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(fr) Sexistes des le biberon !

Date Sat, 15 Dec 2007 11:17:10 +0100 (CET)



La Mère Fouetarde n?aime pas les jouets sexistes

Bientôt Noël, comment échapper, lorsqu?on a des gamins, au délire mercantile,
consumériste et sexiste, répandu par l?industrie du jouet ? Le Collectif contre les
jouets sexistes sort à cette occasion un ouvrage (1) qui remet les pendules à
l?heure et prévoit encore cette année, une série d?actions et de prises de paroles
publiques dans les grands magasins de jouets.


Apprentissage du sexisme

Les jouets ne sont-ils pas le reflet d?une certaine réalité ? Quand on sait
qu?aujourd?hui, les femmes continuent à exécuter des deux tiers des tâches
ménagères et s?accordent beaucoup moins de temps
libre que les hommes et que malgré le mouvement féministe, la part des hommes dans
les tâches domestiques n?est passée que de 32 à 35 % de 1986 à 1999. Les discours
qui entourent ces déséquilibres ont
tendance à s?appuyer sur une prétendue « nature » différente entre les sexes pour
justifier les inégalités. Or, quand on observe le marché du jouet on doute fort que
les choses s?arrangent pour faire évoluer les enfants, adultes de demain vers une
société plus égalitaire. Les enfants reçoivent une foule d?informations explicites
et implicites, dès leur plus jeune âge sur « comment doit être une fille et comment
doit être un garçon », sans laisser beaucoup de choix et sans tenir compte de la
diversité des tempéraments et des personnalités. Lorsqu?on croit parler des deux
sexes, on parle en fait des deux genres. Déjà en 1949, Simone de Beauvoir écrivait
« On ne naît pas femme, on le devient ». Par exemple, dans les albums de jeunesse,
il y a deux fois plus d?ouvrages présentant un héros plutôt qu?une héroïne. Dans
l?étude de 537 albums, l?association Du côté des filles n?a compté qu?une seule
femme, ainsi qu?une seule reine qui gouverne son royaume. En revanche, on trouve
une quantité importante d?hommes rois, ministres, médecins, scientifiques,
historiens,
écrivains, policiers, des métiers liés au pouvoir.


Les jouets sont politiques

On peut considérer que le jouet est inoffensif et n?intervient pas en tant qu?objet
culturel, en somme, qu?il peut « être neutre ». Or, il n?en est rien, le jouet joue
bel et bien le jeu de la relation entre le « monde des adultes » et « le monde des
enfants », entre la production et la consommation. Il suffit de se rendre dans un
magasin de jouet ayant pignon sur rue pour s?en apercevoir. Déjà la moitié des
jouets exposés comportent l?impression de marques et de produits de grande
consommation. Il s?agit d?un marché qui pèse de plus en plus lourd, écartelé entre
marketing et publicité. De plus, le jouet est devenu, bien souvent l?occasion
d?exercer un rapport de force, de négociation, voire de transactions. Sandrine
Vincent rappelle qu?il peut être investi comme « un objet de pression, de chantage
et même de répression ». Enfin, le marché du jouet est surtout une « bonne valeur »
qui ne cesse de croître, avec plus de 17 milliards d?euros de chiffre d?affaire en
Europe. Le plus gros producteur est la Chine et la France, second consommateur en
Europe, avec 63 % d?importations venues des sweatshops (ateliers de la sueur)
d?Asie, notamment de Chine, sous traitants des grandes marques comme Disney et
Mattel, qui, comme le rappelle le réseau solidarité, exploitent essentiellement des
jeunes femmes, paysannes peut scolarisées pour des salaires de misère et dans des
conditions de travail scandaleuses : heures supplémentaires gratuites, manipulation
de substances toxiques, horaires inhumains, absence de syndicat et de congés payés,
retards de salaires, etc. Et nous, militants avons le pouvoir et la possibilité de
remettre en question la consommation et la production de jouets, ainsi que
l?apprentissage du sexisme qui s?exprime à travers eux.


Naissance des jouets roses et bleus

Même si le jouet existe depuis l?antiquité, alors surtout chargé de sens mystique,
c?est à partir du 19ème siècle qu?il est associé au jeune âge, tandis que l?enfant,
contrairement au Moyen-Âge, n?est plus considéré comme « un petit adulte » qui
partage les mêmes contraintes que ses parents. A cette époque leur fabrication
passe de l?artisanat à la production industrielle, tandis que leur prix de revient
diminue. On voit alors apparaître les premiers soldats de plombs, poupées et
automobiles miniatures, avec l?institution des cadeaux, notamment via le père Noël
qui, inspiré du religieux saint Nicolas voit le jour dans un poème écrit par un
théologien en 1822, représenté pour la première fois en 1863 dans une revue et
vulgarisé en 1930 par la firme Coca-Cola sous sa forme définitive, costume rouge et
tronche de bon vivant. Le délire « jouetistique » peut battre alors son plein, avec
la différenciation bien nette entre les jouets pour les filles (rose bonbon) et les
jouets destinés aux garçons (bleu ciel). Or, tandis que les enfants ne conçoivent,
selon Harris Judith, pleinement la différence des sexes que vers l?âge de 3 ans,
dès leur naissance, par ces couleurs, une différenciation de leur sexe leur est
imposée. Dès 18 mois, les garçons sont invités à jouer, selon une marque de jouets,
sur le « tapis route, un rêve de petit garçon », au même âge, les petites filles
ont droit, elles à « une poupée légère, souriante et agréable au touché, qui aura
tout pour séduire sa future petite maman » ! Bien sûr, d?aucuns pourraient opposer
que « les enfants sont libres de choisir », ce n?est pas l?avis du psychologue
Pierre Tap qui remarque que « l?enfant en vient à aimer ce qu?il a le droit ou la
possibilité de posséder, à apprécier les jouets qui peuvent être siens et à rejeter
ceux qui ne font pas partie de son champ d?appropriation ». Les jouets sexistes
participent donc directement et dès le plus jeune âge à la construction de la
féminité et de la virilité, qui sont non seulement de véritables entraves à
l?épanouissement personnel et social de l?enfant, mais également à celui de la
société tout entière.


« Féminité, virilité y?en a marre » (1)

Germaine Greer dans La femme eunuque montre comment s?effectue la castration
psychologique de la petite fille « pleurnicharde, autodestructrice et passive »,
qui permettra de dire ensuite que ce comportement est « la preuve d?une nature
féminine spécifique ». Mère, ménagère, femme séduisante et amoureuse, voilà tout ce
que proposent les jouets qui lui sont plus particulièrement destinés. A partir de
l?âge de 3 ans, elles peuvent ainsi être « mère » de poupons de taille presque
réelle qui boivent, font pipi, pleurent, sucent leur tétine et quand ils parlent
c?est pour dire « maman », mais jamais « papa » ! Plus âgées, elles ont le droit à
devenir infirmières, gardes-malades, sages-femmes, tandis que les garçons tiennent
le rôle de docteurs et chirurgiens. Une grande place leur est réservée? en cuisine
ou au ménage, cuisinières, machines à laver, aspirateurs, bref, tout ce qui
reproduit le cliché du partage des tâches dans la famille, tandis que les petits
garçons ont droit aux établis de bricolage? On ne peut oublier tous les jouets qui
apprennent à la petite fille qu?elle doit avant tout « se faire belle » comme le
fait la fameuse poupée Barbie, au sourire permanent. Vendue toute les six secondes
dans le monde, son image terrifiante de mannequin parfaite poursuit encore les
petites filles, plusieurs années après qu?elles aient cessé d?y jouer, à travers
les courriers personnels adressés à la marque ou le Club Barbie. Le Manuel des
filles édité par Nathan propose 250 activités essentiellement tournées vers les
quatre domaines de la beauté, de la coiffure, des accessoires de mode et des
bijoux. Pendant ce temps, les garçons ont tout loisir de se concentrer sur leurs
domaines réservés par des jouets axés sur la technique, la conquête, la puissance
et? la guerre ! Playmobil propose, par exemple, une douzaine de jeux sur la police
: patrouilleurs à vélo, à cheval, en fourgon, hélicoptère, bateau,
commissariat-prison « équipé d?une centrale radio, d?un ordinateur, d?une téléphone
et d?une cellule avec caméra ». S?agit-il encore de jouets ou de propagande pour la
paranoïa sécuritaire ? Il faut même noter qu?à la suite d?une attaque à main armée
qui a fait des blessés, le BHV à Paris a décidé de supprimer le rayon armes des
jouets de son magasin, c?est pour dire...


Familles, je vous hais !

Pour ce qui concerne le contrôle de l?identité de genre, « le vrai homme et la
vraie femme » ont pignon sur les rues des magasins de jouets. Ils ignorent les
hommes efféminés ou les femmes masculines. Homophobie et sexisme qui ne glorifient
que la famille. D?ailleurs, selon l?étude Gender Shock, offrir une poupée à un
garçon reste un blocage bien réel et ceci, toutes classes sociales confondues.
L?idée selon laquelle, si un petit garçon joue avec une poupée, il a toutes les
chances de devenir homosexuel est encore largement répandue. La norme
hétérosexuelle joue donc deux types de rôles auprès des enfants : le rappel à
l?ordre de son genre pour les garçons essentiellement et l?intégration d?un modèle
unique et obligatoire de couple et de famille, pour les petites filles. La norme
hétérosexuelle renforce et complète donc les contraintes de virilité et de
féminité. En général, la belle femme est la gardienne du foyer et le symbole de la
beauté, l?homme fort s?occupe de la sphère publique. Dans les années 70, de
nombreuses expériences scientifiques ont été menées, notamment aux Etats-Unis, pour
« soigner » les enfants dont le comportement ne correspondait pas à leur sexe.
L?ouvrage Contre les jouets sexistes en rapporte plusieurs.

Comment sortir du cercle infernal

La seconde partie du livre se concentre sur les alternatives et luttes contre les
jouets sexistes. Partant du principe que le jouet industriel s?est surtout
développé pour combler la solitude de l?enfant, le jeu, lui, se présente plutôt
comme une expérience collective, mais, le collectif propose également d?autres
pistes. Comme, stopper la course effrénée vers toujours « plus » de jouets à la
mode en achetant, par exemple, des jouets dans les brocantes. Les adultes peuvent
aussi encourager la circulation des jouets entre les sexes et redistribuer les
jouets les plus intéressants à toutes et tous. Les jeux de construction et
d?initiation aux sciences gagneraient ainsi à être investis par les filles.
Pourquoi ne pas suggérer d?autres scénarios familiaux moins normés : un groupe qui
emménage dans la même maison, un personnage qui a plusieurs amoureux ou amoureuses,
des familles qui adoptent des enfants, etc. On peut aussi éviter d?offrir des
jouets guerriers, qui banalisent la guerre et l?assassinat. Les gamins sauront bien
s?ils on envie de « jouer à la guerre » s?inventer une arme en détournant un objet
ou simplement en le mimant. En effet, offrir une boîte de maquillage à une petite
fille ou une arme factice à un petit garçon n?est pas un geste sans signification.
A travers ces objets, on offre, consciemment ou non, une représentation des rôles
sociaux féminins et masculins aux plus jeunes qui doivent se conformer au genre
dicté par la société. Même si les enfants peuvent détourner et pervertir les objets
mis entre leurs mains, leur « libre choix » reste dépendant des adultes qui
fabriquent, commercialisent et achètent ces jouets. A la fin de l?ouvrage, le
collectif énumère un certain nombre d?expériences des professionnels de l?éducation
des enfants qui pensent et vivent leur métier en essayant de stopper le conformisme
des enfants. Ils et elles essayent de faire évoluer les représentations
stéréotypées de élèves, en analysant les catalogues de jouets pour enfants en
classe et constatent que : c?est possible ! Depuis 2001, le Collectif contre les
jouets sexistes pratique une campagne annuelle d?actions, avec débats et
interpellations diverses, notamment dans les grands magasins distributeurs de
jouets, autour d?un contre-catalogue distribué aux passants par une chorale qui
entonne des chansons aux paroles détournées ou par des militants et militantes qui
animent un spectacle de marionnettes. Cette année encore, le Collectif contre les
jouets sexistes organise une série d?actions durant la « période des fêtes ». Il se
compose du mouvement mixte pour l?égalité des sexes Mix-cité, Le Collectif contre
le publisexisme, domicilié au 145 rue Amelot 75011, Paris et Les panthères roses,
groupe d?activistes lesbiennes, trans et gay. Nous ne manquerons pas de vous en
tenir informés dans l?agenda du Monde libertaire.



(1) Contre les jouets sexistes, Collectif, éditions l?Echappée, disponible à la
librairie Publico, 145 rue Amelot 75011 Paris.
(2) Slogan lancé par les « Gouines Rouges », dans les années 70

texte publié dans le Le Monde libertaire #497 - du 6 au 13 décembre 2007 et repris
du site http://www.claaaaaash.org ]


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