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(fr) L'Europe, l'Afrique et la strategie neoliberale de cooptation

Date Sun, 4 Nov 2007 15:35:44 +0100 (CET)


La stratégie d'ensemble, au niveau des gouvernements, pour le Sommet Europe -
Afrique, de 7 et 8 décembre, présente un aspect très clair : la franche cooptation
des ONG, soit internationales, soit de pays
européens ou africains, dans une série de partenariats stratégiques.

Il s'agit, en fin de compte, du développement logique du modèle d'assistanat pour
l'Afrique, une politique qui omet les promesses d'aides des états de l'Union
européenne (UE) par rapport à l'Afrique dans d'innombrables sommets, qui omet
d'éliminer le protectionnisme européen, les plus qu'évidents obstacles à
l'expansion des produits agricoles africains dans le marché européen, qui omet le
pardon de la dette, la réalisation des dits «objectifs du millénaire»?.
C'est une stratégie qui a pour but que quelques pays européens de plus grand poids
(beaucoup sont des ex-puissances coloniales) puissent continuer à bénéficier de
parts de marché, presque en régime de monopole. Même le débile capitalisme
portugais a d'importants intérêts économiques et des groupes qui parient dans des
partenariats stratégiques, par exemple en Angola, dans la construction civile, le
pétrole et maintenant aussi dans la banque privée.
Cette stratégie permet que les structures des ONG soient la face visible d'une
dépendance accrue des pays d'Afrique, au capitalisme de l'Union européenne. Ceci,
après que les infrastructures de santé publique, d'éducation, etc. furent
démantelées, dans les années 90, par le truchement de politiques criminelles du FMI
et de la Banque Mondiale, avec le plein accord des pouvoirs européens, pour
rembourser la dette, les tristement fameux «plans d'ajustement structurel». Elle
permet aussi l'enrôlement des institutions de la société civile à la logique des
États, pour ?uvrer aux objectifs que les gouvernements «acceptent généreusement» de
leur assigner.

Il faut souligner l'importance dans la préparation du sommet Europe?Afrique, de la
rencontre des syndicats tenue, à huis clos, le 26 -27 octobre à Lisbonne. Cette
rencontre se réalisa sous les auspices conjointement de la CES (Confédération
européenne de syndicats) et de la présidence de l'UE (le gouvernement portugais),
avec la CIS (Confédération internationale syndicale) et les syndicats africains.
Les syndicats de la CES (où siègent les confédérations portugaises UGT et CGTP) ont
l'habitude de faire une série de «recommandations» à ces sommets. Mais, d'autre
part, il y aura un ancrage (encore plus fort) de ces syndicats aux objectifs des
gouvernements et instances intergouvernementales respectives, la Commission
européenne d'un côté et des associations d'États africains, de l'autre.
Pratiquement la même chose peut se dire de la rencontre «para officielle» des ONG,
qui se déroulera à Lisbonne, durant la seconde moitié de novembre.
Les propositions et recommandations présentées par les ONG et syndicats, que les
gouvernements retiendront, seront seulement celles qu'ils voudront bien, pendant le
sommet de décembre. Mais, par contraste, les institutions de la société civile,
elles, seront cooptées pour réaliser les politiques que les gouvernements jugent
intéressantes.
Soit dans les rencontres ou forums informels, soit dans le sommet des chefs d'État
et de gouvernement, il n'y aura pas de réel engagement de réaliser quoi que ce
soit, tant au niveau des questions économiques, comme sociales et humanitaires.
Certains iront se montrer "concernés" par les constantes violations des droits
humains, dans les divers pays africains, comme dans l'«Europe forteresse», où les
immigrants sont extradés, poursuivis, humiliés, exploités par tous les moyens. Il
est bien connu que la majorité de ceux-ci provient des pays d'Afrique. Cependant,
les moyens efficaces de pression pour obliger les États à remplir leurs obligations
ne seront pas mis en jeu.
Ce sera un théâtre de plus pour l'exhibition des acteurs institutionnels: ils
feront semblant de faire quelque chose. Certaines figures viendront seulement pour
faire la promotion de leur image personnelle et pour faire passer leur politique.
Ces sommets sont des cérémonies, avec peu d'effet concret au niveau des
conversations, puisque les vraies négociations ont lieu des mois avant la signature
des protocoles. Les sommets ne sont importants qu'au niveau du «marketing
politique», en perpétuant l'illusion que quelque chose est en train de se faire,
«pour en finir avec la faim en Afrique». Des mensonges répétés et que les gens
finissent par accepter comme des vérités, malgré les évidences de que rien de
significatif n'a été fait!
Au-delà de la dénonciation de cette farce, il est temps de renforcer les liens de
collaboration entre les militants sociaux des deux continents.

Récemment, en avril/mai, à paris eut lieu la Conférence internationale I-07, avec
la présence de syndicats alternatifs et de collectifs de plusieurs continent, dont
un grand nombre d'organisations d'Afrique.
Les 16-18 septembre dernier, ce fût l'occasion d'une rencontre de syndicats
alternatifs et de groupes d'intervention sociale des deux rives de la Méditerranée,
Algérie et Maroc, et Europe (Espagne, France, Italie, Portugal).
En coopération ouverte et fraternelle avec tous les collectifs et groupes
d'intervention sociale qui le désire et dans la continuité du travail réalisé, il
serait du plus grand intérêt de réaliser une rencontre ou conférence pour
coordonner les stratégies, face à l'attaque néo-libérale et néo-coloniale dans nos
pays et pour le respect des droits des travailleurs immigrants et leurs familles.
Une rencontre qui ait un suivi et qui puisse atteindre, soit au niveau des
organisations du Portugal, soit des autres pays participants, les objectifs
suivants:
- Une évaluation et accompagnement des flagrantes
- Une évaluation et accompagnement des politiques menées par l'UE et ses états
membres, notamment, les violations des droits humains en sol européen ou africain.
-La programmation de rencontres régulières entre militants sociaux de nos pays.
Ceci suppose des échanges fréquents d'information et une coordination régulière
entre nos organisations.
-La création de structures d'appui aux immigrants africains et la dynamisation de
celles-ci, là où elles existent déjà.

Les organisations (syndicats, associations, collectifs, etc.) présentes dans le
terrain social, notamment, à l'appui des immigrants et d'autres situations de
précarité, devraient unir leurs efforts, mais en se conservant hors de l'hégémonie
politique néolibérale. Si elles se laissent coopter, elles seront bientôt
neutralisées,
bureaucratisées, et perdront, tout á fait, leur raison d'être.

Manuel Baptista

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