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(fr) Du chomage à l'autogestion : experiences de la FOB - Argentine

Date Wed, 19 Dec 2007 22:43:27 +0100 (CET)



D'où venons-nous

Après l'imposition de la dernière dictature militaire en 1976, et s'approfondissant
très agressivement durant la décennie des années 90 et les deux présidences de
Carlos Menem, il s'est ouvert en Argentine ce que l'on nomme le processus
néolibéral, qui aujourd'hui, et malgré les déclarations vides du gouvernement,
continue encore.
Ce processus s'est principalement basé sur une destruction systématique de toute
l'industrie du pays, la liquidation de presque toutes les entreprises publiques, la
perte de presque tous les droits des travailleurs, qui les avaient conquis durant
100 ans de sanglantes luttes. Ce fléau, à l'origine du chômage de masse, continue
de nous frapper aujourd'hui, et rien n'indique qu'il va disparaître, mais plutôt
qu'il est devenu structurel de cette étape du capitalisme. Parallèlement, les
grands groupes économiques nationaux et multinationaux ont rempli leurs coffres
comme jamais auparavant dans l'histoire de ce pays.
Avec la disparition des fabriques qui peuplaient les périphéries des grandes villes
d'Argentine et avec la forte technologisation de l'agriculture, des immenses
quantités de travailleurs ont été poussés à la plus humiliante misère, dépourvus de
tout type de services et de dignes conditions de vie.

L'initiative du peuple

En raison de cette situation, il y a déjà plusieurs années les différents
mouvements de chômeurs, et la société en général, ont essayé de mettre en place des
solutions alternatives : des projets productifs, des clubs de troc, de la vente
directe dans la rue, et peut-être l'expérience la plus connue et réussie jusqu'à
maintenant, les entreprises récupérées. Beaucoup de ces expériences ont échoué pour
différentes raisons, manque de capital initial, manque de connaissance technique,
impossibilité de placer le produit sur le marché et dans quelques cas, perversion
par la logique du système (vols ou corruption comme dans les clubs de troc où se
falsifiaient les bons).
Elles nous ont également apporté une riche expérience, et c'est à partir de là que
nous pensons, depuis la FOB [ Fédération d'organisations de base ], nous attaquer à
la solution de ce problème.

Où en sommes-nous

Les habitants des quartiers, de seconde zone ou bidonvilles, où sont organisés la
plupart des mouvements et collectifs qui participent de la FOB, subissent des
conditions de vie très dures (1). Bien que le chômage a un peu diminué, presque
tout le travail qui peut se trouver est du travail temporaire, précaire, au noir,
sans droit à la sécurité sociale, et avec des revenus en général en dessous du
seuil de pauvreté. D'un autre côté, ces dernières années les prix montent (12 %
d'inflation cette année), mais pas les salaires ; et comme si cela ne suffisait
pas, celles et ceux qui ont la "chance" de travailler doivent se déplacer depuis la
périphérie de la ville pendant au moins deux heures et dans des conditions de
transport proches de celles du bétail, en raison du désastre créé par la
privatisation des trains et du métro.
D'un autre côté, beaucoup de compagnons sont toujours au chômage, majoritairement
les femmes qui doivent s'occuper des enfants et les jeunes, à qui il est très
difficile d'obtenir un travail ou d'apprendre un métier, sans parler de terminer
leurs études secondaires ou d'étudier à l'université. Sont aussi en grande
difficulté les personnes de plus de 50 ans qui se retrouvent en dehors du marché du
travail et à qui il manque encore 15 ans pour obtenir une misérable retraite, ou
ces personnes encore plus âgées qui n'ont même pas de couverture sociale et encore
moins de retraite.

Notre expérience

La majorité des mouvements de chômeurs, y compris ceux de la FOB, se sont formés
pour essayer de satisfaire les besoins de base des habitants des quartiers, c'est
pour cela que dans un premier temps ils se sont battus pour obtenir des aliments
pour les cantines populaires et des "allocations" chômage. Ces deux ressources
étaient monopolisées par les agents des partis politiques dans les quartiers
(communément appelés "punteros" qui utilisaient des critères d'attribution
clientélistes (2).
En pouvant enlever ces ressources à l'Etat et à ses "punteros", on a commencé à
forger une expérience de lutte dans les quartiers qui a réussi à casser la
fragmentation et l'isolement existant. Bien sûr on savait que ces ressources
étaient insuffisantes et ne résolvaient pas les problèmes de fond. C'est là qu'il a
été pensé au travail autogéré comme possible solution pour atténuer le problème
structurel du chômage.
Dans les dernières années, les mouvements et collectifs de la FOB ont entrepris la
réalisation de beaucoup de projets pour pouvoir changer cette triste réalité
imposée par ceux d'en haut, avec plus ou moins de réussite. Mais en ligne générale
le bilan est positif, vu que l'on a vu que l'on pouvait sortir du trou, coude à
coude avec nos compagnons et en luttant contre ceux d'en haut.
Aujourd'hui dans la FOB il y a des boulangeries, des pizzerias, des forges, des
ateliers textiles, des coopératives de sérigraphie, d'installation de réseau d'eau,
d'artisanat, de culture sous serres, de fabrique de sacs plastique, une coopérative
de nettoyage et entretien, une coopérative de désinfection.
Les aspects positifs que nous trouvons dans ces expériences sont : une amélioration
considérable des revenus des compagnons (puisque la majorité d'entre eux ne
touchent qu'une misérable allocation mensuelle de 150 pesos (40 euros) (3), une
récupération de la culture du travail, des formes de travail égalitaires et moins
aliénantes, le développement de solidarité et de soutien mutuel, la formation dans
des métiers et une autogestion dans la pratique même.
Les aspects où nous trouvons les plus grandes faiblesses sont : beaucoup de
difficulté pour placer les produits à l'intérieur du marché, manque de capital
initial pour développer les projets, difficulté de trouver des compagnons avec des
métiers qui peuvent socialiser la connaissance aux autres membres, manque de
coordination entre les différents projets. Tous ces problèmes sont tout le temps
mis à la discussion et nous essayons de trouver des solution, parfois avec plus
d'efficacité que d'autres.
Aujourd'hui, nous nous proposons de commencer à prendre l'ensemble des projets et,
coordonnés et soutenus entre tous, de trouver la manière d'améliorer la question de
la commercialisation et de la production, puisque la compétition sur le marché
capitaliste est chaque jour plus impitoyable.
C'est sur ce chemin que la FOB se trouve aujourd'hui, mais sans oublier que la
lutte doit s'accomplir avec l'ensemble du peuple, ce qui est une manière de ne pas
se cantonner dans les lieux que ce système d'exclusion nous assigne et de continuer
la lutte avec l'ensemble des opprimés jusqu'à ce que nous puissions créer une
société où il n'y ait plus ni exploités ni exploiteurs.


Notes
1 - Dans énormément de quartiers il n'y a pas de réseau d'eau potable, de réseau
d'égoût, de ramassage des ordures, les rues ne sont pas bitumées, ce qui provoque
régulièrement des innondations...
2 - Avec le surgissements des mouvements de chômeurs a eu lieu une "dispute
territoriale" entre ceux-ci et les punteros, c'est à dire les partis au pouvoir,
néanmoins ces dernières années on assiste à un retour en force des punteros, en
particulier de ceux du parti justicialiste (péroniste), dû en parti à une politique
d'alliances entre les Kirchner et celui-ci.
3 - Le salaire minimum en Argentine lorsque le travailleur est déclaré est de 900
pesos (200 euros) et de 600 pesos (150 euros) en moyenne pour les travailleurs au
noir (qui ne bénéficient pas de droits à la sécurité sociale) et qui représentent
officiellement 40 % des salariés.

Fédération d'Organisations de Base (FOB), Buenos Aires, novembre 2007.
contact : prensafob(a)gmail.com
Traduit par http://amerikenlutte.free.fr

[ texte repris du site http://amerikenlutte.free.fr ou l'on peut lire d'autres
textes sur la FOB ]
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