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(fr) L?anarchie dans la philosophie politique (1)

Date Tue, 31 Jul 2007 08:17:59 +0200 (CEST)


Le numéro d'hiver 2007 des Ateliers de l'éthique, la revue du Cérum, est maintenant
en ligne.
Vous pouvez télécharger l'intégral du numéro, ainsi que les précédents, à l'adresse
http://www.creum.umontreal.ca/spip.php?article508
Au sommaire du dernier numéro, un article de Francis Dupuis-Déri [voir ci-dessous],
''L?anarchie dans la philosophie politique : Réflexions anarchistes sur la
typologie traditionnelle des régimes politiques''.

Le Comité éditorial
Les Ateliers de l'éthique


[ première partie du texte téléchargeable intégralement à
http://www.creum.umontreal.ca/IMG/pdf_01_Vol.2N1_Dupuis-Deri.pdf ]

L?ANARCHIE EN PHILOSOPHIE POLITIQUE (1)
Réflexions anarchistes sur la typologie traditionnelle des régimes politiques

« Quel est le meilleur régime politique ? » Voilà la question fondamentale à
laquelle la philosophie politique occidentale s?est traditionnellement attribué le
devoir de répondre, dénombrant généralement trois types purs de régimes (la
monarchie, l?aristocratie et la démocratie) et un régime mixte (la république),
constitué d?éléments destrois régimes purs (2). Sous certaines conditions, ceux qui
exercent le pouvoir dans ces trois régimes purs peuvent chercher, défendre et
promouvoir la réalisation du « bien commun » pour l?ensemble de la communauté
politique, ainsi que la « vie bonne » pour chacun de ses membres. À l?inverse, ceux
qui
exercent le pouvoir dans les régimes dégénérés (la tyrannie, l?oligarchie, etc.)
cherchent uniquement à jouir égoïstement d?une bonne vie (d?un point de vue
matériel plutôt que moral) au détriment du bien commun et de la réalisation de la
vie bonne pour leurs sujets. Quant à l?« anarchie », les philosophes les plus
influents de
la tradition occidentale l?ont identifiée comme la forme dégénérée et pathologique
de la démocratie, entendue ici sous sa forme directe où tous les citoyens peuvent
participer à l?assemblée où se prennent les décisions politiques collectivement et
à la majorité.

Assimiler ainsi l?anarchie à une forme dévoyée de la démocratie directe constitue
une erreur grave qui appauvrit la philosophie politique. Je prétends au contraire
qu?une typologie des régimes politiques doit inclure l?anarchie non pas comme une
forme dévoyée de la démocratie, mais plutôt comme l?un des idéal-types des régimes
politiques légitimes. Je vais identifier l?anarchie comme un quatrième type de
régime politique pur dans lequel tous les citoyens se gouvernent ensemble
directement grâce à des délibérations consensuelles, sans avoir recours à une
autorité dotée d?appareils coercitifs. Il s?agit donc d?offrir un tableau plus
complet et cohérent des régimes politiques que ne le propose la tradition de la
philosophie politique occidentale, et de démontrer que l?anarchie ne doit pas être
conçue comme une forme dérivée d?aucun des autres régimes. Pour mener cette
démonstration, il convient dans un premier temps de synthétiser le discours
quantitatif des philosophes politiques au sujet des types purs de régimes
politiques, d?analyser ensuite l?approche qualitative utili sée par les philosophes
pour distinguer entre les « bons » et les « mauvais » régimes politiques, puis
finalement de discuter de la nature de l?anarchie. Cette démarche se heurte
toutefois à un défi important lorsqu?il convient de distinguer l?anarchie de la
démocratie, les deux régimes ayant
plusieurs caractéristiques en partage. Une attention particulière sera donc portée
à la relation ambiguë qu?entretiennent ces deux régimes dans la tradition
occidentale.


1- LA TYPOLOGIE DES RÉGIMES POLITIQUES : PERSPECTIVE QUANTITATIVE

Pendant plus de deux mille ans, la majorité des philosophes occidentaux influents
se bornèrent à identifier trois idéal-types de régimes politiques purs : la
monarchie, l?aristocratie et la démocratie (3). Ces régimes recevront parfois des
noms différents selon le philosophe (on troquera, par exemple, aristocratie pour
oligarchie) et certains philosophes ne seront pas toujours constants et cohéents
dans leur manière d?utiliser cette typologie (4). Néanmoins, il reste toujours
trois régimes fondamentaux, principalement parce que cette typologie repose sur un
calcul mathématique puisque l?autorité politique officielle peut être entre les
mains d?un seul (monarchie), de quelques-uns (aristocratie) ou de tous
(démocratie).

Ce calcul est souvent présenté comme relevant de l?évidence, comme chez Aristote
pour qui « il est nécessaire que soit souverain soit un seul individu, soit un
petit nombre, soit un grand nombre (5).» L?étymologie grecque de ces noms de
régimes souligne par ailleurs le fondement mathématique de cette typologie. «
Monarchie » vient du grec et signifie gouvernement (kratia) d?un seul (mona). «
Aristocratie » vient aussi du grec, où aristos signifie « meilleur ».

L?aristocratie est donc le régime où les meilleurs gouvernent. Or qui dit «
meilleurs » laisse entendre qu?il existe une division entre ceux-ci et les autres
et que les aristocrates constituent une minorité d?individus qui sont supérieurs à
la personne moyenne. Une aristocratie désigne donc un régime dans lequel une
minorité
d?individus dans la communauté exerce le pouvoir. Finalement, le mot « démocratie »
évoque le gouvernement du « peuple », du grec demos. Par démocratie, la philosophie
politique traditionnelle entend une démocratie calquée sur le modèle athénien où
tous ceux qui peuvent se prévaloir du titre de citoyens ? le peuple ? ont la
possibilité de se présenter à l?agora pour participer à l?Assemblée et prendre part
directement au processus de prise de décision politique.

Si cette typologie est avant tout associée à la philosophie classique, elle sera
reprise par les historiens de l?Antiquité et par les philosophes et les acteurs
politiques au début de la modernité (6). Lors des débats entourant la guerre
d?indépendance américaine, par exemple, de nombreux textes ? discours, pamphlets,
etc. ? font explicitement référence à cette typologie. Zabdiel Adams, cousin du
second président des États-Unis John Adams, déclarait ainsi dans un discours en
1782 que « trois modes différents de gouvernement civil
ont été prédominants au sein des nations de la Terre, la monarchie, l?aristocratie
et la démocratie (7) ». Conscients que cette première typologie ne permet pas
d?embrasser toute la complexité de la réalité
politique, certains philosophes vont croire important de doubler cette typologie en
identifiant pour chaque régime pur une forme éventuellement dégénérée ou
pathologique.


2- LA TYPOLOGIE DES SYSTÈMES POLITIQUES : LA PERSPECTIVE QUALITATIVE

Aristote est le premier qui souligne l?importance d?enrichir la classification
mathématique des régimes d?une distinction liée à la moralité du régime. Un régime
est juste lorsque son objet est le bien commun, alors qu?un régime injuste a pour
objet uniquement le bien de celui ou de ceux qui gouvernent (8). Plusieurs
philosophes
proposeront à la suite d?Aristote une typologie des régimes qui tient compte de
l?aspect moral de l?exercice de l?autorité politique. Le risque de corruption est
d?autant plus élevé dans les régimes purs que rien dans leur structure
institutionnelle ? la Constitution ? empêche les gou vernants de se détourner de la
recherche, de la défense et de la promotion du bien commun, pour jouir indûment du
pouvoir dont ils disposent. Le gouvernement d?un seul devient alors une tyrannie;
le gouvernement de quelques-uns, une oligarchie; et le
gouvernement de tous, l?anarchie.

Tableau 1: division traditionnelle des régimes politiques selon un calcul
mathématique et selon l?esprit de justice des gouvernants

Qui gouverne ? Un Seul Une minorité La
majorité
Pour Le Bien Commun (Juste) Monarchie Aristocratie Démocratie
Pour Ses Intérêts (Injuste) Despotisme Oligarchie Anarchie

C?est ici qu?intervient un nouveau nom de régime, la « république ». Cette notion
vient quelque peu brouiller les cartes. Le nom « république », du latin res publica
ou « chose publique », peut être attribué à n?importe quel régime juste (9), tout
comme il peut désigner une constitution mixte composée des trois éléments
qu?incarnent les régimes purs. Une république propose alors un équilibre des divers
ordres sociaux, incarnés par un monarque (ou un président), une aristocratie qui
siège au Sénat ou à la Chambre des Lords et le « peuple » qui est représentée par
ses délégués à l?Assemblée nationale ou à la Chambre des communes, considérées
comme la branche démocratique de la République. Selon la plupart des philosophes
politiques, dont en premier lieu Aristote et Cicéron, cette constitution mixte est
nécessairement un système juste car
aucune des trois forces ne peut imposer sa volonté aux deux autres. Ces trois
forces se neutralisant et ne pouvant imposer leur volonté, le bien commun en
sortirait gagnant. On peut distinguer le républicanisme classique du républicanisme
moderne. Le premier repose sur une vision organique de la république au sein de
laquelle les trois éléments de la société se rassemblent dans la sphère publique
afin de poursuivre ensemble le bien commun. Le républicanisme moderne repose plutôt
sur une vision mécanique où les divers éléments d?une société poursuivent des inté
rêts divergents (c?est l?idée moderne d?une société pluraliste) mais qui, dans le
but de protéger leur vie privée d?un despotisme public, s?entendent pour constituer
un régime
complexe où les divers pouvoirs sont séparés et s?équilibrent les uns les autres.
Dans sa version classique tout comme dans la version moderne, la république est
incompatible avec une autorité pure, absolue (10).

Depuis le XIXe siècle, les politiciens tout comme les philosophes ont pris
l?habitude d?utiliser le terme de « démocratie » (qua lifiée de moderne, libérale
ou représentative) pour désigner la république, si bien que les deux noms de
régimes sont aujourd?hui plus ou moins synonymes (11). Cette « démocratie » moderne
n?est toutefois qu?une cousine bien éloignée de la démocratie de l?Antiquité. En
effet, seuls ceux qui à cette époque jouissaient du titre de citoyens pouvaient
s?assembler à l?agora et participer directement au processus délibératif de prise
de décision. C?était alors la majorité qui l?emportait (la démocratie comme règne
de la majorité). En ce qui concerne la « démocratie » moderne, plusieurs formes de
pouvoir coexistent et sont en compétition à l?intérieur même du système politique
officiel. La majorité du peuple n?exprime pas sa voix, même dans la prétendue
chambre démocratique, puisque c?est seulement une minorité extrêmement réduite de «
représentants » qui délibère au nom de la majorité ou de l?ensemble de la nation
(12). Comme le souligne Jean-Jacques Rousseau, la majorité n?a que le pouvoir de
choisir la petite clique qui gouvernera l?ensemble de la communauté. À titre de
comparaison, serait-il correct d?affubler du terme de « monarchie » un régime où un
individu ? appelé roi ou reine ? aurait comme unique pouvoir de confirmer tous les
quatre ou cinq ans un ou des indi­vidus à titre de représentants détenant les vrais
pouvoirs et gouvernant en son nom ? Un tel régime serait probablement reconnu comme
étant une fausse monarchie ou une aristocratie. Il pourrait très bien être ppelé «
monarchie » par habitude ou pour des raisons idéologiques, en dépit de son
caractère plutôt aristocratique. De même, un régime dans lequel le seul pouvoir des
aristocrates serait d?élire un représentant unique tous les quatre ou cinq ans qui
gouvernerait en leur nom serait probablement identifié dans les faits comme une
monarchie. La « démocratie » moderne, dans laquelle gouverne une clique de
représentants élus par le peuple, correspond donc bien plus à une aristocratie (le
règne d?une minorité) qu?à une démocratie (le règne de la majorité). La tradition
philosophique a d?ailleurs reconnu ce fait. Aristote, Spinoza, Montesquieu et bien
d?autres, ainsi que plusieurs fondateurs des républiques modernes (Thomas Jefferson
et Maximilien Robespierre, entre autres), ont clairement indiqué que l?élection ?
c?est-à-dire la sélection d?une élite dirigeante ? est de par sa nature
aristocratique et contraire à la démocratie. La « démocratie » moderne est donc une
aristocratie « représentative », « popu­laire », « élective » ou « libérale » qui
se cache sous le nom trompeur de « démocratie » suite à des jeux rhétoriques
motivés par des luttes politiques (13). Pour la suite de cette discussion, le mot «
démocratie » désignera un régime dans lequel le peuple se gouverne lui-même
directement, un usage qui respecte le sens que ce mot a eu pendant près de deux
milles ans dans la tradition philosophique.


3- DÉMOCRATIE ET ANARCHIE : UNE CONFUSIONMATHÉMATIQUE

La relation mathématique établit par la tradition philosophique entre la démocratie
(réelle et directe) et l?anarchie se fonde sur une erreur conceptuelle en
philosophie politique en ce qui concerne les tentatives de comprendre ce qu?est
l?anarchie. Si le despotisme (le règne d?un seul individu ? le despote) ne peut
être distingué d?un point de vue mathématique de la monarchie (également le règne
d?un seul individu ? le roi), pas plus que l?oligarchie (le règne d?une minorité
corrompue) de l?aristocratie (le règne des meilleurs), il existe toutefois une
différence mathématique claire entre la démocratie et l?anarchie. D?un point de vue
étymologique, « anarchie » vient du mot grec anarkhia, la racine an signifiant «
sans » et arkhia signifiant « chef militaire », qui désignera par la suite
simplement un chef ou un dirigeant. D?un point de vue étymologique, « anarchie »
veut donc dire absence de chef. D?un point de vue mathématique, cela signifie zéro
(aucun) chef. Si l?on se réfère à des exemples historiques d?anarchies (des
communes libres, des squats, des groupes militants, etc.), on constatera qu?il n?y
a pas d?autorité formelle et officielle, pas de chef(s). Et pourtant, l?anarchie
est une forme d?organisation politique dans laquelle [1] tous les membres peuvent
participer directement au processus de prise de décision qui est délibératif et
collectif, et lors duquel [2] sera
recherché l?atteinte de consensus. Conséquemment, l?absence de chef ou de despote
ne signifie pas l?absence de politique et de procédures collectives de prise de
décision. En anarchie, il n?y a pas de chef(s) ou d?autorité exerçant un pouvoir
coercitif sur des personnes, car toutes (se) gouvernent ensemble de façon
consensuelle, c?est-à-dire qu?elles sont toutes d?accord avec la décision
collective.

Introduire l?anarchie en tant que régime politique légitime implique donc de
contester l?autorité d?une certaine tradition en philosophie politique, tout
particulièrement en ce qui concerne la définition de la démocratie inspirée de
considérations mathématiques. En effet, quelques philosophes politiques définissent
la démocratie comme le règne de la majorité, mais plusieurs comme le gouverne ment
par tous (14). La confusion mathématique est le résultat d?un manque de distinction
entre le processus délibératif collectif et la prise de décision elle-même. En
termes conceptuels et organisationnels, il peut sembler à première vue difficile de
distinguer la démocratie et l?anarchie : les deux régimes fonctionnent grâce à une
assemblée générale à laquelle tous les citoyens peuvent participer et les deux
régimes n?ont pas de chef(s). Mais qui dit démocratie (directe) ne dit pas absence
d?autorité politique et de coercition. En démocratie, l?assemblée détient et exerce
l?autorité qui lui permet ? au nom de la volonté générale ? d?obliger quiconque à
lui obéir. Conséquemment, il peut paraître exact d?affirmer que tous les membres
gouvernent en démocratie si l?on se réfère au droit pour toutes personnes jouissant
du titre de citoyen de participer au processus délibératif de prise de décision,
soit d?entrer à l?agora pour participer à la délibération populaire. Et pourtant,
une assemblée populaire démocratique ne cherche à pas à obtenir le consensus. Aux
termes de la délibération, la majorité (c?est-à-dire plusieurs, mais non pas tous)
imposera sa volonté à la minorité. La démocratie, c?est donc le règne de la
majorité. En ce qui a trait à l?autorité et à la coercition, la démocratie est un
régime où la majorité (plusieurs) règne sur la minorité, et non pas un régime où
les décisions sont celles de tous les membres de la communauté (consensus).

Si l?on s?en tient à la logique mathématique de la tradition de la philosophie
politique occidentale, l?anarchie (le gouvernement par tous) doit donc être
distinguée de la démocratie (le règne de la majorité). Mathématiquement, « tous »
et « majorité » ne sont pas synonymes et il n?y a pas de correspondance
mathématique entre une démocratie (le règne de la majorité) et l?anarchie (le
consensus unanime). Dès lors, affirmer ? comme le font les philosophes ? que
l?anarchie est la forme pathologique de la démocratie équivaut à commettre une
erreur mathématique. L?anarchie ne peut pas être la forme pathologique de la
démocratie pour la simple raison que l?anarchie et la démocratie ne sont pas
semblables d?un point de vue
mathématique.


Francis Dupuis-Déri


NOTES

(1) Ce texte est la version française légèrement modifiée de l?article « Anarchy in
political philosophy », paru dans Anarchist Studies (vol. 13, no. 1, 2005). La
version originale a été rédigée alors que l?auteur était chercheur postdoctoral en
science politique au Massachusetts Institute of Technology et boursier du Conseil
de Recherches en Sciences Humaines du Canada. L?auteur remercie Sarita Ahooja,
Marcos Ancelovici, Susan Brown, Jean-François Filion, Mark Fortier, David Leahy,
Philip Resnick, Élisabeth Williams et deux évaluateurs anonymes d?Anarchist Studies
pour leurs commentaires sur des versions préliminaires de ce texte, ainsi que les
évaluateurs de la revue Les ateliers de l?éthique.

(2) La tradition occidentale est profondément influencée par les philosophes et les
historiens de la Grèce et de Rome de l?Antiquité. L?anthropologie offre une
perspective plus large (voir, par exemple, David Graeber, « La démocratie des
intersti ces : que reste-t-il de l?idéal démocratique ? », Revue du MAUSS, no. 26
[dossier : « Alter-démocratie, alter-économie : chantiers de l?espérance], 2005, p.
41-89).

(3) Voir, entre autres, Socrates (cité par Platon, dans : Le Politique, 291d-292a),
Aristote (Le Politique, 291d-292a), Machiavel (Les Discours, livre I, ch. 2),
Calvin (Institution Chrestienne, 1560, IV, xx), James Harrington (The Commonwealth
of Oceana and a System of Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1992, p.
10), Jean Bodin (La république, II, 1), Samuel Pufendorf (On the Duty of Man and
Citizen, Cambridge, Cambridge University Press, 1991, p. 142), Thomas Hobbes
(Léviathan, ch. XIX), Baruch de Spinoza (Traité de l?autorité politique), John
Locke (Second traité du gouvernement civil, ch. 10, § 132), Jean-Jacques Rousseau
(Du Contrat Social, livre III, ch. 3), Friedrich Hegel (Principes de la philosophie
du droit, § 273.).


(4) Voir Socrate (cité par Platon, La République, livre VIII, 557 A), Aristote (Les
Politiques, livre III, chap. 7, 1279-2 [3]) ou Montesquieu (L?Esprit des Lois,
livre II, ch. I).

(5) Les politiques, livre III, ch. 7, 1279-a [2], Paris, GF-Flammarion, 1993, p.
229. Voir aussi Hobbes, Léviathan, ch. XIX.

(6) Voir J. de Romilly, « Le classement des Constitutions jusqu?à Aristote », Revue
des études grècques, LXXII, 1959, p. 81-99. Le philosophe républicain James
Harrington affirme que « [g]overnment, according to the ancients and their lear ned
disciple Machiavelli, the only politician of the later ages, is of three kinds: the
government of one man, or of the better sort, or of the whole people; which by
their more learned names are called monarchy, aristocracy, and democracy » (The
Commonwealth of Oceana and a System of Politics, Cambridge, Cambridge University
Press, 1992, p. 10 [je souligne]).

(7) Dans Charles S. Hyneman & Donald S. Lutz (dirs.), American Political Writing
During the Founding Era 1760-1805, vol. I, Indianapolis, Liberty Press, 1983, p.
541. Cette typologie est reprise à d?autres occasions par d?autres auteurs (voir p.
330, p. 420, p. 614-616 ou encore James Otis, The Rights of the British Colonies
Asserted and Proved, Boston 1764, Bernard Bailyn [dir.], Pamphlets of the American
Revolution 1750-1776, vol. I, Cambridge [MA] Harvard University Press, 1965, p.
427).

(8) Aristote affirmera ainsi : « il est nécessaire que soit souverain soit un seul
indi vidu, soit un petit nombre, soit un grand nombre. Quand cet individu, ce petit
ou ce grand nombre gouvernent en vue de l?avantage commun, nécessairement ces
constitutions sont droites, mais quand c?est en vue de l?avantage propre de cet
indi vidu, de ce petit ou de ce grand nombre, ce sont des déviations. » (Les
politiques, livre III, ch. 7, 1279-a [2], Paris, GF-Flammarion, 1993, p. 229).

(9) Jean-Jacques Rousseau écrit : « [j]?appelle donc République tout État régi par
des lois, sous quelque forme d?administration que ce puisse être : car alors
seulement l?intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose. Tout
gouverne ment légitime est républicain », précisant que la monarchie,
l?aristocratie et la démo cratie peuvent être des « républiques » (Du contrat
social, livre II, ch. 6, Paris, GF-Flammarion, 1966, p. 75).

(10) Théoricien et partisan du républicanisme moderne, Philip Pettit soutient que
dans une république, « the authorities are effectively checked and balanced: [the
power is] effectively chanelled into the paths of virtue » (P. Pettit,
Republicanism: A Theory of Freedom and Government, Oxford, Oxford University Press,
1997, p. 234. Voir aussi James Harrington, The Commonwealth of Oceana and a System
of Politics, Cambridge: Cambridge University Press, 1992, p. 10 et Charles
Blattberg, From Pluralist to Patriotic Politics: Putting Practice First, Oxford,
Oxford University Pess, 2000, ch. 5.

(11) F. Dupuis-Déri, « The political power of words : The birth of pro-democratic
dis-course in the 19th century in the United States and France », Political
Studies, vol. 52, mars 2004, p. 118-134.

(12) La majorité gouverne réellement seulement lorsque l?aristocratie élue veut
bien tenir un référendum sur un enjeu spécifique, et encore? Aristotle, Les
politiques (IV, 1300 b). Spinoza, Traité de l?autorité politique, ch. 8, § 2.
Montesquieu, L?esprit des lois, partie 1, livre II, ch. 2. Platon, La république,
livre VIII, 557 ; James Harrington, « Oceana » (1656), John Pocock (dir.), The
Political Works of James Harrington, Cambridge, Cambridge University Press, 1977,
p. 184. Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, livre IV, ch. 3. Voir aussi
Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Calmann-Lévy, 1995,
p. 19-61. Gordon S. Wood, The Radicalism of the American Revolution, New York,
Vintage Books, 1993, p. 180 ; Giovanni Lobrano, « République et démocratie
anciennes avant et pendant la révolution », Michel Vovelle (dir.), Révolution et
République : l?Exception Française, Paris, Kimé, 1994, p. 56, infra. 19 ;
Robespierre, « Lettre à ses commetants » [sept. 1792], citée dans Gordon H. McNeil,
« Robespierre, Rousseau and representation », Richard Herr, Harold T. Parker
(dirs.), Ideas in History, États-Unis, Duke University Press, 1965, p. 148.

(13) F. Dupuis-Déri, « The political power of words : The birth of pro-democratic
discourse in the 19th century in the United States and France », Political Studies,
vol. 52, mars 2004, p. 118-134.

(14) Selon Thomas Hobbes, par exemple : « le représentant doit nécessairement être
un seul homme ou plusieurs, et si c?est plusieurs, il s?agit alors de l?assemblée
de tous ou seulement d?une partie. Quand le représentant est un seul homme, alors
l?État est une MONARCHIE ; quand l?assemblée est celle de tous ceux qui veulent
s?assembler, alors l?État est une DÉMOCRATIE, ou État populaire ; quand l?assemblée
est celle d?une partie seulement, alors l?État s?appelle une ARISTOCRATIE. Il ne
saurait y avoir d?autre type d?État, car ou bien un, ou plusieurs, ou tous doivent
posséder la puissance souveraine en totalité » (Léviathan, ch. 19, trad. Gérard
Mairet, Paris, Gallimard, 2000, p. 305-306.


[ fin de la première partie ]
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