des variantes,
les patrons ne sont pas nécessairement les propriétaires en tout ou partie des
entités économiques.

La grande majorité des petits et moyens patrons restent cependant dans la position
classique du capitaliste ; ils sont propriétaires de leur outil de travail et
dépendent de la bonne santé de leurs entreprises pour leurs revenus. Dans le passé,
la paupérisation et la prolétarisation de petits capitalistes ont déjà existé.
Nombreux furent les paysans, les commerçants et les artisans qui ont fini salariés
de leurs ex-confrères, concurrents ou clients. Dans l?ensemble, leur adhésion à
l?idéologie bourgeoise les rendait compatibles à constituer l?encadrement, la
maîtrise et la petite chefferie des entités qui les salariaient. Leur
anti-syndicalisme ouvrier était affiché et bien perçu par la bourgeoisie. Quelques
uns d?entre eux et de leurs descendants s?assimileront dans le mouvement ouvrier.
Mais on ne peut ignorer que majoritairement ils contestèrent le grand capital
(oligopole, monopole?) et l?ultralibéralisme en se déclarant réactionnaires,
conservateurs et/ou national-populistes. En outre, ils soutinrent ouvertement les
régimes fascistes et assimilés, constituant même des fractions d?extrême-droite.
Après-guerre jusqu?aux années 80 en France, la dénonciation du grand capital et des
grandes surfaces commerciales? s?incarna dans le poujadisme (mouvement proche de
l?extrême-droite).

Comme il a déjà été dit, le libéralisme et le protectionnisme ne sont que des
stratégies à géométries variables de l?exploitation de l?homme par l?homme. Par
corporatisme, les patrons chercheront, pour défendre leurs entreprises, à enrôler
leurs salariés mais toujours dans la défense de l?intérêt patronal, ceux-ci
n?allant pas jusqu?à donner leurs entreprises à ces derniers ; mieux, une fois
leurs objectifs atteints, ils redoubleront d?efforts pour continuer à exploiter
davantage. Si des salariés pactisent ou sont naïfs, instrumentalisés par leurs
patrons, nous devons dire clairement que l?intérêt commun, fût-il de l?entreprise
ou national est un leurre. Celui-ci cimente la négation de la lutte des classes et
nie les intérêts irrémédiables entre les exploités et les exploiteurs.

Il appartient aux petits capitalistes de faire leurs choix. Ou bien ils défendent
les variantes du capitalisme, ou bien ils rejoignent la lutte contre celles-ci.
Pour l?instant, ils soutiennent leur idéologie et leurs intérêts de capitalistes et
donc le système de domination qui l?a engendré. Que de petits patrons ne rechignent
au labeur et soient en situation périlleuse, cela ne peut les empêcher de
comprendre qu?un monde meilleur ne peut être que par une société juste et
égalitaire. A eux de faire une rupture idéologique, tel n?est pas le cas pour
l?instant. Ce qui ne permet pas notre soutien. Si, hélas, peu nombreux, parce que
trop subversifs ou remuants, certains durent créer leur entreprise pour survivre,
ils ne défendirent jamais le capitalisme et participèrent aux luttes de leurs
frères anticapitalistes.

Le prix du pétrole un vrai problème, la défiscalisation (en réalité baisse fiscale)
une fausse réponse.

En effet, en théorie, la fiscalité assure les recettes de l?Etat qui par la
fonction redistributive de l?impôt permet la protection sociale, soit par gratuité
ou par aide financière (revenu indirect ou socialisé). Or, la baisse fiscale
produit un déficit public que les gestionnaires réduisent en diminuant le revenu
indirect ou socialisé. Telle fut et est encore la logique des gouvernements. Ce qui
fait que réduire l?impôt sans poser la question de la protection des plus
désargentés consiste à limiter sa paupérisation en augmentant celle des autres. Tel
est le leitmotiv de Sarkozy et, malgré les apparences, la lutte des petits patrons
va dans ce sens. Rappelons que Le Pen fait de l?antifiscalisme son clientélisme
"petit patron". De plus, toute augmentation des prix de vente de la production se
répercute sur le consommateur. D?après la loi d?Engel, la part alimentaire dans le
budget des ménages croît lorsque les revenus baissent, les salariés, y compris ceux
qui soutiennent leurs patrons, s?en mordront les doigts en tant que consommateurs.

Apparaissent d?autres contradictions :
? La baisse du coût du carburant augmente la consommation de pétrole et par effet
celle de la pollution.
? Le productivisme fordiste pousse à prélever davantage dans les ressources
environnementales, entraînant leur raréfaction et, là encore, de la pollution.
? La hausse des prix des marchandises accentue les inégalités de revenu. En
conclusion, toute action conjoncturelle (baisse de TVA?) ou sur les variables
d?ajustement (salariales?) ne résout rien sur le fond : c?est la structure même du
capitalisme qui est à remettre en cause.

Le capitalisme et ses sbires nous emmènent droit dans le mur : reprenons le
contrôle de nos vie. CONTRE L?ETAT ET LE CAPITAL, GREVE GENERALE, POUR PAS FINIR A
POIL.

Jean Picard - juin 2008.

Paru dans Anarchosyndicalisme n°107
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