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(fr) Bulletin d'information # 3 de la Rencontre d'Oventik

Date Fri, 5 Jan 2007 20:21:30 +0100 (CET)


BULLETIN D?INFORMATION DE LA PREMIÈRE RENCONTRE DES PEUPLES ZAPATISTES ET DES
PEUPLES DU MONDE.
Bulletin nº 3
Le 31 décembre 2006.

Le deuxième jour de la Rencontre des peuples zapatistes et des peuples du monde,
qui rassemblait près de 2 000 compañeras et compañeros de 44 pays différents, a été
une journée consacrée au groupe de travail abordant les thèmes "l?Autre Santé",
"l?Autre Éducation" et "la Lutte des femmes".

Comme prévu, les autorités autonomes des cinq conseils de bon gouvernement et des
Communes autonomes rebelles zapatistes (MAREZ) ont participé aux différents groupes
de discussion, où ils ont expliqué la façon dont les communautés et villages
organisent l?enseignement dans l?autonomie et dans la résistance.

Les représentants de nos gouvernements autonomes ont fait le compte des écoles
construites sur le territoire correspondant : certaines ont bénéficié de fonds
issus de la solidarité mais beaucoup plus nombreuses sont celles qui ont été
construites grâce aux apports des communautés. Ils ont également mentionné
l?importance qu?il y a à former des "promoteurs d?éducation" élus par les
assemblées des communautés pour se former et
donner les cours dans les villages.

L?éducation zapatiste relie les 13 demandes fondamentales de la lutte zapatiste
avec les matières enseignées au sein de quatre blocs de connaissances : vie et
environnement, mathématiques, histoire et langues. La véritable éducation est celle
qui émane des peuples et non celle qu?imposent les mauvais gouvernements.

Après les autorités zapatistes, ce fut le tour des compañeras et compañeros de
nombreux pays du monde. Mixper, une chicana d?origine huichol, membre du collectif
APC et du projet éducatif Semillas del Pueblo ("Graines du peuple"), a expliqué
qu?aux Etats-Unis les personnes de couleur, les enfants des migrants et des
indigènes sont marginalisées, humiliés, traités comme des inférieurs, et se voient
dépossédés de leurs
rêves dans les établissements publics.

L?école "Academia semillas del pueblo" a été bâtie à partir des nombreux rêves des
membres de cette communauté qui voulaient récupérer leur identité et les traditions
indigènes et former des élèves qui
conservent leur identité indigène.

Juan Chávez, du groupe d?étudiants en résistance de l?institut de technologie
d?Oaxaca, décrit brièvement un projet d?enseignement alternatif dénommé "Brigade
communautaire" qui consiste à fournir gratuitement un soutien en mathématiques et
en physique et à enseigner l?histoire que le gouvernement nous cache.

Venu d?Argentine, une compañera du Réseau transhumant rapporte qu?un tel projet est
né en 1998, dans une situation difficile dominée par un grand désespoir et
fatalisme. Un groupe eut l?idée de parcourir tout le
pays pour demander aux gens comment ils se sentaient. À bord d?un camion jaune
appelé "Quirquicho", ils ont pris la route avec leurs ateliers de réflexion sur la
réalité, utilisant la parole et les interventions
artistiques. On l?a appelé transhumant parce que le groupe part en quête des
meilleures terres.

Un compañero de l?université de Berkeley, en Californie, membre de la Radio
zapatiste, raconte qu?un collectif réunissant des élèves et des professeurs
zapatistes est en train de se constituer afin de changer les choses, par exemple en
donnant des cours d?espagnol aux enfants de migrants d?Amérique latine afin qu?ils
retrouvent leur identité.

Il y a eu aussi des interventions de frères et de s?urs du groupe Mexicains sans
frontières ; de compas de "Ya Basta", d?Italie ; du projet Écoles pour le Chiapas,
des USA, ainsi que d?une École populaire pour adultes de Prosperidad, de Madrid,
Espagne.

En même temps que le groupe de discussion sur "l?Autre Éducation", un autre groupe
abordait la question de "l?Autre Santé". Les représentants des autorités autonomes
des cinq conseils de bon gouvernement y ont
souligné l?importance de réhabiliter la médecine traditionnelle chez les peuples
indigènes. Il y a été question de l?organisation de la santé dans la résistance en
formant des "promoteurs de santé" et en construisant des
petits dispensaires, des microcliniques et des hôpitaux zapatistes.

Les représentants et représentantes des communautés en résistance ont donné leur
position en ce qui concerne l?avortement. Ils signalèrent que les avortements ont
souvent lieu sans être provoqués, car les fausses couches sont fréquentes, vu les
circonstances dans les communautés. "Beaucoup de femmes connaissent ce problème,
sans pratiquer ni rechercher l?avortement, c?est dû aux conditions de vie
indigènes",
expliquent-ils.

Dans le cours du débat qui a suivi les exposés, on a insisté sur l?importance qu?il
y a à renforcer l?éducation sexuelle et la "santé reproductive". On a aussi évoqué
la question de la santé mentale, l?importance des campagnes de vaccination sans
passer par le gouvernement, l?emploi de fourneaux écologiques qui évitent les
problèmes dus à l?inhalation de la fumée de feu de bois dont souffrent beaucoup de
femmes, ainsi que l?importance de l?éducation en vue d?un planning familial.

Les zapatistes ont expliqué que leur fragile système de santé soigne gratuitement
toutes les personnes membres des bases de soutien dans leurs villages et fournit
même un service de santé aux indigènes qui ne
sont pas zapatistes, car "la santé est un droit qu?il faut appliquer sans
distinction, contrairement à ce que fait le mauvais gouvernement".

Après quoi, 20 compañeros et compañeras de différentes parties du monde ont raconté
diverses expériences de santé alternative. Le Collectif Brigada Callejera ("Brigade
de rue"), du DF, nous a parlé de l?assistance qu?il fournissait aux travailleuses
du sexe à Mexico, tandis qu?un autre collectif, de Michoacán, a insisté sur
l?importance de la physiothérapie dans la santé : "Le capitalisme rend malade et
n?apporte que des solutions
partielles en vue de la guérison."

Ximena Castillo, venue du Chili, a parlé de la santé mentale et de son travail dans
un centre communautaire de réhabilitation pour schizophrènes. Et Gisela Morales, de
Monterrey, a expliqué qu?elle travaillait dans
une zone fortement marginalisée où les communautés chassent des reptiles pour se
nourrir. "Il faut essayer de ne pas reproduire le système en nous et de trouver un
autre modèle. Rappelons-nous que la terre et la
nature sont les médecins et les hôpitaux les plus anciens", fit remarquer Gisela.

D?autres voix se sont fait entendre : les membres d?une mission indépendante ; une
docteur de Mexico qui travaille avec les médecins des S?urs aux pieds nus en Chine
; un compa de la Sierra totonaque qui
est à l'origine d?un projet de santé communautaire ; un collectif du Yucatán ; une
expérience de musicothérapie à Buenos Aires, et l?histoire émouvante d?une indigène
du Canada, ainsi que l?intervention de
frères et de s?urs d?Amatlán (dans le Morelos), du Costa Rica, du District fédéral
et du Guatemala.


LA LUTTE DES FEMMES

Un ensemble de 20 femmes zapatistes ont présenté aujourd?hui de façon claire et
nette les défis auxquels s?affrontent la femme indigène, les obstacles qu?elle doit
surmonter au sein de la lutte, la participation des femmes zapatistes à
l?autonomie, ses petites victoires, ses énormes problèmes, ses perspectives et le
long chemin de sa lutte pour l?égalité dans les communautés.

Une à une, les zapatistes choles, mames, tojolabales, tzeltales, tzotziles et
zoques ont raconté dans le détail leur vie au sein de peuples où l?on vit et subit
le machisme, dans des communautés où leurs compañeros
leur refusent toute participation à la vie politique et se moquent d?elles ou de
leurs maris quand elles se consacrent à des travaux qui ne sont pas réservés
traditionnellement aux femmes.

Elles ont dit et répété l?importance qu?il y a à s?organiser en tant que femmes et
à participer dans toutes les tâches de la résistance, elles ont parlé de ce
qu?elles considèrent leurs propres limites, comme de ne
pas savoir l?espagnol et souvent de ne savoir ni lire ni écrire. "Mais nous
apprenons petit à petit et nous sommes de plus en plus conscientes", disent-elles.

Sans crainte, les femmes zapatistes ont répondu à toutes les questions posées par
un public avide de connaître leur manière de s?organiser et les difficultés
auxquelles elles s?affrontent. Elles ont notamment
annoncé qu?elles avaient déjà obtenu le droit de décider ensemble avec leur
compagnon combien d?enfants elles voulaient avoir, bien qu?elles aient admis que
bien souvent "il y a des maris qui n?obéissent pas".

Elles sont toutes d?accord pour dire qu?"il est nécessaire d?organiser une
Rencontre de femmes pour échanger des idées et organiser ensemble la lutte".

Au chapitre de leurs petites et grandes victoires, les femmes de l?EZLN ont signalé
qu?il y a maintenant des hommes qui s?occupent de tenir la maison (s?occuper des
enfants, se faire à manger, prendre soin des
bêtes, etc.) et qu?il y a toujours plus de femmes participant aux tâches de
l?autonomie (santé, commerce, éducation, autorités municipales, membres du conseil
de bon gouvernement, etc.). Elles ont aussi souligné le fait qu?il y ait des femmes
insurgées gradées, sans oublier les miliciennes et les membres du Comité clandestin
révolutionnaire indigène.

Lors de l?intervention des participants du Mexique et des autres pays du monde, on
a pu entendre un message des femmes du Kurdistan, qui ont formé une brigade portant
le nom de la Commandante Ramona ; le collectif Regeneración Cuidado Infantil, de
New York ; des compañeros de La Otra de l?Autre Côté et du Réseau de soutien
zapatiste de Madrid ; du Mouvement indépendant de femmes, du Chiapas ; du Front des
travailleuses de l?IMSS ; du Centre des droits de la femme ; du Collectif mexicain
Rompiendo la Noche ("Rompant la nuit"), du Nuevo León, ainsi que du Collectif Lucio
Blanco, du Tamaulipas.

Au terme des débats, les femmes zapatistes ont posé une question aux participantes
: "Que pensez-vous faire, vous, contre la maltraitance, le viol et les coups dont
sont victimes les femmes dans le monde ?" La
réponse a été : "Élever la voix, éduquer, dénoncer."

La coordination de ce groupe de discussion a été assurée par la commandante Sandra
et par le commandant Moisés, appartenant à la zone de Morelia. Tous deux ont
rappelé qu?en ce 31 décembre "nous fêtons
l?anniversaire des 13 ans de notre lutte, depuis le jour où nous avons dit ya basta
! à la discrimination et au mépris dont souffrent les femmes indigènes."

La journée s?est achevée par un programme culturel, un bal et des chansons pour
dire au revoir à 2006 et souhaiter la bienvenue à la 14e année de la lutte
zapatiste.


--
Traduit par Angel Caido.
Diffusé par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
(CSPCL, Paris) - 33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
réunion (ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl(a)altern.org
liste d'information : http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl_l
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