A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Lutte des classes et des sexes

Date Fri, 30 Nov 2007 10:01:59 +0100 (CET)


Alors que les discours sur la rénovation de la gauche se multiplient, retour aux
sources.
Les signes du retour des classes sociales dans la discussion publique savante ou «
ordinaire », se multiplient. Les expressions « classe sociale », « classe ouvrière
», « classe salariale » et d?autres réapparaissent dans les titres de livres ou
d?articles. Cette réapparition s?effectue encore avec une certaine discrétion. Car
la disqualification de ce concept semble aller de soi pour nombre d?intellectuels
médiatiques ou spécialistes des science sociales. La structure de classe des
sociétés capitalistes contemporaines a été bouleversée et l?ancienne classe
ouvrière « n?est plus ce qu?elle n?a jamais été ». De plus, après l?annonce répétée
de son avènement, l?immense classe moyenne censée couvrir 80 % de la population
serait en train de « disparaître » à son tour. La bourgeoisie par contre est
toujours là.

Parallèlement au retour des classes, la critique de la polarisation du regard sur
les seuls rapports de classe s?est affirmée. Les transformations de la place des
femmes et l?émergence du genre en tant que catégorie d?analyse n?ont pas encore
provoqué tous les effets escomptés, tant sur le plan politique que scientifique.
Mais, la recherche portant sur les rapports sociaux de sexe s?est imposée dans les
sciences sociales. Les rapports de génération et les rapports de « racisation »
sont également l?objet d?investigations depuis deux ou trois décennies. Il faudrait
apprendre à penser la structure sociale comme un entrecroisement dynamique de
l?ensemble des rapports sociaux, chacun imprimant sa marque sur les autres.

Le retour des classes a été précédé et accompagné d?un retour récent de Marx. Ses
analyses étaient discréditées dans la conjoncture théorique des années 80 et 90.
Celle-ci était profondément marquée par le contexte politique : le déclin puis
l?effondrement de l?URSS, la crise prolongée en Europe et sur d?autres continents
du mouvement ouvrier et notamment de son modèle social-démocrate, tant dans sa
version (post)-stalinienne que socialiste, sans compter les entreprises
idéologiques multiformes et systématiques qui toutes visaient à reléguer l?auteur
du Capital et les utopies de transformations sociales aux oubliettes.
Depuis le milieu des années 90, son ?uvre est dégagée progressivement des ornières
positiviste et structuraliste dans lesquelles l?enfonçaient certaines lectures
réductrices. La distanciation du rapport des intellectuels, en particulier dans les
sciences sociales, avec les organisations politiques, notamment le Parti
communiste, est aussi un reflet de cette crise. Ces dernières années un grand
nombre de travaux de philosophes et de sociologues ont contribué à relire l??uvre
de Marx dans sa cohérence d?ensemble, débarrassée des déformations, des
simplifications ou des interprétations problématiques.

Le retour récent des classes sociales fait suite à leur éviction brutale au cours
des années 80 et 90. La quasi-disparition d?un « discours de classe en tant que
discours de type scientifique à prétention politique » a été
attribuée à trois facteurs principaux qui n?épuisent cependant pas la question :
l?affaiblissement des liens entre les intellectuels et le PCF ; l?effondrement du
noyau central de la classe ouvrière industrielle ; l?invasion de nouveaux discours
et de pratiques managériales.

Ce rejet du discours de classe est probablement à inscrire aussi dans un mouvement
plus vaste : la quasi-disparition dans les sciences sociales de variables
structurelles comme la démographie, l?économie, la technologie, la géographie et la
focalisation des spécialistes sur la petite échelle. Les identités ont remplacé les
structures au c?ur des disciplines, de plus elles sont multiples et instables, et,
selon les nouvelles orthodoxies, elles ne sont construites que de « manière
discursive ». La prise en compte du « sexe social » comme variable structurante est
très récente. Elle n?intervient pas en tant que telle dans la littérature
sociologique avant les années 70. La prégnance du mouvement ouvrier au cours des
années 60 et 70 et l?influence de la tradition ouverte par Marx permet de
comprendre aussi que pour théoriser les rapports entre hommes et femmes ce sont des
approches en termes de « rapports sociaux de sexe » qui vont se développer dans la
sociologie française dans le sillage d?une partie du mouvement des femmes. Le
système d?oppression et de domination spécifique des hommes sur les femmes sera
également théorisé sous le nom de « patriarcat ».

Avec le reflux des conceptualisations en termes de classes (de rapport de classe et
de rapports sociaux) et l?influence croissante des élaborations d?origine
anglo-saxonne, le genre va se diffuser au cours des années suivantes, lentement en
France, plus rapidement dans la plupart des autres pays. La mise au jour de tels
rapports sociaux de sexe (mais aussi de rapports de génération) au sein des
sociétés occidentales est donc relativement récente. Ces rapports longtemps
occultés étaient restés jusqu?alors impensés. Les analyses en termes de genre vont
se développer dans un premier temps davantage dans des pays anglo-saxons où les
approches en termes de classes sociales (et de rapports de classe) étaient
minoritaires dans les milieux académiques au cours des années 50 et 60. Inversement
en France les analyses en termes de rapports sociaux de sexes (et de générations)
sont élaborées dès les années 70 et 80 et se construisent à partir d?une lecture
critique du paradigme marxien. Elles ne se diffusent malgré tout que très
parcimonieusement en sociologie, en histoire ou dans le champ des « études
féministes ».

La remise en cause de l?« Etat social », la promotion du marché comme instance
ultime de régulation compensée éventuellement par l?action caritative et la montée
de l?individualisme contractuel n?ont pas été sans effet sur les lectures proposées
de la structure sociale. Dans la vulgate libérale, sur un marché il y a des
individus atomisés, acheteurs et vendeurs, éventuellement négociateurs ou
plaideurs, il n?y a pas de classes sociales. La forte montée des inégalités
sociales depuis le début des années 80 et le renouveau des conflits sociaux, a
cependant conduit une part croissante de sociologues à (re)prendre au sérieux les
analyses en termes de classes et à abandonner la rengaine de l?individualisation du
social. Le retour en force d?analyses portant sur les classes confirme en outre
l?existence de véritables cycles conceptuels. La présence dans le
discours sociologique, et plus largement dans le débat public, de la notion de «
classes sociales » suit en effet une alternance de phases hautes et de creux. Ces
cycles des concepts et des idées semblent correspondre à d?autres cycles renvoyant
aux rapports de force tels qu?ils s?expriment dans la société, notamment ceux que
d?aucuns appelaient autrefois les « cycles de la lutte des classes ».

PFEFFERKORN Roland

* Paru en tribune dans le quotidien Libération du 28 août 2007.
* Roland Pfefferkorn est professeur de sociologie à l?université Marc-Bloch de
Strasbourg, cultures et sociétés en Europe (CNRS). Dernier ouvrage paru :
Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de
sexes (éd. la Dispute, 2007).


[ texte repris du site http://endehors.org ]


_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center