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(fr) Le mythe de la nature democratique des Forces armees venezueliennes (2)

Date Fri, 29 Feb 2008 09:57:24 +0100 (CET)



5- Le 11 avril 2002

Un débat s?est engagé pour savoir si le grand bouleversement qui a eu lieu le 11
avril 2002 a été un coup d?Etat, une vacance du pouvoir ou une conspiration
multiple. Nous n?allons pas transformer l?interprétation de ces événements en un
problème sémantique. Quel que soit l?angle d?analyse choisi, on arrive à une seule
conclusion: Chavez a été renversé, et il n?a opposé aucune résistance puisqu?il
s?est rendu sans conditions quand il a été menacé d?être bombardé. Il est arrivé au
fort de Tiuna et les officiers qui y étaient cantonnés ont certainement été surpris
par sa passivité.
Une énorme manifestation de gens qui s?étaient au départ réunis près du siège de
l?entreprise pétrolière PDVSA dans le quartier de Chuao, à Caracas, se dirigea vers
le palais présidentiel de Miraflores pour crier son hostilité au gouvernement
chaviste qui avait soulevé tant d?espoirs et dont les résultats étaient les mêmes
(voire pires) que ceux des gouvernements précédents. Bien que le trajet de la
manifestation ait été modifié de façon improvisée [et se soit finalement dirigé
vers le palais présidentiel], la manifestation aurait pu être l?objet d?une
répression sélective par le gouvernement, et il aurait pu y avoir peu de victimes,
du moins, leur nombre aurait pu ne pas dépasser certaines limites.
Néanmoins le gouvernement réagit par un génocide. Les soldats et les policiers
s?attaquèrent implacablement aux manifestants. Et les groupes de supporters
chavistes agirent de la même façon, comme le montrèrent parfaitement les images
diffusées à la télévision. Des civils armés tirèrent en toute tranquillité contre
des personnes désarmées et sans aucune justification.
Personne n?a été arrêté pour ces actes arbitraires. Tout le monde sait qu?une cour
d?appel de l?Etat d?Aragua a décidé de laisser en liberté ceux qui ont participé à
ce massacre de civils sans défense. L?impunité se perpétue au Venezuela puisqu?il
n?existe pas de pouvoir judiciaire autonome et indépendant.
C?est ensuite que s?est produit la mutinerie parmi les administrateurs de la
violence de l?Etat. Mais le gouvernement provisoire a ignoré totalement les
réalités [géopolitiques] actuelles et n?a pas tenu compte des intérêts américains
dans l?hémisphère Sud. Si l?on écarte les absurdités juridiques du «décret de
fondation» et les quelques actions répressives qu?il a menées, le nouveau régime a
pris la forme d?un coup d?Etat traditionnel et c?est ce qui explique son échec. Les
dirigeants du putsch n?avaient pas compris que la seule façon de mettre en ?uvre la
mondialisation, de continuer à fabriquer de la pauvreté, de la faim et du chômage,
c?est de conserver les parodies de démocratie qui existent en Amérique latine et
dont le régime d?Hugo Chavez est l?un des exemples.
Le reste de l?histoire est connu. L?armée comprenait très bien la conjoncture
internationale: elle n?eut pas d?autre choix que de remettre en place le militaire
qu?elle venait de déposer. Elle a parfaitement joué son rôle de facteur de pouvoir
prépondérant au sein de la société vénézuélienne, en harmonie avec la conjoncture
historique et particulièrement en tant que satellite politique, financier et
économique des Etats-Unis.
Le secteur militaire a opéré un repli et c?est pourquoi il a rendu la présidence à
Chavez. Il est faux d?affirmer que ce serait la pression populaire ou la force du
courant chaviste au sein de l?armée qui expliqueraient fondamentalement la
résurrection du caudillo de Sabaneta [Chavez]. Il n?y avait pas plus de 20 000
manifestants prochavistes au palais présidentiel de Miraflores et le nombre de ceux
présents au fort de Tiuna était encore moindre. La cause essentielle [du retour de
Chavez au pouvoir] fut la pression des puissances étrangères qui voulaient isoler
le gouvernement provisoire et le réduire à sa plus simple expression.
Le 11 avril 2002, se produisirent au Venezuela des événements qui bouleversèrent le
pays et surprirent le monde entier. On avait déjà vu des soulèvements commencer par
triompher puis échouer à cause de la réaction d?une partie de l?armée ou d?une
intervention extérieure, mais on n?avait jamais assisté à ce qui se passa durant
les deux jours suivants.
Je me souviens parfaitement comment le chef d?Etat du Soudan, le général
al-Nemeiri, fut déposé par des officiers de gauche en 1983 et comment, quelques
jours plus tard, ses fidèles organisèrent un contre-putsch et comment al-Nemeiri
revint au pouvoir de façon particulièrement cruelle. Une situation similaire se
produisit pendant la perestroïka et le chantage à l?équilibre de Gorbatchev. L?un
des protagonistes, le groupe des conservateurs staliniens les plus durs, emprisonna
le dirigeant de la Glasnost, ce qui provoqua la réaction des réformistes dirigés
par Boris Ieltsine. Une coalition des masses avec les forces armées réussit, par la
voie de la dissuasion, à créer un nouveau régime.
Les deux cas que je viens de citer sont des exemples typiques de gouvernements
éphémères où l?on a assisté à des contre-attaques pour remettre en selle le
dirigeant renversé, ou pour créer une troisième option, imprévue. On peut trouver
différents exemples dans des pays africains comme la Gambie ou le Cap-Vert où un
soulèvement militaire s?est terminé au moins par des négociations. Néanmoins, le
cas vénézuélien se distingue des autres sous plusieurs aspects:
Premièrement, il n?y a pas eu d?unanimité politique entre les putschistes, ce qui
explique les divergences entre les différents groupes de conspirateurs qui n?ont
pas agi dans une direction précise.
Deuxièmement, le courant chaviste ne n?est pas battu, comme le montre la reddition
immédiate du président qui n?a opposé aucune résistance.
Troisièmement, l?opposition a fait preuve d?un crétinisme abyssal durant ce
soulèvement. Elle a agi comme si elle vivait encore au temps de la guerre froide,
suivant ainsi l?exemple des moyens de communication de masse qui crée de toutes
pièces un péril communiste. Elle a cru que prétendre voir des communistes partout,
des communistes prêts à manger les petits enfants, allait marcher.
Quatrièmement, l?opposition n?a pas compris la conjoncture historique dans laquelle
nous vivons, quand elle a lancé un décret extrêmement autoritaire qui dissolvait
tous les pouvoirs et ne respectait pas la Constitution bolivarienne.
Cinquièmement, l?opposition n?a pas non plus compris quels sont les intérêts
américains actuels dans l?hémisphère Sud puisqu?elle s?est présentée comme la
façade [civile] d?un putsch traditionnel.
Les groupes qui ont pris la tête du mouvement anti-Chavez adoptèrent des positions
très diverses, puisqu?on y trouvait à la fois le président de l?organisation
patronale Fedecamaras, un groupe lié aux secteurs les plus conservateurs des
sociaux-chrétiens (COPEI) et certains groupes de patrons. Ils ont ignoré la
Centrale des travailleurs vénézuéliens, les partis politiques en général, et même
des secteurs importants des administrateurs de la violence de l?Etat. De nombreuses
petites conspirations se mirent en place mais un seul groupe prétendit tout
régenter.
Le maccarthysme de ceux qui s?approprièrent le coup d?Etat se dévoila quand ils
annoncèrent la fin des exportations de pétrole vers Cuba et qu?ils effectuèrent un
raid particulièrement sauvage contre l?ambassade de ce pays.
Le fondement juridique du nouveau gouvernement reposait sur un décret prétendant
être une Constitution et un pouvoir constituant. D?un côté, on abolissait d?un
trait de plume la Constitution de 1999 et, de l?autre, on dissolvait tous les
pouvoirs publics. Les rédacteurs de ce document infâme montrèrent leur ignorance,
mais surtout ils dévoilèrent leur mentalité dictatoriale incommensurable.

Mais l?acte le plus grave commis par Carmona et sa bande fut d?agir en marge des
réalités internationales. Ils ne comprirent pas que, désormais, il n?est plus
possible de mener des coups d?Etat militaires traditionnels comme ceux de Pérez
Jiménez au Venezuela, de Fulgencio Batista à Cuba, de Tacho Somoza au Nicaragua, de
Manuel Odría au Pérou, de Trujillo en République dominicaine, de Stroessner au
Paraguay, de Pinochet au Chili et de Videla, Viola, Gualtieri et autres assassins
en Argentine.
La sévérité des mesures dictées par la mondialisation rend nécessaire l?existence
de gouvernements issus des urnes et le recours aux institutions existantes dans
toute la zone comprise au sud du Río Grande. Les gouvernants doivent faire preuve
de charisme, être populaires, avoir les qualités d?un caudillo pour pouvoir imposer
de grands sacrifices aux masses. Les cas de Lula au Brésil, de Lucio Gutiérrez en
Equateur et de Chávez au Vénézuela montrent bien de quel type de dirigeants le
système a besoin, tout comme, dans un passé immédiat, Carlos Ménem en Argentine.
Les antichavistes ont ignoré cette réalité et ont cru pouvoir implanter au
Venezuela une dictature traditionnelle, ce qui allait à l?encontre de la politique
américaine dans la région. Le jour même des attentats d?Al Qaeda contre les tours
jumelles de New York, cette politique américaine fut renforcée par l?approbation de
la «Charte démocratique» de l?Organisation des Etats américains qui étayait
l?échafaudage de l?organisation du système interaméricain.
Face à l?accumulation des erreurs commises par les antichavistes, que nous venons
de décrire, le principal pilier du pouvoir au Venezuela, l?armée, n?eut pas d?autre
issue que de réanalyser la conjoncture. Et effectivement les militaires se
réunirent et, en voyant le spectacle dantesque offert par des gens comme Pérez
Recao et leur larbin Carmona, ils agirent en conséquence. Ils remirent Hugo Chávez
en place à la présidence pour réparer les dégâts.
Le chavisme, et particulièrement la gauche rancie qui le soutient, a créé plusieurs
mythes autour des événements d?avril 2002. En particulier ces gens-là prétendent
avec insistance que la réaction populaire des 12 et 13 avril aurait été la cause
déterminante du retour au pouvoir du caudillo de Sabaneta. Ils affirment que ces
mobilisations ont permis au président de revenir au pouvoir dans le cadre d?une
alliance civico-militaire qu?ils comparent au 23 janvier 1958. Ils vont même
jusqu?à extrapoler et comparer l?expérience d?Allende en septembre 1973 à celle du
11 avril 2002 vénézuélien.
Il nous faut donc décortiquer les différents éléments de la fable inventée par la
clique gauchisante du chavisme. Soulignons d?abord que la mobilisation populaire
après le 11 avril 2002 et les manifestations en faveur du retour au pouvoir de
Chávez n?auraient pas été suffisantes pour dévier le cours des événéments et ne
peuvent expliquer l?échec [du coup d?Etat antichaviste].
De plus, la comparaison entre le 11 avril 2002 et le septembre 1973 chilien sert
surtout à maquiller la conduite de Chávez en 2002. On ne peut assimiler
l?expérience chilienne à l?expérience vénézuélienne qu?en pratiquant une «reductio
ad absurdum» [un raisonnement par l?absurde]: il s?agit en effet de deux cas
spatio-temporels distincts.
Le gouvernement de l?Unité populaire fut renversé par une coalition de facteurs,
internes et externes, dans le cadre du conflit entre l?Est et l?Ouest. Les
Etats-Unis voulaient faire valoir leur droit à une «destinée manifeste» [justifié
par leur mission divine de répandre la démocratie dans le monde, NdT] dans leur
arrière-cour, c?est-à-dire dans l?hémisphère Sud. À cette fin, le gouvernement
américain accéléra une grave crise économique mal abordée par l?administration
Allende, en soutenant une conspiration mobilisant les milieux patronaux, la classe
moyenne et certains groupes fascistes comme Patrie et Liberté. De plus, les
Etats-Unis poussèrent l?armée chilienne, marquée par sa formation prussienne, à
mettre de l?ordre dans un pays conservateur où un accident historique avait permis
une expérience réformiste dans un contexte à la légalité sujette à caution [En
effet, Salvador Allende, ne recueille que 36,29% des suffrages, alors les deux
autres candidats bourgeois le «conservateur » Jorge Alessandri (35,76%) et le
démocrate chrétien Radomiro Tomic (27,95%) recueillent en fait 63% des voix ; comme
il ne dispose pas de la majorité parlementaire, il est obligé de gouverner par
décrets, NPNF]. Le précédent de Marmaduke Grove et de son pouvoir éphémère (pendant
les années 30) constituait déjà un point noir dans l?histoire de cette nation
rigide, même si elle disposait d?un mouvement ouvrier bien organisé.
Il est important de comprendre aussi la conduite des gouvernants [socialistes]
chiliens: elle reposait sur l?illusion que les forces armées respecteraient les
institutions et que les classes dominantes chiliennes resteraient passives. Ce qui
s?est passé dans la patrie de Pablo Neruda n?est rien d?autre qu?une gestion
sociale-démocrate [de l?Etat] accompagnée de quelques nationalisations et mesures
favorables au peuple, mais qui durent affronter une grande résistance des
structures existantes. Cette situation se tendit sous la pression d?un mouvement de
base, qui se traduisit par la prise en main de certaines usines, l?occupation
d?immeubles vides et en général une activité très intense des organisations
populaires.
Quand la marmite de la participation populaire atteignit son point d?ébullition et
que l?avenue Bernardo O?Higgins fut occupée par un million de manifestants durant
les derniers jours de l?administration de l?Unité populaire chilienne, la droite
prit peur et se prépara à l?affrontement, accélérant ses plans d?intervention des
bandes armées. Face aux manifestants qui lui demandaient des armes, le président
Allende réagit en cherchant l?alliance avec la Démocratie chrétienne et, devant son
échec, il fit appel à l?armée. Le reste est une histoire connue et on n?a pas
oublié les rodomontades de César Altamirano [secrétaire général du Parti socialiste
chilien, NdT] qui prétendit tout brûler de Arica à Puerto Williams, et ne fit sans
doute qu?éteindre quelques mégots. Quant à la riposte armée du MIR, on l?attend
toujours.
C?est une aberration d?identifier les deux processus, celui qui s?est conclu au
Chili le 11 septembre 1973 et celui qui s?était apparemment interrompu le 11 avril
2002, parce que les deux époques ne sont pas comparables, pas plus d?ailleurs que
la personnalité des deux dirigeants, Salvador Allende et Hugo Chavez.
Le médecin qui mourut dans le Palacio de La Moneda a eu une trajectoire politique
intéressante. Il fut le dirigeant emblématique de l?unité d?un Parti socialiste
particulièrement bigarré. Tous ses courants furent galvanisés sous sa direction et,
après avoir échoué plusieurs fois aux élections présidentielles, Allende put
triompher à la tête d?une coalition, elle aussi hétérodoxe. En effet, l?Unité
populaire rassemblait le Parti communiste, le Parti socialiste, le Parti radical et
trois scissions de la Démocratie chrétienne (la Gauche chrétienne et les deux
MAPU).
De même, Allende fit preuve d?un courage incomparable, en sachant que les
conditions lui étaient totalement défavorables, quand il résista à l?intérieur du
palais présidentiel aux attaques des avions Fokker et ce jusqu?à sa mort. Sa
dignité le poussa à refuser de négocier et à n?accepter ni sauf-conduit ni exil.
Hugo Chávez, quant à lui, est un officier dont la vocation militaire se réduisait
au départ à utiliser l?armée pour devenir joueur de baseball comme il l?a avoué
lui-même. Il a eu un parcours très moyen au sein de l?institution militaire. Mais,
poussé par l?obsession de devenir un grand dirigeant, il a toujours orienté sa
carrière dans ce sens. Il bénéficia d?une certaine publicité grâce à une brève
apparition à la télévision et, à partir de là, il construisit son image dans
l?opinion.
Il sut transformer son échec militaire du 4 février 1992 en une victoire politique
qu?il remporta sur le terrain électoral [en 1998]. Son attitude, à des moments
décisifs de sa vie, ne s?est caractérisée ni par son audace ni par sa résolution.
En deux occasions, le 4 février 1992 et le 11 avril 2002, il se rendit en négociant
avec ses adversaires et fut emprisonné. L?incompétence de l?opposition antichaviste
et de son idéologie néolibérale favorable aux intérêts des forces de la
mondialisation ont joué en faveur du lieutenant-colonel. Même dans ces conditions,
le président posa comme condition à sa démission l?exil de sa personne et de sa
famille à Cuba, menant ainsi une transaction tout à fait évidente avec ses
geôliers.
On ne peut donc comparer les deux chefs d?Etat, Allende et Chavez. Parcours
personnel, conditions historiques, positions doctrinales, conduite devant des
événements graves, formation politique, tout montre qu?un abîme les sépare. On ne
peut établir aucune relation entre eux.
Je voudrais donc présenter maintenant quelques conclusions à partir des prémisses
exposées antérieurement. Le 13 avril, se réinstalla au gouvernement un personnage
indispensable pour mener à bien le processus complexe des mesures
économico-financières conçues par les institutions internationales. La présence
d?un homme charismatique [au sommet de l?Etat] est un outil utile pour injecter des
illusions [dans le peuple] tout en s?adaptant à la réalité vénézuélienne. Ni
Carmona ni l?opposition médiatique ne possèdent les outils pour exercer une
politique populiste de façon aussi efficace que le fait Chávez grâce à son audience
importante dans les secteurs populaires. Mettre en pratique des politiques
économiques qui génèrent chômage et exclusion sociale est une tâche complexe et
ardue. Ce n?est réalisable que par l?intermédiaire d?une direction politique ayant
un magnétisme suffisamment puissant pour tromper temporairement le peuple.

La véritable raison du retour de Chavez au pouvoir réside dans le manque total de
représentativité de l?opposition et le fait qu?elle n?ait pas tenu compte des
intérêts des Etats-Unis dans l?hémisphère Sud. En effet, ceux-ci ne veulent plus
permettre des coups d?Etat militaires, du moins de style traditionnel. En ne tenant
pas compte de ces réalités Carmona signa son arrêt de mort et les militaires,
accomplissant le rôle qui leur est assigné à l?intérieur de la structure du
pouvoir, choisirent la meilleure option pour conserver un modèle économico-social
dont ils constituent un élément fondamental.

L?essaim systémique du pouvoir se reforma et nous sommes maintenant face au
gouvernement le plus autoritaire qu?il y ait eu au cours de ces dernières années au
Venezuela. Une telle situation est une condition nécessaire pour conserver l?état
de choses qui fonde le projet clientéliste que nous subissons et bien sûr pour
soutenir les initiatives économiques qui dominent dans l?hémisphère Sud. Et les
opposants de Chavez, qui assumèrent le pouvoir les 11 et 12 avril 2002, ne
représentaient pas une option différente parce qu?en fin de compte ils avaient les
mêmes projets sous un emballage différent.

Ce qui est en jeu, c?est l?application des politiques restrictives d?un modèle
capitaliste mondialisé qui privilégie exclusivement la productivité et la
rentabilité du capital. Et cela doit se faire avec l?image populaire qui est celle
du caudillo de Barinas. C?est pourquoi j?affirme que le 13 avril marque le retour
de la mondialisation, avec tous ses privilèges, et de son vecteur le plus efficace,
durant ces dernières années, le président Hugo Chávez Frías.
Ce moment éphémère [les 11 et 12 avril 2002] montre de manière limpide le caractère
systémique de l?armée vénézuélienne, aux ordres des valeurs de la mondialisation:
le pouvoir. Jamais l?essence du pouvoir, à l?échelle internationale, n?est apparue
plus clairement que depuis l?effondrement du bloc soviétique, la crise financière
du tiers monde et la réorganisation intervenue immédiatement après les attentats
contre les tours jumelles. Qualifier de démocratiques les agissements de l?armée
vénézuélienne le 11 avril 2002, c?est soit faire preuve de naïveté, soit être resté
bloqué à l?époque de la confrontation Est-Ouest. L?armée vénézuélienne a tout
simplement eu une conduite pragmatique dans le contexte international actuel.


6- L?armée vénézuélienne n?est pas une institution fiable

Le bruit de sabres a commencé en 1987 quand un groupe mécanisé de l?armée effectua
une man?uvre inhabituelle à côté du ministère de l?Intérieur, alors que Simón
Alberto Consalvi assumait l?intérim du pouvoir, lors d?un déplacement du président
Jaime Lusinchi [1984-1989] à l?étranger. On sait aujourd?hui que c?est le
lieutenant-colonel Ortiz Acosta qui a dirigé cette man?uvre étrange dénoncée par
Eduardo Fernández comme un coup d?État qui n?avait rien de virtuel.
Deux mutineries se produisirent ensuite en 1992, au caractère très orthodoxe et
bénéficiant d?une très faible participation des civils. L?erreur léthale du 4
février 1992 fut de n?avoir prévu aucun moyen de diffusion de masse. Il en résulta
deux défaites militaires qui se transformèrent en des victoires politiques et
électorales.
A l?époque le colonel José Machillanda avait déjà publié son travail de recherche
Poder militar y poder politico en Venezuela, 1958-1986 (4), dans lequel il
caractérise la société vénézuélienne comme une société quasi prétorienne; en effet,
même si nous ne vivons pas sous un régime militaire, le secteur militaire possède
un privilège évident qui le place au-dessus de tous les autres. Comme l?écrit
Machillanda:
«En accord avec l?élite de la ?Société Prétorienne?, l?Institution Militaire se
transforme en un ?Modérateur de la Gestion Politique?, mais cette même fonction lui
nie le droit de s?ériger en un "Recteur? d?un changement du système politique. Sa
tâche modératrice est essentiellement de préserver, surveiller, l?intégrité du
système [politique et social] et de coopérer avec lui et ces fonctions sont
fondamentalement conservatrices (4).»
La venue au pouvoir de Chávez n?a provoqué aucun changement substantiel parmi les
administrateurs de la violence de l?État. Bien au contraire, son premier ministre
de la Défense fut un officier bénéficiant de la confiance absolue de Washington, le
général Raúl Salazar. Les postes dirigeants de l?armée ont toujours été occupés par
des personnes proches des intérêts des Etats-Unis dans l?hémisphère Sud. Les
militaires vénézuéliens se rangent inconditionnellement aux côtés de l?Oncle Sam.
Les pratiques antérieures des militaires vénézuéliens se perpétuent mais elles sont
dissimulées par une réglementation ad hoc. Tout d?abord on continue à inculper des
civils pour des infractions militaires. En outre, le Code de justice militaire est
un texte légal destiné à rendre expéditive la procédure de jugement des inculpés.
On a démesurément renforcé les pouvoirs du juge en lui donnant la possibilité
d?ordonner la mise en détention préventive sur la base d?un seul indice. Il existe
une procédure permettant au président de la République d?ordonner un non-lieu ou la
continuation du procès en passant par-dessus un pouvoir judiciaire censé être
«autonome». Bien que le Mur de Berlin ait été démoli en 1989, on a voulu conserver
à tout prix un dinosaure juridique.
Pendant le mandat présidentiel de Chavez se sont produits quelques incidents comme
celui du lieutenant Sicatt, qui a brûlé deux subalternes, ainsi que plusieurs
mauvais traitements et homicides de conscrits commis par des officiers. De plus un
massacre comparable à celui du 27 février 1989 a été commis le 27 février 2004. La
protestation dans les rues de ceux qui souhaitaient l?organisation d?un référendum
a été liquidée à coups de balles, de chevrotine, de grenades lacrymogènes et de
toutes sortes de projectiles, rappelant une époque que l?on croyait révolue.
C?est pourquoi je peux affirmer, sans le moindre doute, que l?agressivité de la
Garde nationale, le vendredi 27 février 2004, ne fut pas accidentelle. Elle est
conforme aux pratiques autoritaires des forces armées vénézuéliennes. On a affaire
au même corps prétorien que celui en place lors de la présidence de Carlos Andres
Pérez, sauf que maintenant il participe davantage à la conduite de l?État. Les
changements intervenus se réduisent au remplacement de certains hommes par
d?autres. Les militaires occupent désormais une position plus élevée au sein de la
société vénézuélienne. L?État, dans toutes ses dimensions, n?est plus quasi
militarisé mais très militarisé.

Il est important de souligner que, durant les deux dernières années, des soldats
sont morts ou ont été blessés au cours de plusieurs incidents [douteux]. Le premier
est arrivé en 2004, au fort de Mara, dans l?Etat du Zulia: le conscrit Ciro
Pedreáñez est décédé et un autre soldat a été sérieusement blessé par un incendie
déclenché à l?extérieur de la cellule où ils purgeaient leur peine.

L?autre, plus récent, s?est déroulé à Cumaná où deux jeunes, qui accomplissaient le
service militaire obligatoire, ont été gravement brûlés puis sont morts quelques
jours plus tard. Dans un premier temps, l?inspecteur des Forces armées, le
vice-amiral Maniglia, a annoncé que les soldats emprisonnés avaient eux-mêmes
déclenché l?incendie [dans leur cellule]. Puis la version officielle a changé: les
autorités ont alors accusé de tentative d?homicide un simple soldat qui gardait les
deux conscrits punis, car c?est lui qui aurait mis le feu à la prison. Cependant ce
dernier a essayé de réfuter cette accusation en indiquant qu?il avait été contraint
à signer des aveux.
Si l?on fait abstraction du motif de l?accident, force est de constater que tout
est fait pour encourager une mentalité rigide et punitive au sein de l?armée. Les
sanctions brutales sont à l?ordre du jour et on applique des peines corporelles
disciplinaires dans le plus grand mépris de la condition humaine et au moyen de
toutes sortes d?humiliations. C?est dans ces cas récurrents et publics, que l?on
peut apprécier la volonté autoritaire des administrateurs de la violence de l?État.


7- La fabrication des mythes

Le mythe du caractère démocratique des forces armées vénézuéliennes et de son
respect pour les institutions est en train de s?effondrer parce qu?il n?a jamais eu
de fondement dans ce pays. L?armée est une formation monolithique au service de
l?équipe au pouvoir et surtout au service du modèle politique, socio-économique et
culturel dominant à cette étape de la mondialisation. Cette armée joue un rôle
spécifique dans le projet de collaboration entre les différents piliers du pouvoir,
projet initialement conçu par Romulo Betancourt. Aujourd?hui elle occupe un espace
important et est un élément fondamental du pouvoir dans un pays qui ne connaît pas
la démocratie mais une caricature de gouvernement populaire.

La thèse rebattue de l?alliance civico-militaire a été utilisée de façon perverse:
elle a en réalité consolidé un projet des élites fondé sur la collaboration entre
plusieurs piliers internes du pouvoir et sur leur articulation avec des groupes de
pouvoir internationaux. Le tout afin de perpétuer la folie de la mondialisation
économique, qui va de pair avec l?exclusion sociale, la faim, la misère et le
chômage. Cela s?est fait d?abord avec l?instauration du populisme à partir du 23
janvier 1958 et ensuite, avec la continuation de ce modèle, dans un autre contexte,
après l?élection de Chavez en 1998. Ses résultats sont contraires à toute
initiative démocratique et populaire.

En raison des considérations précédentes, il est donc impossible de compter sur
l?armée, sur sa structure actuelle, pour construire un modèle social différent.
L?armée représente un outil fondamental pour consolider un régime caractérisé par
l?autoritarisme. Elle ne symbolise absolument pas une institution fiable parce
qu?elle est une structure de pouvoir, de nature prétorienne, depuis sa création par
Juan Vicente Gomez [en 1948]. Le peuple vénézuélien n?est pas en armes, il subit le
joug des armes.

Humberto Decarli,
Caracas, mars 2005,
2e édition juillet 2006


Notes de l?auteur (NdA)
et du traducteur (NPNF)

4. Ziems, Ángel (1979), El Gomecismo y la Formación del Ejército Nacional, Caracas,
Editorial Ateneo de Caracas (NdA).

5. Thèse préconisée par le secrétaire général du Parti communiste américain de
l?époque, Eugene Browder, qui prônait une alliance avec certains secteurs de la
bourgeoisie nationale et avec toutes les couches sociales pour créer l?unité dans
la lutte contre les menaces représentées par le fascisme et le nazisme durant la
Seconde Guerre mondiale (NdA).

6. Machillanda Pinto, José (1988), Poder Político y Poder Militar en Venezuela
1958-1986, Caracas, Ediciones Centauro 88, p. 14 (NdA).


*****************

Insurgentes

Le militarisme, quatrième moteur de la contre-révolution

(Publié le 24 septembre 2007 sur le site soberania.org, cet article précise
l?évolution du rôle de l?armée vénézuélienne depuis mars 2005, date à laquelle a
été écrit le texte précédent de Humberto Decarli. Insurgentes est un regroupement
de plusieurs opposants révolutionnaires au chavisme et l?on retrouve dans cet
article de nombreuses idées exposées par Decarli dans ses contributions. Le titre
fait allusion aux 5 piliers de la Pentarchie: les partis, le clérgé, les syndicats,
l?armée et le patronat, conception défendue, entre autres, par le social-démocrate
Romulo Betancourt. Ni patrie ni frontières.)

La proposition de réforme de l?article 328 de la Constitution, soutenue par le
président de la République [Hugo Chavez], marque un pas de plus dans le processus
de militarisation de la société vénézuélienne. Le militarisme est non seulement
l?expression du comportement des militaires dans le «processus bolivarien», mais
aussi une façon de réglementer la vie en société.
Les Forces armées sont les exécuteurs du monopole de la violence aux mains de
l?État. Elles défendent des valeurs comme l?organisation verticale, une chaîne de
commandement incontestable, un nationalisme exclusif et guerrier, l?homogénéisation
de la pensée, la mythification des armes et de la violence, le machisme et la
xénophobie. Ces caractéristiques sont incompatibles avec la démocratie directe,
participante et vivante, ainsi qu?avec un socialisme nouveau et rénovateur qui ne
répéterait pas les erreurs du passé.
Le gouvernement vénézuélien actuel affirme que la possibilité d?une «invasion
impérialiste» nécessiterait l?organisation militaire de la société. Ce discours
émanant du palais présidentiel de Miraflores réinterprète le sentiment
anti-impérialiste, qui a sous-tendu les luttes sociales latino-américaines des
dernières décennies, pour le transformer en un outil de son projet de domination.
En centrant ses critiques exclusivement sur le gouvernement de George Bush, il
dénature la réalité qui régit le monde globalisé: l?existence d?acteurs multiples
et variés qui permettent la circulation de l?argent et du pouvoir par
l?intermédiaire des réseaux qui enserrent le marché mondial. L?un de ces réseaux
est celui constitué par les multinationales de l?énergie, principales bénéficiaires
des projets de réforme constitutionnelle réalisés ? ou proposés ? par le président
Chávez. La Constitution actuellement en vigueur, approuvée en 1999, stipule que les
investissements internationaux possèdent le même statut que les investissements
nationaux (article 301). Dans l?actuel projet de réforme constitutionnelle,
différents articles (les numéros 112, 113, 115 et 156) accordent un statut
constitutionnel aux entreprises de capital mixte, qui permettent aux
multinationales de se transformer en partenaires de l?Etat vénézuélien pour
l?exploitation de l?énergie.
Bien que le chavisme prétende vouloir nous défendre contre une possible invasion
américaine, ce danger nous semble improbable. Et il ne faut pas seulement en
chercher la raison dans les textes constitutionnels. Depuis l?arrivée au pouvoir du
président Chávez, le gouvernement a mis en ?uvre des politiques qui, contrairement
à ce qu?il explique dans ses discours, favorisent le capitalisme contemporain. Le
refus par traité d?instaurer une double fiscalité [pour les entreprises étrangères
qui investissent au Venezuela], l?octroi de concessions dans les principaux
gisements du pays, la construction de grandes infrastructures pour l?exportation
vers le marché planétaire, l?appui de l?Etat vénézuélien à la libre circulation des
capitaux financiers et spéculatifs, ainsi que la transformation du pays en un
paradis financier pour les investissements dans les banques, les assurances et les
télécommunications ? tout cela forme des faits concrets qui montrent comment le
Venezuéla joue le rôle que lui a assigné la mondialisation économique. Pour
continuer à jouer ce rôle de fournisseur, sûr et fiable, d?énergie, le pouvoir
propose, dans l?article 11 du projet de réforme constitutionnelle, de créer des
régions militaires spéciales à des fins stratégiques, ce qui ouvre la possibilité
de transformer les régions minières frontalières en des zones économiques
spéciales, du type maquilladoras, gardées par les militaires.
Le renforcement militariste, proposé dans la réforme de l?article 321, aura des
conséquences quotidiennes négatives pour les secteurs défavorisés et les minorités.
Si cet article est approuvé, les Forces armées assumeront désormais des tâches
permanentes de défense de la sécurité des citoyens, ainsi que de maintien de
l?ordre intérieur. Auparavant, l?armée se livrait à des actions répressives
uniquement dans des situations qualifiées d?extraordinaires. À l?avenir, l?armée
remplacera les forces de police pour réprimer les manifestations, ce qui ne pourra
qu?augmenter les violations des droits humains. Les Forces armées sont formées pour
exterminer des ennemis militaires. L?article 321, quant à lui, déclare la guerre à
tous ceux qui portent atteinte à l?«ordre intérieur»: ceux qui protesteront contre
le manque de logements, d?eau, de services, d?emplois, de Sécurité sociale et de
sécurité personnelle; les opposants à la politique gouvernementale ou tous ceux qui
s?organiseront selon des critères différents de ceux fixés par les quatre instances
du prétendu «pouvoir populaire» selon la nouvelle Constitution.
Sur ce point, également, l?actuel gouvernement vénézuélien s?accorde avec les
politiques promues par les centres de pouvoir mondiaux. Depuis deux décennies, les
Etats-Unis, à travers les documents de Santa Fé 1 et 2, préconisent que les forces
armées du continent [sud-américain] changent de fonctions et se transforment en des
forces de police, pour s?insérer dans le combat contre le crime, le trafic de
drogues et le terrorisme. Aujourd?hui, cette politique est mise en ?uvre,
paradoxalement, par un État qui s?intitule lui-même «révolutionnaire». Pour cette
raison, la «loi antiterroriste» vénézuélienne prolongera l?actuelle proposition de
réforme constitutionnelle. Elle criminalisera définitivement ceux qui remettent en
question la nouvelle caste bureaucratique vénézuélienne et ceux qui se révoltent
contre elle. Que les nouvelles fonctions des forces armées soient appelées
«patriotiques, populaires et anti-impérialistes» ne sert qu?à dissimuler le
renforcement de leurs nouvelles tâches assignées par la Constitution.
De même, l?attribution de fonctions policières aux administrateurs de la violence
de l?État ne fait qu?officialiser ce qui se produit déjà dans la réalité: l?armée
agit de fait comme une force de gendarmerie, ainsi qu?en témoignent les massacres
de la Paragua dans l?Etat Bolivar et du Llano Alto dans l?Etat d?Apure.
La proposition de réforme constitutionnelle veut imposer une autre nouveauté en
assignant une place constitutionnelle à la milice nationale bolivarienne, nouvelle
composante de la Force armée bolivarienne. De cette façon, la Constitution
institutionnalise les tâches policières qu?effectuent déjà les organisations qui
soutiennent le gouvernement, parmi lesquelles on doit mentionner la localisation
et la dénonciation des dissidents révolutionnaires, travail effectué sous le nom
politiquement correct d?«intelligence sociale».
Ainsi le prétendu «socialisme bolivarien du XXIe siècle» répète les pires méthodes
des socialismes réellement existants dans l?histoire, et reproduit le caudillisme
et le militarisme présents dans l?histoire du Venezuéla. Nous avons eu un
échantillon de la volonté autoritaire [du pouvoir] quand, au milieu du débat fictif
sur la proposition de réforme constitutionnelle, certains des partisans du
président ont osé remettre en question certains aspects de cette réforme. Le
pouvoir a réagi par un lynchage symbolique et moral de ces critiques. Nous qui
remettons en cause la réforme constitutionnelle à partir de positions radicales et
révolutionnaires, nous savons qu?un autre type de représailles nous attend. Et si
les 33 articles de la réforme constitutionnelle sont approuvés en bloc, ces
représailles seront exécutées par n?importe lequel des corps militarisés intronisés
par la nouvelle Constitution. (Insurgentes)


*****************

Glossaire

L?article d?Humberto Decarli fait référence à beaucoup de personnages, de sigles et
d?événements de l?histoire vénézuélienne ou latino-américaine, sans doute peu
connus en France. Nous avons donc tenté d?aider le lecteur à s?orienter un peu plus
facilement. L?auteur n?est évidemment pas responsable du contenu de ce glossaire ni
des éventuelles erreurs qu?il pourrait comporter. (Ni patrie ni frontières)

Arias, Óscar (1941) Secrétaire général du Parti de la libération nationale (PLN) en
1979. Président du Costa Rica (1986-1990). Auteur d?un plan de paix en Amérique
centrale entre le Salvador, le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua en 1987.

Batista, Fulgencio (1901-1973) Militaire cubain d?origine populaire, ayant fait des
études de journalisme, il entre en contact en 1928 avec les opposants à la
dictature de Gerardo Machado, et devient leur chef. En septembre 1933, après
l?accession au pouvoir de Carlos Manuel de Céspedes, il organise une mutinerie
militaire en coordination avec les organisations étudiantes, ce qui provoque la
création d?un gouvernement provisoire sous la direction de Ramón Grau de San
Martín. Batista est en fait le véritable homme fort du pays, même s?il se tient
dans l?ombre.
Il assume le pouvoir en 1940, légalise le Parti communiste cubain (qui le soutient
au nom de l?antifascisme) et introduit une série de réformes financières et
sociales. Allié des Etats-Unis, Batista leur permet d?utiliser ses bases militaires
pendant la Seconde Guerre mondiale.

Betancourt, Rómulo (1908-1981) Le «père» de la «démocratie» vénézuélienne.
Etudiant, il lutte contre le dictateur Juan Vicente Gómez. Emprisonné, il part en
exil et participe à la fondation du Parti communiste vénézuélien mais rompt avec
les staliniens en 1936. Il crée Action Démocratique en 1944 «premier parti moderne
de l?histoire vénézuélienne, à mi-chemin entre le libéralisme et le socialisme».
Président de la République (1945-1948).
Conclut un accord plus favorable pour le Venezuela avec les compagnies pétrolières
étrangères, fait adopter une Constitution démocratique. Il est remplacé par le
social-démocrate Rómulo Gallegos, mais ce dernier est renversé en 1948 par un coup
d?Etat qui instaure la dictature de Pérez Jiménez, jusqu?en 1959.
Pendant son second mandat (1959-1964), Betancourt réalise une réforme agraire,
généralise la négociation collective, développe une politique protectionniste et de
travaux publics. Son alignement politique sur les Etats-Unis provoque une scission
«de gauche»: le MIR (Mouvement de la Gauche révolutionnaire).

Cantaura, massacre de: tuerie organisée le 5 octobre 1982 par la DISIP (police
politique) et l?armée, contre une réunion clandestine de 23 militants de Bandiera
Roja (le dernier groupe guérillero), sous la présidence du social-chrétien Luis
Herrera Campins.

Castro, Cipriano. Vénézuélien originaire de l'Etat de Tachira, il prend le pouvoir
le 22 Octobre 1899. Nommé Président provisoire, puis président pour la période
1904-1911. Son vice-président, le général Juan Vicente Gomez, également originaire
de l'Etat de Tachira, le renversera en 1908.

Ceresole, Norberto Rafael (1943- 2001) Sociologue péroniste, négationniste et
antisémite. Àvant d?écrire deux livres sur Chavez, il a entretenu des contacts avec
de nombreux militaires d?Amérique latine de l?extrême droite (Aldo Rico) à la
gauche nationaliste (Juan Velasco Alvarado). Il prétendait même avoir milité à la
fraction ERP-22 des Montoneros. Il fut expulsé du Venezuela en 1995 mais put y
revenir en 1999, après l?élection de son lieutenant-colonel adoré.

D?Aubuisson, Roberto (1944-1992) Inspirateur de groupes paramilitaires d?extrême
droite, il fut accusé d?avoir ordonné l?assassinat de Monseigneur Romero au
Salvador. Président de l?Arena, l?Alliance républicaine nationale.

Duvalier, François (1907-1971) Fils de paysans pauvres haïtiens, il fait des études
de médecine. A la tête d?un mouvement de jeunes intellectuels, il devient directeur
du service de santé en 1946 puis ministre du Travail. Renversé par un coup d?Etat
militaire, il se présente quelques années plus tard aux présidentielles et est élu
en 1957. Pour contre-balancer le pouvoir de l?armée, il crée une police secrète les
«tontons Macoute» qui devient l?épine dorsale du pays et terrorise la population.
En 1961, Duvalier décide qu?il a été élu pour 6 ans et fait adopter en 1964 une
nouvelle Constitution par les députés qu?il a nommés. Puis il organise un
référendum pour se faire nommer président à vie.

Galtieri, Leopoldo (1926) Cf. Glossaire Argentine p. 75.

García Pérez, Alan (1949-) Député en 1980, secrétaire général, de l?APRA en 1982,
il est élu président du Pérou en 1985 pour la première fois sur un programme
«nationaliste de gauche». En août 1987, il propose de nationaliser le système
financier et bancaire, ce qui soulève l?opposition de la droite et du centre. Il
doit aussi faire face à la grogne d?une partie de l?armée (qui n?accepte pas le
contrôle civil du ministère de la Défense) et à la guérilla maoïste du Sentier
lumineux. Il abandonne alors ses timides velléités de s?opposer au FMI et entame
des négocations avec la Banque mondiale, ce qui n?empêche pas l?économie du pays de
s?effondrer complètement, notamment sous la pression d?une inflation galopante. En
1990, Alberto Fujimori lui succède. Garcia est de nouveau président depuis 2006.

Gómez, Juan Vicente (1859-1935). Aide Cipriano Castro à prendre le pouvoir pendant
la révolution de 1899 au Venezuela. Vice-président et chef de l?armée (1902-08). En
1908, s?empare du gouvernement par un coup de force puis devient légalement
président (1910-1915), grâce à une nouvelle Constitution. Stabilise la monnaie,
subventionne les entreprises nationales tout en protégeant les capitaux étrangers,
gagnant ainsi l?appui des grandes puissances. De nouveau président de 1922 à 1929,
puis de 1931 à 1935, il gouverne en autocrate.

Grove Vallejo, Marmaduke (1879-1954) Militaire socialiste chilien, il fait partie
du gouvernement formé après le coup d?Etat militaire de 1925, mais s?exile car il
désapprouve l?autoritarisme de Ibáñez. En 1932, ministre de la Défense de
l?éphémère gouvernement socialiste. Renversé par Carlos Dávila, il est exilé à
l?île de Pâques. Sénateur (1933-1949) et candidat malheureux à la présidence en
1938.

Herrera Campíns, Luis (1925-). Vénézuélien opposé à la dictature de Pérez Jiménez,
emprisonné pendant quatre mois (1952) puis exilé. En 1958, rentre au Venezuela, est
élu député, puis sénateur en 1973. Candidat des sociaux-chrétiens de COPEI, il est
élu président de la République (1979-1984). Il libéralise l?économie et se révèle
incapable de réduire le colossal déficit public.

Larrazábal, Wolfgang (1911-1970) Commandant général des forces navales
vénézuéliennes en 1958, il participe au renversement du dictateur Pérez Jiménez.
Président de la Junte de gouvernement. Candidat de l?Union républicaine
démocratique en 1959 (soutenu par le Parti communiste vénézuélien), il fonde en
1963 le parti FDP (Force démocratique populaire).

Leoni, Raúl (1905- 1972) Venézuélien exilé en 1928, il fonde à son retour le Parti
démocratique national en 1937. En 1945 le PDN devient Action Démocratique. Ministre
du Travail (1945-1948), sénateur, président de la Chambre (1959-1962) et président
de la République (1964-1969). Signe avec la Colombie le pacte antiguérrilla de Río
Arauca (1966).


López Contreras, Eleazar (1883-1973) Participe en 1899 au soulèvement militaire qui
donne le pouvoir à Cipriano Castro au Venezuela. Ministre de la Guerre et de la
Marine (1931-1935), il réprime durement plusieurs révoltes à la mort de Gomez
(1935). Elu président (1936-1941), il promeut une nouvelle Constitution et une
politique de grands travaux. Exilé aux Etats-Unis (1945-1958), il devient sénateur
à vie à son retour après l?institution de la «démocratie».

Lovera, Alberto: secrétaire général du Parti communiste vénézuélien arrêté le 17
octobre 1965 par des policiers de la DIGEPOL. Son corps fut retrouvé dix jours plus
tard, atrocement mutilé.

Medina Angarita, Isaías (1897-1953) Lieutenant-colonel vénézuélien, ministre de la
Guerre et de la Marine (1936-1940) de López Contreras. Accusé d?être philofasciste,
il est pourtant élu président par le Congrès le 28 avril 1941, pour 5 ans, à une
écrasante majorité. Il légalise Action Démocratique (l?ancien Parti démocratique
national) et le Parti communiste en 1945. Il donne le droit de vote aux femmes,
rend possible la légalisation de nouveaux syndicats, crée une Sécurité sociale,
fixe un salaire minimum, réforme le Code du travail, signe une convention
collective favorable aux travailleurs de l?industrie pétrolière, entame une timide
réforme agraire, étend l?enseignement obligatoire, crée de nouvelles universités et
lance un programme d?alphabétisation.

Menem, Carlos Saúl (1930-) Argentin à l?origine du soulèvement militaire qui
renverse le gouvernement d?Isabel Perón en 1976. Elu président en 1989. Accorde
l?amnistie aux dirigeants de la dictature en 1990.

Michelena, Santos (1797- 1848) Ministre des Finances et des Relations Extérieures
(1830-1833 et 1835-1837). Signe le traité Michelena-Pombo (1835), qui résout les
problèmes survenus après la séparation entre le Venezuela et la Grande-Colombie.
Signe avec l?Angleterre l?abolition du trafic d?esclaves. Vice-président de la
République (1840).

Muñoz Marín, Luis (1898?1980) Membre du Parti libéral portoricain, au départ
partisan de l?indépendance. Fonde en 1937 le Parti populaire démocratique. En 1940,
le PPD obtient la majorité parlementaire et Muñoz Marín est nommé président du
Sénat. Ses relations furent excellentes avec les Etats-Unis, et ce d?autant plus
que ses positions devinrent de plus en plus modérées. Gouverneur de Porto Rico
entre 1948 et 1964, à chaque fois réélu, il obtint des Etats-Unis le statut d?Etat
libre associé. Sénateur jusqu?en 1970.
Odría, Manuel Arturo (1897-1974) Général péruvien, ministre et chef de la Police
entre 1947 et 1948. Le 28 octobre 1948, dirige un soulèvement militaire à Arequipa
qui renverse le président José Luis Bustamante, avec lequel il avait pris ses
distances parce que ce dernier ne voulait pas interdire l?Alliance populaire
révolutionnaire américaine (APRA). Forme une Junte militaire qui dirige le pays
jusqu?en 1950, année d?une élection présidentielle où Odría est le seul candidat.
Au pouvoir jusqu?en 1956, il persécute l?APRA, mène une politique nationaliste de
grands travaux, et promeut des réformes sociales pour les plus pauvres.

Ortega, Daniel (1945). Dirigeant étudiant nicaraguayen opposé à Somoza il entre au
Frente Sandinista de Liberación Nacional (FSLN) en 1962; membre de la direction en
1966, il est rapidement emprisonné (1967-1974). Commandant de la guérilla et l?un
des dirigeants de la tendance «terceriste» du FSLN. 
 Après la chute de
Somoza (1979), coordinateur de la Junte du gouvernement de reconstruction
nationale. Elu président de la République en tant que candidat du FSLN (1984). Perd
les élections en 1990. Elu de nouveau président en 2006 avec 38 % des voix.

Páez, José Antonio (1790- 1873). Caudillo de l?indépendance et premier président de
la république du Venezuela. D?origine modeste, il devient éleveur et grand
propriétaire foncier. Homme charismatique, il fait aussi une carrière militaire et
son armée s?unit à celle de Bolivar en 1818. Ecrase les forces royalistes
espagnoles durant la bataille historique de Carabobo (1821). Nommé général en chef,
il est partisan de La Cosiata (sécession du Venezuela par rapport à la
Grande-Colombie). S?oppose de plus en plus à Bolivar. Se proclame dictateur en 1826
et est à l?origine de l?indépendance du Venezuela en 1829. Président de la
République de 1831 à 1835, de 1839 à 1843 et de 1861 à 1863 avec des pouvoirs
dictatoriaux.

Peña, Miguel (1781-1833) Collaborateur de Miranda, gouverneur de La Guaira (1812).
Préside le Congrès de Cúcuta, qui constitue la Grande-Colombie (1821), et la Cour
Suprême (1821-1825). Secrétaire à l?Intérieur et à la Justice il préside aussi le
Congrès de Valencia (1830), qui sépare le Venezuela de la Grande-Colombie.

Pérez Jiménez, Marco (1914) Participe en 1948 au coup d?Etat militaire qui renverse
Romulo Gallegos. Est imposé comme président de la République en 1952, bien qu?il
n?ait pas la majorité des voix. Son régime est marqué par la répression policière,
le développement de l?industrie pétrolière et la corruption. Destitué en 1958, jugé
pour malversation (1963) et emprisonné jusqu?1968. Condamné de nouveau pour
corruption en 1994.

Pérez, Carlos Andrés (1922-): Homme politique vénézuélien né à Rubio (Etat du
Táchira). Militant d?Acción Democrática, il est emprisonné en 1952 par le dictateur
Pérez Jiménez et contraint à s?exiler. Après la chute de celui-ci (1958) devient
ministre de l?Intérieur (1962-63) du gouvernement Betancourt. Elu président de la
Répúblique (1974-79), il nationalise l?industrie sidérurgique et celle du pétrole.
Réélu président (1989-94). En 1992, doit faire face à deux coups d?Etat ratés (dont
celui de Chavez). La corruption de ce politicien est tellement flagrante que la
Cour suprême de justice entame des poursuites contre lui en mai 1993. Condamné à
deux ans et quatre mois de prison en mai 1996 pour avoir détourné 17 millions de
dollars de fonds publics (secrets), utilisés pour des campagnes électorales au
Venezuela et la protection de la présidente du Nicaragua, Violeta Chamorro. A
effectué toute sa peine?. à son domicile (!?) jusqu?en septembre 1996. Surnommé le
«Cha-cha-cha» dans les années 80 parce que les Vénézuéliens considéraient déjà
qu?il avait volé trois fois plus d?argent que le Shah d?Iran !

San Martín, José Francisco de, dit «el Libertador» (1778-1850). Ce
lieutenant-colonel argentin formé en Espagne est un fervent partisan de
l?indépendance américaine. Il retourne en Argentine en 1811 et réforme profondément
l?armée en 1814. A la tête d?une armée, il délivre le Chili puis le Pérou entre
1817 et 1821. Il n?arrive pas à se mettre d?accord avec Bolivar sur le futur régime
politique des nouveaux pays d?Amérique latine et se retire aux Pays-Bas en 1822,
puis en France.

Santander, Francisco de Paula (1792-1840) Général de Bolivar puis chef
d?état-major. Lors de l?indépendance de la Grande Colombie en 1819 (qui regroupe la
Colombie, le Venezuela, le Panama et l?Equateur), il est le vice-président du pays.
Entre en conflit avec Bolivar. Contraint de s?exiler, il rentre après la mort de
Bolivar (1830), quand la Grande-Colombie se morcèle en plusieurs Etats. Premier
président constitutionnel de la Colombie (1832-37) il mène une répression sanglante
contre les partisans de Bolivar et ses autres opposants.

Somoza, Debayle Luis (1922-1968) Frère d?Anastasio Somoza Debayle, président du
Congrès (1951) puis de la République du Nicaragua (1957-1963). Favorise le
développement économique en s?appuyant sur les investissements américains, cherche
à contenir la guérilla du Frente Insurreccional (1960).

Somoza, Anastasio dit Tacho (1896-1956) En 1925, participe à l?insurrection du
général Chamorro qui amène au pouvoir le Parti libéral au Nicaragua. Commande la
Garde nationale à partir de 1933. Dirige un coup d?Etat en 1937 et assume le
pouvoir jusqu?en 1947. Se fait nommer président en 1951. Soutient la politique des
Etats-Unis dans la région, réprime férocement toute opposition interne. Contribue à
renverser le président Figueres du Costa Rica (1954) et le gouvernement Arbenz au
Guatemala (1954). Amasse une fortune personnelle considérable (il possédait une
proportion importante des terres cultivables du pays). Meurt assassiné.

Stroessner, Alfredo (né en 1912) Devient commandant en chef de l?armée uruguayenne
en 1951. Participe à un coup d?Etat militaire et est ensuite élu Président, tout en
étant l?unique candidat. Il consacre la moitié du budget national à former une
armée qui met en coupe réglée le pays. Renversé par un coup d?Etat militaire en
1989.

Torres González, Juan José (1919-76) Chef des forces armées boliviennes, il oblige
le président de la République, le général Ovando, à démissionner en octobre 1970,
et devient président à son tour. Se présentant comme un «nationaliste de gauche» et
un «président révolutionnaire», il est renversé en août 1971 par le colonel Hugo
Banzer. Se réfugie au Chili, puis en Argentine après la chute d?Allende (1973).
Enlevé puis assassiné en 1976.

Torrijos, Omar (1929 -1981). Organise un coup d?Etat au Panama en 1968. Préside une
junte de gouvernement militaire, puis accroît ses pouvoirs en 1972-1978 et devient
président du gouvernement. Fait pression sur James Carter pour récupérer la
souveraineté du canal, d?où les accords Torrijos-Carter, qui prévoient la
restitution graduelle du canal jusqu?en 2000. Se retire du gouvernement mais reste
chef de la Garde nationale et président du Parti révolutionnaire démocratique.
Meurt dans un mystérieux accident d?avion.

Urdaneta, Rafael (1788 ? 1845). Rejoint l?armée de Simon Bolivar en 1813. Général
de division en 1815, puis général en chef en 1822, il participe à la libération du
Venezuela et de la Colombie actuelles. Président du Sénat, ministre de la Guerre et
enfin président de la République de Colombie.

Uribe, Antonio José (1869-1942) Homme politique, diplomate et juriste colombien.
Ministre de l?Education, ambassadeur de Colombie au Pérou.

Vargas, Getúlio (1883- 1954) Député du Parlement brésilien en 1922, ministre des
Finances, puis gouverneur de l?Etat du Rio Grande do Sul. Battu aux élections
présidentielles de 1930, il organise un coup d?Etat et instaure une dictature qui
durera jusqu?en 1945, date à laquelle il sera renversé par un putsch. Réélu
président en 1951, il se suicide trois ans plus tard.

Velasco Alvarado, Juan (1910 -1977) Organise le coup d?Etat qui renverse le
président du Pérou, Fernando Belaúnde Terry (1963-1968) et préside la Junte
militaire révolutionnaire. Promulgue une réforme agraire et des nationalisations
qui le transforment en icône des tiers -mondains, mais il doit faire face à une
vague de grèves et de mouvements étudiants en 1972. Renversé par un coup d?Etat
militaire, le 29 août 1975, dirigé par son compère, le général Francisco Morales.

Yumare, massacre de: assassinat de 9 sympathisants ou militants d?extrême gauche
qui furent torturés puis achevés d?une balle dans la nuque, le 8 mai 1986.


[ fin de la deuxième et dernière partie ]


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