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(fr) L'anarchosyndicalisme questionné

Date Thu, 4 Jan 2007 10:53:51 +0100 (CET)


Rappeler ?nos évidences?, les grandes lignes de ce que nous pensons, ne suffit pas,
et il faut aller plus dans le détail. Voici l?état de notre réflexion sur quelques
unes des grandes questions qui agitent le milieu libertaire en ce moment


Voter, est-ce agir ?

Nous refusons toutes les élections, qu?elles soient politiques ou professionnelles.
Car jamais un élu, de quelque bord qu?il soit, n?a à parler ni à décider à notre
place. Face au pouvoir des canailles,
nous appelons en toutes circonstances à l?abstention.

On nous dit que les élections seraient le moyen pour les opprimés de renverser la
situation. Observons tout d?abord que les alternances gouvernementales n?ont rien
produit de semblable. Abusivement
présenté comme démocratique, le parlementarisme, produit de la délégation de
pouvoir, favorise la démission au quotidien, déshabitue les individus de l?exercice
du pouvoir politique et favorise les "spécialistes" de la politique et autres
nantis. Défendre le parlementarisme, c?est accepter de se soumettre aux résultats
des
urnes, aux 82 % de suffrages qui ont hissé Chirac sur le pavois, c?est légitimer la
politique anti-sociale qui en découle. C?est aussi attendre éternellement la
"prochaine" élection pour espérer un changement, et, dans l?attente, continuer à se
faire piétiner. C?est transformer la lutte sociale en champ clos de conflits entre
fractions parlementaires qui, lorsqu?elles sont minoritaires se présentent comme
"la" solution de rechange, avant de continuer toujours la même politique quand
elles reprennent le pouvoir. Un mouvement de lutte qui chercherait à s?appuyer sur
le parlementarisme ne peut que s?affaiblir et se diviser et oublierait la masse
croissante d?exploités qui refuse le jeu électoral et s?abstient consciencieusement
à chaque élection.

Si l?électoralisme divise, l?action directe construit au contraire le rapport de
force puisque, par définition, elle est l?action collective et sans intermédiaire
des opprimés en lutte. L?action directe est la base originelle du syndicalisme,
celle qui lui a permis, un temps, de contrer les attaques du capital. Il est grand
temps de renvoyer les bureaucrates, les permanents politiques et syndicaux, les
"partenaires sociaux", les élus (politiques ou professionnels), les spécialistes du
paritarisme (qui participent à la gestion anti-sociale des caisses et de
l?administration) aux poubelles de l?histoire.

Nous refusons tous les partis politiques, toutes les chapelles, tous les États et
toutes les cliques d?arrivistes et de possédants, qui, au nom de la démocratie, de
dieu ou d?un drapeau vivent en parasites sur la misère matérielle et morale qu?ils
nous imposent à coups de lois et de milices. A bas l?État, le parlementarisme et
les partis politiques !


La violence des masses est-elle contre-révolutionnaire ?

La violence révolutionnaire n?est autre chose que la quantité d?énergie nécessaire
à produire une rupture historique. L?étude attentive de l?histoire montre que se
sont les mouvements de réaction, et non l?action révolutionnaire, qui produisent la
Terreur ou la guerre. Les événements les plus sanglants sont le produit du
reflux révolutionnaire et non les causes de son insuccès.

Il est dans l?air du temps de prôner une sorte de "non-violence politiquement
correcte", en imputant à l?utilisation de la violence les échecs des différentes
luttes révolutionnaires. Et loin d?approfondir les leçons du passé, on s?enfonce de
plus en plus dans des raccourcis faciles, imprégnés d?imagerie scolaire. Ces
simplifications sont très utiles depuis deux cents ans à tous les réactionnaires
qui utilisent la confusion entre la violence de masse et les épisodes de la
Terreur.

Pour les anarchosyndicalistes, il est au contraire fondamental de repérer dans
l?histoire ces moments de rupture (qu?ils se situent en 1789, 1917 ou 1936) pendant
lesquels la population quitte son rôle
passif pour passer à l?action [1]. A l?inverse, les épisodes de réaction se
caractérisent par le retrait de la scène historique des masses populaires, qui
laissent ainsi la place à des fractions politiques. Ces dernières mettent un terme
à toute destruction du pouvoir pour, au contraire le reconstruire, le défendre et
finalement
le conquérir. Le résultat est un mouvement centralisateur, étatique et militariste.
Une lecture plus fine de l?histoire montre que se sont ces mouvements de réaction
-et non l?action révolutionnaire?,
qui produisent la Terreur comme la guerre. Les événements les plus sanglants sont
le produit du reflux révolutionnaire (Exemple : la Bataille de l?Ebre, en 1938) et
non les causes de son insuccès.

Le discours dominant nous habitue à un concept de violence aussi polyvalent que
creux. Est dès lors réputée violente toute action qui ne rentre pas dans le moule
de la protestation "citoyenne", du
syndicalisme intégré ou des autres formes de contestation politiquement correctes.
Globalement, le qualificatif "violent" est essentiellement une étiquette qui permet
de stigmatiser l?adversaire.
Par ce tour de passe-passe, il n?y a de violence que chez ceux qui contestent le
système, tandis que les oppresseurs, qu?ils bombardent une cité, affament la moitié
d?un continent ou torturent dans les
commissariats et les camps, sont toujours les gardiens du droit et de la justice et
finalement de véritables non-violents auxquels rien (si ce n?est une regrettable
bavure de temps en temps) ne saurait être
reprochée. Les révolutionnaires qui se prennent à singer cette rhétorique nous font
assister à un étonnant spectacle et donnent l?impression de chercher à s?excuser de
vouloir renverser l?ordre établi.

La révolution libertaire ne peut triompher que par la participation des masses.
C?est cette participation, qui détermine le rapport de force. Plus celui-ci est
élevé et plus la violence est limitée. C?est donc quand ce rapport de force est
élevé (et non quand on est en état de "légitime défense" ou pire, "lorsque la
violence est imposée par une provocation", comme on le lit parfois) que les masses
peuvent détruire le pouvoir qui les exploite et les domine. Ceux qui prônent la
non-violence à ce moment là (quand tout est possible et que la
violence peut être très limitée) pour ensuite réfuter la non-violence en période de
reflux (par exemple en légitimant alors seulement la "légitime défense"), prouvent
simplement deux choses : qu?ils utilisent la non-violence comme concept tactique
(et non comme un postulat philosophique qui mériterait d?être discuté autrement) et
qu?ils l?utilisent mal. En effet ils sont à rebours de toute la dynamique
révolutionnaire, car ils raisonnent en dehors des masses, comme si le mouvement
anarchiste devait être coupé d?elles. Certains
en arrivent à tant les mépriser (à force de confusion historique et légaliste)
qu?ils peuvent tenir des propos, tels que "Les pauvres par eux-mêmes ne peuvent que
foutre le bordel" [2], qui constituent la négation même des capacités
d?auto-organisation des masses. Ce qui revient à nier la base de la philosophie
libertaire.

Cette façon de tourner en rond de pseudo-penseurs provient d?une incapacité à
concevoir la société autrement que telle qu?elle existe à ce jour. La question doit
donc être posée autrement : Est-ce qu?une
société viable, non impuissante, c?est-à-dire capable d?organiser les rapports
inter-individuels, ne peut, pour fonctionner, que reproduire éternellement les
mêmes rapports de domination ? C?est dans notre capacité à modifier radicalement
les rapports que nous vivons actuellement, à penser d?autres formes de société,
dans lesquelles le pouvoir appartiendrait à l?ensemble de la collectivité, et non à
une classe, ne s?imposerait à personne en permettant à tous de s?impliquer, que
réside la réponse. Cette capacité collective, l?humanité la possède, comme de
nombreux faits le prouvent, que ce soit l?existence fort ancienne de sociétés sans
État [3] ou les pratiques contemporaines des collectivités et assemblées (soviets,
conseils, collectivités de 1936..). Les anarchosyndicalistes doivent tout mettre en
?uvre pour faciliter, dans les moments de rupture historique qui se produiront, ce
basculement, sous peine de voir se reconstituer, une fois de plus, l?État. Car
c?est effectivement l?incapacité à produire ce basculement, à abolir les divisions
sociales qui, laissant le champ libre à la réaction, est la cause de la
reproduction du pouvoir ; et pas, comme on voudrait nous le faire croire, la
violence révolutionnaire des masses.


Le syndicalisme doit-il être non-idéologique ?

Tout discours sur les choix de société, que ce choix consiste en un maintien ou un
changement, est idéologique. Seule l?idéologie permet de saisir et d?élaborer du
sociétal. Tout groupe qui poursuit un but
social ou politique est mû par une idéologie, qu?il s?en réclame ouvertement ou
qu?elle soit implicite. Le syndicalisme n?échappe pas à la règle. Comme les autres
forces sociales, il est à la fois
production et producteur d?idéologie.

Quand le "syndicalisme" se prétend non-idéologique il est soit un
simple conglomérat d?individus qui n?ont pas grand chose en commun
(et qu?un débat un peu profond sur quelque problème sociétal
d?envergure ferait exploser), soit un conglomérat de gens qui ont
tellement intégré l?idéologie dominante qu?ils ne peuvent plus s?y
soustraire et qu?ils se satisfont d?un profil revendicatif
(éventuellement d?un "syndicalisme de combat") mais sans remettre en
cause le principe même de l?exploitation (comme le font aux USA des
syndicats hyper-activistes dans la forme mais hyper-réformistes dans
le fond), soit, le plus souvent, une courroie de transmission. Dans
ce dernier cas, le syndicat soit disant non-idéologique a subi en
fait un travail d?anéantissement théorique de ses options de départ
pour le compte d?une autre force (qui pratique dans le syndicat
l?entrisme, le noyautage). Le refus affiché de l?idéologie et
l?apolitisme sont alors la marque de cette prise en main de
l?intérieur. L?expérience sur ce point est ancienne. En France, la
"Charte d?Amiens" (1906) qui prétendait aux principes de neutralité,
d?apolitisme, d?indépendance et de non-intrusion entre les sphères
d?activité du syndicat (revendications salariales immédiates...) et
celles des partis (auxquels reviendrait le choix de société et sa
future gestion) a assuré successivement le triomphe des réformistes
puis des marxistes-léninistes dans le mouvement social.

C?est contre cette conception que s?élève l?anarchosyndicalisme.
Celui-ci reconnaît que la société actuelle est façonnée par trois
grands types d?ordres : idéologique, politique, économique. La
société dans laquelle nous vivons s?organise sur la base de
l?exploitation d?une classe sociale et découle de la co-action dans
le monde entier de ces trois ordres : économique (capitalisme, quelle
qu?en soit la nature juridique), politique (étatisme, quel qu?en soit
le régime), idéologique (domination, quelles qu?en soient les
variantes), ce qui les rend consubstantiels au système social en
vigueur. Ils se corroborent et se pérennisent dans leurs modes et
rapports. Dès lors, ne viser à changer, pour des raisons tactiques,
qu?un seul des trois ordres est une erreur, car les deux autres
ordres travaillent à rétablir continuellement celui qui se trouve
momentanément en situation de faiblesse. Choisir un seul angle
d?attaque, c?est, on le comprend dès lors, s?engager dans l?impasse
du parcellaire et du fragmentaire.



Les syndicats réformistes sont-ils un "mal nécessaire" ?

Nous rejetons le syndicalisme de collaboration de classe, qu?il soit
porté par les vieilles centrales (CFDT, CGT, FO) ou par leur
progéniture alternative (SUD, UNSA,...) Ce ne sont que les rouages
d?un vaste système d?exploitation, de division et de domination.
Parce qu?ils cogèrent notre domestication avec l?État et le patronat,
ces syndicats réformistes sont aussi le pouvoir. Ils sont nos ennemis
de classe. Nous n?avons rien à faire avec eux.

Par leur intégration dans l?État (à travers les commissions
administratives paritaires, la participation à la gestion des
organismes dits sociaux...) comme par leur collaboration au plus haut
niveau avec le patronat (élections prud?homales,...), les unes et les
autres ne sont que des rouages d?un vaste système d?exploitation, de
division et de domination. Oubliant leur visée transformatrice
initiale, les réformistes, pris dans la tactique électorale, oublient
le fond car, pour eux, gagner des places dans les institutions est
devenu l?essentiel. La tactique a fini par aboutir au tacticisme en
détruisant toute la théorie révolutionnaire qu?il pouvait y avoir au
départ. Il n?y a plus ni finalité, ni sens, ni principe. Le
tacticisme n?est pas la maladie infantile ou sénile du
révolutionnaire. C?est sa transmutation. De facto, réformistes
anciens et néo-réformistes défendent les institutions, tantôt
discrètement, souvent ouvertement, parfois brutalement. Ils
s?opposent à la résistance populaire autonome, contraire à leurs buts
et intérêts. Ils sabordent toute lutte n?entrant pas dans leur
conception étroite. Ils affaiblissent toute riposte efficace aux
réactions violentes de la bourgeoisie. Par-là, ils font le jeu des
totalitarismes. Ils pérennisent les instruments de la domination
bourgeoise, consolident l?appareil étatique (qui sert à manipuler ou
à réprimer les prolétaires, les opprimés). En échange, combien
nombreux sont ceux qui peuvent obtenir de bonnes places, des
privilèges, des revenus !

Les réformistes (sociaux-démocrates, verts, voire communistes) et les
néo-réformistes (communistes, trotskistes, issus de divers courants
d?extrême-gauche, voire de l?anarchisme) se querellent entre eux,
mais, sur le fond, ils visent les mêmes choses. Depuis quelque temps,
ils sont plus nombreux à se revendiquer "anarchistes", "libertaires",
"municipalistes", "syndicalistes révolutionnaires"... ils tentent une
manipulation théorique, historique, sémantique. Ces soi-disant
"anarchistes" militent dans des syndicats réformistes (certains y
sont même permanents) et préconisent la participation aux élections
syndicales. Certains voudraient même nous faire croire qu?au niveau
municipal ils pourraient créer des sortes de communes autogérées,
libertaires ; prenant vraiment les libertaires pour des imbéciles.
Les vrais anarchistes, les vrais révolutionnaires, ne visent pas à
conquérir les moyens de la domination mais à les détruire.



L?unité, avec qui ?

Nous avons déjà souligné la contradiction insoluble entre ceux qui
poursuivent des problématiques électoralistes et ceux qui veulent
pratiquer l?action directe. Leur cohabitation est impossible dans une
lutte. Il n?y a rien à discuter. Nous récusons tous les partis
politiques, des plus grands aux plus groupusculaires car, par
définition, ils aspirent à prendre le pouvoir et donc à exploiter la
population. C?est pourquoi, nous affirmons qu?il n?y a aucune
possibilité, même ponctuelle, d?accord, d?alliance ou de signature
avec eux.

A chaque lutte d?envergure, ?la question de l?unité? se pose. On voit
tantôt refleurir les cartels d?organisations syndicales (derrière
lesquelles pontent le nez les organisations politiques), tantôt les
coordinations plus ou moins autoproclamées.

"L?unité syndicale", constitue souvent la 1ère man?uvre de division :
loin d?élargir l?action, elle est une étape classique de reprise en
main et de contrôle des mouvements de lutte apparus à la base. Ainsi,
lors des dernières luttes dans la fonction publique, la reprise en
main a consisté pour une grande part à réunir tous les petits
mouvements épars sous la houlette de l?encadrement syndical et
politique traditionnel. C?est-à-dire à opérer la jonction des forces
vives de la lutte avec les professionnels de l?inertie. Notre
expérience de terrain nous amène à penser que le plus efficace, c?est
de faire l?unité loin des appareils, dans les structures qui
regroupent tous les individus (syndiqués ou pas) en accord avec les
buts que poursuit la structure en question.

Comment de telles structures doivent-elles fonctionner ? Le mode de
fonctionnement vertical (ou hiérarchique) est souvent présenté comme
efficace sous prétexte que les débats démocratiques freineraient la
prise de décisions. Or, une structuration verticale induit un
appareil non-démocratique, des jeux de pouvoir, la quête de bonnes
places au détriment des principes, et, finalement
l?institutionnalisation. A l?inverse, le mode de fonctionnement
horizontal est, à terme, réellement efficace car il implique tous les
membres dans les décisions et favorise une connaissance collective
des enjeux, empêche ou rend difficile l?instrumentalisation de la
lutte à des fins personnelles.

Le fait que chaque membre soit à égalité de droit est réellement
démocratique. L?horizontalité permet la mise en réseau des structures
de résistance sans qu?aucune ne prive l?autre de ses prérogatives.
Elle permet la coordination et l?action collective, favorise
l?équilibre du singulier et du pluriel, harmonise l?intérêt
particulier et général dans ce qu?il a d?indissociable. Ce choix du
fédéralisme offre d?autres avantages en multipliant les centres de
décision, il stimule l?empirisme par la multiplication des
expériences puis par la sélection des plus adéquates. Il fragilise
également l?attaque de l?adversaire car il est plus difficile de
soudoyer, corrompre, réprimer, contrôler, manipuler tout un mouvement
que quelques personnes.

Nous appelons à la formation de comités de lutte partout où c?est
possible, dans les entreprises comme dans tous les lieux de vie,
communes, quartiers, lycées, facs,... Nous appelons au fonctionnement
en assemblées générales autogérées, au rejet des intermédiaires
syndicaux, au refus des délégués incontrôlables.

Nous appelons à la démocratie directe et à l?action directe. Les
négociateurs syndicaux ont toujours négocié notre défaite à leur
profit et à celui du patronat. Les jours de grève et les cortèges
décidés par les syndicats ne servent qu?à nous faire retourner au
travail sans rien avoir obtenu. Décidons nous même des formes de
lutte : gratuité dans les services publics, baisse des cadences,
contre-information sur les boîtes, ouverture au public des lieux de
travail, blocage de la production. Inventons, réinventons nos luttes.



Qui a besoin de la représentativité ?

Le pouvoir a besoin de la représentativité, parce qu?il a besoin
d?interlocuteurs afin de contrôler l?action éventuelle des opprimés
et de garantir à la classe dominante l?ordre social. La
représentativité, c?est donc le problème du pouvoir, non celui des
anarchosyndicalistes. Nous refusons tout autant la comédie médiatique
et la contestation spectaculaire, qui vident nos révoltes de leur
sens en les réduisant à des images ridicules de manifestation-
kermesses et de clowns champêtres. Aussi, ?nous ne parlons pas? aux
journalistes comme aux autres valets du pouvoir.

La pratique de la représentativité, tout comme celle de la visibilité
médiatique est largement utilisée par le capitalisme et l?État pour
maintenir la domination de classe. Il ne s?agit pas là de simples
"outils" dénués de contenu mais au contraire d?instruments
idéologiques, porteurs en eux-mêmes d?aliénation. De là leur
incompatibilité de fond avec l?ensemble de la pensée libertaire.

Le premier argument que nous opposent les défenseurs de la
représentativité repose sur une critique de la délégation suivie de
l?affirmation que la représentativité est valable si elle est obtenue
par l?action. Or, pourquoi une représentativité obtenue par l?action
(même directe) n?aurait-elle pas les mêmes résultats négatifs qu?une
représentativité obtenue par toute autre voie ? Voilà ce à quoi la
réponse qu?on nous fait se garde bien de répondre ! Car c?est
pourtant là que se trouve le c?ur du problème : c?est la
représentativité qui crée la subordination, pas la façon dont on
acquiert cette représentativité. Pour ne citer qu?un exemple, qu?on
se rappelle l?histoire du "syndicat de combat" Solidarnosc, en
Pologne dans les années 1980, et le parcours de son leader le plus
représentatif, Lech Walesa.

Un deuxième argument, plus tactique, est avancé : ?on ne pourrait pas
faire autrement, car sinon on n?aurait pas de droits?. Puisqu?on
parle de droit formel, il est toujours utile de rappeler qu?en dépit
d?une rumeur savamment entretenue par tous les professionnels du
syndicalisme, les salariés du privé ont à ce jour, section syndicale
ou pas, des droits. En particulier un droit essentiel : celui de se
mettre en grève sans représentativité, sans délégué du personnel,
sans délégué syndical, sans élu à quelque comité que ce soit.

En pratique, la représentativité n?apporte aucun droit essentiel à
l?ensemble des travailleurs. Elle apporte des avantages particuliers
aux délégués (mais se tourne facilement contre eux s?ils ne
comprennent pas assez vite que les avantages légaux qui leur sont
octroyés le sont en échange de leur collaboration avec le patron !)



Que représentent les revendications immédiates ?

Participer à des luttes sur des revendications immédiates, c?est être
solidaire, mais c?est aussi et surtout faire de la propagande, par
les discussions avec des gens plus à l?écoute que d?habitude et par
la mise en pratique de nos principes. C?est ce long travail de sape
qui permettra un jour d?abattre le capitalisme. Dire cela n?est pas
mépriser les revendications immédiates ni ceux qui les portent, c?est
seulement être lucide sur nos moyens d?action contre ce système.

Il est courant d?entendre que les revendications immédiates (celles
qui visent à améliorer l?ordinaire, sans analyser le pourquoi des
conditions d?existence ni remettre en cause le système) en jouant sur
les effets et non les causes améliorent la situation des exploités.
Certes, mais à y bien regarder, à terme, elles ne résolvent rien et
empêchent la remise en cause du système. Mieux, elles le confortent
en entretenant les illusions sur sa valeur. Le débat sur les
revendications immédiates dans lequel beaucoup de libertaires
s?enferrent est redondant, récurant voire obsolète. L?histoire a
tranché. L?anarchisme n?est pertinent que social, c?est ainsi qu?il a
inscrit ses actes les plus marquants [4] dans son combat avec et
parmi les exploités, comme composante du mouvement ouvrier (CGT du
début du siècle dernier, FORA argentine, CNT d?Espagne, tendance du
Zapatisme, etc., etc.). Et cela, même si la tâche est ingrate,
obscure, difficile, et parfois déroutante. Participer à des luttes
sur des revendications immédiates n?a donc rien à voir avec le fait
de rédiger une plate-forme de revendications au nom de la CNT-AIT. On
peut s?imaginer que rédiger une telle plate-forme nous rapprocherait
des préoccupations de nos "frères" de classe, tout en les incitant à
pousser un peu plus loin leurs revendications. L?expérience montre
pourtant qu?à vouloir "coller" aux préoccupations immédiates, on en
oublie souvent l?analyse politique et la lucidité sur les moyens
d?abattre le système ; à moins que ce ne soit le contraire : ce sont
peut-être ceux qui manquent d?analyse politique et de lucidité qui
s?imaginent avancer en prenant à leur compte des revendications que
peuvent porter les syndicats réformistes. C?est ce que fait par
exemple SUD depuis pas mal de temps, et apparemment, ça ne convainc
pas tellement plus de monde que nos idées soi-disant trop radicales
et surtout, ça ne nous rapproche pas beaucoup de la révolution sans
laquelle on ne changera pas de système.



Quel mode d?organisation construisons-nous ?

L?organisation historique de la CNT-AIT comportant des niveaux
décisionnels supra-syndicats avec mandatés et votes majoritaires
(U.R., C.C.N, Congrès) a inévitablement généré, malgré toute la bonne
volonté des militants, des lieux de pouvoir. Comme toutes les
organisations syndicales et politiques issues des luttes et des
idéologies de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle (c?est-à-
dire la quasi-totalité des organisations existant actuellement)
l?organisation de la CNT-AIT a reproduit en filigrane un modèle
pyramidal, le modèle dominant de la société.

Or, tout système d?organisation par niveaux successifs d?intégration
hiérarchisés produit du pouvoir. L?usage du vote majoritaire, qui
constitue à ce jour le moyen essentiel d?assurer la cohérence des
organisations, n?est pas un instrument de conviction, mais le moyen
de soumettre les minorités aux décisions des majorités. Pour nous,
anarchosyndicalistes, ce constat appelle une redéfinition du mode
d?organisation.

Fidèle aux principes du fédéralisme, le mode d?organisation
confédéral que nous préconisons repose sur la constitution d?un
réseau d?entités anarchosyndicalistes autonomes et souveraines. Ces
structures seront les seules à détenir un pouvoir de décision dans
l?organisation. Le mode de fonctionnement interne de ces
anarchosyndicats leur appartient, il doit simplement être non
autoritaire et non hiérarchique et repose donc sur l?assemblée
générale des militants, pour le reste ses membres prennent toutes les
décisions utiles en fonction des bases de l?anarchosyndicalisme et de
la réalité locale. Afin de faciliter l?échange d?information, la
solidarité et l?entraide entre les anarchosyndicalistes d?une même
région géographique, des unions régionales devraient être
constituées. Leur objectif est de favoriser la coordination des
activités entre les entités anarchosyndicalistes, et de mettre en
commun des moyens d?action et de réflexion. Les Unions régionales ne
doivent pas être des instances de décision mais des lieux de
proposition et de débat. La Région est appelée à être une
structuration pratique et ouverte des anarchosyndicalistes plus ou
moins proches géographiquement. Toutes les autres formes de
rencontres entre militants, de débats, et d?actions concertées de
plusieurs entités (forum, camping, lutte sociale...) sont des
éléments favorables au développement et à la cohérence de la
confédération. De façon à coordonner l?action et la réflexion des
anarchosyndicats et à faciliter l?unité de la confédération dans la
région France, des congrès sont organisés chaque année au niveau
national. Ils réunissent l?ensemble des entités pour débattre des
principes généraux constituant les bases politiques et pratiques de
la confédération, et pour proposer des stratégies d?action à mener
pour construire une autre société. Les Congrès ne sont pas des
instances de décision mais des lieux de proposition et de débat.
Ainsi constituée en un réseau de groupes anarchosyndicalistes
souverains, autonomes, et fraternels, la confédération pratiquera un
fédéralisme de libre adhésion sans contrainte par soumission à la loi
du plus grand nombre (tel que le vote majoritaire), mais par
contribution volontaire des groupes à l?action commune et concertée.
En respectant les principes de l?autonomie et en pratiquant l?auto-
organisation, la confédération doit être la résultante de l?activité
réelle des groupes anarchosyndicalistes et de leur coopération
fraternelle.


Tiré du Combat Syndicaliste numéro 97 de la CNT-AIT de Midi-Pyrénées.
[http://cnt-ait-toulouse.ehia.org/secteur.php?id_rubrique=1&lang=fr]



Notes

[1] C?est ce que fait par exemple Kropotkine qui, dans son ouvrage "La Grande
Révolution", s?attache à montrer l?importance de l?action directe des masses dans
la dynamique des événements révolutionnaires.

[2] Nous avons réellement trouvé cette phrase dans une publication
"révolutionnaire". La révolte des banlieues a donné lieu, y compris dans certains
milieux libertaires, à des propos aussi stupides et déplacés.

[3] De nombreux travaux ethnologiques, dont ceux de Pierre Castre, en attestent.

[4] Commune de Paris, Russie de 1917, Ukraine, Argentine des années 20, Espagne
1936, etc.



[ texte repris du site http://cnt-ait.info ]
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