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(fr) Courant Alternatif # 177 - fevrier 2007

Date Tue, 5 Feb 2008 23:05:55 +0100 (CET)



Ci dessous l'éditorial et le sommaire du n° 177 de Courant Alternatif, mensuel
édité par l'organisation communiste libertaire.

*** Editorial

De journées d'action en élections : l'impasse :

Sous l'Ancien Régime, la lettre de cachet permettait au roi de maintenir
emprisonnée indéfiniment toute personne gênant le pouvoir royal. Le mois dernier,
députés et sénateurs de notre belle république ont voté une loi dite de rétention
de sûreté : elle permettra de maintenir en détention une fois la peine accomplie
tout
détenu présentant une présomption de dangerosité ! Le bon vouloir royal est
réactualisé par la science de l?expertise psychiatrique.

Inquiétant...

Les candides rétorqueront que cette présomption de dangerosité concerne uniquement
les pédophiles, auteurs des crimes les plus réprouvés par la morale officielle, et
non l'écrasante majorité des honnêtes gens. Une mesure récente était aussi réservée
à l'origine aux pédophiles, le fichage ADN des empreintes génétiques. Elle s'est
rapidement appliquée à d'autres crimes, puis délits et simples larcins ou
situations administratives irrégulières. Aujourd'hui le fichage ADN tend à
s'exercer sur l'ensemble de la population, coupables ou non, victimes ou témoins,
jeunes ou vieux, pêle-mêle...

Le pouvoir politique se donne ainsi le moyen légal d'effacer à grande échelle toute
opposition irréductible à son règne. Bien sûr, les services de l'Etat bafouaient
déjà épisodiquement les lois. Mais aujourd'hui grâce notamment à la législation
anti-terroriste, à cette rétention de sûreté déjà testée sur les étrangers (article
sur la rétention administrative p. 15), ou encore à l?enfermement des mineurs
(texte sur les E.PM. p. 13), l'Etat français se place sur un terrain balisé par les
hôpitaux psychiatriques biélorusses et les geôles étatsuniennes de Guantanamo.

Cette législation répressive française arrive justement quand l'harmonie du
capitalisme mondial risque de connaître un sérieux coup de torchon. Si l'on tient
rigueur à un chômeur pour quelques indemnités trop perçues, ou un locataire pour
des retards de loyers, les banquiers eux présentent leurs excuses pour des
milliards envolés, comme le directeur de la Société Générale le 23 janvier. La
crise financière, qui n'en finit pas d'enfler avec la déconfiture des crédits
immobiliers hypothécaires US entamée dés 2005, semble maintenant tellement
incontournable qu'elle pourrait remettre en cause le modèle de consommation des
pays occidentaux et notamment nord-américain, bâti sur les crédits à la
consommation (lire l'article sur le pouvoir d'achat p.12). Les banques centrales
injectent 400 milliards de dollars en août dernier, Bush remet fin janvier 140
milliards pour soutenir la consommation des Américains les plus riches, mais le
capitalisme financier mondial émet toujours de sinistres craquements, car aucun
rentier ne veut renoncer à sucer les marges bénéficiaires maximales !

Les classes sociales les plus pauvres vont être les premières frappées par le
ralentissement économique induit par baisse du crédit et de l'activité
industrielle. Or, dans l'Hexagone ces populations sont déjà la cible des mesures
prises par le gouvernement français au nom du réalisme économique. Retraites, soins
médicaux, logement, études, précarité du contrat de travail, impôts indirects
renforcées (franchise médicale, ou TVA et CSG dans le rapport Attali). Il est
difficile de trouver un aspect du quotidien des classes populaires qui ne passe pas
à l'écrémage financier du gouvernement Fillon.

Pour résister à pareille menace, les derniers mouvements sociaux semblent un peu
faibles. Depuis cet automne 2007, les cortèges syndicaux font encore plus pour ne
pas se rencontrer, comme dans un ballet bien réglé : "Après vous!", "Je vous en
prie", "Passez donc les premiers!", "Trop aimables"... En ce début d?année
électriciens, fonctionnaires ou pêcheurs manifestent encore une fois séparément.

Avec le 24 janvier, troisième journée d'action intersyndicale depuis septembre, les
confédérations syndicales qui ont négocié avec le MEDEF les futures conditions de
travail et la flexsécurité à la française (instaurant de fait un Contrat première
embauche élargi à toutes les tranches d'âges !) sont arrivées à démontrer une chose
: elles veulent d'abord s'intégrer dans le futur plan de financement des syndicats,
prôné par le pouvoir, au lieu de s'intéresser aux revenus des salariés (voir
l'article sur le financement des syndicats p. 4). Plus que jamais, des structures
de lutte inter-corporatistes ouvertes à tous les salariés, scolarisés et précaires
sont à (ré-)inventer pour élaborer collectivement des perspectives politiques et
sociales qui échappent aux bureaucrates syndicaux et autres professionnels du
renoncement. Le poids de la nécessité fait que certains y travaillent localement
(voir l?interview de l?USM-CGT de St-Nazaire p. 7).

Les plus optimistes retiendront que la grève du 24 a rempli un rôle de grève par
procuration, puisque près de 57% de la population approuvaient ses objectifs
centrés sur les salaires. Mais avec pareille conscientisation, nous restons loin du
nouveau Mai 68 que d?aucuns appellent de leurs v?ux, et ne font que commémorer en
attendant. (voir p. 24).

Toute cette chape de plomb donnerait raison à la LCR de choisir ce moment pour
lancer son initiative de Nouveau Parti Anti Capitaliste, voulant regrouper
radicaux, antilibéraux, révolutionnaires et autres déçus de la gauche (lire
l?article p. 17). Le PC tétanisé par sa descente aux enfers électoraux de 2007, le
PS empêtré dans ses guerres intestines et son social libéralisme, sont autant
d?éléments qui font que la LCR trouvera peut-être un espace politique à investir.
Il semble déjà qu?avec le facteur de Neuilly, même les médias ne soient pas
mécontents de retrouver enfin quelque chose qui ressemble à une opposition un peu
vivace, ce qui n?est pas la moindre des chausse-trappes ! Nous verrons sur le
terrain des luttes si ce NPAC vérifie son anti-capitalisme revendiqué, ou s'il
finira satellisé dans l?orbite électorale de la galaxie politicienne.

OCL Nantes & Saint-Nazaire,
le 28/01/08


*** Sommaire du n°177, février 2008

Edito

Syndicalisme
L?argent des syndicats : un secret de polichinelle

Luttes Syndicales
Interview de l?USM-CGT : Saint-Nazaire, laboratoire des restructurations industrielles

Solidarité Internationale
Strike Bike : Retour sur une petite solidarité européenne et mondiale

Social
Pouvoir d?achat, pouvoir des mots

Répression
Manifeste pour Mineurs en Danger :
Nous ne travaillerons pas en EPM !
Quelques éléments de discussion
La rétention administrative
Journée européenne contre les centres de rétention

Stratègie
Mais que font les trotskystes

Mauvais Genre !
Critique du genre et réflexions sur la théorie queer

Big Brother !

Mai 68 !
Ce n?est qu?un début, commémorons le combat !


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