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(fr) Livre - De Godzilla aux classes dangereuses

Date Tue, 13 Nov 2007 17:15:12 +0100 (CET)


« GODZILLA ET LES AUTRES »
(paru dans le Monde libertaire, 1er-7 novembre 2007)

Pour évaluer l'importance réelle de la politique qui se fait autour et contre les
prétendues « classes dangereuses », prenons un exemple très récent. Après le
premier tour des présidentielles, les commentateurs politiques ont très vite évacué
la question de la chute électorale du Front national. Or, les 7% de voix perdues
entre 2002 et 2007 par Le Pen se sont sans doute intégralement reportées vers
Sarkozy. (Chute électorale, donc, mais d'une certaine façon victoire de ses idées.)
Or, l'un des éléments essentiels dans ce report massif des voix tient dans la
stratégie médiatique de Sarkozy. Par ses « dérapages » verbaux, en réalité
parfaitement contrôlés ? de la « racaille » au « Karcher » ?, le candidat Sarkozy
était venu chasser sur les terres du Le Pen aux jeux de mots très douteux. Le fait
peut paraître anecdotique, et pourtant il ne l'est pas.

Les politiciens, de Royal à Le Pen en passant par Voynet ou Sarkozy, sont assez
largement tributaires, de nos jours, des sondages et des médias. Sarkozy est
parvenu à utiliser la puissance médiatique en sa faveur. Il lui fallait, pour
capter l'électorat lepéniste, se situer dans la ligne « populiste » et démagogique
du tribun du Front national. Pour cela, rien de tel que quelques dérapages qui
plaisent aux sympathisants de la droite musclée ! Et qui sont bien plus efficaces,
sur le plan électoral, que des considérations brumeuses sur les éléments
géostratégiques du monde contemporain, ou sur les questions économico-financières
autour de la dette nationale?

Mettre en avant des « classes dangereuses », en ayant bien soin de faire prendre la
mayonnaise grâce à des campagnes médiatiques massives (qui illustrent d'ailleurs ce
que disaient Günther Anders et Guy Debord de la « société du spectacle ») est une
recette gagnante. On peut remarquer au passage que la candidate socialiste a elle
aussi utilisé la recette en stigmatisant, comme son rival, les « jeunes des cités
». Ni Sarkozy ni Royal n'ont développé de véritable programme politique ?
d'ailleurs, cela se voit une fois Sarkozy au pouvoir : Fillon se plante sur le
chiffrage de son budget et Borloo sur la question de la TVA sociale ! Tous ces
faits récents illustrent ce qu'écrit Barthélémy Schwartz (p. 25) : « La seule
stratégie durable du capitalisme est de vivre dans l'instant, et d'ériger le
mensonge social comme idéologie dominante devant imprégner tous les niveaux du
corps social, pour fétichiser des valeurs dépourvues de contenu comme la
"transparence", "l'éthique" ou la "vérité". » Bien sûr, les implications de ce
qu'explique Barthélémy Schwartz vont bien au-delà des simples tripatouillages
politiciens, mais même à ce niveau, on constate qu'un gouvernement représentant
ouvertement les classes les plus hautes a pu être élu sur un programme semblant «
proche du peuple » et vantant même la défense des « opprimés » (un terme que
Sarkozy a employé dans son allocution au soir du 6 mai).

C'est là l'un des intérêts de ce livre : en le lisant, en réfléchissant à ce que
les auteurs avancent, à leurs arguments, le lecteur est souvent conduit à « ajouter
» ses propres exemples, puisés dans ses connaissances ou dans l'actualité du jour.
Ce n'est pas fortuit. La stigmatisation des « classes dangereuses » est un volet
essentiel de la politique sociale, et de la politique tout court lorsque le danger
est mis en avant par des politiciens à des fins électorales. Or, le fait est
récurrent en France : affaire Dreyfus, stigmatisation des travailleurs immigrés
belges, puis polonais, italiens et plus tard, algériens, et maintenant les Maliens,
les «
jeunes des cités », les « jeunes de la seconde ou troisième génération ». Ces
derniers termes sont discriminatoires ? y compris « beurs » que refusent les
intéressés eux-mêmes, qui comprennent bien que c'est encore une nouvelle façon de
les stigmatiser? En collant une étiquette sur un groupe social prétendument
dangereux, les médias et les politiciens, souvent suivis par certains sociologues,
cernent un «
problème », ou même souvent l'inventent. Ils le font ensuite enfler en dehors de
toute réalité, jusqu'à lui donner une importance médiatique énorme,
disproportionnée souvent avec l'enjeu social réel.

Ainsi, on nous rebat les oreilles avec l'insécurité, alors qu'elle est en France
très nettement moindre qu'en Amérique du Nord ou du Sud. Par exemple, il se produit
entre 50 et 60 homicides pour 100 000 habitants
par an en Colombie, au Honduras ou au Salvador, environ 6 aux États-Unis, contre 1
environ en France. Peu importe, ce qui compte est d'avoir désigné une « classe
dangereuse » et de cristalliser un front contre ses membres en faisant monter la
tension par le biais des scoops médiatiques. La délinquance a quitté la rubrique
des faits-divers pour devenir une question politique à part entière. Désormais, la
figure du délinquant sert à stigmatiser de prétendues « classes dangereuses » afin
de mettre en place une politique de répression dont les auteurs de De Godzilla aux
classes dangereuses nous donnent de nombreux exemples.

Charles Reeve conclut (p. 68-69) que « cette période historique qui est la nôtre
est celle de la répression, de la gestion policière et carcérale des pauvres, du
contrôle serré des espaces géographiques, de la répression de toutes les formes de
déviance. Du retour de la peur comme idée centrale de la politique ». Évidemment,
cela n'est pas très rassurant. Cependant, nous avons besoin de livres comme
celui-ci, qui, en mettant en perspective une question politique essentielle, nous
aident de fait à y réfléchir par les nombreux exemples apportés par des auteurs aux
sensibilités diverses. À nous ensemble, lecteurs, d'apporter des réponses
adéquates, capables de faire évoluer nos pratiques révolutionnaires dans un sens
plus offensif.

Le volume regroupe des articles parus dans la revue Oiseau tempête, en partie
remaniés pour certains d'entre eux, auxquels a été ajouté un inédit de Charles
Reeve.

Philippe Godard


A lire :
DE GODZILLA AUX CLASSES DANGEREUSES
Alfredo Fernandes, Claude Guillon, Charles Reeve et Barthélémy Schwartz,
éditions Ab Irato, 2007, 96 pages, 8 euros.
http://abirato.internetdown.org


[ expéditeur/expéditrice <abirato(a)internetdown.org> ]
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