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(fr) Passer... coute que coute !

Date Sat, 3 Nov 2007 14:19:29 +0100 (CET)


LA LECTURE, quasi minute par minute, des dépêches AFP, est parfois édifiante.
Ainsi, lors de la grève du 18 octobre dernier, on pouvait lire ceci:

12h05 « la grève nationale à la SNCF est suivie par 73,5 % des cheminots selon la
direction, contre 67 % au plus fort du conflit de 1995 ».

14h10 « Chambéry. Une assemblée générale de 117 cheminots a décidé de reconduire le
mouvement de grève vendredi. Par la voix de son responsable local, la CGT conteste
cette décision ».

Tout est résumé dans ces deux dépêches: un formidable mouvement de grève s?est
enclenché le 18 octobre à la SNCF, au-delà même du mouvement historique de 1995
(qui avait fait céder Juppé sur le même sujet des
régimes spéciaux).

Il était donc urgent, pour la CGT (très majoritaire), pour la CFDT et pour l?UNSA
d?empêcher la reconduction du mouvement avec la fameuse grève « carrée » de 24
heures qui fait tourner en rond les salariés et engage la
machine à perdre.

Et c?est effectivement avec un acharnement énorme que l?appareil CGT a tout fait
pour faire rentrer « les troupes », même si ici ou là (Paris est, Marseille,
Rouen?) des poches de résistance, sous l?impulsion de Sud,
de FO et parfois de la base CGT, ont perduré plusieurs jours.

Dans ce cadre, la volte-face de la FGAAC (syndicat autonome très présent chez les
conducteurs de trains) sur la reconduction de la grève n?a rien de surprenant.

Pour le gouvernement, il était particulièrement important de rompre ces résistances
et aussi le moral des cheminots en discutant directement avec ce pseudo-syndicat.
Opération de dupes s?il en est car la FGAAC, à
l?inverse de ce qu?elle tente de faire croire aux conducteurs de trains, a bien
avalé la couleuvre (le boa même) du recul de 5 ans du départ à la retraite.

Au-delà de ces jeux d?appareils, il reste que la grève du 18 a été massive à la
SNCF et à EDF-GDF et qu?elle a rassemblé dans les manifestations (et parfois dans
la grève) bien au-delà des salariés concernés par les régimes spéciaux.

À Rennes, la manifestation a réuni quelques 5000 personnes, dont les 600 cheminots
et 400 gaziers du secteur. Il reste donc 4000 salariés, du public mais aussi
parfois du privé (comme ceux de la société Equant qui ont débrayé à l?appel de la
section locale CGT) qui ont bien compris que la question posée n?était pas
seulement celle des régimes spéciaux (dernier verrou avant le passage, pour tous, à
41 puis 42? annuités), mais plus globalement celle de tous les acquis collectifs
qui nous restent.

Malgré les appareils, la propagande gouvernementale et médiatique, on trouvait dans
les différentes manifestations des enseignants et des TOS de l?Éducation Nationale
(alors même que dans la plupart des départements et académies, la FSU, qui appelait
officiellement, n?a strictement rien fait pour mobiliser), mais aussi des étudiants
qui commencent à se bouger contre la loi dite d?« autonomie des universités », des
personnels des finances, de la poste, des Assedic, de l?ANPE (contre le projet de
fusion) Le 18 octobre est donc incontestablement un point d?appui, même si la grève
des cheminots n?a pas été reconduite massivement pour les raisons que l?on vient de
décrire.

Le programme de Sarko et de Parisot est bien connu: Denis Kessler, ex-mao, devenu
numéro 2 du MEDEF, ne s?est pas embarrassé de précautions pour le détailler dans un
article désormais fameux de l?hebdomadaire « Challenge »: « La liste des réformes?
C?est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans
exception. Elle est là. Il s?agit aujourd?hui de défaire méthodiquement le
programme du Conseil national de la Résistance? Création des caisses de la sécurité
sociale, statut de la fonction publique, conventionnement du marché du travail,
représentativité syndicale (1), régime de retraites? ».

Édifiant et particulièrement gonflé, au moment même où Sarkozy prétendait rendre
hommage à Guy Môquet.

Dans un précédent article, paru dans le Monde Libertaire, j?expliquais qu?il
fallait se préparer, à terme, à une confrontation sociale d?envergure.

Dans l?éditorial de sa revue d?octobre, intitulé « soutenons les réformes », le
patron de l?UIMM Bretagne (industrie de la métallurgie) écrit: « tandis que
Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l?Assemblée nationale, déclare
qu?il faut arrêter de penser que l?entreprise est l?ennemi, au moment où Emmanuel
Valls, député PS de l?Essonne, appelle son parti à devenir le parti des
entreprises, nous ne pouvons admettre que d?irresponsables minorités nous volent de
vitales réformes? Il sera peut-être nécessaire, à notre tour, de descendre
massivement dans la rue ».

Le propos est clair, avec le soutien implicite du PS et des autres évidemment, les
patrons se sentent autorisés à nous taper sur la gueule en faisant descendre dans
la rue, moins probablement des patrons petits ou
grands, que des poujadistes de tous poils (artisans, commerçants?) et tous leurs
bras « armés » et réseaux divers? Le choc pourrait être brutal et l?on sait de quel
côté pèseront les appareils répressifs d?État.

En attendant, toutes les fédérations de fonctionnaires appellent à la grève le 20
novembre (sur la base d?un texte particulièrement mou, d?ailleurs, qui ne parle, à
la demande de la CFDT, ni des questions de retraite, ni des questions statutaires).
Les fédérations de cheminots se réunissent le 31 octobre pour décider de
l?éventualité d?une « grève longue ». À l?heure où ces lignes sont écrites, nous ne
connaissons pas leur décision.

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT qui a fustigé les grévistes qui
ont reconduit la grève à la SNCF et à la RATP, « ces individus qui emmerdent les
travailleurs », a déjà prévenu que son organisation se retirerait de l?action s?il
y avait fusion entre les deux mouvements.

Cela a au moins le mérite de nous montrer la voie, à l?exacte opposé de la sienne:
celle de l?unité de tous les salariés, du privé comme du public, des chômeurs, des
étudiants, décidant eux-mêmes de la manière de conduire le mouvement. Cela ne sera
pas facile. Tout sera fait même pour l?empêcher. Mais il nous faut passer coûte
que coûte!

Fabrice
Groupe La Sociale de la Fédération anarchiste à Rennes

Note
1. De ce point de vue, l?affaire de la caisse noire de la fédération patronale de
la métallurgie tombe particulièrement à pic selon l?aveu même de l?UMP. Sous
prétexte de moralisation on imposerait, à travers le
financement public des syndicats, l?étroite surveillance de leurs activités et de
leurs fichiers? La CFDT se déclare d?ores et déjà très favorable au projet.

in Le Monde libertaire # 1492 du 1er au 7 novembre 2007

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