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(fr) Derives securitaires generalisees et resistances globales ! - Belgique

Date Tue, 3 Jul 2007 23:50:29 +0200 (CEST)


Ce vendredi 22 juin 2007, des centaines de personnes se sont rendus dans la ville
de Leuven afin de prendre part à la manifestation contre l?expulsion du centre
social autogéré connu sous le nom de « la villa Sqwattus Dei ».

Cela fait presque 7 ans que ce bâtiment situé au 29, Schapenstraat est occupé et
rebaptisé ?Squattus Dei?. Avant cela, le bâtiment était occupé par l?Opus Dei, une
secte catholique fondamentaliste qui en était propriétaire, mais qui avait laissé
le lieu se délabrer complètement. Une fois occupé donc, Le Squattus Dei s?est
transformé en un lieu de créativité, de vie politique et culturelle, lieu de
concerts aussi, d?expositions, de repas populaires, d?informations, de
développements philosophiques, mais aussi d?actions (parfois directes) et de
débats.

Une source trépidante donc, où :
- les créatifs de toute sorte pouvaient explorer librement des voies originales.
- les activités étaient organisées selon un angle anticapitaliste, càd où l?on
demandait un prix libre, pour que personne ne soit exclu.
- les gens n?étaient pas consommateurs, mais prenaient leurs vies en main.
- la société et ses fondements de discrimination et de pouvoir pouvaient encore
être remis en question.

- l?on cherchait un mode de vie nouveau et séculaire à la fois, respectant
profondément l?humain, l?animal et l?environnement.

Parmi les manifestants se trouvaient certains Liégeois : Eric de Ruest, Nicolas
Deprez, Christophe Ferrarri, Ann Van den Brande et Marie Wathelet. Voici leur
compte-rendu d?une soirée particulièrement peu glorieuse pour la démocratie et
l?état de droit garantis pourtant par la constitution de notre pays.

« Un peu avant 21h, nous sommes arrivés sur la grand place de Leuven, lieu de
rassemblement pour cette manifestation. Notre première source d?inquiétude a été
l?endroit bouclé par la police à l'aide de barbelés, de
chevaux de frises et d?autres symboles de la toute-puissance des forces de l?ordre.
Avec en point d?orgue et trônant majestueusement au centre du dispositif répressif
l?autopompe ; cette arme dangereuse dont l?usage a ôté définitivement l?usage d?un
?il à un jeune homme venu manifesté pacifiquement contre le G8 en Allemagne.

Sur place, il y avait certes quelques petits groupes de personnes qui tournaient à
la recherche d?un point de rassemblement bis, et qui comme nous n?ont pas réussi à
trouver la manifestation.

Vers 22h45, lassés de nos recherches infructueuses, mais aussi informés que la
manifestation était bien finie et avait débouché sur de nombreuses arrestations
arbitraires, nous avons décidé de rejoindre la gare pour
ensuite rentrer vers la cité ardente. Décision postposée collectivement face à
l?envie bien naturelle de voir le fameux Sqwattus Dei, histoire de vérifier
ensemble que la manifestation n?était simplement pas venue se
terminer sur le lieu du « crime ».

En chemin, nous avons été amenés à rencontrer une demi-douzaine de jeunes
louvainois enfermés par la grille haute de 2 mètres d?un parc public. Plus
exactement, nous avons simplement expliqué à ces jeunes étourdis que face à une
grille fermée, il suffit de passer par-dessus pour en être quitte. Quel ne fût pas
notre étonnement face à cette jeunesse incapable d?oser une démarche évidente pour
mettre fin à leurs tourments. Incapable de décider d?une action simple. Cette
jeunesse qui ne pensait qu?à réclamer le gardien du parc pour les sortirs du
mauvais pas dans lequel ils s?étaient laissé prendre.

Un peu plus loin, arrivés à la hauteur du bâtiment, nous nous sommes aperçus que
nous étions suivis par une personne qui portait une oreillette. Nous avons supposé
qu'il s'agissait d'un policier en civil.

Après une vingtaine de minutes, excédés d'être suivis, nous nous sommes mis à
courir, espérant que notre « ange gardien » se fatiguerait de nous épier. Voyant
qu'il s'est mis à nous poursuivre, nous nous sommes arrêtés de courir pour
continuer à marcher vers la gare. Malheureusement, arrivé à notre hauteur, il s'est
jeté agressivement sur Eric de Ruest.

Ignorant toujours l'identité de cette personne et constatant qu'elle portait une
arme à la ceinture (attitude insensée dont nous aurions pu largement profiter si
nous avions été de dangereux criminels), nous avons essayé de tirer notre camarade
de son étreinte, vu que les rues sont si peu sûr de nos jours, à en lire les
journaux. Une autre personne est arrivée peu après en scooter, et comme son
comparse, sans décliner son identité elle a elle aussi empoigné notre camarade ,
lui occasionnant des hématomes aux bras, tant la
violence faisait partie de leur processus ( hématomes constatés par un médecin peu
après ). Notre camarade, ayant quand à lui, opté pour une attitude non-violente, a
du calmer en parole l?agent de police tentant de
lui ôter ses menottes pour les remplacés par des « colsons ». Les convulsions de
l?agent l?empêchant de glisser les clés dans l?orifice pourtant stable des menottes
entravant les gestes du prisonnier.

Deux minutes plus tard, une trentaine de policiers anti-émeutes nous arrêtent tous
(y compris un jeune badaud simplement venu se renseigner auprès de nous sur les
raisons qui poussent ces 2 hommes inconnus à
maintenir ainsi notre ami, sans nous donner la raison de notre arrestation).

Nous sommes donc tous fouillés sans ménagement.

Voici la description de son arrestation par Christophe FERRARI :

"je suis plaqué au sol, pour m'immobiliser, les policiers sont debout sur les
articulations de mes chevilles et de mes genoux et me tordent les bras dans le dos.
L'un d'entre eux m'attache les poignets au moyen d'une lanière de plastique. On me
lève et deux agents m'emmènent, un homme et une femme. Sur le chemin je me retourne
vers la femme. A la deuxième tentative pour lui accrocher le regard, son collègue
m'entoure la tête et me la serre contre son flanc en me tordant le cou. J'ai mal.
Dans le fourgon, j'ôte la lanière qui m'attachait les poignets (ils l'avaient mal
serrée). J'agite les mains devant l'agent qui se tient derrière la vitre pour lui
faire savoir (je lui fais un grand sourire). Il entre alors avec un collègue dans
le fourgon (un autre collègue aura suivi d'après les témoignages de mes camarades,
mais celui-là je ne l'ai pas vu). Je reçois un coup dans le ventre qui me fais
fléchir, puis encore un coup au flanc. Ils me passent des menottes en métal."

Eric a des douleurs au bras suite aux pressions des deux individus qui l'ont saisi,
avant l'arrivée de la police armée des pieds à la tête.

Arrivés au poste de police de Philipssite, nous subissons tour à tour une fouille
au cours de laquelle certains se voient confisquer leurs lunettes, les cordons de
leurs vêtements, etc. Comme si l'envie de mort pouvait saisir subitement les
combattants de la liberté que nous sommes...

Nous sommes ensuite transférés dans une cellule collective au commissariat central.
La cellule contient un banc sur la longueur des murs. Elle fait environ 15 mètres
sur 6 et 80 personnes y sont entassées. La majeur partie des incarcérés n?ayant que
le sol froid en pavé pour se poser.

Nous y retrouvons avec une certaine amertume le jeune badaud, coupable simplement
de s?être mobilisé et impliqué face à l?arbitraire d?une arrestation totalement
injuste et démesurée.

Nous rencontrons plusieurs autres personnes qui ont été arrêtées de manière aussi
arbitraire, dont une anversoise et deux autres liégeois interpellées alors qu'ils
descendaient à peine du train?

?avant même de sortir de la gare.

Dans notre prison, nous avons appris que beaucoup de nos compagnons d'infortune ont
été arrêtés alors qu'ils étaient simplement dans les rues de Leuven pour rejoindre
une fête, aller manger un spaghetti chez leurs parents, etc.

Le délit de faciès n?est hélas plus l?apanage de dictatures tant décriées par nos
bons politiciens.

Parmi les nouvelles gammes de tortures psychologiques dont abusent les forces de
l?ordre ; la température du lieu de détention. Oscillant entre 25 et 30°C, on use
de ce subterfuge pour incommoder les protagonistes et autres dangereux manifestants
démocrates et libertaires de nos jours. Faisant fit des problèmes environnementaux
auxquels nous devons tous faire face, les services de sécurités usent et abusent de
leurs véhicules (moteurs allumés à l?arrêt, afin que nous n?ayons vraiment pas
froid), de nombreux hélicoptères consommant des tonnes d?hydrocarbures pour nous
épier, on balance sur les manifestants des tonnes de produits chimiques néfastes,
puis on gaspille des ressources d?énergies précieuses mais aussi dangereusement
polluantes pour les affaiblir mentalement. Dans leur cachot, les prisonniers ont ce
soir là, été obligés de dormir à même le sol. Nous avons demandé à avoir des
couvertures ou des matelas à glisser entre nous et le béton. Nous n?avons eu droit
à rien.

Malgré la température poussée à son maximum, il ne nous a été proposé de boire de
l'eau (dans des gobelets en plastic à l?effigie d?une multinationale accusée
d?assassiner des opposants syndicaux et de détruire
les nappes phréatiques de pays en développement) que vers 00h15. Certains jeunes
étant alors en captivité depuis plus de 5 heures. Sans rien boire.

Température de +/- 30°C

Lorsqu'elle sort de la cellule, Ann est accueillie par un agent particulièrement
agressif à l'égard des personnes détenues. Il la chahute pour qu'elle se dépêche en
prétextant n'avoir pas que ça à faire, qu'il préfèrerait être ailleurs . Il
criminalise les manifestants qui sont encore en rue, il nous reproche les voitures
incendiées durant la semaine, et que les frais liés seront payés par le
contribuable. [Quant à l?inutile note de chauffage? et sa facture
environnementale?] Les policiers nous incitent à dénoncer les personnes disposées à
participer à des actions violentes. Ou plutôt, ils continuent à chercher des
leaders, n?ayant toujours pas assimilés qu?il n?y a pas de chefs, mais simplement
des résistances spontanées à la destruction générale de l?environnement et au
déficit social dont souffrent nos sociétés dites civilisées. Ils cherchent à
diviser les citoyens engagés/enragés en les différenciant sur base de leurs actions
politiques, alors que c'est un même dégoût de l?arbitraire et de l?injuste qui les
unit.

C'est remarquable comme les chiens de garde du système peuvent parfois être
solidaires à leur tour: lorsqu'un des leurs agit de manière violente, les autres
plutôt que de le raisonner participent à son jeu. Dans la situation décrite ici,
les agents contribuaient les uns après les autres à favoriser l'escalade de la
violence. Toutes les remarques permettant de désamorcer la confrontation venaient
de personnes arrêtées, jamais des forces de l?ordre?

Le summum de l'arbitraire fût atteint lorsque certaines personnes venues jusqu'au
commissariat s'enquérir de leurs camarades, se virent arrêtés et molestés pour
finir par être incarcérés et être les derniers relâchés aux
petites heures du lendemain !

L'un des plus agressif parmi les policiers interdit abusivement à un manifestant
qui venait d'être libéré d'allumer une cigarette. Nous sommes dans la cour de la
prison, mais « hier word er niet gerookt, ik ben hier
verantwoordelijk! ». Quand le gars qu'il interpelle lui demande son grade, il
répond de manière toute aussi agressive que son grade est indiqué sur son uniforme.
Quelques minutes plus tard un de ses collègues s'allume une cigarette dans cette
même cour...

Il y eut ensuite cette phrase significative de l?état d?esprit de ces gardiens de
la paix envers un ami français : « Tu ferais moins le malin chez toi, maintenant
que vous avez Sarkozy ; ici, on a toujours eut dix ans de
retard sur la France, mais bientôt, on va pouvoir vous cogner dessus comme le font
les CRS chez toi? »

Sans commentaire, si ce n?est qu?un système quand il déraille à ce point, doit être
complètement révisé !

Les dérives sont à moins d'une encablure !

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