A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Brochure - Collectif de soutien aux demandeurs/euses d'asile et aux sans papiers

Date Thu, 29 Nov 2007 15:30:50 +0100 (CET)


Bonjour. Voici l'introduction d'une brochure rédigée par le COLLECTIF DE SOUTIEN
AUX DEMANDEURS D'ASILE ET AUX SANS PAPIERS. Cette brochure est disponible auprès du
CSDASP pour 2 euros, plus les frais d'envoi.
Pour contacter le collectif : <csdasp37(a)no-log.org>

Tours, octobre 2007
COLLECTIF DE SOUTIEN AUX DEMANDEURS D'ASILE ET AUX SANS PAPIERS

Depuis des dizaines d'années, les luttes de l'immigration émaillent la vie
politique. Tours n'échappe pas à cette réalité ; plusieurs collectifs de soutien
aux sans papiers se sont succédés durant toutes ces années. Le Collectif de Soutien
aux Demandeurs d'Asile et aux Sans-Papiers existe depuis 2004 ; il compte déjà une
histoire non négligeable. Nous vous proposons de la découvrir à l'aide de cette
brochure.

A l'époque, des Roms, originaires du Kosovo, vivaient dans des conditions
effroyables sur un terrain vague en périphérie de Tours : la Gloriette. Des
militants de diverses organisations politiques, syndicales et associatives, se sont
mobilisées pour que ces personnes puissent obtenir des logements décents, et que
disparaisse ce bidonville tourangeau. Le rapport de force permit seulement
d'obtenir l'ouverture d'un camp où les familles furent accueillies dans des
ALGECOS. Ce camp-Algeco fut géré par une association caritative (l'Entr'Aide
Ouvrière), le temps de la période hivernale 2004/2005. Après de multiples aléas,
les familles en question sont encore actuellement ''hébergées'' dans ces
baraquements de chantiers, à la Gloriette! En outre, fin mars 2005, l'EAO refusait
d'héberger plusieurs autres familles demandeuses d'asile. Celles-ci se retrouvèrent
à la rue, dont certaines avaient des enfants en bas âge.

Depuis quelques temps déjà, plusieurs militants avaient émis l'idée d'occuper la
fac des Tanneurs, située au centre ville. Plusieurs arguments semblaient favorables
à cette initiative :
- on ne pouvait plus occuper un lieu ecclésiastique, car il n'offrait une sécurité
suffisante ;
- on pouvait espérer sinon un soutien, du moins une non opposition de certaines
organisations syndicales (étudiantes et enseignantes) au sein de l'université ;
- l'occupation serait aussi grandement facilitée dans la mesure où une intervention
policière serait plus compliquée à organiser par les autorités, compte-tenu de la
présence d'étudiants pendant la journée, et qu'une telle intervention dépendait de
l'accord du président de l'université. Ainsi les militants du collectif seraient
plus disponibles pour organiser les actions afin de populariser la lutte.

Après moult débats, une partie de la fac des Tanneurs est occupée notamment avec
SUD-Étudiants à compter du 30 mars 2005. 9 familles de Demandeurs d'Asile furent
ainsi hébergées pendant 84 jours1. Les conditions d'hébergement desdites familles
étaient très spartiates. Il était quasiment impossible d'accueillir de nouvelles
personnes d'un point de vue logistique. Sous couvert de pragmatisme et de la
faiblesse du rapport de force, la majorité du mouvement (qui compta environ entre
environ 500 personnes plus ou moins impliquées à son apogée, et une trentaine à sa
fin) refusa d'ouvrir la fac aux sans-papiers, limitant sa revendication aux 9
familles. Le mouvement était constitué de militants variés, politiques, syndicaux,
caritatifs, étudiants. Il luttait pour l'application d'une disposition de la
convention de Genève : le logement des Demandeurs d'Asile.

L'idée était de faire pression sur les pouvoirs publics en hébergeant ces familles
à l'université (un des slogans des occupants était « université terre d'asile »),
site considéré a la fois comme symbole de l'État et lieu d'ouverture. Le but
concret, au-delà de la dénonciation de la situation des demandeurs d'asile, était
l'obtention de places d'hébergements en Centre d'Accueil pour Demandeurs d'Asile.
Les militants assuraient l'hébergement des 9 familles dans une des salles de la
faculté ; celles-ci étaient impliquées dans les décisions par un travail de
navettes entre elles et certains militants, des traductions, leur participation aux
AG. Ces familles, autour desquelles s'agrégeait le mouvement de lutte, sont
devenues l'objet des revendications du mouvement. On exigeait l'application d'une
disposition de la convention de Genève, pour des familles choisies par les
militants parce que réglementairement en procédure de demande d'asile. L'objectif,
précis et légaliste, se doublait donc d'une stratégie de même ordre. Que ce soit
dans les revendications ou dans les outils utilisés (l'accueil des 9 familles), le
mouvement se profilait dans une logique « hôtelière ». Dans cette optique, la
question initiale de la régularisation des demandeurs d'asile et sans-papiers ne pu
jamais être posée publiquement, malgré de nombreux débats en A.G. Le mouvement se
plaçait dans une posture qui n'était plus guère politique, mais plutôt
humanitaro-hotelière. Pourtant, le mouvement était très présent sur la ville. Les
actions de médiatisation (manifs, déploiements de banderolles, tracts) et
d'interpellation des pouvoirs locaux (investissement de sites, perturbation de
réunions, ...) étaient quotidiennes. Ces actions visaient surtout à faire vivre aux
yeux de tous ce qui se passait à la faculté des Tanneurs. À défaut de perspectives
dépassant les préoccupations gestionnaires de l'occupation, la logique hôtelière
demeurait dominante. Quant au président de l'Université, placé en tôlier dont
dépendait la possibilité d'une évacuation policière, il est alors devenu
l'interlocuteur des occupants. Le président était censé faire le lien entre le
mouvement et la préfecture (qui a ainsi écarté très largement le mouvement des
négociations). Le mouvement se trouvait coupé de toute pression directe sur les
décideurs, et était détourné de l'enjeu véritable par les tergiversations avec le
président de l'université et les polémiques internes que cette situation posait. En
outre, le mouvement s'est fourvoyé dans un processus sans fin de négociations, par
l'intermédiaire d'une petite poignée de porte-paroles - "experts" permanents ;
ceux-ci se conformant alors - avec (plus que moins) l'assentiment de l'AG - au rôle
qu'ont voulu leur faire jouer les autorités, celui de "responsables". Ainsi la
désignation de quelques leaders entre les mains desquelles semblait reposer (de par
leur reconnaissance comme négociateurs acceptables par les autorités et comme
experts de la question des Demandeurs d'Asile) la fiabilité du mouvement, la non
mise à la rue des familles, donc l'issue de la lutte, a-t-elle conduit à une perte
d'initiative et d'efficacité du mouvement. La frilosité gestionnaire de la posture
humanitaro-hotelière adoptée par le mouvement explique en grande partie
l'enfermement croissant dans lequel celui-ci s'est retrouvé piégé. La peur de
l'évacuation comme fin catastrophique au mouvement a été vite intégrée par la
majorité de ses membres. C'est ainsi que l'occupation a subi tout en s'y
conformant, la logique imposée par l'État. L'enfermement s'est traduit entre autres
par le refus d'héberger des Roms (puisqu'on se limitait aux personnes
statutairement demandeuses d'asile). L'enfermement a été aussi celui de l'espace :
alors que les locaux occupés étaient relativement exigus pour les familles, il n'a
pas été décidé de s'étendre dans d'autres salles, encore moins d'investir d'autres
lieux.

Au sein de ce mouvement, nous militions pour l'ouverture de la fac à tous et toutes
(demandeurs d'asile et sans-papiers). Comprenant que l'exiguïté des locaux limitait
le nombre de personnes, nous proposions de poser la question de la réquisition de
logements, en prenant des vides2 (le maire de Tours a reconnu qu'il y en avait 2000
dans la commune, cf. Tours Infos décembre 2006). Nous avons donc proposé que le
mouvement ouvre au moins un squat afin de pouvoir héberger plusieurs autres
familles demandeuses d'asile ou n'ayant pas de titre de séjour.
Pour construire le rapport de force nécessaire afin d'empêcher les autorités de
faire évacuer ces nouveaux locaux, nous comptions nous appuyer sur les milliers de
personnes que draine le festival Aucard de Tours, d'une part, et d'autre part sur
le fait que les partis de gôche étaient en campagne électorale à propos du
référendum sur la constitution européenne ; il est toujours difficile pour ces
derniers, en période électorale, de montrer un visage répressif. Le mouvement a
beaucoup hésité sur cette proposition, perdant ainsi du temps. Le festival se
termina ainsi que la campagne. Devant une situation complètement bloquée par les
autorités dont leur stratégie se fondait sur le pourrissement du mouvement, il fut
décidé d'ouvrir un squat à Tours. Mais il était trop tard, la police put intervenir
et mettre les gens à la rue dans les jours qui suivirent. Tout de même, le
mouvement d'occupation de la faculté des Tanneurs puis le suivi des familles par
les militants une fois la fac évacuée, a permis l'hébergement en CADA d'une
dizaine3 de familles.
Le manque de réaction du mouvement, l'absence de perspective puis la faiblesse
numérique facilitèrent l'intervention policière dans la fac. Tout le monde se
retrouva dehors. La préfecture, la mairie, avaient gagné..., du moins dans un
premier temps.

Depuis la rentrée 2005, le CSDASP poursuit la lutte avec les sans-papiers et les
demandeurs d'asile. Il milite toujours pour la régularisation de tous les sans
papiers et la réquisition des logements vides. Toutes les personnes et familles
nous sollicitant sont actuellement hébergées et nourries aux frais de la mairie de
Tours. La pression que nous exerçons sur elle y est pour beaucoup. Certaines ont
été régularisées. D'autres associations participent à ce rapport de force :
Chrétiens Migrants, RESF 37, le DAL 37.

Pour la préfecture, tous les moyens sont bons pour essayer d'atteindre les quotas
que lui dicte le gouvernement, comme, par exemple, convoquer une famille dans les
locaux préfectoraux en vue de l'expulser, alors que le ministre de l'intérieur (à
l'époque Sarkozy) avait interdit cette pratique, jugée déloyale. Seuls, les majeurs
"isolés" furent arrêtés et
transférés en Pologne ; les parents d'enfants mineurs ne purent être expulsés car
leurs enfants ont été cachés, rendant impossible l'expulsion puisque l'Etat ne peut
séparer les mineurs de leurs père et mère. Plusieurs enfants furent ainsi cachés
pour les mêmes raisons. La solidarité entre les trois structures, citées ci-dessus,
et le collectif a permis d'ériger ce rempart. De même, il a fallu cacher une femme
camerounaise, âgée de 56 ans, vivant avec sa fille et ses petits enfants. Les flics
ont tenté de l'arracher à sa famille, laissant celle-ci dans le désarrois. Depuis
plus d'un an, cette femme n'a plus de papier et vit dans l'angoisse du lendemain et
dans des conditions plus que précaires. Durant l'automne 2006, les militants du DAL
organisèrent un campement sous un porche devant la mairie de Tours, bien avant les
enfants de Don Quichotte à Paris. Nous nous sommes associés à cette initiative.
Ensemble, nous voulions mettre en évidence, en plein centre ville, le fait qu'il y
a des personnes à la rue, alors que des milliers de logements restent vides dans la
commune. La mairie fit intervenir la police pour mettre fin à ce campement.
Celui-ci fut transféré dans le hall d'un cinéma désaffecté situé dans la rue
principale de la ville. Cette action rencontra un large soutien de la part de la
population. Jean Germain, maire de Tours, ne supportant plus cette situation, fit
de nouveau appel à la police et avec l'aide d'un Kärcher, jeta tout le monde sur le
trottoir. Ainsi Sarkozy avait dit qu'il fallait utiliser cet outil de nettoyage
pour en finir avec la ''racaille'', Germain l'a fait !

Nous militons pour des papiers pour tous et toutes, l'ouverture des frontières, la
liberté de circulation et d'installation, l'égalité des droits. Nous voulons
montrer que les personnes d'origine étrangère, comme tout être humain, ne sont pas
unidimensionnelles ; qu'elles ne peuvent se réduire à leur situation
administrative. Un sans papier c'est tout autant un individu qui a des enfants
allant à l'école ; il habite quelque part, doit se nourrir, se vêtir, se cultiver,
etc. A travers la lutte pour la réquisition des logements vides nous voulons
prendre en compte et rendre visible ce fondement multidimensionnel des personnes.
Stratégiquement, il nous semble important d'articuler des revendications
spécifiques pour battre en brèche la xénophobie d'Etat et combattre le racisme
ambiant avec des revendications luttant contre la précarité et la misère sociale en
général. Ainsi, nous pourrons oeuvrer pour l'égalité sociale, la globalisation des
luttes en favorisant des convergences d'intérêts.

La lecture de cette brochure montre que nous ne limitons pas notre action au
soutien quotidien des familles impliquées dans ce mouvement. Plus globalement, nous
essayons de sensibiliser sur le caractère inhumain de la politique menée contre
l'immigration, en dénonçant son irresponsabilité, ses impasses, les choix de
société qu'elle impose.

_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center