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(fr) Russie : entre repression etatique et capitalisme sauvage

Date Thu, 27 Dec 2007 09:37:53 +0100 (CET)



Dans une Russie en proie, d?une part, à une répression étatique qui n?a rien à
envier à celle de l?Union soviétique et, d?autre part, à un capitalisme déchainé
qui plonge la majorité dans la misère, des groupes d?activistes et de libertaires
luttent contre le racisme, le fascisme, la guerre en Tchétchénie, contre le
sexisme.

Le 2 juin 1962, il y a tout juste 45 ans, 23 ouvriers d?une usine de Novotcherkassk
payaient de leur vie leur contestation d?une décision du pouvoir central. Trois
jours durant, ils et elles lui ont tenu tête, occupant leur usine pour signifier au
pouvoir leur refus d?une série de mesures d?austérité.

Près d?un demi siècle plus tard, le quotidien des militants et militantes
libertaires post-soviétiques tient front simultanément aux attributs d?un État
totalitaire et aux effets d?un capitalisme destructeur des dernières solidarités.


Le règne de la terreur

À la chute de l?Union soviétique, l?espoir de liberté n?aura pas vécu bien
longtemps. Dès 1993, avec l?écrasement d?un parlement rebelle et surtout en 1994,
avec le déclenchement de la première guerre en Tchétchénie, l?état de guerre
permanent et la violence institutionnalisée sont les deux piliers du régime. Le FSB
(ex-KGB) et ses satellites, entrent en scène à intervalles réguliers, pour rappeler
au peuple cette triste réalité. Ainsi chaque nouvelle période électorale de l?ère
poutininenne est-elle l?occasion de faire exploser quelques bombes : plusieurs
centaines de vies humaines ont été sacrifiées lors des deux dernières élections
présidentielles en 2000 et 2004. Beaucoup de Russes sont conscients que derrière
ces actes terroristes, on retrouve la main de l?Etat et de ses services spéciaux,
toujours prompts à désigner l?ennemi (tchétchènes, cinquième colonne
pro-occidentale). Mais aucune force politique [1], en dehors du courant
révolutionnaire et libertaire, n?est porteuse d?une alternative au pouvoir en
place.


Un paysage social dévasté

Le caractère liberticide du régime russe se double d?une offensive anti-sociale
sans équivalent dans le monde. Celle-ci a conduit une majorité de russes à subir,
au cours des années 90, une effroyable dégradation de leurs conditions d?existence
: perte d?emploi et de raison d?être, ravages de l?alcoolisme, chute dramatique de
l?espérance de vie [2], destruction des systèmes publics d?éducation et de santé.
La privatisation des entreprises opérée en 1992/1993 par les ultra-libéraux alors
aux commandes, fut présentée sous le vocable de populaire. Elle l?était
effectivement puisque la propriété industrielle fut, dans un premier temps,
intégralement distribuée aux travailleurs et travailleuses sous la forme de
millions de « vouchers » (des titres de propriété). Du jour au lendemain, de grands
trusts industriels soviétiques devenaient en quelque sorte des coopératives
ouvrières dont les seuls travailleurs et travailleuses détenaient la propriété.
Mais en l?absence totale de culture de l?autogestion d?une part, dans un contexte
d?inflation galopante d?autre part, générée par la libéralisation des prix [3], la
reconcentration du capital s?est faite très rapidement. Des fonds d?investissement
autorisés par l?État, faisant la part belle à l?ancienne direction du parti et de
la jeunesse communiste (le Komsomol), se sont chargés de racheter les vouchers
d?une population au bord de la famine. En quelques mois, la propriété industrielle
a changé de mains pour une bouchée de pain, créant au passage la caste d?oligarques
qui défraie, aujourd?hui, la chronique.


Noire et rouge Russie

C?est dans ce contexte que le mouvement libertaire russe s?est reconstruit.
Rappelons la part importante que les anarchistes et communistes libertaires ont
pris dans les dernières années de l?Union soviétique et les premiers mois de la
transition : de nombreux militants et militantes libertaires étaient alors à
l?animation des luttes, notamment sociales et environnementales. Aujourd?hui, les
luttes les plus importantes se tissent autour de la question du logement. La
plupart des Russes sont propriétaires du fait d?une « privatisation » automatique
des appartements au bénéfice de leurs occupants en 1992-1993. Après une quinzaine
d?années de capitalisme, les maîtres de la Russie ne tolèrent plus cette unique
concession faite au petit peuple qui se voit aujourd?hui massivement chassé des
centres villes, pour le plus grand profit des promoteurs immobiliers. Les luttes
antifascistes, l?organisation de la défense contre les crimes racistes et
politiques [4], les luttes LGBT et anti-guerre en Tchétchénie captent également une
part importante de l?activité militante. La principale organisation libertaire
actuelle, « Avotonom » (http://www.avtonom.org), est en pointe sur toutes ces
luttes et anime un comité contre l?organisation des jeux olympiques d?hiver à
Sotchi en 2010, dans un contexte de répression permanente mais paradoxale : le
pouvoir ne tolère aucune forme d?opposition surtout lorsqu?elle s?affiche
révolutionnaire, mais son bras armé policier, fortement corrompu, laisse parfois
une marge de man?uvre aux militants et militantes radicaux, qu?il estime non
solvables. Sera-t-elle suffisante pour rallumer l?étincelle de 1962 ?

[Pierre Chamechaude (AL Paris Nord-Est)]


Notes

[1] Le parti communiste rouge brun s?accommode fort bien des relents soviétiques de
Poutine et l?opposition dite démocrate ne fait que rêver d?une révolution orange à
la russe, financée par l?occident.

[2] Avec 59 ans d?espérance de vie pour les hommes en 2005 contre 64 ans dans les
années 60 (cet indice est même tombé à 57 ans à la fin des années 90). Source
Goskomstat.

[3] Près de 1200 % d?inflation en 1992, 900 % en 1993.

[4] Depuis 2000, une dizaine d?étrangers (notamment des étudiants africains,
latino-américains ou des résidents d?origine caucasienne), de même qu?une dizaine
de militants politiques anarchistes et d?extrême gauche ont été assassinés (Nikolai
Guirenko en 2004, Timour Katcharava en 2005, Alexandre Roukhin en 2006, Stanislav
Korepanov en 2007, ?).


[ texte repris du site http://www.avoixautre.be ]
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