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(fr) Cette victoire est la notre. A propos d'une greve spontanee a Adrexo

Date Sat, 8 Dec 2007 18:12:47 +0100 (CET)



Alors que les grèves spontanées en dehors des syndicats semblent se multiplier en
ce moment (en ce moment même, décembre 2007, la grève de l?entrepôt Darty à Mitry
Mory) ce texte revient sur la grève spontannée qui s?est déroulée à l?entrepôt
Adrexo de Toulouse récemment, et comment les syndicats ont tout fait avec la
direction pour empêcher l?auto-organisation des salariés en lutte.

CETTE VICTOIRE EST LA VOTRE

Je suis distributeur de journaux gratuits et de prospectus publicitaires chez
Adrexo Sud-Ouest. Adrexo est une filiale de Spir Communication (cotée en bourse sur
l?Eurolist) et spécialisée dans le secteur de la distribution de journaux gratuits
et de publicité. Je travaille à temps partiel et c?est pour moi, comme pour un
certain nombre d?autres distributeurs, un deuxième emploi ; néanmoins, pour les
autres, cet emploi constitue la seule source de revenu et il est inutile de
préciser que la précarité est leur lot quotidien.

Quand on travaille chez Adrexo, on s?aperçoit vite qu?on n?est pas rémunéré pour
les heures de travail réellement effectuées et que le paiement des frais est réduit
à peu de chose. Cela peut aller du simple au double, "parfois" plus, c?est-à-dire
qu?une personne qui travaille un certain nombre d?heures est payée pour la moitié,
et moins, des heures effectivement réalisées. Le distributeur est théoriquement
?payé au SMIC horaire? (même légèrement plus depuis le 1er juillet 2007, à 8,48
euros brut de l?heure). La société nous paie notre travail d?une façon
"conventionnelle" selon des critères prédéfinis.

Mais ces critères sont, en fait, largement sous-évalués, et c?est le distributeur
qui est pénalisé. Je peux dire sans me tromper qu?un distributeur touche autour de
4 euros de l?heure pour le travail effectivement effectué. Si ce n?est pas du vol,
de l?abus, de l?esclavage,... alors, qu?est-ce que c?est ?

La distribution, c?est un métier

Depuis le début, j?entends les distributeurs parler et se plaindre de leurs
mauvaises conditions de travail et ceux qui peuvent ne l?acceptent pas et restent
une, deux semaines, un mois, deux mois, puis ils prennent leurs pertes et s?en vont
sans demander leur reste. Mais ceux qui restent demandent des explications. La
réponse ? ...Variée... mais du même tonneau : "C?est comme ça, c?est
conventionnel", ou "C?est la machine qui calcule", ou bien "C?est pas nous, c?est
Aix-en-Provence (le siège) qui gère cela, nous on n?y est pour rien, on ne sait
même pas comment ça marche", ou encore "Tu te démerdes mal", ou alors "Au début,
c?est normal". Le chef de centre m?a même dit "Faut pas croire, c?est un métier la
distribution. Tout le monde a pas le profil pour ça". NB : c?est vrai que la
"formation" est poussée : une séance de une heure d?information avant l?embauche ;
en fait, une heure de blabla où on néglige d?entrer trop dans les détails, mais ou
on sait vous vanter les mérites d?appartenir à une filiale de Spir Communication.
On m?avait expliqué, à l?embauche, que je serais (sous-) payé à date fixe ("Chaque
mois, ça tombe, vous n?avez pas à vous inquiéter, c?est sans problème", qu?il
m?avait dit). Après ça, on ne doute pas qu?on a acquis un bagage exceptionnel et
des compétences très pointues qui font que la distribution est un vrai métier, où
l?on s?épanouit, et, qui plus est, n?est pas à la portée de n?importe qui !!! Je
témoigne après deux ans de bons et loyaux services : c?est un vrai boulot... de
merde.

Malgré cela, beaucoup sont obligés de le faire, ce boulot de merde, et ceux-là
voudraient être payés pour leur travail. Et ce "ils voudraient" est devenu "ils
veulent". C?est pourquoi, le vendredi 19 octobre 2007 à 07H00, après une brève
concertation la veille, une grève des distributeurs a démarré. Nous nous sommes
rendus sur les lieux et avons filtré les véhicules des distributeurs venant prendre
leur chargement, et, la majorité d?entre nous (pour ceux qui n?avaient pu être
joints) a immédiatement adhéré. Résultat : plus de 90 % de distributeurs en grève.
90 % de grévistes

Cette grève concerne le centre de distribution d?Aucamville, dans le 31 (mais, aux
dernières nouvelles, il y aurait d?autres actions, notamment à Pau, Bayonne,
Niort... sans plus d?information). C?est une grève initiée par les distributeurs
eux-mêmes et pas un mot d?ordre syndical. Cela n?empêche pas que les syndicalistes
présents dans le mouvement de grève se sont empressés de faire remonter à leur
syndicat, avant même le début, l?action en "préparation".

Un certain nombre de syndicaux sont, donc, venus "encadrer" les revendications.
J?ai vu arriver des gens que je ne connaissais pas, partir en "négociation" avec
"le patron" et le délégué (non syndicaliste, ni syndiqué) désigné par les
distributeurs être refoulé par celui-ci, sans qu?à ma connaissance, un seul
syndicat ne proteste.

A la sortie de la première rencontre avec "le patron" aucun accord n?est conclu, ni
signé, malgré que le "dialogue" ait duré plusieurs heures. Le samedi et le
dimanche, un certain nombre de distributeurs se sont relayés à l?entrepôt de
manière à éviter toute tentative éventuelle de man?uvre visant à réduire
l?efficacité du mouvement.

Le lundi, dès 06H00 du matin, les premiers grévistes sont arrivés sur les lieux,
les autres arrivant au fur et à mesure. Ils ont "intercepté" les distributeurs qui
n?étaient pas encore au courant pour leur expliquer la situation. Je peux
réaffirmer que plus des 90 % des distributeurs ont fait grève. Le "noyau dur",
environ une trentaine de personnes (des plus disponibles), est resté jusqu?à 19H30
; heure à laquelle trois délégués syndicaux sont apparus pour nous lire le
protocole d?accord en cours de rédaction. Selon ce protocole, la direction s?engage
à corriger tout ce qui concerne la non-application correcte de la convention
collective. Pour le reste, cela serait repris dans les négociations annuelles de
branche. Les distributeurs, satisfaits, on accepté de reprendre le travail dès le
lendemain matin. Ces syndicalistes nous on dit "Cette fois-ci, ils ont eu chaud".
La grève a, donc, pris fin de cette façon. Espérons que la direction tiendra parole
et ne se contentera pas de "mesurettes".

?Dialogue social? ???

Ce que j?en pense : Tout d?abord, je suis "surpris" de la complicité des délégués
syndicaux avec "le patron". Ils ne parlent qu?entre eux (en habitués de la
négociation qu?ils sont), car ils respectent leurs règles ; ici, "le patron" fait
même valoir ces règles (lui qui pour nous payer ne les respecte pas), car, il
refuse de recevoir le délégué désigné par nous. C?est tellement plus rassurant pour
"le patron" de discuter des heures entre "gens de bonne compagnie", et qui se
connaissent.

La grève est un rapport de force. Le "dialogue" devrait se limiter à remettre nos
légitimes revendications au "patron" (ici, être payé pour les heures réellement
faites, entre autre) et lui faire savoir que la grève ne s?arrêtera que lorsque
celles-ci seront satisfaites, et alors, seulement, on rédige un protocole simple
mais clair reprenant tout ce qui est incontournable. De plus, les gens s?en sont
remis, "tout naturellement", à ceux qui savent, qui sont là pour ça, aux délégués
syndicaux. Ceux-ci ont eu, une fois de plus, l?occasion de justifier leur siège, de
se faire valoir, et pourquoi pas, disons-le, de resserrer leurs liens déjà si
étroits avec le patronat. Leur rôle est-il de nous donner satisfaction, d?être à la
pointe de la lutte ? ou bien de limiter les dégâts ... pour le patron ? D?être
garants de l?ordre social et d?éviter les ennuis à ces "messieurs" ? Quoi qu?il en
soit, les gens présents semblaient convaincus de la "justesse" de la démarche et de
sa logique légale. Que le protocole soit respecté, totalement ou partiellement, je
considère, pour ma part, "l?événement" comme un échec "social".

On a raté, une fois de plus, l?occasion de se prendre en main en se libérant de
cette mascarade conventionnelle. Je crois qu?il manque aux gens, en général, une
prise de conscience sociale. Ils n?ont pas de recul, car, ils n?ont pas l?impulsion
de remettre en cause les "structures", qui sont de plus en plus contre nous,
d?ailleurs. Ils se contentent de revendiquer, par syndicats interposés, qu?on leur
lâche un peu de monnaie sonnante et trébuchante. Le patron accepte, car, de cette
façon, il achète sa tranquillité aux syndicats.

Le jour suivant la reprise du travail, les déléguées syndicales ont affiché en tête
du protocole d?accord, un mot pour tous. Ce mot pour remercier les distributeurs de
leur soutien, leur confiance, leur professionnalisme ( ?), leur participation
nombreuse, et bla bla bla.

Je cite : "Cette victoire est la vôtre", sous-entendu, c?est d?abord leur victoire
(celle des syndicats et de leurs "désintéressés" représentants)... sinon, y
avait-il besoin de remercier pour le soutien, la confiance accordée, la
participation ? Y avait-il besoin de préciser que c?est la "victoire" des
distributeurs ?... Un peu de flatterie ne coûte rien... Ceci illustrant bien cela.

Paco
jeudi 6 décembre 2007


[ texte repris du site http://cnt-ait.info ]
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