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(fr) Ou en est l'ex-Yougoslavie ?

Date Sun, 25 Nov 2007 11:12:56 +0100 (CET)


Pour cette deuxième émission du Monde comme il va, je vous propose,
contrairement à une rumeur qui annonçait quelques nouvelles
irakiennes, une tournée dans les Balkans. On ne parle plus guère de
cette région qui a fait les gros titres de l?actualité entre 1991
et 1999. C?est-à-dire la période qui va de l?éclatement de la
Yougoslavie titiste née en 1945 à l?intervention des troupes de
l?OTAN contre la Serbie, officiellement ces bombardements étaient
motivés par la situation au Kosovo. Trois guerres ont eu lieu dans
cet intervalle de 9années : en Croatie, en Bosnie et au Kosovo et en
Serbie pour la dernière. Trois guerres auxquelles nous n?avons pas
compris grand-chose entre autre parce qu?elle ne pouvait pas être
lu par les grilles idéologiques habituels. Même si on y retrouve les
mêmes acteurs (les États-Unis, la Russie, les États d?Europe
occidentale), ce sont les premières guerres de l?après
affrontement Est-Ouest. Les cartes ont été brouillées : certains
tiers-mondistes demandaient une intervention militaire de l?OTAN au
nom de la protection des civils et de l?ingérence humanitaire ;
d?autres, peu nombreux, récusaient complètement cette idée, au
nom de l?anti-impérialisme ou du pacifisme ; les plus nombreux, ce
sont terrés chez eux. Depuis, ces conflits ont été éteints par une
série d?accords : ceux de Dayton qui ont mis en terme en 1995 à la
guerre en Bosnie, ceux d?Erdut en 1997 qui ont organisé le retour
aux frontières croates de 1991 et enfin les accords de Kumanovo en
1999 qui ont placé le Kosovo sous autorité provisoire de l?ONU.
Qu?en est-il aujourd?hui de la situation dans ces différents
pays ? Les interventions militaires ont-elles permis, comme promis,
d?installer durablement la paix ?

En fait, pour ne pas traîner en longueur et respecter les canons de
la rhétorique académique, il faut bien reconnaître que rien n?est
réglé et qu?une grande partie de l?ex espace yougoslave reste
malheureusement une véritable pétaudière.

D?un Etat yougoslave on est désormais passé à 6 républiques,
dont une, la Bosnie, est coupée en deux entités avec chacune leurs
propres institutions. Et avec la possibilité d?en voir naître un
septième : le Kosovo. Mais où s?arrêteront-ils ? La création de
ces six pays dépasse le simple fait de franchir une frontière toutes
les trois heures ou de changer de monnaie aussi régulièrement.
Monnaie dont on se débarrasse difficilement dans le pays voisin : le
Monténégrin ne veut pas du dinar serbe mais accepte la kuna croate
qui elle est refusée en Serbie. Le Macédonien, pour ne pas être en
reste, refuse le lev bulgare... La multiplication des frontières
c?est aussi la culture de la mesquinerie et de la connerie.

Par exemple, il ne faut pas oublier de ménager les susceptibilités,
au lieu de lancer un « ne govorite srpski » (je ne parle pas serbe),
il faut penser à dire désormais : « ne govorite cernagoski » ou
bosanski ou hrvatski... Seul l?adjectif change mais il s?agit à
chaque fois de la même langue, la seule différence, c?est
l?accent. Entre le serbe et le bosniaque c?est comme entre un
toulousain et un tourangeau. On ne fait pas la guerre pour rien
pendant quatre ans, désormais on parle le bosanski ou cernagorski.
C?est vraiment paradoxal parce que mes différents séjours ici à
Sarajevo m?ont justement vacciné contre ces identités étriquées
et excluantes.

Mais pour en revenir à l?espace yougoslave, il faut préciser
qu?il est désormais coupé en deux ou plus précisément, il
s?est réduit : la Slovénie et la Croatie en sont sorties. La
Slovénie est membre de l?Union européenne depuis 2004 et le 1^er
janvier dernier, l?euro y a remplacé le tolar. Pour les Slovènes,
la Yougoslavie c?est loin très loin, un autre univers. Lorsqu?ils
se rendent en Macédoine, ils ont du mal à se convaincre qu?ils
appartenaient au même pays il y a dix ans. Les écarts de richesse,
qui avaient déjà prévalu en 1991 à la déclaration
d?indépendance de la Slovénie (on ne mélange pas les torchons et
les serviettes, les milieux dirigeants slovènes ont préféré
bouleverser l?équilibre politique yougoslave plutôt que de
partager leurs richesses avec les républiques du sud), les écarts de
richesse donc, ne se sont pas comblées, loin de là. Pour le bonheur
des entreprises slovènes, l?ex espace yougoslave est resté un
débouché énorme pour leur industrie manufacturière et agro-
alimentaire.

Quant à la Croatie, au-delà de la candidature à l?UE, elle est
redevenue une destination touristique de premier ordre, Italiens,
Autrichiens, Allemands et Français viennent en masse arpenter les
rues de Zadar, Split, Korcula et Dubrovnik. Ils ont finalement
avantageusement remplacé les Serbes, Bosniaques et autres Macédoniens.

La sphère yougoslave s?est donc réduite mais elle existe toujours.
Elle existe par la force des choses : désormais cette poignée de
pays balkaniques est entourée par l?Union européenne. Tous les
pays voisins en sont membres : l?Italie, la Slovénie, la Hongrie,
la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce. Pour sortir, il faut un visa
européen assez compliqué à obtenir pour le commun des mortels.
L?enclavement dans l?Union européenne renforce l?isolement de
l?ex espace yougoslave.

Et puis c?est aussi un sentiment : la Yougostalgie est à la mode,
en Bosnie, en Serbie, en Macédoine et au Monténégro. Il existe un
parti titiste toujours communiste, l?anniversaire de la naissance de
Tito est fêté, les effigies de Tito se vendent bien et s?affichent
dans les maisons et les boutiques? Le titisme et la Yougoslavie qui
allait avec, c?est le souvenir des vacances heureuses à la mer pour
les ouvriers des usines de Novi Sad, Belgrade ou Sarajevo? qui
profitaient des maisons de vacances socialistes : « Plavo se more
talasa, odmara se radnička klasa » (il y a des vagues sur la mer, se
repose la classe ouvrière). C?était avant la crise de la fin des
années 1980 où tout le monde se précipitait dans la rue dès que
les salaires tombaient pour les changer en marks face à une inflation
supérieure à 1 000%.

Aujourd?hui, communément et par facilité, plutôt que de parler de
Bosnie, Monténégro, Serbie, Macédoine, les gens utilisent toujours
le terme ex-Yougoslavie ou Yougoslavie tout court. Et tout un chacun
se désole de l?éclatement et des guerres qui ont suivi. Dans la
gare routière d?Herceg Novi au Monténégro, personne n?a encore
songé à enlever les affiches /Jugoslavija/ et la carte routière est
toujours celle de la Serbie Monténégro. Ça correspond à une
certaine réalité : au moins la moitié des cars viennent ou vont en
Serbie. Et les Serbes n?ont pas besoin de passeport pour tremper
leurs pieds dans la mer Adriatique.

On pourrait se féliciter que cet espace existe toujours malgré les
guerres, les morts, les déplacements de population? On pourrait
rêver. Le problème c?est que cette yougostalgie se conjugue avec
une haine du voisin ou dans le meilleur des cas une méfiance
enracinée. L?espace yougoslave est avant tout morcelé. C?est une
mosaïque avec une multitude d?identités locales divergentes et des
conflits en attente.

Parce que oui il s?agit bien de conflits en attente. Rien n?a
été résolu par les diplomates occidentaux par les différents
accords.

Premier constat : les troupes de l?OTAN sont toujours présentes
dans la région, on les croise en Macédoine, au Kosovo et en Bosnie.
Certes leur nombre a fortement décru, il fallait trouver de la main-
d??uvre pour aller en Irak et en Afghanistan mais elles sont
toujours-là. 16 000 hommes au Kosovo, 7 000 en Bosnie-Herzégovine.
La présence en Macédoine est réduite à une représentation à
Skopje. Mais les convois de la KFOR circulent largement en Macédoine.
Il faut rajouter 2 000 casques bleus de la Minuk au Kosovo.

L?avenir du Kosovo est abordé quotidiennement par la presse locale
et les sentiments nationalistes sont loin d?être éteints. Il ne
faudrait pas croire que le discours nationaliste est minoritaire. Ce
n?est pas l?apanage de quelques nationalistes excités qui
ressassent la grandeur passée. Le sentiment national est encore très
présent et les emblèmes tchetniks sont brandis sans aucun problème
dans les fêtes en Serbie.

Pour rappel, le Kosovo est officiellement une partie de la Serbie
placée sous mandat de l?ONU. Ce statut a été voté par la
résolution 1244 de l?ONU. Dans les faits, même s?il ne faut plus
de permis spécial pour s?y rendre, cette région est devenu un
protectorat international où le gouvernement serbe n?a aucun
contrôle : la monnaie utilisée est l?euro et c?est l?OTAN qui
gère intégralement la province. Les deux communautés serbe et
albanaise se regardent toujours en chien de faïence et se tirent
dessus dès qu?elles le peuvent. Le mandat de l?ONU arrive à
échéance et on voit mal le Kosovo retourner à la Serbie ou devenir
indépendant ou être rattaché à l?Albanie sans que cela ne
soulève la moindre vague. Je pense que personne ne sait comment se
sortir de ce merdier et la solution qui reste est celle de faire
traîner les choses.

Quel marchandage pourrait avoir lieu pour convaincre les uns et les
autres de n?importe quelle solution ? Dans l?état actuel des
choses, c?est statu quo ou indépendance.

L?ensemble des populations albanaises (c?est-à-dire de
Macédoine, du Kosovo et d?Albanie) est sûr d?obtenir
l?indépendance du Kosovo. Dans les rues de Tetovo au nord-ouest de
la Macédoine, l?identité albanaise est clairement revendiquée :
la seule langue utilisée au quotidien est l?albanais, les vendeurs
de rue proposent des drapeaux albanais, un monument est dédié à la
gloire de l?UÇK, l?armée de libération du Kosovo?

Les nationalistes serbes quant à eux, se sentent déjà trahis par la
communauté internationale et ne jurent que par Vladimir Poutine,
dernier rempart contre l?indépendance du Kosovo.

Le futur statut du Kosovo passionne aussi les Macédoniens slaves qui
se demandent comment va évoluer leur pays : l?indépendance
possible du Kosovo ne va-t-elle pas provoquer une hausse des
revendications séparatistes de la communauté albanophone de
Macédoine qui représente aujourd?hui 30% au moins de la population
du pays ? La population macédonienne craint un effet domino, un
remaniement général des frontières et se retrouve à défendre au
côté des Serbes une identité slave et orthodoxe face à l?islam.
Et chacun récite le nombre de monastères ou d?églises détruites
ou abîmés par l?autre, le barbare.

Détruire une église est un acte politique, mais la sacraliser en est
un autre. Et ici, dans les Balkans chaque groupe s?emploie à
marquer son territoire à travers les traces du passé. S?il
apparaissait à certains douteux a certains de « mourir pour Dantzig
», ici c?est une certitude : « il faut mourir pour une église ».

On prépare déjà la prochaine guerre entre eux et nous. Eux ce sont
les musulmans d?origine slave ou les albanais, et nous les Serbes ou
les Macédoniens. C?est selon.

Eux ne sont pas comme nous, eux prennent l?enseignement religieux au
pied de la lettre, eux sont tous fondamentalistes. Eux sont accusés
de proliférer comme des lapins, ont tous au moins dix gamins... Eux
sont intolérants, ne disent jamais la vérité, et servent un
discours spécial aux occidentaux? Ce discours délirant cache la
peur des Macédoniens slaves de devenir minoritaire en Macédoine.
Pour eux, les Albanais ne sont pas ici chez eux. Ce discours
nationaliste oublie un peu rapidement que les frontières actuelles
sont un héritage de la première guerre mondiale et qu?en 1918, les
vainqueurs ont séparé la communauté albanaise sur trois Etats pour
les punir d?avoir choisi le camp germano-autrichien.

A la question mais vous ne pensez pas que vos voisins pourraient en
dire autant sur vous ? La réponse est désarmante : Mais bien sûr
que non puisque nous disons la vérité. Il suffisait d?y penser.
Pourtant, c?est extrêmement facile d?entendre des personnes
affirmera que les Serbes sont fourbes, qu?il est impossible de
savoir ce qu?ils pensent, qu?ils prennent en traître, qu?il ne
faut pas leur faire confiance?

La situation n?est guère plus brillante en Bosnie qui a hérité du
compromis des accords de Dayton : un pays deux entités. D?un côté
la fédération de Bosnie-Herzégovine commodément appelée
fédération croato-musulmane, avec son propre gouvernement et son
découpage cantonal créé afin de faire accepter aux nationalistes
croates l?idée de ne pas avoir d?entité propre. En face, la
république serbe de Bosnie avec son gouvernement et un fonctionnement
centralisé. Au dessus de ces deux entités, une présidence
collégiale, un gouvernement et un parlement pour l?ensemble de la
Bosnie. Enfin, le haut représentant de la communauté internationale,
un européen, fait la pluie et le beau temps, démet les responsables
politiques, fait passer des décrets? Douze années après la fin de
la guerre, chacun fonctionne dans son coin en évitant d?avoir
affaire à l?autre.

Cette coupure se vit au quotidien : les cartes téléphoniques de la
fédération ne sont pas valables en république serbe. Pour se rendre
en république serbe ou en Serbie à partir de Sarajevo, inutile
d?attendre sur les quais de la gare centrale. Tous les cars partent
de Dobrinja 1, le quartier serbe le plus éloigné de la ville. Les
transports urbains s?arrêtent à 200 mètres de cette deuxième
gare routière. Toutes ces frontières s´inscrivent plus ou moins
dans le paysage. Pour n?importe qui, l?existence de ces deux gares
pourrait paraître simplement incohérente. Ici non, tout le monde
sait que la gare de Dobrinja est de l?autre côté, chez les autres.
J´ai demandé naïvement pourquoi le trolley n´allait pas jusque
là, on m?a vaguement répondu que c?était sans doute politique.
Oui sans doute. Et il convient de passer à pied cette frontière sans
doute pour souligner le passage d?un monde à l?autre. Passage
placé sous la surveillance à l?est d?une mosquée et à
l?ouest une église orthodoxe. Voilà un quartier protégé par la
divine providence. Décidemment Sarajevo n´a pas changé et cela
laisse songeur sur la reconstruction du pays

En dehors de Sarajevo, il n?y a qu?une ville qui a des relations
normales avec la Serbie et la république serbe de Bosnie, c?est
Tuzla. Partout ailleurs, il est inutile d?attendre un bus pour aller
de l?autre côté.

Tout le monde cultive ces oppositions. A un kilomètre de Gorazde, les
Serbes ont créé Novo Gorazde, parfois certains panneaux indiquent
plus prosaïquement Gorazde serbe pour ne pas confondre avec l?autre.

Mais les antagonismes sont plus compliqués que cela en Bosnie, chaque
ville a son propre passé lié à la guerre. Pour un habitant de
Gorazde il est hors de question de croiser un Serbe dans sa ville et
les Croates peuvent y venir sans problème. A Mostar où la guerre
s?est jouée à trois entre Serbes, Bosniaques et Croates, c?est
l?inverse. La réalité est encore différente à Tuzla où peu de
Serbes ont quitté la ville pendant la guerre.

Au vu de ces différentes situations il est peu probable que les
forces de l?OTAN quittent la région prochainement. Leur départ
remettrait les ennemis d?hier face à face avec des situations
conflictuelles en suspens. La situation actuelle au Kosovo et en
Bosnie résulte de la volonté d?éteindre les conflits sans
proposer de solution politique. Les diplomaties n?ont fait que
pousser la poussière sous le tapis.


Texte issue de l'émission de radio "Le Monde comme il va"
Hebdo libertaire d'actualité politique et sociale, nationale et
internationale

Tous les jeudis de 19h à 19h50
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)
Alternantes FM 19 rue de Nancy BP 31605 44316 Nantes cedex 03

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