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(fr) Pour l'intensification et la convergence des luttes !

Date Wed, 28 Nov 2007 19:39:24 +0100 (CET)


Un nouveau tract a vu le jour sur le campus universitaire de Grenoble /
(Saint-)Martin-d'Hères. Il est signé par des "preneur-euse-s d'otages"...

à lire ici [ ou ci-dessous ]
http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&id=5809

et à télécharger en "tract" là (A4 recto-verso):
http://paris.indymedia.org/IMG/pdf/doc-48291.pdf

Depuis quelques années, ça n'arrête pas de brasser [1]. La révolte fait bien plus
que gronder : elle éclate régulièrement par sursauts plus ou moins durables et
intenses.

L'Etat en est la cible, toujours. Les syndicats et organisations de gauche sont à
la ramasse et ne cherchent qu'à calmer le jeu.

Pas la peine de chercher bien loin ce qui nous pousse tou-te-s à nous révolter: les
rapports sociaux capitalistes font que la plupart des individus dans ce monde ont
une vie de merde [2]. Police, travail, thunes, hiérarchies et discriminations,
dépossession de nos vies, c'est la hass et toutes les occasions sont bonnes pour
faire comprendre aux tenants du système qu'ils ne pourront pas nous tenir le nez
dans la merde sans qu'on réagisse.

Depuis quelques semaines, plein de monde s'est retrouvé à manifester dans la rue,
encore une fois. Mais les manifs plan-plan, on sait ce que ça donne si on se
contente de ça: ça ne donne rien.
T'as le droit de manifester calmement ton mécontentement, c'est la démocratie.
Mais ne t'étonne pas si le pouvoir s'en bat les reins, c'est la démocratie.

Les cheminots se mettent en grève pendant une semaine, c'est le bordel dans la
circulation des trains dans toute la France mais le gouvernement ne cède pas: il ne
fait que "négocier" avec la CGT et les autres syndicats qui endorment doucement la
colère des cheminots. Alors plusieurs cheminots dans toute la France ont mené des
actions directes illégales pour intensifier leur lutte (sabotage de lignes et
saccage de gares).

On retrouve le même phénomène dans les luttes étudiantes: de nombreuses facs sont
bloquées et occupées, certaines se font expulser par la flicaille (trois fois à
Grenoble, mais aussi à Paris, Nantes, Rennes, Strasbourg, Montpellier, Lyon, etc.).
Les principaux syndicats désertent la lutte et "négocient" des miettes eux aussi.
Là encore, certaines facs connaissent des actes de sabotage (par exemple contre des
caméras de vidéo-surveillance) et quelques manifs sauvages tournent à
l'affrontement avec la police et à la casse de commerces et de voitures (notamment
à Paris et Grenoble). Du côté des lycées, de nombreux établissements se retrouvent
bloqués. Et la joie et l?énergie des manifs sauvages sont souvent fort lycéennes?

Ces derniers temps, d'autres secteurs ont fait grève, comme les marins-pêcheurs et
les salarié-e-s d'EDF, qui pratiquent également le blocage et le sabotage pour
donner plus de poids à leurs luttes.

On ne peut que se réjouir de ces moments de lutte. Quand la détermination prend le
pas sur la résignation, le mot d'ordre démago de Sarkozy peut devenir le nôtre:
ensemble, tout devient possible.

Et c'est là que ça coince: on parle de convergence des luttes, mais en réalité
chacun-e lutte dans son coin.
C'est le problème des luttes corporatistes et réformistes... Ne peuvent en
ressortir que des aménagements du système capitaliste, ça veut dire qu'au mieux on
aura une vie de merde un peu moins pourrie. Il y a un an et demi, le CPE n'est pas
passé. C'est bien, mais par définition rien n'a changé. Et ça ne peut pas nous
suffire.

Alors c'est encore des quartiers les plus pourris de France que nous vient un élan
insurrectionnel moins restrictif: dimanche 25 novembre, à Villiers-le-Bel (dans la
banlieue nord de Paris), deux jeunes qui circulaient sur une petite moto sont
renversés par une voiture de police et sont tués sur le coup. Comme il y a deux
ans, cela déclenche des émeutes dans le quartier. Des dizaines et des centaines de
personnes s'insurgent contre la police, en solidarité avec les deux morts: le
bureau de police de Villiers-le-Bel a été incendié, celui d?Arnouville (ville
voisine) a été saccagé. Plusieurs voitures ont été incendiées, dont des véhicules
de police et de pompiers.

Comme ils l'ont fait pour les grévistes des transports publics et pour les
bloqueur-e-s d'universités, les médias sont à l'affût et s'empressent d'insulter
les émeutier-e-s: par exemple, sur France Info le 26 novembre, un salarié [3] d'une
agence immobilière [4] de Villiers-le-Bel déclare que c'est "stupide" de "casser"
dans le quartier même où les émeutier-e-s vivent... Mais dans ces moments là, la
rage s?exprime comme elle peut. De toute façon, qu'est-ce qui a été cassé ou crâmé
à part des voitures ce soir-là ? Des comicos, des concessionnaires automobiles, une
agence immobilière, différents commerces dont une bijouterie qui a été pillée (bien
joué !).

Les possédants se plaignent qu'on casse leurs magasins mais jamais ils ne se
poseront la question de comment c'est relou qu'ils cassent nos vies en trois mille
morceaux. Le seul moyen de s'en sortir c'est de se faire de la maille par tous les
moyens: tout le monde reste en mode "survie", et ceux qui "réussissent" changent de
camp. C'est la loi de la jungle et faut pas voir peur des mots, ça s'appelle
"capitalisme". Et c'est pas une fatalité, ce système d'exploitation et d'inégalités
n'a rien de "naturel". Alors Pourquoi On Resterait Calmes [5] ?

A gauche, la réaction est claire, quand on demande à François Hollande (chef du
Parti Socialiste) s'il cherche à "comprendre" les émeutier-e-s, il répond direct:
"il n'y a pas à comprendre, il faut condamner [6]".

Bref, c'est toujours le même cirque politico-médiatique.

Et si la meilleure des polices ne porte pas l'uniforme [7], il n'empêche que la
flicaille en uniforme (et la BAC et les "RG" et les indics) est en force partout,
du campus de Grenoble jusqu'à Fontaine et la Villeneuve en passant par les rues du
centre-ville.

Preuve permanente que l'Etat nous met un max de pression... mais on lâchera pas
l'affaire [8].


Les preneurs et preneuses d?otages du campus universitaire de Grenoble / SMH


Notes

[1] Entre autres occasions ces derniers temps: mouvement lycéen lors du printemps
2005, émeutes des quartiers pauvres dans toute la France en automne 2005, mouvement
"anti-CPE" au printemps 2006, émeutes de la gare du Nord à Paris en mars 2007,
actions directes contre les locaux de partis politiques et manifs sauvages avant et
pendant les élections présidentielles, etc.

[2] A des degrés divers, certes, c'est d'ailleurs là-dessus que "jouent" ceux qui
cherchent à nous diviser.

[3] Un cadre ? un sous-directeur ? un employé de base ? on ne le saura pas...

[4] A part les bourgeois pleins aux as, qui n'a jamais eu envie d'exploser une
vitrine d'agence immobilière ? Qui, d'une façon ou d'une autre, ne connaît pas ou
n'a jamais connu de galères de logement ? Qui nous rackette le "droit" de vivre
sous un toit si ce ne sont pas l'Etat, les proprios et les agences immobilières ?

[5] Pendant que la censure peine de tous ses efforts et que d'obscurs syndicats de
porcs, en cas d'encombrantes bavures invoquent le coup du sort et nous convoquent
leur état major.

[6] Sur France Info le 26 novembre 2007.

[7] Parce que la meilleure des polices, c'est ton taf, ta télé, tes crédits, tes
anxiolytiques, neuroleptiques, antidépresseurs (...) la meilleure des polices,
c'est tout ce qui te fait marcher droit avec ton propre consentement, sans jamais
oser montrer les crocs...

[8] Et qu'on ne vienne pas nous parler d'aller voter ! Ni pour Ségolène Royal ni
pour qui que ce soit, ce qu'on veut c'est modifier les rapports sociaux. Parce que
le le problème, c'est pas le nom ou la tête du Président de la République, le
problème, c'est la République, c'est l'Etat, c'est la hiérarchie sociale,
économique et politique, c?est un système. Alors ouais, on a du pain sur la planche
si on veut révolutionner ce monde de merde, mais on n?a pas grand-chose à perdre?
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