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(fr) Manifeste pour un Quebec morbide

Date Wed, 4 Jul 2007 16:33:45 +0200 (CEST)


Alors que notre avenir est menacé par le regain démagogique et la concupiscence
morbide, le Québec ne peut se permettre d?être la république du statu quo
néo-libéral

Nous sommes inquiets. Inquiets du Québec que nous n?aimons pas. Inquiets de ce
peuple qui se survit contre vents et marées, mais qui ne semble pas conscient des
écueils qui menacent aujourd'hui son présent.

Depuis 25 ans, le Québec a connu une régression sans précédent:

En 2005 la préoccupation principale du Québécois moyen est l?argent ; son but
dans la vie est de travailler, de payer son char et de reproduire en tout un
modèle social voué à la faillite et la destruction de la planète ;
Le jeune Québécois entre aujourd?hui au collégial dans le plus grand désarroi
politique, étant incapable de faire la différence élémentaire entre la gauche et
la droite ; ce qui le laisse à la merci de sa culture première, celle de la
banlieue épaisse et de droite ;
Une clique de politiciens finis, économistes et journaleux est encore capable de
faire passer pour un manifeste un torchon néo-libéral, et de se faire applaudir
par le gouvernement en place, lequel est trop couillon pour se revendiquer comme
tel, ce qui lui aurait probablement coûté sa place anyway.

Le Québec du dernier quart de siècle a donc accompli une régression
spectaculaire, malgré un modèle de société resté, il faut bien le dire, dans le
monde des idées ; la complaisance et les tondeuses ont fait le reste. Mais il
reste du chemin à faire pour vivre et penser comme des porcs, comme dans le reste
de ce continent à l?aune duquel on nous somme aujourd?hui de nous mesurer. Au
plan du niveau de vie, notamment, le Québec a toujours moins de téléphones
cellulaires et de VUS que les Amaricains. Au plan financier, les banques
encaissent un pactole qui s?enfuie illico dans des paradis fiscaux ; et après,
leurs dirigeants font une sortie publique pour demander aux
hypothéqués-des-comptes-à-payer de se serrer la ceinture ; et les va-chercher de
l?information objective nous terrorisent au souper sur l?État catastrophique de
la nation dont ces banquiers ont tellement tirés.

À cette constatation que le pouvoir financier du Québec a encore bien des croûtes
à nous faire manger s'ajoutent deux menaces de première importance pour notre
avenir. D'une part, le peuple québécois subit le regain démagogique le plus
rapide depuis la colonisation, regain accentué par la suffisance de ceux qui
croient avoir fait une révolution tranquille. D'autre part, comme toutes les
autres régions de l'Occident, le Québec subit déjà les effets d?une révolution
moins tranquille de la part des petits plats congelés, du tourisme et de Pélador.

« I don?t have a dream »
Nous ne doutons pas que le Québec ait les ressources pour liquider le pouvoir
économique du continent, démolir ses autoroutes et virer son gouvernement. Nous
sommes également convaincus qu'il est absolument nécessaire de jeter notre modèle
de société à la poubelle pour faire face à ces défis. Seulement, malgré tous les
moyens entrepris, le monde n?a pas changé. Il faut pourtant l?adapter à nos
réalités. Refuser de le faire, ce serait comme s'entêter à envoyer des emails sur
portables alors que les dactylos sont tellement poétiques.

Encore faut-il que nous reconnaissions, au préalable, la morbidité des obstacles à
surmonter. Que nous fassions porter à leurs gérants la responsabilité de nos
malheurs en faisant, individuellement et collectivement, les choix qui s'imposent.
Et que nous ne ménagions aucun effort pour faire du Québec un lieu inégalé de
liberté sans condition afin d'ouvrir les vannes de la magie vulgaire, du rock'n
roll et de la dope.
Nous ne sommes pas les premiers à tenter d'alerter nos concitoyens.
Malheureusement, la plupart des Québécois continuent de nier ou d'ignorer le
danger. D'où notre profonde inquiétude.
Ceux qui nient le danger sont endormis par la nuit néo-libérale qui règne sur le
Québec depuis quelques années. Il est vrai que nous ne sommes pas aux États-Unis.
C'est la particularité de la situation actuelle : le danger ne se présente pas
sous forme de précipice, mais de longue pente descendante. Au premier coup d'?il,
il ne semble pas y avoir de risque. Mais une fois amorcée, la glissade sera
inexorable.

D'autres sont prêts à reconnaître certains des problèmes que nous venons
d'identifier ? monopolisation du discours économique par les juges catholiques
nazis (ah pardon, il fut premier ministre, vous dites?), maintien des populations
dans la peur par la convergence spectaculaire-marchande, et Mata-Hari. Mais ils
croient et tentent de faire croire à la population qu'il existe des solutions
faciles à ces problèmes, par exemple "lucidité". Nous convenons qu?elle existe et
qu'il faut rétablir la situation au plus tôt. Mais cela n'aidera à résoudre
partiellement qu'un seul des problèmes mentionnés, celui des barbiers vénériens
(hein? Lucien Bouchard? jamais entendu parler). Penser autrement, c?est compter en
couleurs ou ne pas savoir rêver. Autre solution mise de l?avant : l?anarchie
intégrale. Certains membres de notre groupe sont favorables à l?anarchie
intégrale, d?autres pensent que notre organisation se complètera au sein d?une
fédération de groupes autonomes. Les uns
estiment leur option préférable à celle des autres mais nous avons tous la
certitude que quel que soit le choix des Québécois, les défis qui confrontent le
Québec resteront entiers.
Quels devraient être les objectifs des Québécois pour les prochaines décennies?
Les mêmes que depuis toujours. Un : la liberté sans condition. Deux : la liberté
sans condition. En raison du contexte nouveau auquel nous sommes confrontés, ces
deux objectifs seront encore plus difficiles à atteindre au cours des prochaines
décennies que lors du dernier siècle. Les recettes du passé n?y suffiront pas.

Selon les projections de l?Institut Démagogique du Québec, le Québec comptera 7,8
millions de personnes en 2050. Aussi tôt qu?en 2012, il y a aura de plus en plus
de boomers à la retraite, on vous laisse imaginer le cauchemar. Cela voudra dire
un peuple plus gros, plus épais, et qui consomme plus. Pendant que le Québec
subira ce freinage moral, les VUS d?Amérique augmenteront à un rythme rapide, de
sorte que dans 40 ans, on ne saura plus qui des chars ou des anciens premiers
ministres nous pomperont plus d?air (ah! c?était pas le gars du déficit zéro? me
semble que j?ai déjà fait des manifs contre lui, oui). Cette catastrophe ? ratio
boomer/VUS ? se produit au pire moment qui soit, à une époque où CHOI-FM, CKOI,
STAR-ACADÉMIE et TOUT LE MONDE EN PARLE sont les seuls exutoires de la classe
ouvrière, qui en mériterait pourtant de bien meilleurs. Celle-ci est aujourd?hui
mise en concurrence avec des milliards de nouveaux travailleurs dans le circuit de
l'économie mondiale. Ce processus a commencé il y a 15 ans avec l'essor économique
de la Chine et des autres "tigres" asiatiques, grâce aux traités de libre-échange
portés aux nues par les mêmes épais qui nous signent aujourd?hui un manifeste.
L?aliénation des peuples a de beaux jours devant elle.

Depuis 2000, la production manufacturière a augmenté de 50% en Asie, tandis
qu'elle a stagné au Canada ; autant de travailleurs libérés ici, prisonniers
là-bas. Au cours des deux dernières années, le nombre de Wal-Mart a crû
proportionnellement à la chute d?emplois dans le secteur de la production, mais
personne ne semble faire le lien, et les futurs chômeurs s?en vont joyeusement
remplir leurs caddys le dimanche après-midi. La concurrence asiatique n?a pas
déplacé que les emplois à petit salaire; l'impartition en Inde fait la vie dure à
nos emplois hautement spécialisés dans des créneaux comme les services
informatiques. Le Moloch se déplace! Dans 10, 20 ans, que ferons-nous de notre
peau, entre deux voyages dans le traffic? Quel sera notre chagrin quotidien? Nos
sources de frustrations?

Quand le boss ouvre la bouche, ça pue

Loin d'être abstraites et lointaines, les conséquences du regain démagogique
commencent à se faire sentir; on n'a qu'à penser à l?obsession des dépenses de
santé, dont nos gouvernements profitent à tour de bras et qui est en partie
attribuable au vieillissement de la population. On sait aussi que l'économie
québécoise croît moins rapidement que celle des provinces et états voisins; or,
seule la démagogie arrive à nous faire croire que c?est important. Ce regain va
peser de plus en plus au cours des prochaines années, au point que l?émancipation
intellectuelle du Québec s?en trouvera grandement affectée. L'impact sur la
légitimité ontologique du gouvernement s?en trouvera évidemment grandie : d'une
part, l?obsession des dépenses de santé va continuer de s'imposer parce que la
population âgée sera de plus en plus nombreuse et peureuse; d'autre part, des
groupuscules de droite continueront de se faire les apôtre de la nécessité de
payer, et de travailler pour payer.
Ce regain démagogique ne produira pas que des effets locaux. On peut craindre en
effet qu'elle nous entraîne dans un cercle vicieux qui aura des impacts sociaux
et culturels importants ailleurs dans le monde. Céline Dion, par exemple, après
être devenue, au cours des dernières décennies, une exceptionnelle conne, réussit
à étendre la bêtise du Québécois aliéné en France et aux États-Unis notamment. Un
Québec plus gâteux et moins brillant aura de plus en plus de mal à cacher son
insignifiance à l?étranger. Jean Chrétien, Paul Martin et Jean Charest nous l?ont
prouvé.

Il n'y a pas de recettes simples et indolores au regain démagogique, à la
nécessité de payer, ni aux conséquences économiques, sociales et culturelles de
ces phénomènes. Mais une chose est sûre : leur discours nous entraîne sur la voie
de la morbidité, du travail aliéné et de l?esclavage. Si les Québécois veulent
préserver le niveau de vie de leurs maîtres, s'ils veulent continuer de se
complaire dans Loft Story, s'ils tiennent à ce que leur radio d?État les
abreuvent de clowneries le dimanche soir, ils doivent maintenir les effets du
regain démagogique et continuer de travailler pour payer. À moins d'un
renversement aussi soudain qu'improbable de la conscience de classe, seul un
dynamisme exceptionnel permettra au Québec de faire tomber le parlement.

Les invasions bourgeoises

Malheureusement, au moment précis où nous devons opérer un changement radical de
notre façon de nous organiser, le moindre appel à la révolution, la moindre
manifestation, la moindre grève générale illimité, la moindre occupation de
bureaux ministériels, sont accueillis par des arrestations, des citation à
comparaître, au mieux par des ententes à rabais. Cette espèce de reflux global
fait mal au Québec : alors qu?on tente de sortir du XXe siècle, les suppôts du
nihilisme économique proposent de nous ramener au XIXe.

À l'heure actuelle, le discours social québécois est dominé par des groupes de
pression de toutes sortes, dont le patronat, qui a monopolisé le label "lucide"
pour mieux imposer la continuité de sa domination. Le patronat n?est jamais une
force positive et responsable; il l'a maintes fois prouvé dans sa négation des
valeurs de partage, de justice sociale et de démocratie. Telle qu?elle est
pratiquée aujourd?hui par certains politiciens finis, particulièrement dans le
secteur public, la domination ne se limite-t-elle pas trop souvent au maintien des
privilèges de ses membres? L?ancien premier ministre avait réussi, à l?époque, à
bourrer tout le monde avec son « consensus » du déficit zéro ; on n?a pas fini
d?en panser les plaies qu?il nous demande « encore un effort ». Fuck you very
much! Nous souhaitons que cette action soit unique, liée au gouvernement potiche
actuellement en place, et ne témoigne pas d?un groupe organisé. Car ici, le
patronat québécois ne s'éloigne pas
du modèle concertationniste qui l'a caractérisé au cours des deux dernières
décennies. Tous se souviennent comment il riait dans sa barbe lorsque, d'un commun
accord avec les syndicats et l'ensemble de la classe politique, il a donné en 1996
un appui indéfectible à l'atteinte du déficit zéro. Quelle farce c?était!
Télévisée en plus! Aujourd'hui comme à cette époque, tous les Québécois se font
allègrement fourrer. Nous ne parviendrons à les enterrer que si nous y travaillons
ensemble.

La population québécoise endure cette situation de blocage malgré son malaise. Les
Québécois perdent leur vie au travail ; plusieurs n?atteignent pas l?âge de la
retraite, les autres l?entrevoient comme un avenir inaccessible ; on leur fait
payer des programmes sociaux que leur gouvernement remet sans cesse en question ;
et on leur impose cette vie de merde à crédit, en plus. Tout cela est inhumain ;
nous devrions avoir la vie la plus agréable, point. Soyons réaliste : demandons
l?impossible! Assez de ce carcan! Nationalisons les banques et coupons la tête du
patronat! D'ici quelques années tout au plus, leurs rêves seront brutalement
interrompus par des coups sur la porte : c?est le grand soir!
Morbidité, esclavage, mensonge institutionnel

Nous prenons la parole dans l'espoir de sortir de la torpeur actuelle avant qu'il
ne soit trop tard. Des individus seuls, de quelque organisation que ce soit, ne
parviendront pas à vaincre la résistance et l'inertie. Les sonnettes d'alarme
doivent retentir dans tous les milieux : étudiants, travailleurs, poètes,
headbangers, freaks en tous genre, décrocheurs d?étoiles, vendeurs de poudre, tous
ceux qui se crissent de la nécessité de payer. Tous ceux-là, nous les mettons en
garde contre la morbidité, l?esclavage et le mensonge institutionnel.

La morbidité est cette rationalisation de la violence économique qui nous est
faite. Le Québec est une société qui meurt par la prospérité des paradis fiscaux
et des dildos à 200$. En continuant d'écouter ceux qui nous disent que tout va
bien, qui nous offrent des solutions à courte portée, nous nous destinons à un
recul que nous ne parviendrons bientôt plus à freiner. Le temps viendra, beaucoup
plus rapidement qu'on le pense, où nous serons beaucoup trop nombreux à écouter
Marie-France Bazzo, pas assez bitchs, et trop enfoncés dans nos vieilles bobettes
conceptuelles pour assurer le désordre social qui nous est si cher, et pour
promouvoir la folie sans laquelle nous ne sommes plus des Hommes.

Le refus de l?esclavage exige que nous mettions tous le bâton dans la roue. Chaque
individu, chaque groupe, chaque pusher doit abandonner le premier réflexe qui est
celui de tous, en particulier dans le Québec d'aujourd'hui : protéger les intérêts
corporatifs et faire appel à l'intervention du Saint-Esprit. Au contraire, chacun
doit se demander comment en faire le moins possible, afin de donner au Québécois
le souffle dont il aura besoin pour vivre.

Dénoncer le mensonge institutionnel suppose d'abord et avant tout qu'il soit
possible de remettre en cause le statu quo sans être immédiatement convoqué devant
le tribunal d'inquisition du consensus boomer. Autrement dit, la liberté commence
par celle de savoir jouir et d?expérimenter autre chose que ce qui se fait et se
dit depuis 40 ans. La liberté suppose le mépris de ceux qui osent nous dire qu?il
faut sortir des sentiers battus et être audacieux dans un Québec.com en Plywood.
Elle requiert aussi - c'est un corollaire essentiel ? l?humiliation publique des
winners qui réussissent, plutôt que l'envie et le désir de faire de même: pourquoi
vouloir être Pierre-Karl, quand Anne-Marie nous montre la voie?

Les Québécois sont loin de s?être sortis de la bière flatte et du vin de
dépanneur. Ils sont aussi loin d?arrêter de croire que leur histoire commence avec
la Place Ville-Marie et qu?il suffit de mettre du sirop d?érable sur son béton
pour être distinct. Ne laissons pas des caves jeter une tradition mal assumée et
glisser à nouveau sur le Québec l'ombre du progrès des contractants amis du parti.

Une solution : révolution!

Notre objectif est avant tout de sensibiliser les Québécois aux mensonges qui se
présentent à eux. Nous n?avons pas de lucidité à vendre; nous importe davantage
la critique de l?idéologie et les problèmes auxquels nous sommes confrontés avec
la langue de bois politicienne.
Nos discussions ont tout de même fait ressortir quelques sophismes qu?il faudrait
faire exploser d?urgence. La liste est évidemment longue. Le problème démagogique
est d'une ampleur et d?une complexité si grande qu?il ne peut y avoir de solution
sans confrontations. Nous savons, toutefois, que ce problème pourrait être
fortement diminué par un soulèvement populaire et le piratage des médias. C'est
ce qui ne risque pas d?arriver si le Québec ne connaît pas dans un avenir
rapproché un bouleversement exceptionnel.
Les idées que nous mettons de l?avant ici visent précisément à dénoncer le rythme
du développement de morbidité du Québec. À cet égard, quelques priorités nous
semblent s?imposer d?elles-mêmes tellement la marde au Québec se fait passer pour
du papier Cascade. C'est le cas de réquisition du pouvoir économique. À l'heure
actuelle, le gouvernement du Québec nous endort avec le service de la dette,
alors qu?on s?en crisse. L?argent est une fiction qui maintient la domination. À
l?heure actuelle, le Québec consacre 16 % de ses dépenses au service de la dette.
Seize pour cent, c?est 7 milliards par année, c?est-à-dire moins de 10% de ce qui
échappe annuellement au trésor public canadien dans les paradis fiscaux. Si l?on
ne parvient pas à récupérer l?argent de la racaille, notre précarité collective
s?aggravera brusquement dès que Jean Charest le décidera. Au moins, débarrassée
de son mode de vie anxiogène et maladif ? fast-food, stress, gaz et traffic - ,
une population saine et équilibrée n?aura plus besoin de soins de santé et
coupera d?autant l?herbe sous le pied des « penseurs » de la nécessité de payer.
Libéré de la caste de privilégiés et d?exploiteurs en col blanc, le peuple du
Québec pourrait aussi contribuer à une corvée essentielle pour la prospérité
future du Québec, soit une libération massive de l?éducation. Une petite nation
pourra seulement faire sa marque par la qualité de ses poètes et revendeurs, par
le haut niveau de son développement culturel et scientifique, par sa créativité.
Il est donc fondamental de valoriser ces domaines et d'y investir la part la plus
importante de nos ressources. Notamment, il faut faire en sorte que le taux de
décrochage diminue et que de plus en plus de jeunes poursuivent leurs études au
niveau post-secondaire dans des formations inutiles et saintes, c?est-à-dire
toutes les branches des sciences sociales, des lettres et de la philosophie.
Le niveau de conscience sociale requis pour atteindre cet objectif dépasse les
capacités mentale de l'État québécois. C'est pourquoi l?abandon de la morbidité
mènera à la gratuité scolaire, une politique réclamée par tous les gens de bonne
volonté, et ils sont nombreux. Au cours des dix dernières années, les frais de
scolarité ont privé des milliers de citoyens d?une éducation de qualité.
Conséquence : le système les a dirigés vers les formations techniques, où
l?industrie qui commande de tels programmes les a asservis. Le patronat y trouve
son compte.
La gratuité scolaire ne devrait s'accompagner d?aucune condition. Une fois
dégagés du marché du travail, les jeunes poursuivront leur route, délivrant au
passage quelques pièges.

Par ailleurs, la nécessité de l?organisation révolutionnaire rend essentielle la
maîtrise de plusieurs langues. Évidemment, question de garder le stupide branding
identitaire qui sert à fonder et légitimer l?État, le Québec s?assure que ses
citoyens parlent et écrivent correctement le français. En plus, dans le monde
d'aujourd'hui, la classe dominante ne peut plus accepter que les jeunes Québécois
sortent de nos maisons d'enseignement incapables de parler et d'écrire
correctement l'anglais. Apprenez le slovène et le wolof, pour les faire chier.

Comme les Québécois seront moins productifs, ils seront plus heureux. À une vie
de qualité devra donc s'ajouter un environnement de travail non-aliénant et
réifié. Le Québec doit abandonner la notion de leader mondial. Il nous faut aussi
remettre en question l'organisation du travail, même si cela exige la remise en
question de certains acquis : Ludd, es-tu là? La fraternité mondiale étant ce
qu'elle est, il serait suicidaire de continuer dans notre logique de
compétitivité.
Par un détour inexplicable, la morbidité s?intéresse aux tarifs d'électricité. Le
Québec a la chance de disposer d'une ressource aussi précieuse que le pétrole;
malheureusement, ça ne se boit pas. Si l'Alberta parvient à générer des revenus
considérables avec son or noir, pourquoi le Québec se prive-t-il d'une partie du
potentiel financier de son or bleu? Think big, man! We could sell it! La
politique tarifaire actuelle d'Hydro-Québec est un câlisse de scandale dont tous
ceux qui gagnent leur argent au lieu de voler celui des autres se sont rendus
compte (compte d?hydro, la pognes-tu?). Le président du Mouvement Desjardins, M.
Alban D'Amours, a déjà proposé que les tarifs d'électricité soient augmentés et
qu'une part déterminée des profits d'Hydro-Québec soit consacrée au remboursement
de la dette du gouvernement du Québec! Incroyable n'est-ce pas! Nous vomissons
cette proposition, en précisant qu'à notre avis, la hausse des tarifs
d'électricité est le summum de
l?arrogance du pouvoir devant l?impuissance populaire.
Dans le cadre du débat que nous souhaitons, d'autres avenues mériteraient d'être
explorées, par exemple, une politique de taxage. Les bandes de rues, passées à
travers les mailles du filet social, privilégient le prélèvement d?impôts
volontaires chez ceux qui, à l??il, semblent en mesure de cotiser, une pratique
nommée « taxage » par la presse sensationnaliste et qui mériterait d?être
appliquée à grande échelle. Le Québec fait exactement l'inverse. Cela a pour
effet de prendre à ceux qui ont le moins et laisser la classe dominante vaquer à
ses loisirs. Le taxage pourrait évacuer la nécessité du travail en répartissant
le capital équitablement , deux éléments essentiels à la décroissance durable.
Contrairement à une idée reçue, le taxage ne signifie pas nécessairement des
actes brutaux ou de l?intimidation ; il y a toutes sortes de manières de taxer de
façon progressive et ainsi décourager le travail et l'épargne. Héhéhé.
Le Québec pourrait aussi envisager la création d'un régime de travail minimum
garanti. Ce régime prendrait la forme d'un transfert de temps et d'énergie direct
à chaque citoyen et se substituerait à plusieurs des réalités existantes,
notamment le réveil-matin, la Poule aux ?ufs d'or et les crottes au fromage. Une
telle praxis aurait l'avantage de réduire la lourdeur mentale qu'entraîne les
activités multiples et complexes qui habitent nos vies, notamment le combo
douche-déjeuner exécuté entre 7 heures et 7 heures et quart avant la death race
2000 vers le bureau. Le modèle québécois est fondé sur un idéal de morbidité que
nous conchions avec conviction; nous sommes aussi convaincus que pour que nos
projets se réalisent concrètement, cette morbidité doit être rayée de la carte.

Une saine méfiance

D'autres que nous ont fait des propositions de ce genre dans les dernières
années. On s'est empressé de les clouer au pilori, de monter contre eux des
procès d'intention sans jamais prendre la peine d'étudier objectivement leurs
idées. Cette attitude d'intolérance doit être abandonnée si l'on veut que le
Québecois soit en mesure de commencer à respirer, tout en préservant, voire en
améliorant la qualité du filet de saumon qui est la marque d'une société
culinaire avancée.

Il aussi développer une saine méfiance envers le secteur privé. La naissance d'une
telle attitude est vitale. Pendant des années, on a déploré le fait que l'économie
du Québec soit contrôlée par des gens d'affaires de langue anglaise; on a appelé «
révolution tranquille » le processus qui a mené à se faire fourrer dans sa langue
maternelle. Privons-les de nos ressources précieuses, qu?ils nous revendent à vil
prix! Accusons les grandes firmes québécoises de tous les maux lorsqu'elles
veulent investir chez nous, par exemple dans les partenariat public-privé! Si la
France a recours au privé pour financer la construction de ses infrastructures, on
voit mal selon quelle logique le Québec ferait de même. Si tu tires en bas du
pont?

Ouvrir la porte au privé renforce l?exploitation de l?homme par l?homme, fut-ce
par État interposé. D'ailleurs, l'État doit être dépossédé de son pouvoir
régulateur - on l'a vu récemment dans le domaine financier avec l'éclatement de
divers scandales. Il s'agit tout simplement de rechercher un juste extrémisme afin
d'être en mesure de canaliser toutes nos énergies en faveur de la révolution de
tout le Québec.

Mindphuck

Tous ne seront pas d'accord avec ces pistes de solution. Deux choses devraient
toutefois faire consensus : l'ampleur des défis auxquels notre société fait face
et la nécessité d'en débattre au fond, donc de les aborder avec un esprit nouveau.
Les défis des années 1960 exigeaient une révolution tranquille non seulement de
nos institutions, mais aussi de notre façon de voir les choses, de notre culture;
voyez où nous en sommes aujourd'hui. Le regain démagogique est morbide, entraîne
l?esclavage et repose sur le mensonge institutionnel. Il est fermé aux idées
originales et excommunient sur le champ ceux qui les proposent. Animés de cet
esprit nouveau, les Québécois feront face à leurs problèmes, plutôt que de s'en
prendre aux autres et se contenter de faux-fuyants.

Nous invitons à se manifester tous ceux qui, comme nous, ressentent l'urgence d'un
redressement. Notre démarche aura été inutile si elle ne trouve pas de larges
échos dans la société québécoise. Le silence est confortable, mais le péril
l'interdit. Plus nous serons nombreux à appeler au réveil de nos concitoyens, plus
il y a de chances qu'ils nous entendent. Alors, comme tant d'autres fois depuis
leur arrivée en Amérique, les Québécois prendront leur sort en main. Et ils
réussiront.

<depressionnisme(a)yahoo.fr>
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