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(fr) Salut d'Oaxaca le 27 fevrier 2007

Date Wed, 28 Feb 2007 20:22:56 +0100 (CET)


Salut à toutes et tous,

J'ai quitté l'assemblée le lundi 12 février vers 6 h 30, le jour se levait et les
travaux de la quatrième table (les derechos humanos) n'étaient pas encore terminés,
les derniers participants étaient en train de se mettre d'accord sur le plan
d'action et il manquait encore l'ultime numéro de la clôture... Faut dire que ça
avait pris du temps de se mettre d'accord à la Table 3, plusieurs heures sur le
thème controversé de la conjoncture
électorale, trouver un consensus impossible sans sombrer obligatoirement dans de
multiples contradictions.

Chacun des participants est resté déçu et un peu plus fatigué... Le sujet était
délicat et risquait la division définitive, ce qui signifierait, chacun l'avait en
tête, la fin de l'APPO.

L'après-midi dans le grand gymnase lumineux, après l'acte d'inauguration et le
salut de bienvenue aux 300 participants, aux 59 conseillers et aux 52 invités
présents de la première assemblé de l'APPO, j'avais justement choisi de m'installer
à la Table 3 pour identifier ceux qui sont prêts à compromettre l'Assemblé
populaire dans le jeu politique et connaître mieux ainsi ceux dans lesquels je me
reconnais.

Par chance, parmi les trois modérateurs de la Table 3, il y avait Dolores, du CIPO,
et Ali Brije, des "barricades". Pendant la discussion, évidemment très vite, deux
blocs et deux positions se sont formés. Nous connaissons
les raisonnements de ceux qui rêvent du pouvoir et leurs manières de procéder. Sous
le pauvre et malheureux argument de participer aux élections pour une raison
"tactique", ils sont prêts à prostituer ce mouvement. Comment faire accepter l'idée
à un peuple qui s'est rebellé contre son gouverneur et ses institutions pendant de
longs mois que la meilleur voie pour sortir de la crise est de participer aux
élections ? Pour imposer leurs vues, ils avaient déployé l'artillerie lourde et
avaient, du moins le croyaient-ils, préparé le terrain et invité les
esprits à se soumettre à leurs ambitions politiques: depuis plus d'une semaine
avant le rendez vous de l'assemblée, la presse affirmait que l'APPO avait décidé de
participer au processus électoral et le PRD promettait 12 sièges de députés au
mouvement populaire. Les défenseurs de l'option électorale voulaient grossièrement
placer l'assemblée devant le fait accompli. A la Table 3, Ali a dénoncé le fait que
des membres du conseil de l'APPO étaient en train de traiter avec le Frente Amplio
de Lucha Popular (FALP) pour se partager des circonscriptions et que le FALP
(membre de l'Assemblée populaire) était en train de négocier avec le
gouvernement d'Ulises Ruiz des avantages financiers pour son organisation. Remuant
ainsi la merde, il s'est vite retrouvé la cible des attaques plus ou moins voilées
de ces organisations compromises qui, à partir de ce
moment, ont commencé contre lui des contestations infantiles qui avaient comme
objet de le discréditer (principalement, on lui reprochait de ne pas être à sa
place de modérateur alors qu'il vaquait ici et là).
L'offensive des "politiques" s'est fait sentir contre ceux qui s'opposaient plus
ouvertement à leurs projets. Présumant de leur forces et affirmant par avance être
représentatifs du désir de la majorité de la population
d'entrer dans le jeu électoral, ils dépréciaient et minimisaient la représentation
dans le mouvement des jeunes des barricades et des quartiers, dont la présence
participative dans l'assemblée était remarquée.

De nombreuses interventions déterminantes, contraires à leur point de vue allaient
dans le sens d'une non-participation. Ceux qui ne partagent pas l'idée d'entrer
dans l'arène électorale argumentent du fait que les
partis politiques ont créé des divisions dans les communautés et que les élections
sont des processus qui engendrent de la violence, que les conditions ne sont pas
réunies pour des élections propres, qu'il serait
plutôt nécessaire de créer d'autres types de relations, l'on parle d'autogestion,
d'autonomie? Les électoralistes sont restés obstinés dans leurs certitudes, mais on
a pu observer comment, petit à petit, ils
perdaient en même temps patience et leur assurance présomptueuse de la bonne marche
de leurs affaires, alors que se dessinait une majorité pour ne pas collaborer au
futur processus électoral (déjà, lors de la
Première Assemblée régionale des peuples de l'Isthme, qui s'est tenue à Ixtepec les
27 et 28 janvier, une large majorité s'était décidée à ne pas participer au
processus électoral).

Les deux camps sont restés irréconciliables jusqu'au bout et il a été décidé, à ce
stade, qu'un accord consensuel serait éventuellement trouvé au moment de la
plénière en ce qui concernait cette prise de
position. Les points d'entente ont été que le processus électoral ne doit pas
diviser l'APPO, que sa lutte doit aller plus loin, que l'on ne doit pas se fier aux
partis politiques, qu'il faut respecter les accords pris en
assemblée constitutive, que l'on peut appeler au vote "de castigo", élaborer un
plan d'action? et quelques autres dont je n'ai plus le souvenir.

Le moment de la plénière est arrivé après le repas. Le résumé et les conclusions de
la Table 1 (situation organique de l'APPO) ont duré assez longtemps du fait que les
participants à l'assemblée ont débattu
longuement sur la révocation des mandats des membres du conseil de l'APPO (une
soixantaine d'entre eux étaient présents à l'assemblée sur les 270 que compte
l'APPO). En fin de compte, il a été convenu de convoquer par écrit les membres du
conseil pour la prochaine assemblée, que chaque commission devra élaborer un plan
de travail, révocation des "conseillers" qui ne remplissent pas leur tâche
(accompagné de tout un processus bureaucratique pour les virer), création d'une
commission "honneur et justice" pour résoudre les problèmes délicat qui se
présentent de remplacement des membres du conseil qui sont toujours prisonniers, il
a été décidé de réaliser une assemblée mensuelle. Les participants se sont mis
aussi d'accord sur la nécessité de renforcer la communication entre les différents
conseils. Il a été décidé d'amplifier ces conseils de nouveaux délégués venant des
régions et de créer le poste de coordinateur, nommé par les assemblées régionales.
Il a été établi de fortifier l'APPO dans les régions, de même les membres du
conseil de la section 22 du syndicat enseignant sont invités à se joindre au
conseil de l'APPO. L'assemblée s'est aussi mise d'accord pour intégrer une
commission de liaison ("enlace") avec l'Assemblée populaire des peuples du Mexique.
De
plus, il a été proposé et repris l'idée d'une caisse de soutien pour aider ceux qui
viennent de loin assister aux marches et aux réunions, il a été demandé de rendre
des comptes clairs à chaque assemblée, d'avoir une
"officine" (un local d'information), il a aussi été décidé que quelques membres du
Comité des familles de prisonniers et de disparus de l'Oaxaca (Cofadapo) se
joignent aux membres du conseil de l'Assemblée populaire.

Au sujet des prisonniers, le Cofadapo est intervenu dans le débat pour demander
plus de soutien de la part de l'APPO (un seul membre du comité juridique de l'APPO
pour tenter de résoudre le problème des prisonniers et
des disparus), de plus a été dénoncée devant l'assemblée l'attitude de certains
membres du conseil qui ont fait venir jusqu'à Mexico des membres du Cofadapo pour
parler de la situation des prisonniers et recueillir
quelques soutiens financiers, car, après avoir effectué ces démarches, ils ont été
abandonnés sur place sans recevoir, de la part des organisateurs, l'aide financière
promise. En fait, la dénonciation s'adressait au
Frente Popular Revolucionario (FPR), qui tient sous sa coupe, il semblerait, le
"planton" installé à Mexico...

La réaction du FPR n'a pas tardé? Sans chercher à se justifier, il a dénoncé
l'"imposture" des deux jeunes filles qui avaient précédemment témoigné. L'oratrice
qui accusait les jeunes filles du Cofadapo a lâché le micro et d'un même mouvement
s'est précipitée sur le petit groupe formé par le Comité des prisonniers.
L'assemblée, à ce moment-là, a chaviré une première fois et la confusion a régné
pendant quelques minutes sans que le
problème s'éclaircisse...

Durant les travaux de la Table 2 (transformation profonde de l'Etat), il a été
évidemment question de pouvoir, de pouvoir populaire? Pour ma part, j'ai surtout
apprécié l'intervention d'un dénommé Sergio, de l'Université
de la Terre, qui a remis en question le terme et le concept même de pouvoir. Mais
une grande majorité a accepté l'idée du "pouvoir populaire" dans les domaines
économique, politique et social, tout en recherchant de nouvelles formes de
gouvernement respectant l'autonomie des peuples, construisant depuis le bas pour
ceux d'en bas...

Il a été clairement établi que les partis politiques ne sont pas la voie pour
changer le pays, qu'il ne faut pas faire le jeu du discours officiel de la "réforme
de l'État", qu'il est nécessaire de détruire les institutions du capitalisme, que
le "pouvoir populaire" implique de diriger des territoires, d'utiliser des moyens
de communication, d'administrer l'économie, de conduire la politique culturelle et
sociale... Il a été dit que les décisions devront être prises de manière collective
par les assemblées et qu'il fallait renforcer et défendre les
assemblées communautaires. Les débats ont tourné assez longtemps autour des
communautés indigènes et il a été décidé que la transformation profonde de l'État
devait nécessairement se discuter et s'enrichir depuis
les régions et les communautés, que l'on devait récupérer les traditions et les
coutumes des villages, comme le "tequio", les fêtes, la forme assembléiste,
l'autogestion et l'autonomie. Dans ce sens, l'assemblée de
l'APPO s'est engagée à soutenir les communes autonomes.

Au sujet des communautés indigènes, il est révélateur qu'une proposition, présentée
comme "talleres de concientisacion" en direction des communautés, s'est retrouvée
transformée, après discussion, en "Desarollar
procesos de reflexion de la situacíon de los pueblos, respectando la cosmovision de
los pueblos originarios, porque en el pueblo radica la sabiduria"... Ce qui est
bien significatif, à mon avis, de la division dans l'assemblée et de deux modes de
pensée opposés. Certains ne renonceront jamais à "conscientiser les masses"...

Pendant le compte rendu de la Table 2, l'assemblée a décidé de fixer comme priorité
dans ses revendications : le départ et l'emprisonnement d'Ulises Ruiz ; la
libération des prisonniers ; la réapparition en vie des
disparus ; l'indemnisation aux familles des tués de ce mouvement et des mouvements
antérieurs ; l'annulation des ordres d'appréhension. Les points qui sont restés en
suspens ont été de savoir si l'APPO doit ou non participer au quatrième dialogue
national et de savoir si les grands drapeaux des organisations politiques peuvent
s'exhiber durant les manifestations. La discussion prenant trop de temps, il a été
décidé de résoudre ce point lors une prochaine assemblée.

Le résumé des débats de la Table 3 a commencé vers 21 heures. Les modérateurs ont
exposé à l'assemblée les débats de l'après-midi, signifiant l'absence de consensus
sur la question de participer ou non au
prochain processus électoral. A ce moment-là est arrivé, dans une grande marmite,
un café bien chaud. Inévitablement, une bonne partie des participants s'est
détournée du débat pour se former en longue queue
pour attendre d'apprécier ce breuvage bienvenu. Le café a fini par l'emporter tout
à fait quand Zenen, le président de l'assemblée, a levé les débats le temps d'une
pause.

Le calme avant la tempête...

Le pari risqué était d'arriver à un accord "consensuel" sans diviser l'APPO? Deux
positions se sont formées et les prises de parole se sont enchaînées comme les
heures qui défilaient. Ceux qui défendent l'idée d'entrer dans le jeu politique des
élections d'août sont les organisations politiques (FPR, CODEMO, FALP...), qui
cherchent clairement à renforcer leur propre parti et leurs intérêts. Ils sont peu
nombreux en fin de
compte mais tiennent l'organisation de l'assemblée et une bonne partie de
"l'appareil" de l'APPO, à savoir, les conseils et le rôle de porte-parole.

Ils auront tout tenté pour arriver à leurs fins et imposer leur projet. Ils ont usé
des procédés les plus sales et les plus staliniens. Nous avons dû supporter des
discours paternalistes ou maternalistes (aux choix?). Ils
ont cherché la provocation et, à un moment, espérant la réaction violente des
jeunes, par les bons offices de la salope de Guadalupe (FPR), ils s'en sont pris
plus directement à Ali, l'accusant d'être un flic (tout en
affirmant qu'ils n'avaient pas de preuves, mais que...) quand Ali va de tous côtés
alors que les jeunes des barricades se planquent pour éviter d'être appréhendés?
L'assemblée, surprise devant une man?uvre aussi
nauséabonde, a vivement clamé en ch?ur sa désapprobation en chavirant de nouveau?
De justesse, le naufrage et la bagarre ont été évités et après quelques minutes,
une fois le calme rétabli, Ali a exercé son droit de réponse. Très dignement, et
sans tomber dans la grossière tentative de provocation, il a répondu que ceux qui
usent de ce genre d'arguments se discréditent eux-mêmes, il a parlé de dignité, de
c?ur... une
intervention parfaite, des mots justes qui ont achevé de déconsidérer complètement
ceux qui avaient lancé l'accusation diffamante. Fallait voir leurs gueules? de
frustrés et de conspirateurs...

L'assemblée, malgré la fatigue, s'est montrée vigilante et attentive jusqu'au bout,
de nombreuses argumentations développées se sont prononcées pour ne pas participer
au cirque électoral. Des voix qui affirment que jamais dans l'histoire, par ces
processus électoraux, on a pu obtenir quelque chose de favorable et que, au
contraire, ils ont servi pour corrompre les leaders sociaux. De même, il a été
entendu de fortes
critiques du PRD et de son rôle néfaste joué contre les accords de San Andrés, en
signant la loi indigène, contre les zapatistes dans différentes régions du Chiapas,
contre les mineurs de Sicartsa, et pendant la
répression d'Atenco. Il y a eu encore de nombreux et variés points de vue qui se
sont exprimés contre l'idée d'entrer dans le jeu électoral et il se révélait de
plus en plus clairement qu'une assez grande majorité n'était
pas en faveur de participer au grand cirque.

Finalement, tout au long des rondes de prises de parole, l'assemblée a trouvé petit
à petit un accord? et dans la douleur a accouché?

D'emblée, il est dit que le futur processus électoral ne doit pas diviser l'APPO et
que pour cela une posture unitaire et des accords consensuels doivent être trouvés.
Il a été reconnu que l'Assemblée populaire est un
mouvement social pluriel et incluant qui, de ce fait, ne participera pas aux
prochaines élections en tant que tel. D'un autre côté, il a été accepté que les
organisations qui choisiront de participer aux élections pourront le faire et il
leur a été bien précisé qu'elles devront y aller en leur propre nom. De plus, il a
été décidé que ceux qui participeront en se portant candidat devront démissionner
de leur poste de "conseiller" de l'APPO. Mais, en même temps, celle-ci appellera
les futurs candidats à ce qu'ils s'engagent sur une plate-forme de lutte rédigée en
une vingtaine de points et plutôt contraignante, où il est dit, notamment, que le
futur élu
devra apporter la moitié de son traitement et promettre d'appuyer une loi en faveur
de la baisse des salaires des députés et des fonctionnaires publics? toutes sortes
de conditions bien incommodes, sans rien en
retour, je ne vois pas bien qui pourrait accepter...

Bon, c'est sûr, y en a qu'ont les dents longues et qui, pour rien au monde, ne
renonceront aux ambitions politiques et au pouvoir, fût-il populaire et surtout pas
les organisations politiques comme nous avons pu
le voir ici.

Sur le même thème du futur processus électoral, l'assemblée a décidé d'appuyer le
vote de "castigo" contre Ulises Ruiz, sans préciser contre qui il devait
s'appliquer? suggérant par là qu'il pouvait être dirigé contre les candidats PRD
qui font le jeu du gouvernement assassin? Il a bien été dit que l'on ne pouvait pas
avoir confiance dans les partis politiques et que la lutte de l'APPO va plus loin
que le processus électoral et, dans ce sens, il a été indiqué que la mobilisation
devait rester une des formes principales de la lutte. L'APPO réaffirme son
caractère pluriel, ample, démocratique et indépendant de l'État et des partis
politiques? Elle estime qu'il est nécessaire de respecter les accords et les
principes de l'assemblée constitutive du mois de novembre.
Elle propose, en outre, d'approfondir les politiques d'alliances en respectant
strictement les accords pris au congrès constitutif (où il est dit, entre autres,
que l'APPO peut s'allier à des partis politiques, à condition qu'ils ne soient pas
du PAN ni du PRI...).

Il est incontestable que l'accord final conclu dissimule en son sein des
contradictions. Contradiction et paradoxes s'exprimant inévitablement quand on
cherche absolument un accord consensuel de deux positions
antagonistes.

J'estime que, durant ce marathon verbal, l'assemblée s'est montrée très attentive
et réfléchie. Elle n'a pas succombé aux rengaines électorales qui ont résonné de
façon lancinante dans les débats. Pour ma part, je ne
suis pas sûr que les accords passés suffiront à ne pas diviser l'APPO, d'autant
plus qu'il est bien certain que les organisations politiques et leurs complices
n'abandonneront pas l'affaire ni ne renonceront à leurs
ambitions de pouvoir, qu'ils tenteront par tous les moyens de reprendre la main
pour presser l'APPO d'aller danser au bal électoral. La tronche déconfite et
défaite, ils complotaient tandis qu'ils voyaient leurs rêves
de pouvoir s'évanouir irrémédiablement. J'ai eu la vision, et je ne suis pas le
seul, que ces gens-là pouvaient être dangereux et qu'Ali, à remuer la merde comme
il l'a fait et par ses interventions pertinentes, risquait
bien de s'attirer des ennuis à force? Miguel est intervenu à propos, et son
intervention suggérait une mise en garde au FPR, en faisant de chacun les
responsables de la sécurité des membres de l'assemblée.

Les lueurs de l'aube se levaient tandis que commençait la lecture du résumé de la
dernière table. Une partie de l'assemblée était maintenant allongée sur la moquette
grise recouvrant le parquet de basket, à moitié
attentive des débats qui continuaient...

J'ai choisi de partir à ce moment-là, laissant les orateurs à leurs bavardages et à
leurs raisonnements. Il faisait déjà jour et, dans la rue qui s'animait, les gens
se pressaient à rejoindre leur boulot comme un quelconque lundi matin n'importe où
dans le monde...

J'ai su plus tard que, durant les discussions en rapport avec la Table 4 sur le
thème des doits humains, les familles des prisonniers et des disparus ont réitéré
leurs accusations d'avoir été manipulées par le FPR
lors de leur tournée d'information au District fédéral (Mexico DF). Il paraît que
l'assemblée, ce matin-là, a chaviré une troisième fois à ce propos...

C'est peut être pour cela que les accords pris ont été dans le sens d'une plus
grande solidarité envers les détenus et leur familles. L'assemblé demande aux
maîtres d'école et aux conseillers de l'APPO de se concentrer prioritairement sur
le problème des détenus, des disparus, des assassinés et des persécutés. En même
temps, l'assemblée détermine de renforcer et d'appuyer la commission juridique et
des droits humains de l'APPO. Il est affirmé explicitement qu'ils ne se laisseront
pas manipuler par les organisations et encore moins par les partis politiques, et
que personne n'a le droit de profiter de la douleur des familles pour récupérer de
l'argent.

A quelques jours de là, une autre assemblée de "conseillers" avait été convoquée
afin de rédiger le résumé des débats et les accords décidés pendant les deux
journées et la nuit de l'assemblée plénière. J'y suis allé passer une bonne partie
de la journée... C'était pénible et affligeant mais néanmoins saisissant (et
prévisible !) de voir
comment les organisations politiques avaient décidé, en se servant de l'appareil
des conseils, de reprendre l'affaire en main. Il n'y avait que leurs membres comme
modérateurs à la table qui présidaient aux débats. La discussion était dirigée par
Mario, qui avait le rôle de président de l'assemblée des "conseillers". C'est un
grand spécialiste de la manipulation, on fait appel à lui dans les situations
délicates et il sait user d'autorité
pour arriver à ses fins. On l'a déjà vu man?uvrer...

De nouveau, quand je suis arrivé, Ali Briye était la cible de critiques. On lui
reprochait de s'être autoproclamé, face à la presse, nouveau porte-parole de l'APPO
(en assemblée plénière, il avait été décidé qu'Ali, au nom des barricades, et un
autre compañero de Radio Universidad intègrent la commission "presse et propagande"
afin de faire entendre un autre point de vue en ce qui concerne les futures
élections). On l'a blâmé et désapprouvé, sans pour cela relever que le porte-parole
"officiel", Florentino (FPR), avait, quelques semaines auparavant, gravement
outrepassé son rôle de porte-parole en ayant affirmé mensongèrement à la presse que
l'APPO allait entrer dans le jeu électoral... Bref, il est apparu nettement que les
organisations politiques désirent au plus haut point maintenir leur domination sur
certaines commissions en espérant de cette manière contrôler l'Assemblée populaire
des peuples de l'Oaxaca.

De nouveau, ils s'en sont pris aux jeunes, se plaignant de leur agressivité lors de
l'assemblée passée, exhibant impudiquement leurs bleus et nous faisant entendre
jusqu'à l'éc?urement des discours bien réactionnaires sans jamais qu'il soit dit
que se sont les jeunes qui ont été victimes des provocations. Il apparaît
franchement que les organisations politiques cherchent la rupture avec les jeunes,
les rendant responsables de leur Berezina et de l'échec de leurs plans.

En fin de journée, alors qu'un grand nombre de participants étaient déjà partis et
que les organisations politiques étaient outrageusement majoritaires, le maître en
manipulations qui officiait à la table a fait
passé en force, en la proposant au vote malgré les contestations de procédures qui
s'exprimaient (et qui n'ont pas été prises en compte), une résolution qui interdit
dorénavant aux observateurs et aux invités d'assister aux débats de l'assemblée?
(Une décision qui revient à l'assemblée et non aux conseillers !) La salope de
Guadalupe était en train d'observer attentivement la réaction de l'unique
observateur reconnu des lieux...

Il est bien vrai qu'ils ne veulent pas de témoins de toutes leurs saloperies et de
leurs manipulations d'un autre siècle. Et je pense qu'à la prochaine assemblée,
sans témoins et appuyés de "porros" pour avoir la majorité dans la réunion, ils
régleront leurs comptes aux jeunes, s'ils sont toujours là, et tenteront à nouveau
de dresser des plans de campagne... A voir? Les "jeunes" ne sont pas les seuls à
s'opposer à leurs projets...

Ce qui est évident par contre, c'est que l'APPO s'est discréditée aux yeux de
certains et nombreux sont ceux qui ne s'y reconnaissent plus. Notamment beaucoup de
jeunes grapheurs qui ont subi l'intolérance de ceux en
charge de la sécurité durant les dernières mégamarches. On entend de fortes
critiques sur son fonctionnement et sur sa tentation d'entrer dans le jeu
électoral. Pour ma part, je pense que l'APPO est toujours un processus en
construction, qu'il y a plusieurs "APPO", comme autant d'organisations qui la
composent, même s'il est vrai que les organisations politiques, en contrôlant
certaines commissions et la charge de porte-parole, tentent d'imposer leurs points
de vue. Corrompant ainsi l'esprit même de l'Assemblée populaire des peuples de
l'Oaxaca.

Les futures élections se sont greffées à l'ordre du jour et ont commencé à semer
leur merde. Sans avoir réussi à diviser l'APPO, elles sont, du moins, parvenues à
exacerber les divergences de vues et de pensées et les points de frictions...

À suivre... donc.

Cette lettre est un peu longue, comme l'ont été les réunions des assemblées
successives... mais je voudrais ajouter quelque chose avant de terminer et de vous
ennuyer complètement : vous faire la proposition de
réagir, en écrivant à l'assemblée, contre cette décision d'interdire la présence
d'invités ou d'observateurs pendant les discussions de l'assemblée, ce qui prouve,
à mon avis, une manière de contrôler et de censurer la parole et les points de vue
différents ou contraires, je pense que nous pouvons dire quelques chose sur ce
sujet qui nous concerne tous directement. Ce peut être une proposition à faire aux
collectifs et aux
personnes plus directement concernées... Qu'en pensez vous ?

Je vous parlerai bientôt, dans une prochaine lettre, d'un projet enthousiasmant qui
se prépare par ici. Dès qu'il sera un peu plus élaboré et qu'il aura été rendu
public, je vous le ferai savoir, car il se pourrait bien que vos contributions
solidaires soient bienvenues.

D'autre part, en mon nom personnel, j'ai proposé à quelques commissions de l'APPO,
à la Cofadapo et à d'autres de participer à la conception d'une exposition
itinérante en Europe pour raconter l'histoire et le
présent du mouvement populaire de l'Oaxaca...

A bientôt donc...
Victor.

P-S solidaire.
Voici le nouveau numéro de compte de la Cofadapo :
au nom de : Esperanza Ofelia Cruz,
Banamex suc. : 120
numéro de compte : 7863986
numéro de Swift : BNMXMXMM
Av. Hidalgo # 821 centro CP. 68000 Oaxaca de Juarez

P-P-S plus particulièrement français.

Durant l'assemblée plénière des 10 et 11 février, nous avons appris que quelques
"commissionnés" de l'APPO avaient fait une tournée en France fin janvier et début
février, invités par la Fondation France Libertés de
Danielle Mitterrand pour parler de la situation sociale qui se vit ici, dénoncer la
répression et l'impunité, et promouvoir l'idée que le mouvement de l'APPO ne se
"réduit pas à un groupe d'anarchistes et de délinquants"...

A la rencontre du Parti communiste, des médias officiels de communication, de
députés, d'intellectuels, de sociologues, et de personnalités hors du commun, ils
ont décidé qu'une commission organisée par la fondation française visitera avec des
journalistes l'État d'Oaxaca au mois de juillet. Ils se sont encore mis d'accord
pour étudier de plus près, avec l'aide de sociologues et d'intellectuels européens,
le mouvement
populaire comme un exemple d'organisation populaire, pacifique et participative
dans cette période de crise global du système représentatif... Ça va être beau? Ils
ne renonceront jamais à conscientiser les masses informes...

Je ne sais pas si c'est en rapport avec la visite en Europe de "conseillers", mais
était présente à l'assemblée une délégation de deux jeunes communistes... Un couple
pas si jeune et sérieux, comme il se devrait pour de jeunes communistes. Ils ont
pris des notes et filmé une bonne partie des débats. Le gars avait l'air triste, un
peu désolé, ou peut-être souffrait-il de la "turista"...


[ texte diffusé sur la mailing liste [cspcl] - http://
cspcl.ouvaton.org ]






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