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(fr) Sarkozy soutien Thibault et la direction de la CGT

Date Thu, 29 Nov 2007 15:54:08 +0100 (CET)


Le tract trouvé que nous reproduisons ici a été publié en 2003 dans la revue
Oiseau-tempête, puis dans Agone (n° 33-2005), « Le syndicalisme et ses armes »
(http://atheles.org/agone/revueagone/agone33/).
Dans la recension qui lui fut consacrée dans L?Humanité (06/06/2005), le plumitif
de service écrivit, au comble de l?indignation : « Une pitoyable attaque contre le
secrétaire général actuel de la CGT gâche quelque peu la tenue de l?ouvrage. Misère
de la polémique sans fondement ! »

On jugera dudit fondement au vu de l?actualité sociale de ces dernières semaines
après les grèves à la SNCF, à la RATP et à l?EDF, notamment, et au comportement de
ce syndicat et de sa direction à cette occasion. Et on lira à la suite cet extrait
d?un article d?un quotidien vespéral des marchés, généralement considéré comme bien
informé des dessous pas toujours très reluisants de la politique des dominants, sur
le rôle qu?y joua la direction de la CGT. En mai-juin 2003, la « trahison » de la
CFDT obscurcit quelque peu le rôle, primordial, de la CGT dans cette défaite
significative des classes populaires dont nous ne sommes pas sortis, et que les
grèves de ces dernières semaines risquent d?accentuer, à moins que?

En attendant, ce n?est pas un tract humoristique et provocateur qui dit que le roi
est nu et Bernard Thibault l?organisateur de la défaite, mais l?organe central de
la bourgeoisie française qui sait de quoi elle parle et où est son intérêt?
Qu?on le sache et que chacun en tienne compte pour agir en conséquence lors des
prochains mouvements sociaux que déclenchera inévitablement la politique
ouvertement pro-MEDEF du locataire de l?Elysée !

*******************************

Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre de la France
à Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT

Monsieur le Secrétaire général,

Je comprends maintenant mieux ce que vous vouliez dire lorsque, à l'issue de notre
dernière entrevue, vous avez déclaré avec un clin d'oeil : ? C'est dans les
vieilles casseroles qu'on fait les meilleures soupes ?.
Certes, je ne possède pas votre expérience d'? organisateur d'événements ?, mais
j'avoue volontiers que vous m'en avez bouché un coin. En choisissant, en accord
avec les autres responsables syndicaux, la date du 13 mai 2003 pour votre journée
de grève sur une réforme des retraites que vous et moi jugeons nécessaire, non
seulement vous canalisez dans les limites temporelles strictes la colère des
irresponsables que les grands syndicats et les médias n'ont pas encore réussi à
anesthésier, mais vous faites chanter les symboles.

En effet, il y a 35 ans - déjà -, le 13 mai 1968, la CGT et les autres centrales
syndicales, pour tenter de reprendre en main un mouvement qui leur avait échappé,
organisèrent une journée de grève et une grande manifestation. Cette initiative ne
produisit pas instantanément les effets escomptés, puisque le pays faillit basculer
dans la révolution sociale. Le geste cependant était beau et nous ne remercierons
jamais assez Georges Séguy, l'un de vos illustres prédécesseurs, un homme sur
lequel le général de Gaulle savait
pouvoir compter.
Mais votre mérite ne s'arrête pas là. En prévoyant d'ores et déjà une manifestation
nationale pour la fin du mois de mai, vous occupez le terrain jusqu'à la veille des
vacances, moment que les étudiants pris par les examens et les salariés pressés de
reconstituer leur force de travail jugeront peu propice pour lancer un mouvement.
Il vous suffira alors, comme vous le faites si bien, de prédire une rentrée sociale
agitée, non pas pour stopper - nous savons vous et moi préserver les apparences -,
mais stocker les ardeurs, qui finiront
bien par fondre sous la chaleur du soleil estival.

En attendant, cher Bernard - brisons la glace une fois pour toutes -, veillons
entre-temps à ne pas laisser les mains libres à nos vrais ennemis. J'entends par là
ceux qui, malgré nos efforts conjugués, au lieu de rester sur le terrain dont nous
traçons en permanence les limites pour eux, pourraient bien en profiter pour se
mobiliser sur des mots d'ordre radicaux. Il ne manquerait plus que, renversant
toutes les hiérarchies, ils en arrivent à remettre en cause le travail et le
salariat, ce qui nous mettrait en fâcheuse posture, vous et moi, avouons-le, mon
vieux Bernard.

Nos intérêts sont liés, sachons les défendre !
Pas de chichis entre nous, Nanard, charge-toi du populo, moi je m'occupe du reste.

Raff.

( Tract trouvé lors de la manifestation du 1er mai 2003 à Paris. )


*******************************

« IL FAUT SAUVER LE SOLDAT THIBAULT »

Le patron de la CFDT, François Chérèque, a pourtant aussi rappelé qu'en 2003, son
syndicat a subi une autre hémorragie de militants, au moment de la réforme des
retraites impulsée par le gouvernement Raffarin et que ceux-là ont rejoint la CGT
plutôt que SUD. Ce sont eux qui, depuis le début de la grève, malmènent le plus
souvent Bernard Thibault dans sa tentation de négocier. Entre la base et les
dirigeants du syndicat majoritaire à la SNCF et à la RATP, la coupure est nette.

Mais Nicolas Sarkozy ne semble pas l'avoir tout de suite perçu. Le président semble
en effet resté au vieux modèle gaulliste qui consiste à "passer des deals" avec la
CGT. Il se vante d'avoir procédé ainsi en 2004, lorsqu'il était ministre de
l'économie, pour obtenir l'ouverture du capital d'EDF. Nicolas Sarkozy en a gardé
de
bonnes relations avec Frédéric Imbrecht, secrétaire générale de la Fédération CGT
de l'énergie, qu'il tutoie et sur lequel il ne tarit pas d'éloges. "Imbrecht m'a
dit : "D'accord pour négocier, mais tu mets quoi dans ma gamelle ?" Moi, j'aime
ça", sourit Sarkozy.

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, est cependant dans une situation
bien plus délicate. Le patron de sa puissante fédération des cheminots, Didier Le
Reste, est en effet son rival. Partisan du non à la Constitution européenne, Le
Reste a affronté Thibault en 2005 et l'a mis en minorité. On lui prête désormais
l'ambition de lui succéder.
Depuis le début du conflit, Le Reste navigue au plus près des intérêts de sa base,
coincé entre les radicaux de SUD-Rail et les réformistes de la CFDT. Et Thibault
paraît parfois tétanisé. "Il ne fait pas de politique. Il ne négocie rien", se
plaint un conseiller de l'Elysée.

Xavier Bertrand a pourtant vite pris la mesure de ses difficultés. Dès le 13
novembre, à la veille de la grève reconductible, il a reçu Bernard Thibault, Didier
Le Reste, Frédéric Imbrecht et Gérard Le Boeuf. Une heure et quart de palabres sans
issue. Puis le patron de la CGT a fini par dire : "Je viens avec une proposition" -
qu'il
avait déjà présentée à la presse. Jusque-là, la CGT exigeait une négociation
globale. Elle accepte la négociation tripartite, "entreprise par entreprise", qui
permet l'acceptation de contrepartie. Thibault, convaincu que la CGT n'a rien à
gagner à une grève longue qui n'a pas les faveurs de l'opinion, est parvenu à
imposer sa stratégie à Le Reste. Mais la déchirure menace. A Bertrand qui réclame
des précisions, Thibault au supplice souffle : "Ne me demandez pas de me répéter."

Le lendemain, en constatant que le leader de la CGT, héros des cheminots de 1995,
vient d'être sifflé par sa base dans certaines AG de la SNCF, Xavier Bertrand est
convaincu : mieux vaut avoir Thibault pour négocier que des radicaux ou des
coordinations incontrôlables. "Il faut sauver le soldat Thibault", résume Sarkozy,
et lui donner le temps de convaincre ses adhérents qu'ils n'ont rien à gagner dans
un conflit long. L'ouverture des négociations sera fixée selon les demandes de la
CGT.

« Jours de grève à l'Elysée : les coulisses d'une grève qui fut un test politique »
Le Monde, 26.11.07

[ titre d'ainfos-fr ]
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